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Cadeau d’anniversaire*

[*Cet article a quelques semaines déjà. Mais ce sont les soldes, alors on sort les vieux trucs qui traînent pour faire de la place avant les vacances !]

Aujourd’hui, c’était mon anniversaire.
On s’en tamponne le coquillard, moi la première. Enfin, non, pas vraiment,  et tous les messages numériques reçus aujourd’hui m’ont fait chaud au cœur. Ma fille qui a sauté dans mon lit vers 7h aussi, mais dans un genre un peu différent. Je confirme, la vie vaut d’être vécue !
Alors aujourd’hui, je me suis fait un cadeau pédagogique.

Oui, oui, ça existe !

Un long jeudi de pédagogie

Trois heures de sixième d’affilée le jeudi matin.
Pour débuter la plus loooooongue journée de la semaine.
Pas besoin de vous dire que j’ai pas tellement le choix : soit je m’amuse la première heure et je me morfonds d’ennui les deux suivantes à refaire la même chose, soit je trouve des trucs à faire pour m’amuser un peu pendant trois heures. Je suis en général bon public de mes propres nouilleries, mais c’est pas facile d’être géniale toutes les semaines.

Aujourd’hui, j’ai joué aux situations-problèmes. C’est pas un jeu très original et il y a plein de littérature sur ce sujet dont je vous conseille la lecture. Mais bon sang, j’ai bien rigolé. Cependant, comme je n’ai pas le talent des professeurs des écoles (qui savent faire cela bien mieux que moi et depuis fort longtemps), je m’y suis reprise à trois fois pour faire un truc potable. Du coup, au final, j’ai eu droit à trois cours différents. Et je me suis retrouvée bien dans la mouise pour le cours suivant (ça m’apprendra) parce que le lendemain c’était rebelote pour trois heures avec les sixièmes l’après midi.

Alors concrètement, comment j’ai fait ? (Un jour faudra quand même que je vous montre ce que je fais avec mes élèves !) J’ai juste montré UNE photo et posé UNE question.
On n’imagine pas comment c’est difficile de poser une question pour avoir une réponse*.  Et donc là j’ai mis trois heures à poser la bonne question.
Nobody’s perfect !
Par contre les gamins ils ont pas mis trois heures à trouver plein de bonnes réponses à mes mauvaises questions, eux !

Et puis, cerise sur le gâteau, comme avec les copains on avait eu une discussion sur les devoirs à la maison (en donner ou pas ? quoi donner ?…) je me suis dit qu’on allait apprendre en classe la définition à connaître par cœur.
J’ai adoré.
On l’a répétée, répétée…
Puis au bout d’un moment, Kévin m’a demandé s’il pouvait la chanter, Jessica a tenté une version reggae (un pur échec !), Manfred une version rap et puis Jennifer, qui boudait dans son coin, n’a pas pu résister quand je me suis mise à côté d’elle pour la mimer…
Je sais, ça fait pas sérieux quand des élèves sortent d’un cours en chantant sur tous les tons : « Un littoral est un espace de contact plus ou moins grand entre la terre et la mer« .

Remets en une, patron, c’est ma tournée !

Souvent le lendemain d’un anniversaire, il reste une part de gâteau ou un cadeau arrive en retard.
Bref, un anniversaire, c’est jamais complètement achevé la première journée.

Le lendemain, toute à la joie de finir la semaine avec 3h en compagnie des sixièmes, je me suis fait un deuxième cadeau d’anniversaire.
Je sais, j’abuse.

Kévin (tout sourire) : On peut rentrer en classe, Madame ?
Moi (super sérieuse) : Non.
Kévin (catastrophé) : Bein pourquoi ?
Moi (toujours aussi sérieuse) : Tu ne rentreras que si tu es capable de me réciter ta définition.
Kévin (avec un sourire jusqu’aux oreilles) : Trop fastoche ! « Un littoral… »

Jessica (plus loin dans le rang) : Qu’est ce qui se passe ? Pourquoi on ne rentre pas en classe ?
Manfred (du ton docte de celui qui est bien informé) : Faut réciter la définition avant d’entrer !
Jessica : Ah zut c’est quoi la définition déjà « Un littoral… »
(…)

J’ai eu droit à 25 versions de la définition : récitées, chantées, mimées… et j’ai fini écroulée de rire sous le regard mi-amusé mi-inquiet de mon chef d’établissement qui se demandait pourquoi les élèves étaient encore dans le couloir à cette heure indue.

C’est pourquoi je ne saurai trop vous conseiller de vous faire des cadeaux d’anniversaire pédagogiques.
Et même des cadeaux de non-anniversaire.

C’est si bon !

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* Ça me fait penser à ce super-calculateur qui avait trouvé que la réponse était 42 mais qui avait du fabriquer ensuite un super-super-calculateur pour trouver la question. Ah ! ce cher Douglas Adams !

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Classé dans classe, récit

Tacles, TIC et toc !

C’est quoi ce titre qui ne veut rien dire ? On ne sait même pas de quoi le billet va parler ! Tant pis pour vous, vous allez être obligés de le lire.
(Pour les Keskelledit qui vont encore faire des remarques désobligeantes, j’ai ajouté (exprès pour eux !) un lexique en bas de page pour les mots suivis d’une astérisque.)

Le tacle….

Il se trouve que j’ai été invitée par un « Observatoire » (vous savez, ces trucs qui font des études sur des sujets de société) pour parler avec d’autres enseignants des usages des TIC* à l’école, avec comme sujet « guest star » le TNI*. On devait être une douzaine d’enseignants, dans des canapés autour d’une table avec des jus de fruits et des petits fours. L’accueil a été chaleureux, l’écoute attentive, les fauteuils confortables. Rien à dire sur ce point là.
Côté panel : des enseignants du primaire et du secondaire, principalement des femmes.
Côté tranches d’âge : de tout. Depuis la jeune collègue qui venait de commencer sa première année, à deux collègues (dont moi) qui accusaient leurs 25 ans de boutique.

Début classique par un tour de table de présentation : prénom, établissement d’exercice et comment on utilise le numérique dans nos classes. J’ai réussi à ne pas rire quand j’ai entendu (texto) : « Moi j’utilise un logiciel, je ne sais pas si vous connaissez, ça s’appelle PowerPoint ».

Plus sérieusement, ils ont cité les manuels numériques, les traitements de texte, les ENT* et internet pour faire des recherches, enfin tout ce qu’on retrouve dans le rapport de la DEPP sur les usages du numérique à l’école. Ils ont souligné la fracture entre un lycée numérique des Hauts de Seine et une école primaire mal dotée en matériel. Et aussi le défaut criant de maintenance, porté sur les seules épaules de « personnes ressources », ces profs qui entretiennent les parcs informatiques des établissements en heures supplémentaires. (Imaginez la même chose dans une entreprise privée. Un peu comme si les caissières de votre supermarché préféré, après leurs journées de boulot, s’occupaient du réseau informatique du magasin, transbahutaient les bécanes, appelaient le SAV pour avoir des cartouches d’encre, démontaient l’ordinateur de leur gérant pour lui remettre un peu de RAM, et expliquaient à leur chef de rayon comment installer la dernière version du logiciel de gestion de stock…)
Il y a eu aussi bien sûr l’incontournable évocation de l’échange de mails (doit-on ou non donner son adresse mail à ses élèves ?) et l’invasion de Facebook (c’est mal !)

Le tacle….

Au fur et à mesure que la discussion avançait, j’ai senti comme une absence.
Je me disais que forcément à un moment on allait en parler. Que quelqu’un prononcerait au moins LE mot.
Et c’est là, pendant ces deux heures, que j’ai pris conscience de ce que pouvait signifier la phrase qu’on m’oppose souvent quand je parle de l’usage du numérique en classe (en général d’ailleurs pour balayer mes arguments) : « Oui, mais toi, t’es un cas spécial ».

Je suis un cas spécial parce que quand j’en arrive à penser « TICE », c’est parce que j’ai d’abord pensé « Programmes » puis « Élève », puis « Pédagogie »…. et qu’en suite je pense « outil » et que je cherche ce qui va me permettre de réussir la quadrature de ce cercle imparfait, avec les moyens techniques dont je dispose.

Je suis un cas spécial parce que j’ai enseigné pendant quinze ans dans une salle de classe que j’avais fini par organiser à mon idée : vingt-huit ordinateurs portables et un réseau wi-fi*, un vidéo-projecteur et un TNI e-beam (moins encombrant et moins coûteux), un vieux rétroprojecteur, une bibliothèque bien fournie, du papier, des crayons de couleur, des maquettes, des cartes, des plans…. (Je vous rassure, je suis depuis redevenue TZR et j’ai trois salles différentes pour faire cours, dont une seule reliée à un internet arthritique…)

Tout ça n’était pas tombé du ciel.
Le matériel informatique, il avait fallu en faire la demande auprès du Conseil Général, appuyé sur un projet pédagogique précis. Et quand j’avais rencontré le responsable du CG venu faire un tour dans nos locaux, il m’avait dit : « Ça fait plaisir de voir que le matériel qu’on donne est utilisé à bon escient. Je visite tellement d’établissements dans lesquels les PC sont encore dans leur emballage. Qu’est ce qu’il vous faut encore ? Je vous le donne ! ». J’avais répondu : « Rien ».

Les TIC

Donc, dans cette réunion d’enseignants, quand mon tour est venu de parler, j’ai répondu que j’étais bien incapable de dire de quels outils je me servais parce que ce n’était pas ma première préoccupation et que je prenais l’outil que je trouvais en fonction du projet pédagogique que j’avais. J’ai cité dans le désordre les Google Earth, Etherpad, Freemind, les blogs, les bases Joconde et Mérimée, Wikipédia, YouTube et Dailymotion, Calaméo, Google Docs, Prezi, Open Office, Gimp, des SIG, Netvibes, Audacity*…..
À voir la tête des gens autour de moi (sauf l’animateur, qui lui avait l’air de comprendre) j’ai réalisé que j’aurais pu parler en kalmouke.
Ce n’était pas tellement la débauche de vocabulaire qui les dérangeaient (bon OK, si un peu, puisque certains ne savaient pas faire la différence entre Windows Vista et Microsoft Office… ).  C’était surtout la grammaire.

L’idée de placer la pédagogie avant l’outil leur semblait incongru. Comme si j’avais mis la charrue avant les bœufs. On a des outils, et donc on les utilise, non ?

Cela dit, je comprends leur incompréhension.
Les expérimentations nationales qui sont lancées en ce moment (par exemple celle des manuels numériques) ne sont pas de mauvaises choses en soi. On donne aux enseignants des « bœufs » numériques pour tirer leur charrette pédagogique. Alors, il attèlent leur vieille charrette à leurs nouveaux bœufs et « en route la voiture Simone ! » (comme dirait une jeune demoiselle dont la maman lira sûrement ces lignes et qui se reconnaîtra). Au début c’est pas facile à conduire comme attelage, mais avec une petite explication formation, ça finit par marcher.
Par ailleurs, les collectivités territoriales ont doté les établissements parfois de façon spectaculaires. C’est leur rôle à jouer dans la grande opération de l’entrée du numérique à l’école. Des TNI, des vidéoprojecteur, des charriots mobiles pleins de PC portables ont fait leurs entrée dans les établissement scolaires entièrement câblés avec accès à Internet dans toutes les salles. (Enfin surtout dans les collèges et les lycées. Les communes sont moins riches et il y a moins d’ordinateurs dans les écoles pour une simple raison d’échelle.)

Donc, les outils existent. Ou vont bientôt exister.
Et, ne vous en déplaise, il y a des « formations ». Une journée pour apprendre à se servir d’un TNI et de son logiciel intégré, pour utiliser le vidéproj’, pour utiliser l’ENT.
Des formations aux outils.
Jamais de formation aux usages. Ou alors uniquement sur la base du volontariat dans le cadre des Plans Académiques de Formation.

Cela dit, comme on a donné des TIC aux enseignants, ils les utilisent parce que ce sont des gens consciencieux et qu’ils n’aimeraient pas que l’argent du contribuable soit dépensé en pure perte.

Et toc !

Donc, je suis « un cas ».
Parce que j’utilise les TIC en fonction de mes besoins pédagogiques (enfin surtout pour les besoins pédagogiques de mes élèves), me voila classée parmi les profs « technophiles »,  ceux qui sont plus intéressés par les tuyaux que par leurs contenus, sans doute parce que je suis née avec. C’est sympa, ça me rajeunit d’un coup de passer de la génération de ceux qui ont appris à écrire à l’encre violette et à la plume sergent-major (je vous assure, c’est vrai en plus !) à celle des Digital Natives.

Si c’est ça être « un cas », finalement, ça me rassure parce que  je suis loin d’être la seule. Tous ces outils que j’utilise, je les ai pas trouvés dans la bannette du chat. Je les ai trouvés auprès de gens divers et variés, des « techos* purs », des profs pionniers, les collègues québécois (et même au Nunavut !), des copains gameurs*, des élèves, des sites internets collaboratifs ou pas. Je n’invente rien, même si je garde ma curiosité en éveil. Et je ne travaille jamais seule.

Donc, je crois que je vais continuer à être « un cas », avec chevillée au corps la conviction : « Soyons pédagogues and the rest  will follow… »
Et toc !

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*TIC : Technologies de l’Information et de la Communication. On peut trouver aussi TICE (quand les TIC s’appliquent à l’Éducation) ou TUIC (un acronyme qui a du mal à prendre pour Techniques Usuelles de l’Information et de la Communication). A na pas confondre avec les Transports Inter Communaux ou le très sérieux Travel Insurance Coordinators Canadien.

*TNI : Tableau Numérique Interactif, aussi parfois appelé TBI (Tableau Blanc Interactif). A ce sujet, et si vous voulez tout savoir sur le sujet (et en plus vous payer une bonne tranche de rigolade), je vous conseille la lecture de l’excellent billet de mon camarade Ticeman. Je suis juste un peu dégoutée de ne pas l’avoir écrit moi même.

* ENT : Espace Numérique de Travail

*Wi-fi : Je sais que vous savez ce que c’est le wi-fi.  C’est juste que je voulais rendre hommage à mon ami José, auxiliaire d’enseignement embauché pour la maintenance informatique, qui est arrivé un mardi midi dans ma classe avec une perceuse monstrueuse en me disant : « Je vais faire un trou dans le carrelage et à 13h30 t’auras internet dans ta salle ! » Le pire c’est qu’il l’a fait !

*Pour les noms de sites et de logiciel, Google, Yahoo et  Wikipédia sont vos amis….

* Techos : technicien. Genre maigrichon à lunettes qui mange des pizza devant un PC et qui vous regarde de haut parce que vous êtres incapable de faire la différence à l’odeur entre de la DDRam et de la SDRam.

*Gameur : version light du précédent. S’intéresse principalement aux performances de sa carte vidéo. Est surtout capable de vous refiler le nom du mec qui vend des plumes de phénix dans FFXIV et de vous raconter sa nuit de frags avec ses potes russes. Se nourrit aussi fréquemment de pizza. Il existe une version no-life du gameur, mais en général il est beaucoup moins maigrichon.

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Classé dans pédagogie, TIC

Heuristiquement vôtre

Je ne sais pas si vous avez ressenti la même chose que moi, mais en ce moment, je trouve que les « schémas heuristiques » sont à la mode dans les milieux pédagogiques.
(« Et puis les finlandais… », « PISA, gnagna…. »)
Enfin, un truc que des gens appellent des « schémas heuristiques ».
Je sens que je ne vais pas me faire que des amis avec ce billet, mais bon, à quoi ça sert de tenir un blog si on ne peut pas se défouler de temps en temps ?

Commençons par une définition de la chose…

L’heuristique, c’est l’art de trouver, de découvrir. C’est un mot d’origine grecque qui vient du verbe εὑρίσκω qui signifie « je trouve ».

Dans le domaine éducatif, faire de l’heuristique, c’est une méthode qui consiste à faire découvrir par l’élève ce qu’on veut lui enseigner. C’est pas moi qui le dit, c’est Piaget en 1973. « Il est indispensable (…) d’accorder la préférence à l’investigation heuristique des questions plutôt qu’à l’exposé doctrinal des théorèmes » .

Bon, pour être complètement rigoureuse, un petit rappel : un schéma c’est une représentation graphique réduite à l’essentiel et souvent symbolique, mais où toutes les informations se trouvent données de façon précise.

Les schémas heuristiques en classe

Donc, pour résumer, faire un schéma heuristique en classe c’est obtenir graphiquement, simplement mais de façon complète, le résultat de la recherche d’un élève. Et s’il y a des représentations symboliques personnelles à l’élève dans le schéma c’est encore mieux.

Et c’est tout. Tout le reste relève à mon avis de « je-ne-sais-pas-quoi-mais-autre-chose » (dans le meilleur des cas),  ou bien de la supercherie (au pire), mais le plus souvent d’une mauvaise interprétation du terme heuristique.
Par exemple, dire « J’utilise les schémas heuristiques avec mes élèves », la plupart du temps se résume au fait que vous donnez un document, fruit de vos recherches, à vos élèves. Et donc que VOUS avez fait de l’heuristique ; pas vos élèves. Ce que vous leur avez donné c’est pour eux, ni plus ni moins un schéma logique, une représentation spatiale de quelque chose que vous auriez très bien pu écrire de façon linéaire.
Autre exemple, dire, « J’ai donné un schéma heuristique à compléter à mes élèves », est un non-sens. Vous auriez très bien pu leur donner un « texte à trous ». Vous avez fait simplement un « texte à trou » graphique.
Je ne dis pas que ces deux démarches sont à proscrire, je dis simplement que cela n’a rien à voir avec l’heuristique.

Et que l’heuristique ne passe pas obligatoirement pas un schéma. Heureusement !

Pourquoi utiliser les schémas heuristiques en classe ?
En réalité, la vraie question est : P
ourquoi utiliser des schémas en classe ?

Vous allez trouver que je suis une obsédée du cerveau, mais c’est à cause du fonctionnement de celui de l’Homo Sapiens qu’ont peut trouver un intérêt pédagogique (mais pas seulement) à utiliser des représentations visuelles.

Il existe une théorie qui voudrait que l’hémisphère gauche de notre cerveau soit le siège de la communication verbale, de la logique et de l’analyse séquentielle, et notre hémisphère droit celui de nos facultés de traitement de l’image et de la communication non verbale, de l’intuition, de l’empirisme, de l’analogie. Bon évidement, c’est une théorie basique et simpliste et le cerveau est quand même plus complexe que ça. Il est doté d’une plasticité remarquable et sait même s’adapter quand certaines zones tombent en panne.

Par contre, il est très clair que nous avons tous, personnellement, développé des compétences qui font que notre intelligence est plus sensible à certaines choses et moins à d’autre. Ce qui ne veut pas dire que nous ne pouvons pas faire ces autres choses, mais que nous choisissons inconsciemment de développer celles pour lesquelles nous avons le plus de facilités. (Là il faudrait que je vous parle un peu de la théorie des intelligences multiples, mais comme c’est quelque chose qui me tient à coeur, je le développerai dans un autre billet.)

L’École, depuis qu’elle existe (et ça fait un paquet de lurettes…), favorise pour la transmission des savoirs les compétences verbales, l’apprentissage logique, le savoir linéaire. Et cela convient à la plupart des gens. Les autres ? Pour une grande majorité, ils s’adaptent comme ils peuvent et développent leur cerveau et leur intelligence en conséquence. Une minorité ne parvient pas à s’adapter et reste devant tous ces savoirs comme une poule devant un couteau. Par contre, si on leur présente la même chose d’une façon qui leur convienne d’avantage (non linéaire, non verbale….) tout d’un coup, ils sentent comme un grand bol d’air et ce qui leur paraissait abscons devient compréhensible. Les élèves soufrant de certaines formes de dyslexie par exemple, vont tout à coup se sentir bien mieux.

Il est donc du devoir du pédagogue de présenter et de permettre à ses élèves de présenter les choses à la fois de façon verbale ET non verbale, de façon linéaire ET non linéaire, en utilisant les compétences logiques ET le raisonnement empirique. Pour que certains élèves utilisent ce qui leur convient le mieux. Les laisser faire leur choix. Librement.

Oui, mais le pédagogue, il a aussi ses préférences. Et c’est là que ça coince. Un schéma comme trace écrite d’un cours ? Avec des petits dessins ? Allons ! Voyons ! ce n’est pas sérieux ! Un cours c’est en trois parties, avec trois sous parties et des belles phrases bien tournées. Pas avec des petits mickeys !
Et bien non, un cours, ça peut être aussi noté comme ça :

Cahier d’histoire d’un élève de 6e.
La question centrale était :
« Qu’est ce que les hébreux nous ont laissé ? »
Le travail a été individuel, puis collectif.
Par contre les icônes illustrant les mots sont personnelles à chaque élève.

Mais le pédagogue, il faut qu’il se force un peu. Ou alors qu’il accepte l’idée qu’il va de façon délibérée, refuser d’aider certains de ses élèves. Rien que l’idée devrait normalement empêcher le pédagogue de dormir. Alors, soucieux de s’assurer le sommeil du juste, il pourra judicieusement se tourner vers un collègue pour qui c’est plus facile (sinon naturel) et travailler à deux. (Et commander à son service de gestion des feuilles A3 et des crayons de couleur…)

Oui, mais que vont dire les parents ?
Les parents, si vous leur expliquez, ils ne sont pas idiots, ils comprendront votre démarche. Voire même pour certains, ils comprendront vos cours un peu plus facilement.

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Si vous cherchez « heuristique » + « classe » dans votre moteur de recherche préféré, vous trouverez tout un tas de belles et bonnes choses, que je vous laisse découvrir.
J’ai toutefois une certaine réticence face à un usage quasi systématique de l’informatique pour faire ce type de schémas, qui ne se justifie pas à mon avis.

Juste deux liens et un livre :

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PS : Les définitions viennent de l’excellent portail Lexilogos.

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Les invariants pédagogiques de Célestin Freinet

Ce texte date de 1964.
Il est toujours et plus que jamais d’actualité.

Source : http://www.freinet.org

…C’est une nouvelle gamme des valeurs scolaires que nous voudrions ici nous appliquer à établir, sans autre parti-pris que nos préoccupations de recherche de la vérité, à la lumière de l’expérience et du bon sens. Sur la base de ces principes que nous tiendrons pour invariants, donc inattaquables et sûrs, nous voudrions réaliser une sorte de Code pédagogique …

Invariant n°1 L’enfant est de la même nature que nous.
Invariant n° 2 Être plus grand ne signifie pas forcément être au-dessus des autres.
Invariant n° 3 Le comportement scolaire d’un enfant est fonction de son état physiologique, organique et constitutionnel.
Invariant n° 4 Nul – l’enfant pas plus que l’adulte – n’aime être commandé d’autorité.
Invariant n° 5 Nul n’aime s’aligner, parce que s’aligner, c’est obéir passivement à un ordre extérieur.
Invariant n° 6 Nul n’aime se voir contraint à faire un certain travail, même si ce travail ne lui déplaît pas particulièrement. C’est la contrainte qui est paralysante.
Invariant n° 7 Chacun aime choisir son travail, même si ce choix n’est pas avantageux.
Invariant n° 8 Nul n’aime tourner à vide, agir en robot, c’est-à-dire faire des actes, se plier à des pensées qui sont inscrites dans des mécaniques auxquelles il ne participe pas.
Invariant n° 9 Il nous faut motiver le travail.
Invariant n° 10 Plus de scolastique.
Invariant10 bis Tout individu veut réussir. L’échec est inhibiteur, destructeur de l’allant et de l’enthousiasme.
Invariant10 ter Ce n’est pas le jeu qui est naturel à l’enfant, mais le travail.
Invariant n° 11 La voie normale de l’acquisition n’est nullement l’observation, l’explication et la démonstration, processus essentiel de l’École, mais le Tâtonnement expérimental, démarche naturelle et universelle.
Invariant n° 12 La mémoire, dont l’École fait tant de cas, n’est valable et précieuse que lorsqu’elle est vraiment au service de la vie
Invariant n° 13 Les acquisitions ne se font pas comme l’on croit parfois, par l’étude des règles et des lois, mais par l’expérience. Étudier d’abord ces règles et ces lois, en français, en art, en mathématiques, en sciences, c’est placer la charrue devant les bœufs.
Invariant n° 14 L’intelligence n’est pas, comme l’enseigne la scolastique, une faculté spécifique fonctionnant comme en circuit fermé, indépendamment des autres éléments vitaux de l’individu
Invariant n° 15 L’École ne cultive qu’une forme abstraite d’intelligence, qui agit, hors de la réalité vivante, par le truchement de mots et d’idées fixées par la mémoire.
Invariant n° 16 L’enfant n’aime pas écouter une leçon ex cathedra
Invariant n° 17 L’enfant ne se fatigue pas à faire un travail qui est dans la ligne de sa vie, qui lui est pour ainsi dire fonctionnel.
Invariant n° 18 Personne, ni enfant ni adulte, n’aime le contrôle et la sanction qui sont toujours considérés comme une atteinte à sa dignité, surtout lorsqu’ils s’exercent en public.
Invariant n° 19 Les notes et les classements sont toujours une erreur
Invariant n° 20 Parlez le moins possible
Invariant n° 21 L’enfant n’aime pas le travail de troupeau auquel l’individu doit se plier comme un robot. Il aime le travail individuel ou le travail d’équipe au sein d’une communauté coopérative
Invariant n° 22 L’ordre et la discipline sont nécessaires en classe.
Invariant n° 23 Les punitions sont toujours une erreur. Elles sont humiliantes pour tous et n’aboutissent jamais au but recherché. Elles sont tout au plus un pis-aller.
Invariant n° 24 La vie nouvelle de l’École suppose la coopération scolaire, c’est-à-dire la gestion par les usagers, l’éducateur compris, de la vie et du travail scolaire.
Invariant n° 25 La surcharge des classes est toujours une erreur pédagogique.
Invariant n° 26 La conception actuelle des grands ensembles scolaires aboutit à l’anonymat des maîtres et des élèves; elle est, de ce fait, toujours une erreur et une entrave.
Invariant n° 27 On prépare la démocratie de demain par la démocratie à l’École. Un régime autoritaire à l’École ne saurait être formateur de citoyens démocrates.
Invariant n° 28 On ne peut éduquer que dans la dignité. Respecter les enfants, ceux-ci devant respecter leurs maîtres est une des premières conditions de la rénovation de l’Ecole
Invariant n° 29 L’opposition de la réaction pédagogique, élément de la réaction sociale et politique est aussi un invariant avec lequel nous aurons, hélas! à compter sans que nous puissions nous-mêmes l’éviter ou le corriger.
Invariant n° 30 Il y a un invariant aussi qui justifie tous nos tâtonnements et authentifie notre action: c’est l’optimiste espoir en la vie.

Je reviendrai sur tout cela dans les billets suivants….

(à suivre)

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