Mon plus beau manuel scolaire, c’est …

Dans un précédent billet, je m’interrogeais… non, en fait je ne m’interrogeais pas, je disais pourquoi, à mon avis, dans la plupart des cas, on ferait mieux de se passer des manuels scolaires.
Je comprends bien que ce genre de position puisse chagriner certains d’entre vous.
Pour me faire pardonner, je vais essayer de vous expliquer comment j’ai décidé depuis quelques années d’être abstinente, sur le plan des manuels scolaires tout au moins.

 

Mon manuel idéal…

La première des raisons, c’est que mon manuel idéal, il n’existe pas. En tous les cas pas dans ma matière*.
D’ailleurs, et afin de ne pas faire comme tous ceux qui parlent de ce qu’ils ne connaissent pas et dont je prends souvent plaisir à moquer les travers, la totalité de ce qui va suivre ne parlera que d’histoire, de géographie et d’éducation civique (tant que cela porte ce nom).

Mon manuel idéal d’abord, il serait gratuit. Comme tout ce que je produis pour mes élèves grâce à l’institution qui me nourrit, mon travail est déjà rémunéré**. La plupart des données que j’utilise sont disponibles légalement et gratuitement puisqu’elles émanent d’organismes officiels qui ont obligation de publication. Enfin la plupart des images que j’utilise sont libres de droit pour un usage non commercial, qu’il s’agisse de banques d’images prévue à cet effet ou bien de sites dont le visionnage gratuit est complètement légal.
Du coup, mon manuel idéal il serait dématérialisé mais imprimable si je le souhaite en partie, parce qu’il y aura toujours un Kévin ou une Jessica qui n’aura pas accès à un réseau numérique.
Et donc forcément, mon manuel idéal il serait réalisé dans un format totalement interopérable, disponible à tous, tout le temps et sur tout support.
Mon manuel idéal, il serait complètement modulable et transformable. Selon mes envies, mes besoins, et celui de chacun de mes élèves.
Mon manuel idéal, il serait partagé avec tous ceux que ça intéresse quel que soit le lieu où ils se trouvent. Mon manuel idéal ne connaitrait aucune frontière.

Mon manuel idéal, j’avais eu l’idée de le créer, il y a quelques années, au sein d’une association qui a depuis tellement changé d’objectif, que je préfère ne même pas en parler. De toute façon, vu que mon nom a disparu de tout ce que j’ai pu y construire d’intéressant, oublions cela.

Alors, quand je réfléchis bien, je me dis que mon manuel idéal il existe déjà. Il est là sous vos yeux.

… c’est vous

Vous êtes mon manuel idéal.

Ah oui, c’est vrai, mon manuel idéal il n’a pas l’esthétique d’un beau manuel scolaire tout neuf, avec une belle couverture qui brille et une belle charte graphique qui va bien et qui accorde une double page à chaque chapitre (et pas un mot de plus).

Mon manuel idéal est le fruit du travail de millions d’enseignants qui tous les jours enseignent et s’efforcent de le faire avec intelligence, bienveillance et respect de leurs élèves. Beaucoup d’entre eux partagent leurs réflexions, leurs essais, leurs erreurs. D’autres saisissent au bond ce qui leur plait, le transforment, l’adaptent, l’améliorent et remettent en jeu une nouvelle idée, une nouvelle pratique, un truc qui a fonctionné, un autre qui n’a pas du tout été concluant, pour que d’autres encore s’en saisissent… et en fasse ce que bon leur semble.

Internet et les réseaux sociaux sont de puissants vecteurs de connaissance parce qu’en plus on n’y croise pas que des profs. La théorie des 6 degrés de séparation de Frigyes Karinthy date de 1929. Aujourd’hui, elle se réduit à 4. Je suis donc à 4 degrés de séparation de toute information dont je peux avoir besoin pour construire mon cours. Grâce à vous.

Je ne fais pas partie des collègues qui sont nés à l’enseignement avec une souris à la main. Mais je ne me suis jamais sentie propriétaire de mes cours. C’est sans doute pour cela que j’ai plongé dans le bain d’Internet dès que cela a été possible. Parce que la vocation même du réseau mondial est le partage d’information. Le partage. Né dans les murs d’une université, où pouvait-il mieux s’épanouir que dans l’éducation ?

Et pourtant. Nulle part ailleurs que dans l’Éducation, Internet n’est à la fois aussi diabolisé (« télécharger est illégal » ai-je pu lire sur un diaporama officiel destiné aux élèves), aussi verrouillé (allez voir ce qu’en disent les collègues du Jura et ce qu’ils vivent avec leurs tablettes distribuées par le département) et aussi promu.

Notre Éducation Nationale a toujours fonctionné en réseau vertical. Internet est un réseau horizontal. Un lieu d’égalité. Pour le meilleur et pour le pire. Alors forcément ça inquiète. Tout ce qui ne serait pas validé institutionnellement n’aurait aucune valeur ? Cela reviendrait à dire que les enseignants, malgré leur expertise professionnelle et leurs concours seraient d’éternels mineurs pédagogiques, même pas capables de produire des ressources valables ? Ou de juger de la pertinence d’une ressource ?

Pour le meilleur. Je travaille sous le regard de mes pairs, de mes élèves, de leurs familles. Je donne librement ce que j’ai eu la chance de pouvoir recevoir. J’aime à me dire que quelques-unes des graines que j’ai pu semer ont leur part dans la luxuriance qui m’entoure. Et qui se retrouve dans les cahiers de mes élèves. Et dans leurs têtes aussi.

Pour le pire. Parce qu’il existera toujours des indélicats qui n’hésiteront pas à s’approprier le travail des autres et à en tirer gloire. Je les plains. Sans doute croient-ils encore que personne ne s’en rend compte. Ou qu’il est honteux de mutualiser son travail avec ses pairs. Je ne m’étonne guère que ceux-là n’imaginent même pas former leurs élèves au travail collaboratif.

Ça me rappelle une anecdote relatée par un IA-IPR aujourd’hui retraité mais qui avait déjà tout compris. Lors d’une inspection, il avait rencontré un collègue plongé dans le numérique jusqu’au cou qui lui avait fièrement présenté une animation réalisée pour ses élèves. Du fait main, du format Flash écrit en ligne de code. Des heures de boulot. De la belle ouvrage. Cet inspecteur nous avait fait part de son triste dilemme : il ne pouvait décidément pas dire à cet orfèvre que son long et fastidieux travail avait déjà été fait ailleurs par un autre et qu’il aurait pu d’un clic de souris s’éviter bien des soirées en tête à tête avec son clavier. Et de conclure : « La clé aujourd’hui, c’est de mutualiser ! »
C’était il y a dix ans.

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* On me souffle dans l’oreillette que celui de Sésamath pourrait figurer dans le haut du panier. Je n’ai pas les pré-requis pour juger, mais j’ai une totale confiance en ma source !
** Je préfère ne pas vous dire ce que je pense de ceux qui VENDENT leurs cours. Si, si, ça existe. Faites moi plaisir, ne les achetez pas !

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La grande affaire des manuels scolaires

Si tout se passe bien, l’année scolaire 2016-2017 devrait se faire sous le signe de la Réforme du collège. Cette réforme implique la rédaction de nouveaux programmes et d’une nouvelle organisation de l’enseignement obligatoire en cycles qui devraient faire le lien entre l’école élémentaire et le secondaire, liant CM1/CM2/6e dans une continuité logique des apprentissages. Je vous explique tout cela pour commencer parce que mes chers Keskelledit* qui me lisent ne sont peut-être pas au fait de ce qui met en ce moment le monde éducatif en ébullition, au point que certains se disent prêts à « entrer en guerre ». Oui, je sais, ce sont des propos un peu ridicules, mais bon, il y a des Pichrochole** partout, même dans la maison Éduc’ Nat’.

La Réforme du collège et ses conséquences.

Une des conséquences de cette révolution, que nous sommes nombreux à espérer vraiment copernicienne, sera qu’en 2016 les programmes de tous les niveaux seront bouleversés, dans toutes les matières.
Dans le primaire, les collègues ont une classe, parfois à deux ou trois niveaux. Dans le secondaire on a rarement moins de trois niveaux. Quand ce n’est pas quatre (en éducation musicale par exemple) ou sept quand on a la chance d’être remplaçant, voire plus.
Bref, on commence à s’inquiéter dans les salles de profs du fait qu’il va falloir TOUT refaire. Et que ça va pas se faire tout seul.

Heureusement, il y a les manuels scolaires !

Mais, me direz-vous, les enseignants n’ont-ils pas à leur disposition la bouée de sauvetage ultime : le manuel scolaire ? Oui, sauf que les éditeurs sont aussi en train de se faire du souci, parce que pour eux l’échéance va être encore plus courte. Il faudra que les manuels soient parus pour septembre 2016, avec l’intégralité des cours dedans. Normalement, nous devrions voir rapidement tomber dans nos boites mail des propositions de travail d’éditeurs en manque d’auteurs.

Autre pierre d’achoppement : l’achat de ces manuels (si tant est qu’ils soient disponibles en temps et en heure). Dix bouquins neufs par élèves, ça commence à chiffrer pour un établissement. Allez, si on est sympa, on prend un manuel pour deux dans chaque discipline. Pour un bahut de 500 gamins, et en comptant 20€ par bouquin (mini) ça fait au bas mot 50.000 €. Payés par l’État. C’est-à-dire par nos impôts.
Si ça peut vous rassurer, ça va redonner un peu de liquidités au monde de l’édition scolaire et parascolaire.
Et c’est là que j’arrive avec ma mauvaise tête et que je pose une vraie question : pourquoi acheter des manuels scolaires ?

Pourquoi acheter des manuels scolaires ?

Une très jolie enquête de 2001 (commandée par qui, je vous le donne en 1000 ? ***) nous apporte LA réponse en chiffres (et ce n’est pas à vous que je vais apprendre que les chiffres donnent un caractère d’exactitude à tout) :
« Avec des manuels, 70% des élèves réussissent mieux, 66% ont plus d’autonomie, et 78% des professeurs effectuent moins de photocopies. Pourquoi ? »
Dans l’analyse de cette enquête, le manuel scolaire a pour l’élève plusieurs visages : symbolique, pédagogique, éducatif et culturel. C’est la base du savoir.
Pour l’enseignant, il est un outil d’application des programmes, une base documentaire, un recueil d’exercices, un support de différenciation.
Pour les parents, il est une trace des leçons, un support de dialogue, un objet symbolique qui « donne une certaine légitimité aux connaissances acquises à l’école » « Il est, en particulier dans les familles à faible capital scolaire, le référent, l’attribut de l’école par excellence. Les parents « s’y retrouvent ». Une institution dans laquelle les enfants ont des livres est conforme à leur image de l’école. »
Bref, les manuels scolaires, c’est l’arme ultime contre le décrochage scolaire, le dérèglement climatique et le respect de l’institution républicaine. Pour la résolution de la faim dans le monde et contre la prolifération nucléaire, on n’en est pas encore certains mais on devrait finir par trouver un lien.

Pourquoi ne pas acheter de manuel scolaire ?

Tant qu’à être encore une fois taxée de terrorisme pédago(go)gique, je ne vais pas y aller par quatre chemins. En 2016 je ferai tout pour dissuader mon établissement de l’achat de ces manuels. Et pas seulement pour des raisons économiques, même si je sais que ce sera le seul véritable argument qui pèsera dans la balance. Vous voulez des arguments ? En voila 10. Il doit y en avoir des dizaines d’autres…

  1. Dans de nombreuses matières, un manuel est obsolète lors de sa publication. C’est particulièrement vrai en géographie, puisque les données utilisées, compte tenu des délais de parution, ont au moins 3 ans, voire plus.
  2. Le manuel pousse les enseignants à l’encyclopédisme. Puisque le manuel doit être utilisable par tous, il propose tout ce que les programmes prévoient, voire même un peu plus.
  3. Le manuel propose des exercices qui, s’ils permettent de différencier ne permettent pas d’individualiser l’enseignement.
  4. Les manuels proposent des documents en nombre limité, dont la pertinence ne tient pas toujours dans le temps.
  5. Les manuels dits « numériques » ou « augmentés » sont soumis au droit d’auteur classique et ne sont à disposition des élèves que le temps de l’abonnement de leur établissement.
  6. Les manuels, même « numériques » ou « augmentés » ne peuvent être modifiés par les enseignants pour les adapter à leurs pédagogies ou à leurs élèves.
  7. Les manuels, même « numériques » ou « augmentés » ne peuvent pas être réutilisés par les enseignants pour une publication numérique.
  8. Les manuels, à force de ménager la chèvre et le chou, sont restés dans un entre-deux intenable. Les résumés de cours sont trop denses et les questionnements trop simplistes. Trop simples pour les profs. Trop complexes pour les élèves.
  9. Les manuels ne font pas confiance aux enseignants. En leur proposant un cours « clé en main », guidé de A à Z (y compris dans le Livre du professeur), il leur laisse à penser qu’il s’agit des seules « bonnes pratiques » possibles et rendent encore plus difficile toute innovation.
  10. Les manuels oublient que l’enseignant n’est plus seul face à ses élèves, face aux savoirs, face aux pratiques pédagogiques. Il ne laisse aucune place à la collaboration, au partage, à la mutualisation des savoirs et des savoir-faire.

La solution ?
Ce sera pour le billet suivant (qui était celui que je pensais écrire en commençant celui là, mais on ne fait pas toujours ce qu’on veut ma bonne Lucette !).

PS : Je tiens à préciser que je ne mets pas dans le même sac les éditions LeLivreScolaire, dont les ouvrages, dans beaucoup d’aspects, se rapprochent de mon manuel idéal.

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* Et vous savez combien je vous aime !
** Pichrochole ? Kézaco ? Wikipédia est ton ami !
** La source est .

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10 bonnes raisons de disposer une salle de classe en îlots

(Source de l’image : le blog de Claire Lommé « Pierre Carrée »)

  1. Quatre tables accolées permettent de disposer de plus de place. Deux tables individuelles offrent plus d’espace qu’une table de deux. Et en prime, ça fait huit bords de table en moins pour faire tomber des trucs.
  2. Les élèves n’étant plus face au tableau mais sur le côté, cela les incite à moins le regarder s’ils ont à le faire et leur permet d’exercer davantage leur mémoire courte.
  3. Quand quatre élèves discutent entre eux, ça fait moins de bruit quand ils sont face à face que s’ils se trouvent les uns à côté des autres. Qu’ils parlent du travail ou d’autre chose.
  4. La disposition en îlots offre une certaine intimité aux élèves et leur donne l’impression d’être en petit effectif. Un groupe est une entité physique, visible dans l’espace de la classe.
  5. C’est plus facile pour l’enseignant(e) de tourner autour du groupe pour aller auprès de chaque élève que de circuler dans des rangs.
  6. Il n’y a plus d’élèves au premier rang ni d’élève au fond de la classe.
  7. C’est plus facile de différencier les apprentissages en ne donnant pas la même chose à faire à chaque groupe.
  8. Sur un groupe de quatre élèves, c’est plus facile de trouver un élève plus compétent qui pourra aider les trois autres que quand les élèves travaillent par deux.
  9. Les îlots de quatre tables individuelles sont faciles à transformer en îlots de trois ou de cinq.
  10. On peut travailler individuellement même quand la salle est disposée en îlots. C’est beaucoup plus difficile de travailler en groupe quand on est aligné.

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Merci Monsieur Terry Pratchett

Sir Terry Pratchett nous a quitté cette semaine. Vous lirez peut être dans la presse des articles évoquant son immense œuvre littéraire, son humour, son combat contre la maladie et son ardeur à défendre le droit de mourir dans la dignité.  Son humanité, il l’a si bien racontée dans ses livres. Il a donné vie à tant de personnages incroyables. Samuel Vimaire et sa droiture inexorable, Mémé Ciredutemps et sa bienveillance acariâtre…
Pour lui rendre hommage, je n’ai rien trouvé de mieux que de vous proposer la lecture d’un extrait de « A hat full of sky », paru en France aux éditions de L’Atalante, grâce au fantastique travail de traduction de Patrick Couton, sous le titre « Un chapeau de ciel ». Je crois que c’est ce livre là que j’emmènerais sur une île déserte. Avec tous ses autres livres bien-sûr !

Un chapeau de ciel

J’espère qu’aucun des ayants droits de cet ouvrage ne considéreront qu’il s’agit d’une violation de leurs droits. Il va de soi que si c’était le cas, je retirerais immédiatement ce billet avec mes plus plates excuses. Il s’agit juste de vous aider à comprendre pourquoi nous sommes si nombreux à travers le monde à nous sentir un peu orphelins aujourd’hui et de vous donner envie de lire ou de relire ses ouvrages.

Tiphaine Patraque, née dans les montagnes du Bélier, est une très jeune sorcière. Elle est la cible d’un rucheur (« un rucheur, c’est comme un babar-l’hermite, ça emménage en vous… et on ne peut pas le tuer. ») Maîtresse Ciretutemps, la sorcière la plus puissante du Disque-Monde l’a envoyée faire son apprentissage chez  Mademoiselle Niveau, une sorcière un peu bizarre et peu estimée par la profession. Mais vient le jour ou il va falloir affronter le rucheur et Tiphaine s’étonne d’avoir été envoyée chez une si piètre sorcière pour s’y préparer…
– Pour quoi Miss Tique et vous m’avez envoyée chez elle alors ?
– Parce qu’elle aime tout le monde, répondit la sorcière qui marchait devant elle à grandes enjambées. Elle se soucie des gens. Même de ceux qui bavent, des imbéciles bornés, des mères sans rien dans la tête avec leurs gamins au nez qui coule, des incapables, des crétins et les idiots qui la traitent comme une espèce de bonniche. Voilà ce que moi j’appelle de la magie : voir tout ça supporter tout ça et continuer quand même. Rester toute la nuit assise au chevet d’un pauvre vieux qui n’en a plus pour longtemps, soulager au mieux sa douleur, lui faire oublier ses terreurs, l’accompagner à bon port… puis le laver, faire sa toilette mortuaire, qu’il soit présentable pour les obsèques, ensuite aider la veuve en larmes à défaire le lit et laver les draps – et il faut avoir le cœur bien accroché, c’est moi qui te l’ dit – puis rester debout la nuit suivante pour veiller sur le cercueil avant la cérémonie, puis rentrer chez soi et s’asseoir cinq minutes jusqu’à ce qu’un braillard en colère vienne cogner à la porte parce que sa femme a du mal à mettre au monde leur premier enfant et que la sage-femme sait plus quoi faire, et alors se lever, aller chercher le sac d’accessoire et sortir une fois de plus… On fait toutes ça, chacune à sa façon et elle le fait mieux qu’moi je l’avoue franchement. Ça c’est la raison, le cœur, l’âme et le noyau de la sorcellerie, voilà ! L’âme et le noyau ! » Maîtresse Ciredutemps se donna un coup de poing dans la paume et martela les mots : « L’âme… et le… noyau ! »
Des échos revinrent des arbres dans le silence soudain. Même les sauterelles en bordure du sentier avaient cessé striduler.
« Et madame Persoreille, reprit maîtresse Ciredutemps dont la voix baissa au niveau du grognement, madame Persoreille raconte à ses filles que c’est une question d’équilibre cosmique, d’étoiles, de cercles, de couleurs, de baguettes et… et de jouets, rien d’plus ! » Elle renifla. « Oh, tout ça, c’est sans doute très bien pour la décoration, des machins jolis à regarder pendant qu’on travaille, des machins pour l’épate, mais le commencement et la fin de la sorcellerie, parfaitement, le commencement et la fin c’est d’aider les gens quand la vie est en jeu. Même ceux qu’on aime pas. Les étoiles c’est facile ; les gens c’est plus dur. »
Elle s’interrompit. Plusieurs secondes s’écoulèrent avant que les oiseaux ne se remettre à chanter.
« Bref c’est ce que je pense », ajouta-t-elle du ton de celle qui se demande si elle n’est pas allé un peu trop loin dans les confidences.
Comme Tiphaine ne disait rien, elle se retourna et vit qu’elle s’était immobilisée sur le sentier, l’air d’une poule toute mouillée.
« Ça va petite ? demanda-t-elle.
– C’était moi ! gémit Tiphaine. Le rucheur c’était moi. Il ne pensait pas avec mon cerveau, il se servait de mes pensées ! Il se servait de ce qu’il trouvait dans ma tête ! Toutes ces insultes, toute cette… » Sa gorge se serra. « Cette… méchanceté. Tout ça c’était moi avec…
– Sans la petite part de toi bien sous clé, la coupa sèchement maîtresse Ciredutemps. L’oublie pas.
– Oui mais si… reprit Tiphaine qui tenait à déballer tous ses malheurs.
– La petite part sous clé, c’était la plus importante. Apprendre à ne pas faire les choses, c’est aussi dur qu’apprendre à les faire. Plus dur peut-être. Y aurait drôlement plus de grenouilles dans le monde si je savais pas comment éviter de transformer les gens. Et de gros ballons roses aussi.
– Non, pas ça, fit Tiphaine en frissonnant.
– Voila pourquoi on passe tant de temps à courir les chemins, soigner le monde et tout, dit maîtresse Ciredutemps. Enfin, aussi parce que les gens se sentent un peu mieux évidement. Mais ça te ramène à ton noyau, comme ça tu flageoles pas. C’est comme une ancre. Ça te maintient humaine, ça t’empêche de radoter. Tout comme ta mémé avec ses moutons qui, de mon point de vue sont aussi bêtes, entêtés et ingrats que les humains. Tu crois avoir vu ce que tu es et découvert que tu es mauvaise ? Hah ! J’en ai vu, moi, de la mauvaiseté, et t’en es loin. Maintenant, est ce que tu vas arrêter de pleurnicher ?
– Quoi ? Fit sèchement Tiphaine.
Maîtresse Ciredutemps éclata de rire, ce qui met soudain Tiphaine en rage.
«  Oui, t’es une sorcière jusqu’au bout de tes souliers, reprit la vieille sorcière. T’es triste et par derrière, tu t’observes dans ta tristesse et tu te répètes : Que j’suis malheureuse. En plus de ça t’es en colère après moi parce que j’te dis pas :« Là, là, ma pauvre chérie. » Alors je vais m’adresser à ton troisième degré parce que je veux des nouvelles de la gamine qu’est allée se battre contre une reine des fées armée d’une poêle à frire, pas de l’enfant qui s’apitoie sur son sort et se vautre dans la tristesse !
– Quoi ? Je ne me vautre pas dans la tristesse ! Se récria Tiphaine en se rapprochant de la vieille sorcière à grands pas, jusqu’à se retrouver nez à nez avec elle. Et c’était quoi cette histoire d’être gentille avec les gens ?
(…)
Tiphaine restait sans voix. La vague d’indignation en elle était si ardente qu’elle lui brûlait les oreilles. Mais maîtresse Ciredutemps souriait. Les deux situations ne cadraient pas l’une avec l’autre.
Sa première pensée fut : je viens d’avoir une prise de bec avec maîtresse Ciredutemps ! À ce qu’on dit, si on la coupait en deux, elle ne saignerait pas à moins qu’elle le veuille. À ce qu’on dit, quand les vampires l’ont mordue, ils ont tous été pris d’une irrésistible envie de thé et de biscuits. Elle peut tout faire, se trouver partout ! Et je l’ai traitée de vieille femme !
Son deuxième degré fit observer : Ben quoi, c’est vrai.
Son troisième degré ajouta : Oui, c’est maîtresse Ciredutemps. Et elle entretient ta colère. Quand on est empli de colère, il ne reste plus de place pour la peur.
« Garde cette colère, dit maîtresse Ciredutemps comme si elle lisait dans ses pensées. Conserve-la dans ton cœur. Rappelle-toi d’où elle vient, rappelle-toi à quoi elle ressemble, mets-la de côté jusqu’à ce que tu en aies besoin. Mais tu sais que le loup et là quelque part et que tu dois veiller sur le troupeau. »

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Courage ! Régressons !

Images mentales

Faites le test. Si on vous demande de vous figurer mentalement une salle de classe, pendant un cours (de français, de maths, d’histoire, comme vous voulez) ce que vous allez imaginer, vous le puiserez dans vos souvenirs d’abord (la salle de madame Lebrun quand vous étiez en CM1 par exemple) puis dans les images que vous aurez croisées dans votre vie d’adulte.

Je ne prends pas beaucoup de risque en supposant que le résultat devrait ressembler à un truc comme ça :

MINOLTA DIGITAL CAMERA MINOLTA DIGITAL CAMERA

Étant donné que les enseignants sont des humains comme les autres, la plupart d’entre eux feront la même chose que vous.

On peut étendre l’expérience à la façon d’enseigner. Si je vous demande à quoi ressemble un cours, vous allez piocher dans vos souvenirs et penser à un truc dans ce genre là.
Tout ce qui ne rentre pas dans les cadres ci-dessus est désigné sous le terme d’innovation (déjà dans cette vidéo proposée par Éduscol, l’utilisation de manuels numériques est innovant).

Innover

Innover cela signifie « introduire du neuf dans quelque chose d’établi ». Par exemple, remplacer les pommes par des poires dans une tarte Tatin, c’est innovant.
Je crois que je déteste ce terme. Surtout appliqué en matière d’enseignement.

Comme si le fait d’introduire de la nouveauté dans les salles de classe n’était pas l’essence même de l’enseignement. La plupart des matières scientifiques évoluent tous les jours. Les sciences humaines aussi, tout comme les arts, les langues… L’enseignement suit ces évolutions. Parfois d’un train de sénateur mais pas toujours. Je me rappelle de professeurs nous présentant comme révolutionnaires et encore sujets à caution les travaux de Wegener sur la dérive des continents (ils datent quand même de 1912), ou du ton docte de ce professeur de sciences nous affirmant que les neurones étaient des cellules qui n’avaient aucune capacités régénératrices.

Donc l’école innove tous les jours dans ses contenus. C’est son rôle.
Et il devrait être tout à fait normal qu’elle fasse de même dans ses pratiques.

Nouveauté

L’utilisation des « nouvelles » technologies en classe est donc innovant. Faut-il rappeler que les premiers ordinateurs grand public (Mac ou Atari) sont en vente depuis 30 ans et qu’internet a 20 ans ? Si on y songe, le Bic cristal inventé en 1950 n’a été autorisé dans les salles de classe qu’en 1965 mais en 1971/72 je remplissais toujours mes premiers cahiers d’écolier à la plume sergent major.
D’ailleurs, les pédagogies Montessori (1900) et Freinet (1964)* sont toujours des pédagogies innovantes…

Voila. Donc, si vous placez vos élèves de collège ou de lycée en îlots (comme en primaire, notez bien) vous êtes un professeur innovant. Si vous faites un schéma heuristique au tableau, vous êtes innovant. Si vous demandez à vos élèves de rendre un devoir dactylographié, vous êtes innovant. Faire enregistrer un texte à des élèves c’est innovant. Travailler en groupe, c’est innovant. Demander à des élèves de regarder une vidéo avant un cours c’est innovant. Faire construire une évaluation par des élèves, c’est innovant.

Et l’innovation éducative, c’est comme de vouloir faire une tarte Tatin avec des poires, c’est risqué.
Enfin, c’est ce qu’on en dit.

Enseignant innovant

Pour la plupart des gens qui me connaissent, je suis une enseignante « innovante ». Si vous saviez à quel point ce terme me fatigue. Non, je ne suis pas une enseignante innovante. Je suis une enseignante. Point final. J’utilise les outils qui sont à ma disposition pour faire cours. Ces outils sont accessibles à tous. Et ils ne sont pas tous numériques loin de là.

Les anglo-saxons utilisent le terme de « best practice » plutôt que d’innovation. Rien que pour ce terme et même en cette période de Tournois des six nations, il m’arrive d’avoir pour nos camarades d’outre-Manche des pensées chaleureuses.

Pour beaucoup de gens, les termes d’innovation et d’expérimentation sont synonymes. Je les renvoie au premier dictionnaire qui croisera leur route. Qu’il soit numérique ou en papier.
Pour de nombreux autres (mais parfois aussi les mêmes), l’expérimentation scolaire est une sorte de risque hasardeux que l’on prend avec la chair de la chair de notre belle Nation.

Et donc, jetant d’un même élan et dans un même panier les deux en même temps, tout le monde se rassure en se disant que comme c’était mieux avant, ne changeons rien.
Et selon la bonne vieille loi dite du « qui n’avance pas recule », on n’aura guère de mal à trouver de nombreux partisans enthousiastes de la blouse à l’école, des images murales de Saint-Louis sous son chêne, et pourquoi pas tant qu’on y est des leçons de morales calligraphiées à l’encre violette sur des cahiers sieyès.

Courage ! Régressons !

 

—–

*Pour ne pas heurter les gardiens du temple Freinet, je précise que la date de 1964 correspond à la publication de Les techniques Freinet de l’école moderne et pas à l’enseignement de Célestin ( vous permettez que je vous appelle Célestin ?) qui commence en 1920 à l’école de Bar-sur-Loup.

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Trop, c’est trop

Il y a des sujets sur lesquels le nombre de crétineries proférées à la minute donne un aperçu de l’immensité de l’univers. L’école en est un. Depuis quelques semaines, l’amplitude du phénomène donne le tournis. On n’est même plus dans l’intersidéral, on est dans l’intergalactique.

Trop de bruit

D’habitude limités aux conversations privées ou aux rubriques « éducation » des magazines, les avis éclairés de ceux qui ne connaissent de l’école que celle qu’ils vivent ou qu’ils ont vécue débordent de toute part, dégoulinent de tous les médias à chaque intervention de tel ou tel étiqueté « intellectuel » ou « enseignant » médiatique.

Comme il est facile de s’en douter, ce n’est pas pour chanter ses louanges qu’ils s’expriment, mais pour dénoncer de façon toujours plus outrancière, les manquements et les errements de l’institution, des enseignants, des parents, des syndicats, des pédagogues, des programmes…

Trop de noir

Si l’on en croit ce qu’on peut en lire (ou en entendre, ou en voir) notre jeunesse, ignare, égocentrique et violente n’est que le fruit de l’impéritie du ministère, de l’incompétence des enseignants, de l’ignorance des parents, de la stupidité des syndicats, des inepties des pédagogues, de l’imbécilité des programmes. Ce qui conjugué avec talent, aboutit à une catastrophe nationale.

C’est vrai quand on y pense. Le ministère est peuplé de créatures stupides qui n’ont jamais vu un élève, les enseignants ânonnent des cours inchangés depuis Vincent Auriol, les syndicats ne servent qu’à entretenir des hordes de permanents incapables, les parents ne sont que des empêcheurs d’enseigner en rond, les pédagogues sont des charlatans et les programmes ont abandonné depuis l’odieux mai 68 toute velléité d’ambition républicaine.

Voilà l’École telle que la dépeignent des auteurs à succès, des Rastignac de l’édition, lors de conférences devant des parterres de complaisance. Ceux là n’en sont pas à leurs coups d’essais. Ces chantres de la généralisation abusive et de l’analogie douteuse, jamais à court de pétition de principe, ont trouvé dans l’école un terreau fertile pour leur misérable pensée.

Trop d’ego

Il faut dire que c’est la façon la plus simple de s’offrir une renommée de pacotille que de s’attaquer à une institution tellement multiple qu’elle ne peut offrir de réponse simple à des critiques simplistes. Ces grands penseurs savent qu’ils ne risquent rien, puisque même le ridicule ne tue pas.

Face à ces babillages néfastes, les mots de ceux qui parlent de l’école telle qu’elle est (et pas telle qu’on peut la fantasmer aux cafés du commerce) passent au second plan. Travailler dans une salle de classe c’est pratiquer une humilité peu conciliable avec les honneurs des éditorialistes à la mode. Les enseignants qui portent un autre discours ont beau écrire des kilomètres de billets de blog, publier leurs cours et les travaux de leurs élèves, leurs recherches, leurs actions au quotidien, il est fort peu probable qu’ils aient un jour les honneurs des gazettes. Les optimistes et les bienveillants seront toujours moins vendeurs que les champions de l’invective et la force de leurs propositions toujours plus faible que les prétendues solutions toutes faites.

Trop de travail

En ont-ils même l’envie ? Devant tant de mensonges à dénoncer et d’approximations à corriger, les plus motivés baissent les bras, et on les comprend. Ce serait un travail à temps complet, un engagement total et une bataille perdue d’avance.

Communiquer est un art. Qui ne fait pas partie de la panoplie de compétences de la plupart des enseignants.
La volonté de comprendre ne fait pas partie de la panoplie de la plupart des médias, dont on dit qu’ils ne parlent jamais des trains qui arrivent à l’heure. Un suicide d’enseignant ou d’élève, des banderoles sur une grille d’école, une parole populiste, une visite ministérielle sont de véritables bonbons au miel bien plus efficaces pour attirer les mouches.

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D’autres vœux pour les professeurs d’histoire, de géographie et d’éducation civique.

Kévin a encore oublié la date de la bataille de Poitiers.

Kévin a encore oublié la date de la bataille de Poitiers.

Nous venons de lire les vœux du Président de l’Association des Professeurs d’Histoire Géographie.
Nous avons nous aussi des vœux, nous aussi nous accusons (chacun a le droit de jouer le Zola de pacotille), nous aussi nous appelons (chacun peut jouer le de Gaulle de pacotille).

Nous vous souhaitons pour cette nouvelle année tous nos vœux de bonheurs, personnels bien sûr mais aussi des vœux de bonheurs pédagogiques, ceux là même qui nous portent dans notre belle et importante mission au service de notre pays et de ses valeurs.
Nous sommes nombreux à le penser et à rencontrer des collègues enthousiastes qui s’appliquent à offrir à tous les jeunes une formation de base de qualité, en y mettant toute leur énergie et toute leur intelligence. Tous ceux qui s’impliquent dans leur métier comme jamais, qui osent innover chaque jour dans leurs classe pour donner davantage de sens à leur métier. Celles et ceux qui travaillent ensemble par delà les barrières des programmes disciplinaires et des lamentations passéistes. Ceux qui imaginent le monde de demain dans lequel vivront leurs élèves. Les utopistes, les optimistes, les bienveillants.

Pour ces collègues, trop souvent en butte aux critiques, nous avons souhaité répondre aux vœux désespérants du président de l’Association des Professeurs d’Histoire Géographie afin de leur dire que oui, il y a d’autres chemins légitimes, d’autres combats à mener que la défense d’intérêts disciplinaires d’un autre temps et qu’ils ne sont pas seuls à se penser également professeurs d’éducation civique.

Nous faisons le vœu

Nous faisons le vœu d’avoir un jour une association professionnelle qui représente vraiment les professeurs d’histoire géographie et d’éducation civique et pas seulement les désenchantés qui n’ont pas compris que la remise en question est la qualité essentielle d’un enseignant. Une association qui rassemblerait tous ceux qui cherchent à établir des liens entre les disciplines pour leur enrichissement mutuel. Une association qui s’attacherait davantage à la façon d’enseigner qu’au nombre d’heures passées en classe. Une association qui soutiendrait ceux qui savent que ce sont les difficultés de notre métier et l’art de les surmonter qui lui donne toute sa valeur.

Nous accusons

Nous accusons toutes celles et ceux qui brandissent comme un étendard la soi-disant opposition entre les savoirs et les compétences de mensonge, ou pire, d’incompétence. Nous les accusons de salir le travail de nombreux collègues qui ont, depuis plusieurs années, dans leurs établissements, choisi de mettre en œuvre un enseignement par compétences. Eux savent à quel point cette approche est exigeante sur le plan des savoirs historiques et géographiques car s’appuyant sur la mobilisation de savoirs vraiment maîtrisés. Eux ne confondent pas compétence et savoir-faire utilitariste.

Nous accusons ceux qui réfutent l’importance de la pédagogie et de la didactique de s’être trompé de métier. La finalité d’un cours n’est pas d’offrir au professeur une scène pour démontrer ses savoirs, ni de lui permettre de se gargariser de la puissance de sa propre pensée. C’est, (doit-on encore le rappeler ?) bien au contraire de permettre aux élèves, à TOUS les élèves (et pas seulement cette élite d’élèves qu’on cornaquera jusqu’en classe prépa) d’accéder aux savoirs, aux savoir-faire et aux savoir-être qui leur permettront de devenir des adultes heureux et libres, conscients et acteurs de leurs vies. Ne pas s’y consacrer de toutes ses forces est une faute.

Nous les accusons de participer à la violence institutionnelle qui exclut de la poursuite d’études ou qui contraint à une orientation non choisie des dizaines de milliers de jeunes qui sortent du système scolaire en traînant comme un boulet l’image de leur échec.

Nous les accusons de tromper les jeunes qui envisageraient de devenir enseignant d’histoire, de géographie et d’éducation civique en leur laissant croire que la pédagogie et la didactique ne sont que de hochets au service du laxisme. Ils concourent par leurs discours au mal-être de trop nombreux collègues qui souffrent d’exercer un métier qui n’est pas celui auquel ils s’étaient préparés.

Nous accusons ceux qui par leur discours ambigus sur une École qui sacrifierait l’histoire et la géographie, font le lit de certaines figures médiatiques qui caricaturent notre enseignement pour vendre leurs livres aux couleurs sépia. Par leur vision passéiste de nos disciplines, ils insultent les nombreux enseignants qui se remettent chaque jour en cause pour porter dans les classes une science en perpétuelle évolution.

Nous appelons

Nous appelons les professeurs d’histoire, de géographie et d’éducation civique à continuer à s’engager, à se former, à travailler ensemble. À ne jamais se satisfaire de l’immobilisme et de la facilité. À poursuivre leurs réflexions pour diversifier leurs pratiques pédagogiques et didactiques.

Nous appelons l’opinion et en particulier les parents d’élèves, à ne pas croire que celui qui parle le plus fort a toujours raison. Non, la façon dont on vous a enseigné l’histoire, la géographie et l’éducation civique ne sont pas les seules possibles. Non les programmes de votre jeunesse n’étaient pas forcément plus rigoureux, construits, logiques. La seule chose dont vous pouvez être certains c’est qu’ils ne s’adressaient qu’à un petit quart de la jeunesse de notre pays. C’est exactement l’inverse de ce dont nous rêvons pour les jeunes dans nos classes.

Mila Saint Anne et Laurent Fillion

[Pour lire ce billet sur le blog de Laurent Fillion et découvrir la magnifique illustration qu’il a choisie, suivre ce lien.]

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