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Nouvelle recette !

Comme chaque année, en bonne cuisinière pédagogique, j’ai réfléchi à la mise en œuvre d’une nouvelle recette. En fait, elle n’est pas complètement nouvelle, ni vraiment originale. Comme les meilleures cuisines sont celles qui mélangent les influences, je m’efforce de faire la même chose dans ma classe. Chaque année, j’ajoute des ingrédients, piqués ça ou là dans des lectures, des rencontres*, des échanges, et j’essaie de faire une recette qui me plaise et dont je pense qu’elle sera la plus à même de faire progresser mes élèves. J’y passe une bonne partie de mon été (et je vous fais grâce de tous les essais qui partent à la poubelle), je finis pas trouver quelque chose d’à peu près satisfaisant que je vais adapter au fur et à mesure de sa mise en œuvre à partir du mois de septembre.

L’année dernière j’avais utilisé des plans de travail collectifs**. Cette année, j’ai décidé de passer aux plans de travail individuels par ceintures de compétences. Je vous explique comment ça fonctionne ?

Ingrédients

D’abord, j’ai repris la liste de neuf compétences décrites dans les programmes du cycle 4*** (« Comprendre un document », « Raisonner et justifier une démarche », « Se repérer dans le temps », « Se repérer dans l’espace », etc.), en trichant un peu parce que j’ai divisé l’expression orale en 2 compétences différentes, et j’ai essayé de les décliner de façon cohérente entre un niveau « basique » (la ceinture blanche) un peu en dessous de ce qui est attendu en début de 5e , un niveau attendu en fin de 3e (ceinture bleue) et des niveaux (jusqu’à la ceinture noire) pour les élèves qui seraient particulièrement brillants.

L’idée maîtresse est que les élèves vont s’entraîner à maîtriser ces compétences tout au long de l’année et dans les années qui vont suivre.
Sauf que…. il ne vous aura pas échappé que l’enseignement de l’histoire se fait de façon chronologique, et que je dois enseigner trois disciplines différentes (je sais, l’EMC c’est pas réservé à l’histoire/géo mais vous connaissez beaucoup de disciplines qui s’en chargent ?). Du coup il fallait adapter cet entraînement à ce type d’enseignement et donc trouver une façon d’organiser les choses qui soit claire et simple pour les élèves et pour moi. Un vrai challenge.

Donc, j’ai choisi de diviser les 3 heures de cours dont je dispose avec les élèves en 2h de « cours » (je mets des guillemets parce que c’est un mélange de classe inversée, de travaux de recherche, d’oraux, de rédaction, de moment « théâtralisés », de cartes mentales… bref, c’est pas exactement des cours dialogués traditionnels), et 1h d’entraînement qui est le cœur du dispositif.

Cuisson

Chaque élève a, dans son cahier, le tableau détaillé des compétences.

Au début de l’heure (souvent sur le seuil de la porte), je distribue à chaque élève un plan de travail individuel sur lequel j’ai indiqué les compétences et le niveau de compétences qu’il ou elle doit travailler. Ces plans de travail correspondent à une période de travail de 3 semaines environ.
Les élèves s’installent où ils le souhaitent dans la classe et choisissent la compétence qu’ils veulent commencer à travailler.

Ils vont chercher dans les classeurs à leur disposition la fiche d’exercice qui correspond à la compétences choisie.
Il y a deux sortes de fiches. Certaines portent sur un niveau de compétence précis et comportent plusieurs exercices différents, d’autres portent sur un sujet précis, mais décliné selon différent niveau de difficulté.

Quand un élève a fini un exercice, il le soumet à la correction.
S’il s’agit d’ exercices faits sur une fiche, il dépose cette fiche dans une boite. S’il s’agit d’exercices faits dans leurs cahier, il indique dans la marge à quelle compétence et à quelle ceinture cet exercice correspond pour que je puisse le repérer plus facilement. Il me laissera son cahier à la fin de l’heure.
Et bien sur, il va chercher un autre travail à faire !

Les élèves peuvent demander mon aide ou bien l’aide d’autres élèves en s’inscrivant au tableau. La formation au tutorat faite l’année dernière a été une bonne base pour mettre en œuvre ce dispositif qui fonctionne bien.

En fin de cuisson

À la fin de l’heure, je me retrouve donc devant une pile de cahiers (plein) et une boite remplie (vraiment remplie !) de fiches. Je corrige les cahiers dans la journée pour les rendre le plus vite possible.
Pour corriger les fiches, j’ai une semaine. Les fiches corrigées sont glissées dans la pochette avec le plan de travail et les élèves devront commencer par faire les corrections avant d’entamer un nouveau travail.

À la fin de la période de trois semaines, je fais le bilan de chacun des plans de travail, j’y ajoute un commentaire et je le transmets aux familles pour visa. Je récapitule les compétences travaillées et réussies dans un grand tableau qui est affiché dans la salle de cours. Je prépare ensuite les plans de travail pour la période suivante, en tenant compte de ce qui a été réussi ou pas pendant la période précédente. Lors de la seconde période, les élèves ont donc tous des plans de travail différent.
Et c’est reparti pour une période de trois semaines.

Résultat

Depuis deux mois que nous fonctionnons comme cela je peux déjà faire un petit bilan.

Avantages :
– La mise au travail est très rapide quand les élèves entrent en classe.
– Tous les élèves travaillent. Certains plus vite que d’autres, mais tous ont progressé.
– Les élèves reprennent leur travail pour l’améliorer avec une ténacité incroyable. Certains ont repris leur travail trois ou quatre fois pour réussir parfaitement. Ils finissent tous par réussir l’exercice qu’ils ont entrepris.
– Je suis disponible pour aider les élèves qui en ont besoin.
– Si je vois qu’un point pose problème à plusieurs élèves, je prends un groupe autour d’une table pour le travailler avec eux.
– Certains élèves dépassent les attendus de leur plan de travail.
– Les élèves sont conscients des efforts qu’il doivent faire pour réussir le niveau supérieur et sont très fiers de voir leurs progrès.
– Les élèves peuvent utiliser des documents portant sur des thèmes des chapitres précédents pour travailler leurs compétences. L’idée est qu’à la fin de l’année, ils n’aient pas complètement oublié ce qu’on avait fait au début !
– Je quitte le collège tard mais je ne ramène pas de copies à la maison.
– Les corrections ne sont pas monotones vu qu’il s’agit d’exercices différents.
– Pas de barème à faire. Ou c’est bon, ou pas. Si c’est bon, je valide l’entraînement pour la ceinture, si c’est pas bon  (ou incomplet, ou à améliorer…), je rends le travail pour correction.

Inconvénients :
– La création des fiches est un gros travail. Parce qu’il faut créer des fiches pour chaque thème de cours (histoire et géographie). Je le fais au fur et à mesure. (Et d’ailleurs, j’y retourne juste après avoir posté ce billet !)
– La gestion des fiches a été longue à devenir une routine. Faire la différence entre les plans de travail, les fiches d’exercices ; celles qu’on me rend, celles qu’on remet en place, ne pas oublier de mettre son nom sur les fiches, laisser son cahier à la fin du cours, faire signer le plan de travail terminé… tout ça c’est compliqué pour certains. Mais petit à petit les choses s’améliorent. Il ne reste aujourd’hui que quatre ou cinq élèves (que je n’avais pas l’an dernier) par classe que je dois accompagner au plus près sur ce point. L’autonomie, ça s’apprend.

Bref, les avantages c’est surtout pour les élèves, les inconvénients c’est surtout pour le prof !

La suite ?

Ces heures de travail sont des entraînements. Le coup de tampon sur leur plan de travail attestent de la réussite d’un exercice d’entraînement. Je prévois d’organiser très bientôt des évaluations « à la demande » : les élèves choisiront sur quel niveau de compétences ils souhaitent être évalués. On va organiser ça en novembre/décembre.

Je vous raconterai.

PS : S’il reste des fautes de frappe dans cet article (et il en reste sans doute) merci de me le faire remarquer gentiment pour que je corrige. 🙂

———

* Un gros merci à Guillaume Caron qui m’a gentiment accueillie dans sa classe pendant une semaine.
** Dans ce billet là : Vous auriez la recette ?
*** Pour le cycle 3 aussi, histoire d’avoir un minimum de cohérence.

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Soyez le maître du jeu !

Les élèves sont entrés dans la classe et se sont rapidement installés à leurs places habituelles. Cahiers et trousses posées sagement sur les tables, je vois une vingtaine de bouilles impatiemment tournées vers moi. C’est que l’heure est grave ! L’événement du jour va se produire.
Un immense griffon s’affiche sur l’écran. Sur son dos, un personnage tenant un rouleau de parchemin. D’un clic, j’ouvre le parchemin. Tous lisent les quelques lignes qui se sont affichées : « 
Bénédiction des mages : tous les XP gagnés par les mages seront doublés aujourd’hui. » Mines réjouies de certains, soupirs pour d’autres. Je relis à haute voix la phrase pour être certaine que tout le monde ait bien compris. Mais ils ont déjà ouvert leurs cahiers et reprennent le fil de leurs activités.

évé

Je passe entre les tables pour vérifier que tout le monde se met au travail. Je suis à côté de Jessica pour vérifier son travail quand Kévin m’appelle :
« – Madame ! Je peux utiliser
Téléportation pour aller me mettre à la table de Manfred ? »
« – Bien sûr, c’est noté. ».

télé


Je sors mon smartphone. Deux clics. Je me consacre à nouveau à Jessica….
Je relève le nez et jette un coup d’œil sur la classe. Manfred est en train de réexpliquer une consigne à Kévin qui patauge un peu. Je sors à nouveau mon smartphone et lui attribue en deux autres clics 150 points d’expérience pour avoir aidé un camarade.
Tiens, Jennifer glandouille et papote avec sa voisine ? Sans rien dire, je retourne à l’ordinateur et j’affiche son personnage. Je clique sur le bouton rouge qui va me permettre de lui retirer des points. Mais sa voisine a vu la manœuvre et chuchote à l’oreille de Jessica…. qui regarde l’écran…. et se tait immédiatement. Je retourne auprès des élèves.
À la fin du cours, j’aurai ainsi distribué des points d’expérience et fait perdre des points de vie aux personnages de mes élèves.
Nous jouons à
Classcraft.
Ça ne change presque rien en apparence. Sauf que ça change tout.

Je sais bien, chers Keskelledit que je suis en train de vous parler chinois.

Jouer ? En classe ?
Comme si on n’avait que ça à faire !

Classcraft ? C’est un jeu vidéo ? Ca ressemble à Minecraft ou à Word of Warcraft ce nom…. Ça a quelque chose à voir ?

Alors : oui, non, oui, non et un peu.

Pour tout vous dire, j’ai commencé à y jouer cette année, avec la classe de 6e dont j’étais professeur principal. Ça faisait plus un an que ça me titillait, le jeu a été créé en 2013. Pendant un an, j’ai laissé tourner l’idée dans ma petite tête, je me suis inscrite sur le site pour me familiariser avec l’interface, lire les tutoriels. Pendant un an, en classe, je me suis dit « et si on jouait à Classcraft, comment ça se passerait à ce moment précis ? ».
Pendant l’été, j’ai paramétré le jeu à ma convenance et en septembre, j’ai proposé aux élèves de jouer. Tous n’ont pas voulu jouer. J’ai eu une moitié de joueurs en septembre, puis le reste de la classe a suivi parce qu’ils voyaient que leurs camarades avaient l’air de trouver ça sympa. Je suppose qu’ils en ont parlé entre eux, mais ils ne me l’ont pas dit. Toujours est-il que seuls trois élèves n’ont pas souhaité signer « Le pacte du héros » par lequel on officialise son engagement dans cette aventure.

mage gué2 guerr gué1
Ce sont les véritables personnages de mes élèves….

Vous rigolez mais vous n’imaginez pas à quel point il est important ce pacte du héros. D’abord parce que ce c’est un engagement volontaire de l’élève. Pour l’année. On entre dans le jeu, on n’en sort pas. Ensuite parce que ce pacte dit que le maître du jeu a toujours raison. Et que c’est moi le maître du jeu. Donc, j’ai toujours raison.

Le plus amusant, c’est que même ceux qui ne jouaient pas me considéraient comme « le maître du jeu qui a toujours raison ». Ça a évité des tas de discussions inutiles.

Une de mes craintes était de ne pas arriver à gérer le jeu en même temps que la classe. Je l’ai expliqué aux élèves au début. Nous allions faire une expérience et si elle ne me paraissait pas concluante, on arrêterait de jouer.

Et donc ?

Et donc, j’écris ce billet aujourd’hui, parce que ça a vraiment été une expérience très chouette. Et même pas chronophage. J’ai gagné tellement de temps et économisé tellement d’énergie en retirant des points de vie au lieu de mettre des punitions !

Tiens en parlant d’économiser, je ne vais pas vous faire de présentation du jeu. Si vous voulez avoir les détails, je vous invite à aller lire la page de Wikipédia* et à visiter le site de Classcraft**. Après ces lectures, vous saurez tout ce que vous avez à savoir.

Par contre, je vais vous dire pourquoi je vais recommencer cette année. Avec mes trois sixièmes et sans doute avec ma 5e. Je vous fais ça sous forme de FAQ.

Questions – Réponses

Comment réagissent les familles quand leur enfant leur annonce qu’il va jouer à Classcraft en cours ?
Pour tout vous dire, je n’en sais strictement rien. Le site propose un document de présentation très bien fait, je l’ai adapté et donné aux parents. Je n’ai eu aucun retour. Quelques mots lors de la première réunion parents-professeurs pour me dire qu’ils étaient au courant. C’est tout. Comme je suis une éternelle optimiste, je suppose que s’ils avaient trouvé ça nul, ou s’ils s’y étaient opposés, ils me l’auraient dit.

Comment adapter le jeu à ma classe ?
Il y a deux choses que vous ne pourrez pas modifier : les classes de personnage (guerrier, mage et guérisseur), et l’arborescence d’apprentissage des sorts.
Cela signifie que vous pouvez modifier tout le reste, à partir d’une configuration de base qui vous est proposée.

Tout le reste, c’est-à-dire :
– les noms, les valeurs et les effets des sorts ;
– les motifs et la valeur des pertes automatiques de points de vie (HP pour « Hit Points » ou « points de coups » en français)
– les motifs et la valeur des gains automatiques de points d’expérience (XP)
– les conséquences de la « mort au combat » (quand un joueur perd tous ses HP)
– les événements du jour. Il y a en 80 dans la configuration de base mais vous pouvez en ajouter, en supprimer, les modifier à votre guise. Demandez aux élèves d’en créer, c’est encore plus sympa (et en plus ça fait travailler l’imagination, l’orthographe et l’expression écrite) !
– la vitesse à laquelle les personnages de vos élèves vont progresser. Forcément, si vous enseignez en primaire et que vous avez les mômes tout la journée, ça ira plus vite puisqu’ils pourront gagner des XP toute la journée. Alors que dans le secondaire, même à coup de 5h par semaine….

À quel niveau peut-on proposer ce jeu aux élèves ?
Allez voir dans le forum du jeu, vous verrez que tous les niveaux sont représentés. De l’élémentaire au lycée.

Comment le jeu modifie-t-il l’ambiance de la classe ?
Je ne vais pas vous mentir, n’ayant joué à Classcraft que cette année avec une seule classe, je n’ai pas encore beaucoup de points de comparaison. J’ai passé une super année avec ces élèves, mais est-ce parce que c’était eux ou parce que c’était Classcraft ? Ce que je peux vous dire c’est qu’ils se sont beaucoup entraidés, qu’ils ont beaucoup réfléchi à l’utilisation de leurs personnages au sein de leur équipe et qu’ils étaient toujours très rapides à s’installer en classe sans que j’aie besoin de les rappeler à l’ordre. Ce griffon qui apporte l’événement du jour, il est très beau et très efficace pour concentrer le groupe en début de cours.
Autre astuce du jeu, quand un personnage tombe au combat, les autres membres de son équipe perdent automatiquement des HP. Pas besoin de vous faire un dessin, personne n’a intérêt à ce qu’un des membres du groupe fasse trop l’imbécile en classe…

À part leur donner des XP ou leur retirer des HP, qu’est-ce qu’on peut faire d’autre avec ce jeu ?
Le jeu inclut quelques modules très intéressants.

Il y en a un que je n’ai pas utilisé, forcément, c’est celui de la notation. Vous pouvez transformer les notes de vos élèves en XP, c’est-à-dire valoriser leurs résultats scolaires chiffrés à travers le jeu. Là encore, c’est complètement paramétrable (de base, le jeu fonctionne avec le système de notation canadien, en pourcentages) et vous pouvez décider qu’un 20/20 donne 500 XP par exemple. Ou qu’un 5/20 en fait perdre 100.
Une fois que vous aurez décidé d’un barème (modifiable à tout moment), il vous suffira de rentrer les notes et le jeu fera le reste.
D’ailleurs en fait, pour les compétences vous pouvez utiliser aussi ce module en utilisant une échelle de notation de 1 à 5. Je pense que je vais le faire cette année.

Autre module, celui des quêtes. C’est un truc tout simple pour gérer le temps. Un magnifique fond d’écran s’affiche avec un compteur de temps ou un chronomètre. Vous ne dites plus « Vous avez dix minutes pour faire ce travail » (tout en sachant qu’au bout de quinze minutes certains y seront encore et que vous devrez répéter 10 fois pendant ce temps « dépêchez-vous, on avait dit dix minutes ! »*****. Dites plutôt : « Attention ! Randonnée de la montagne blanche ! Vous avez dix minutes ! » Comme c’est affiché sur l’écran, les élèves le voient et respectent le chrono. Parce que dans les jeux dont ils ont l’habitude, l’ordinateur ne leur laisse pas de temps supplémentaire.

montagne

Enfin, et c’est pour cette raison que j’ai présenté Classcraft au premier Congrès de la Classe Inversée***, vous pouvez proposer à vos élèves des contenus de cours, des travaux à faire, des capsules à visionner qui leur rapporteront également des XP, à votre convenance.

Il y a également un forum qui vous donne la possibilité d’offrir des interactions entre élèves. Je pense que c’est surtout possible pour les élèves les plus âgés. Pour mes mômes de 6e c’est encore un peu difficile à utiliser, je pense. Mais ça se discute. J’essaierai peut être cette année.

Concrètement, en classe, comment ça se passe ? On a besoin de quel matériel ?
Le minimum pour jouer, à mon avis, c’est un ordinateur et un vidéoprojecteur. Sinon, vous ne pouvez pas afficher le jeu, dont la beauté graphique contribue beaucoup à l‘intérêt des élèves.
Si vous utilisez la version « freemium » vous pourrez utiliser votre smartphone pour ajouter ou enlever des points depuis le lieu où vous êtes dans la classe, sans avoir besoin de revenir au tableau. Et c’est vachement pratique.
Sinon, vous n’avez besoin de rien d’autre. Les élèves n’ont pas besoin d’accéder au jeu en classe puisque c’est vous qui pilotez.
Vous commencez le cours par l’événement du jour (très attendu !) et ensuite vous faites comme d’habitude.
Ah oui, aussi, une chose importante. Ce jeu est gratuit.

Et à la maison ?
À la maison, les élèves qui disposent d’une connexion internet peuvent jouer à améliorer leur personnage grâce à des mini-quêtes. Ils peuvent ainsi modifier l’aspect de leur personnage, gérer l’apprentissage de leurs sorts, Et je peux vous dire qu’ils le font !
Ils peuvent aussi réaliser des exercices que vous aurez déposés dans l’interface du jeu.

Mais il y a bien un point négatif à ce jeu, non ? Toute médaille a son revers !
J’ai beau chercher, je n’ai pas trouvé. Sauf peut-être quand Jessica m’a demandé pour la troisième fois de lui recréer son mot de passe pour accéder au jeu. Mais bon, savoir utiliser un espace numérique, c’est dans les compétences qu’ils doivent apprendre, non ?
Bref, vraiment, je ne vois pas.

Le jeu est-il dans sa version définitive ?
Shauwn Young, son créateur qui est aussi un collègue, travaille toujours à améliorer le jeu et il y a eu quelques nouveautés au début de l’été que je n’ai pas encore eu le temps d’explorer. Je sais aussi qu’il travaille à pousser encore plus loin la « gamification**** » pour aboutir à ce que chaque classe construise un véritable récit d’aventure par ses actions au cours de l’année. C’est très prometteur !

Un conseil ?
Si j’ai un conseil à vous donner, incluez-vous dans le jeu et amusez-vous aussi. Créez des événements qui vous impliquent, vous, en tant que maître du jeu. Et pliez-vous à ces événements. Devant les élèves. Cela renforcera la cohésion du groupe que vous formez avec vos élèves.
Vous pouvez aussi inclure dans les punitions (pour ceux qui tombent au combat à force de perdre des HP) quelque chose comme « Vous devez dire quelque chose de gentil au Maître du Jeu devant toute la classe ». Je l’ai fait. Il y a eu peu de morts au cours de l’année, mais quand c’est arrivé cette fois-là, Kévin m’a vraiment dit un truc très gentil.

Ah oui, aussi, un dernier conseil ! N’hésitez pas.
Quoi qu’il arrive, c’est vous qui posez les règles et les limites.
Vous êtes le Maître du Jeu et le Maître du Jeu a toujours raison !

————

* Article de Wikipédia consacré à Classcraft [consulté le 20/07/2015]
** Classcraft, le site pour jouer [consulté le 20/07/2015]
*** CLIC2015, premier congrès de la Classe Inversée [consulté le 20/07/2015]
**** Un article consacré à la gamification (ou « ludification » en bon français) sur le site RSLN [consulté le 20/07/2015]
***** Ne me dites pas que ça ne vous est jamais arrivé !

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10 bonnes raisons de disposer une salle de classe en îlots

(Source de l’image : le blog de Claire Lommé « Pierre Carrée »)

  1. Quatre tables accolées permettent de disposer de plus de place. Deux tables individuelles offrent plus d’espace qu’une table de deux. Et en prime, ça fait huit bords de table en moins pour faire tomber des trucs.
  2. Les élèves n’étant plus face au tableau mais sur le côté, cela les incite à moins le regarder s’ils ont à le faire et leur permet d’exercer davantage leur mémoire courte.
  3. Quand quatre élèves discutent entre eux, ça fait moins de bruit quand ils sont face à face que s’ils se trouvent les uns à côté des autres. Qu’ils parlent du travail ou d’autre chose.
  4. La disposition en îlots offre une certaine intimité aux élèves et leur donne l’impression d’être en petit effectif. Un groupe est une entité physique, visible dans l’espace de la classe.
  5. C’est plus facile pour l’enseignant(e) de tourner autour du groupe pour aller auprès de chaque élève que de circuler dans des rangs.
  6. Il n’y a plus d’élèves au premier rang ni d’élève au fond de la classe.
  7. C’est plus facile de différencier les apprentissages en ne donnant pas la même chose à faire à chaque groupe.
  8. Sur un groupe de quatre élèves, c’est plus facile de trouver un élève plus compétent qui pourra aider les trois autres que quand les élèves travaillent par deux.
  9. Les îlots de quatre tables individuelles sont faciles à transformer en îlots de trois ou de cinq.
  10. On peut travailler individuellement même quand la salle est disposée en îlots. C’est beaucoup plus difficile de travailler en groupe quand on est aligné.

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Classé dans classe

T’es prof de quoi, toi, déjà ?

C’est la question que m’a posée le surveillant qui est entré dans ma salle ce matin. C’est vrai qu’à première vue, on pouvait légitimement me la poser.

Par exemple en regardant ces deux élèves là …
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Ou bien ceux là …

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J’avais envie de vous en parler, parce que ce matin j’ai réitéré mon coup de folie de l’année dernière. Pour faire plaisir aux « kinesthésiques » et pour aider tout le monde à comprendre comment fonctionne la cartographie. Avec des bouts de tissus. Oui, avec des bouts de tissus.
Je leur ai demandé de produire une carte de Bombay avec des bouts de tissus, en utilisant la carte de leur livre.
C’est vrai, j’aurais pu leur demander de faire un beau schéma vectoriel, ou une belle carte coloriée avec un fond de carte photocopié et des petites cases préparées pour la légende. Oui, c’est vrai, j’aurais pu. Mais je ne l’ai pas fait Et je recommencerai l’année prochaine.

Parce que des exercices qui mobilisent 99 % des élèves de trois classes de 6e (le 1% restant, je vous raconterai peut-être un de ces jours son histoire mais c’est pas le sujet aujourd’hui), qui aboutissent à 100% de production dans la bonne humeur, c’est suffisamment rare pour ne pas s’en priver !

Vous voulez voir un exemple de production (avec du Kévin dedans !) ?

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La cerise sur le gâteau, c’est d’avoir vu Jessica et Jennifer, championnes de renvoi de cours et de retenues toutes catégories, bosser chacune dans leur coin parce qu’elles avaient choisi de faire le boulot toutes seules, s’impliquer et rester concentrées pendant 55 minutes sur une seule activité, qu’elles on mené jusqu’au bout, avec beaucoup de réussite. Je me demande même si ce ne sont pas ces deux loulouttes qui ont fait le travail le plus abouti.

Moi, je suis montée sur des chaises pour photographier les productions, aujourd’hui, je les ai mises en ligne et demain, on va regarder tout ça pour construire ensemble les règles d’or de la cartographie, avec ou sans tissus.
En prime, on va peut-être pouvoir établir les règles du travail en groupe avant la « ping pong battle » de l’année !

Ah et puis, j’ai fait un truc vachement mal : je les ai autorisé à photographier leurs travaux avec leurs téléphones ! Shame On Me !

J’adore mon job* 🙂

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* « J’adore mon job » c’est le titre d’un excellent blog que vous connaissez sûrement**
** Sinon, je vous répudie ! 🙂

 

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Mon double hold-up pédagogique

… ou comment j’ai roulé mes élèves dans la farine et comment ils ont adoré ça.

Je vous préviens, je rentre de formation, je suis remontée à bloc. C’était trop bien. Je sais que vous allez avoir du mal à me croire (et peut-être même m’en vouloir un peu), mais oui, il existe des formations passionnantes dans l’Éducation Nationale. Un jour vous verrez, ça vous arrivera aussi. Mais foin de ces persiflages et venons-en aux faits.

Mon premier hold-up pédagogique

Ça ne vous étonnera pas : j’ai piqué une idée à un copain.
Bon, c’est un bon copain* et je sais qu’il est du genre à partager.

L’idée, c’est de demander aux élèves de préparer au brouillon quelques questions (3, 4… pas plus) et les réponses à ces questions sur le chapitre qu’on est en train d’étudier.
Le cours suivant la prof (j’ai toujours sur moi ce genre de matériel fort utile) sort de sa poche son dé à 30 faces (ou utilise un générateur de nombre aléatoire en ligne mais y’a moins de suspens) et choisit au hasard celui ou celle qui posera la question et à qui. Si il ou elle répond correctement, il ou elle pose ensuite sa question à un autre camarade également désigné au hasard. Et ainsi de suite, dans la limite de 5 minutes. Le jeu s’arrête quand un(e) élève est incapable de répondre à une question cohérente (des fois ils vont chercher de ces trucs !). Si le prof est de bonne humeur, il accepte de recommencer une fois de reprendre le jeu au début, mais c’est rarement nécessaire.
Parce que étonnamment, ce travail qui n’est pas évalué (noté ? Pour quoi faire ?) les passionne et les motive à apprendre leurs leçons.
Mon camarade Anthony avait appelé ça le « Ping-Pong ».
Alors moi, je me suis dit que j’allais faire mieux.

« Ping-Pong Battle » ! (Tatataaaaa!)

Ça en jette comme titre non ?

Les règles de base du jeu sont les mêmes. La classe est divisée en 3 équipes de 8 ou 9 élèves qui vont s’affronter, mais je ne le leur dit pas tout de suite.
D’ailleurs, je ne leur dis rien.
Ils préparent leur Ping Pong comme d’habitude mais avec seulement 3 questions (c’est important pour la suite). Puis ils se regroupent par 2 (si vous avez un nombre impair d’élèves, débrouillez vous !) et choisissent 3 questions parmi leur 6. Déjà là, normalement, ça coince un peu.
Puis les binômes se regroupent pour former trois groupes et ont pour mission de se débrouiller pour choisir 5 questions que leur groupe va poser.
Moralité : certains élèves auront préparé leurs questions pour rien, c’est fait exprès.

Pendant que le choix des 5 questions se fait le prof se contente d’observer les interactions la cocotte minute qui chauffe. Normalement si tout se passe comme prévu, au bout d’un moment, Manfred boude et Jennifer a envie d’emplafonner Kévin.
Surveillez quand même votre cocotte minute.
Quand c’est chaud, qu’ils ont leurs 5 questions (ou pas) on arrête tout et je leur demande ce qui a pu leur poser problème dans ce genre de travail.
– « Ils ont dit que mes questions étaient nulles » ;
– « Kévin il veut décider pour tout le monde » ;
– « tout le monde parle en même temps » ;
– …etc.
Pendant ce temps j’en profite subrepticement pour commencer au tableau un petit schéma heuristique récapitulatif de leurs récriminations.
Ensuite, je leur demande :
« Qu’est ce que vous auriez pu faire pour que les choses se passent encore plus mal ? »
 Et je remplace par leurs nouvelles réponses leurs réponses précédentes sur le schéma. (Et c’est pas piqué des hannetons !)
Je leur dis alors :
 » Voila ! Super ! Maintenant vous savez comment faire pour que le travail de groupe se passe bien : il faut faire exactement l’inverse de ce qui est au tableau.  »
Et encore une fois je remplace, non plus par le pire, mais par le meilleur.
Et là c’est le moment magique où vous entendez Kévin parler de respect de l’autre, Manfred de créativité (« si ma question avait été plus originale… ! »)…..

Et hop !

J’avais réussi mon second hold-up pédagogique : faire travailler les élèves sur la méthode de travail de groupe et leur faire écrire eux-même les règles qui allaient être instituées en classe (et, si Jessica est sympa, elle vous mettra tout ça sur un beau poster avec des fleurs trop choupinoutes pour les afficher**).

Ensuite j’ai lancé le Ping-Pong Battle en précisant bien que les points recueillis par chaque élève individuellement seraient gagnés par l’équipe entière. Et que même si Manfred n’a au final apporté qu’un point sur les 40 (5 questions, 8 élèves par équipe ça fait 40 points possibles à ramasser, pfft !), si c’est le point de la victoire…
Et tout à coup la cocotte minute qui était prête à exploser est devenue un vrai groupe, soudé comme un pack d’avants français devant des rugbymen néo-zélandais.
Et comme au rugby, je me tamponnais de savoir qui allait gagner mais le match était beau !

—-
* enfin il l’était jusqu’à ce que j’écrive cet article….
** sinon vous ressortez vos feutres et vous le faites vous-même.

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Cadeau d’anniversaire*

[*Cet article a quelques semaines déjà. Mais ce sont les soldes, alors on sort les vieux trucs qui traînent pour faire de la place avant les vacances !]

Aujourd’hui, c’était mon anniversaire.
On s’en tamponne le coquillard, moi la première. Enfin, non, pas vraiment,  et tous les messages numériques reçus aujourd’hui m’ont fait chaud au cœur. Ma fille qui a sauté dans mon lit vers 7h aussi, mais dans un genre un peu différent. Je confirme, la vie vaut d’être vécue !
Alors aujourd’hui, je me suis fait un cadeau pédagogique.

Oui, oui, ça existe !

Un long jeudi de pédagogie

Trois heures de sixième d’affilée le jeudi matin.
Pour débuter la plus loooooongue journée de la semaine.
Pas besoin de vous dire que j’ai pas tellement le choix : soit je m’amuse la première heure et je me morfonds d’ennui les deux suivantes à refaire la même chose, soit je trouve des trucs à faire pour m’amuser un peu pendant trois heures. Je suis en général bon public de mes propres nouilleries, mais c’est pas facile d’être géniale toutes les semaines.

Aujourd’hui, j’ai joué aux situations-problèmes. C’est pas un jeu très original et il y a plein de littérature sur ce sujet dont je vous conseille la lecture. Mais bon sang, j’ai bien rigolé. Cependant, comme je n’ai pas le talent des professeurs des écoles (qui savent faire cela bien mieux que moi et depuis fort longtemps), je m’y suis reprise à trois fois pour faire un truc potable. Du coup, au final, j’ai eu droit à trois cours différents. Et je me suis retrouvée bien dans la mouise pour le cours suivant (ça m’apprendra) parce que le lendemain c’était rebelote pour trois heures avec les sixièmes l’après midi.

Alors concrètement, comment j’ai fait ? (Un jour faudra quand même que je vous montre ce que je fais avec mes élèves !) J’ai juste montré UNE photo et posé UNE question.
On n’imagine pas comment c’est difficile de poser une question pour avoir une réponse*.  Et donc là j’ai mis trois heures à poser la bonne question.
Nobody’s perfect !
Par contre les gamins ils ont pas mis trois heures à trouver plein de bonnes réponses à mes mauvaises questions, eux !

Et puis, cerise sur le gâteau, comme avec les copains on avait eu une discussion sur les devoirs à la maison (en donner ou pas ? quoi donner ?…) je me suis dit qu’on allait apprendre en classe la définition à connaître par cœur.
J’ai adoré.
On l’a répétée, répétée…
Puis au bout d’un moment, Kévin m’a demandé s’il pouvait la chanter, Jessica a tenté une version reggae (un pur échec !), Manfred une version rap et puis Jennifer, qui boudait dans son coin, n’a pas pu résister quand je me suis mise à côté d’elle pour la mimer…
Je sais, ça fait pas sérieux quand des élèves sortent d’un cours en chantant sur tous les tons : « Un littoral est un espace de contact plus ou moins grand entre la terre et la mer« .

Remets en une, patron, c’est ma tournée !

Souvent le lendemain d’un anniversaire, il reste une part de gâteau ou un cadeau arrive en retard.
Bref, un anniversaire, c’est jamais complètement achevé la première journée.

Le lendemain, toute à la joie de finir la semaine avec 3h en compagnie des sixièmes, je me suis fait un deuxième cadeau d’anniversaire.
Je sais, j’abuse.

Kévin (tout sourire) : On peut rentrer en classe, Madame ?
Moi (super sérieuse) : Non.
Kévin (catastrophé) : Bein pourquoi ?
Moi (toujours aussi sérieuse) : Tu ne rentreras que si tu es capable de me réciter ta définition.
Kévin (avec un sourire jusqu’aux oreilles) : Trop fastoche ! « Un littoral… »

Jessica (plus loin dans le rang) : Qu’est ce qui se passe ? Pourquoi on ne rentre pas en classe ?
Manfred (du ton docte de celui qui est bien informé) : Faut réciter la définition avant d’entrer !
Jessica : Ah zut c’est quoi la définition déjà « Un littoral… »
(…)

J’ai eu droit à 25 versions de la définition : récitées, chantées, mimées… et j’ai fini écroulée de rire sous le regard mi-amusé mi-inquiet de mon chef d’établissement qui se demandait pourquoi les élèves étaient encore dans le couloir à cette heure indue.

C’est pourquoi je ne saurai trop vous conseiller de vous faire des cadeaux d’anniversaire pédagogiques.
Et même des cadeaux de non-anniversaire.

C’est si bon !

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* Ça me fait penser à ce super-calculateur qui avait trouvé que la réponse était 42 mais qui avait du fabriquer ensuite un super-super-calculateur pour trouver la question. Ah ! ce cher Douglas Adams !

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Le changement, c’est tout le temps.

J’aime bien le changement. Et j’ai la chance d’avoir un métier changeant. Il existe des permanences (je vous parlerais bien de la permanence des âneries que je lis chaque jour dans divers médias depuis des années mais je ne voudrais pas vous faire déprimer dès la rentrée !) mais ce que je trouve finalement de plus permanent c’est le changement. Changement de lieu de travail, changement de programmes, de ministre… Et puis surtout changement de public. Pas seulement parce que je vois défiler chaque semaine entre environ 120 gamins (j’ai de petits effectifs) mais parce qu’à leur âge on est changeant et imprévisible comme le vent.
J’aime le changement. J’ai dû garder quelque chose de mon adolescence….

Il ne vous aura pas échappé que nous sommes en janvier. Et que se passe-t-il en janvier ? Oui, la galette, les vœux, les bonnes résolutions et tout ça… oui. Mais je veux dire qu’est ce qui se passe dans une salle de classe ? Janvier c’est pile poil le moment où les gamin (et leur prof) commencent à se sentir à l’aise dans leurs pantoufles. On se connaît (j’arrive même, ô miracle ineffable ! à me rappeler de presque tous leurs noms) et si tout s’est bien passé, on se sent en confiance les uns vis à vis des autres.

Et paf ! C’est donc le bon moment pour changer. Pas le premier jour. Non le premier jour, comme le disait l’excellent Jack Koch, on parle un peu martien, on trouve plus ses clefs, on a oublié son code pour allumer l’ordi, on a oublié même à quel point certains collègues peuvent être …. (comment vous dire ça sans m’énerver. Ok, je ne vais rien dire plutôt)

Mais le soir du deuxième jour, l’enseignant, juste après le départ de la horde, resté seul dans sa classe, se demande comment il va bien pouvoir secouer un peu tout ça.

C’est ce que j’ai fait.

Et comme j’aime bien « essayer des trucs », j’ai essayé de changer la disposition de la salle.
Y a pas 56 000 possibilités (sauf si on a la chance de travailler dans cette école suédoise) et j’en ai déjà essayé  pas mal :
– en frontal (parce que quand j’étais jeune je savais pas qu’on pouvait faire autrement) ;
– en V (pour que les élèves se voient) ;
– en U (pour qu’ils se voient encore mieux et pour faire comme la copine prof d’anglais) :
– en îlots (pour qu’ils ne se voient pas trop),
– en carré (Pourquoi pas ? Mais j’évite. Étant donné que je commence mon apprentissage de petite vieille, la faculté m’interdit désormais d’enjamber les tables pour aller faire le guignol au milieu) ;
– le long du mur (parce que les installateurs de salle info ont l’imagination d’une huître)

Depuis la rentrée, mes élèves et moi nous avons donc vécu un temps en U, puis en îlots.
Et là, je sais pas ce qui m’a pris, mais je me suis dit que j’allais la jouer inédite, façon « banquet républicain » : deux longues tablées pour se mettre à table devant de saines nourritures intellectuelles.
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Ça tombait bien,  j’avais envie de faire travailler les 6e sur des projets mais je n’avais aucune idée de la taille des groupes les plus adéquats. Avec cette disposition, ils avaient le choix de former des groupes de 1 à …. 12 !

Il sont donc entrés en classe.
J’ai eu droit à l’habituel chapelet de questions (qui se fait de plus en plus rare au fur et à mesure que l’année avance, et quand le changement devient routinier) :
Jennifer – Pourquoi vous avez mis les tables comme ça madame ?
Moi –  Pourquoi pas ?
Kévin – Bein oui, mais elle est où ma place ?
Moi – Ah bien zutalors : on va faire comment ?
Manfred – On peut se mettre où on veut ?
Moi – Oui, oui….
Machin (un élève que je n’ai jamais eu mais qui commente en passant dans le couloir) – Whaou ! t’as vu la salle ? C’est trop dare !

Je leur ai donc proposé un projet, une mission à accomplir. Deux ou trois phrases de consignes et roule ma poule. Pendant une heure durant  je les ai regardés travailler tous seuls. Je n’ai même pas eu à aider Kévin parce que c’est Manfred qui est venu lui expliquer comment faire ; j’ai juste tendu l’oreille pour être sûre. Au bout du compte, mission accomplie : travail fait, carte réalisée.
Par tous les élèves.
Tous.
Y compris par Jessica qui a recommencé trois fois avec bonne humeur.

Un miracle ? Peut être, mais il s’est quand même reproduit trois fois de suite. Avec chacune de mes classes de 6e !

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Bref si je résume : se lancer dans le changement, oser la prise de risque, faire confiance à l’aptitude à l’autonomie des élèves … la vraie recette pour être heureux en pédagogie !

Ah oui, pour les grincheux* : je n’ai rien traité d’autre que le programme.
Et la cerise sur le gâteau : à la fin de l’heure, je n’ai  pas eu à leur donner de leçon à apprendre. Ce qu’ils avaient fait par eux-mêmes, ils le savaient déjà.

Je vous souhaite à tous une année 2013 pleine de bonheurs pédagogiques !

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* Non, je n’ai cité personne ! Comment ça vous avez entendu quelque chose ? j’ai pensé si fort que ça ????

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