Il suffit parfois de presque rien…

Aujourd’hui, j’ai fait faire aux élèves un truc super banal.
Enfin, banal quand on est prof d’histoire-géo, hein.
La plupart des gens normaux ne font pas ça d’habitude.
Je vous laisse juge…

 

Aujourd’hui, mes élèves ont fait de la géographie : ils ont classé des pays selon la taille de leur population, ils ont fait une carte pour localiser ces pays, ils ont répondu à des questions portant sur un texte et ils ont fait des schémas logiques en utilisant des mots-clé.
Vous trouvez ça sexy vous ? Non, vous avez raison. C’est pas sexy du tout !

Sauf que quand la sonnerie annonçant la récréation a sonné, aucun d’eux n’a bougé.
Enfin au début, je vous rassure, ce sont des élèves.
Pas des huitres.
Ils ont fini par partir.

Ils ont donc fait des exercices d’une banalité sans nom, mais ils ne s’en sont même pas rendu compte parce que je leur ai enveloppé le tout dans un paquet-cadeau auquel ils n’ont pas pu résister.

Je les ai obligé à se mettre en groupe de 4 que j’ai déterminé. Ça a grogné un peu parce que Manfred voulait pas être avec Jessica…
Je leur ai annoncé qu’ils allaient avoir un rôle à jouer dans leur groupe (ça a arrêté d’un coup les grognements). Le greffier noterait tout et c’est son cahier que je ramasserai pour évaluer le travail. L’émissaire pourrait aller chercher des infos et des documents dans les bouquins à disposition ou venir me demander de l’aide. Le gardien veillerait au respect du temps et du niveau sonore de son groupe. L’espion pourrait aller voir ce qui se tramait dans les autres groupes.
Je leur ai donné des petites fiches pour matérialiser leurs rôles et ils se les sont attribués.

Je leur ai ensuite déposé sur une table 5 paquets d’enveloppes (en fait des feuilles de brouillon agrafées) sur lesquelles était indiqué « Mission n°1 », « Mission n°2 »,  etc. et j’ai noté au tableau les liens entre les différentes missions : pour faire la mission n° 3 il faudra avoir fait la mission n°4 avant par exemple.

J’ai demandé aux émissaires de venir chercher la mission de leur choix.

J’ai lancé le chrono.

Et je les ai regardé travailler pendant une heure trente.

Ils ont tous réussi à faire tous les exercices.
Tous.
Même Kévin qui n’a jamais son cahier (sauf les jours impairs de pleine lune).
Même Jessica qui n’aime rien tant que de glousser avec ses copines pendant la plupart des cours.

En prime, j’ai levé pas mal de loups, d’incompréhensions….
Parce qu’il faut pouvoir prendre le temps de comprendre ce qui se passe dans leurs têtes au lieu de les voir comme « des gamins qui ne travaillent jamais, qui n’apprennent jamais une leçon et qui sont complètement incapables de comprendre ce que l’on attend d’eux, et dont on se contente d’attendre qu’ils sauvent les apparences, qu’ils fassent semblant d’agir en élèves. » (je n’ai rien inventé de ce qui est entre guillemets). Mais que ça demande de prendre du temps. De venir s’asseoir avec un groupe et de discuter avec eux pour écouter leurs mots, leurs raisonnements, les chemins détournés de leurs pensées.
Quand la totalité de la classe est au boulot, on peut prendre le temps de le faire.

En fait, ma séquence d’aujourd’hui mettait en œuvre quelque chose que Ryan et Deci ont défini comme les clés de la motivation. Pour qu’un élève soit motivé, il faut satisfaire trois besoins essentiels : son besoin d’autonomie, son besoin de compétence et son besoin de proximité sociale.
On a vraiment besoin d’aller voir du côté de la recherche !

Voila. C’était un chouette moment d’enseignement, et j’avais envie de le partager.

Ah, j’oubliais : comme d’habitude le travail n’était pas noté.

Bonne semaine !

——–

NB : Si une coquille s’était glissée malencontreusement dans ce texte, n’hésitez pas à me le faire remarquer gentiment ! Nobody’s perfect !

2 Commentaires

Classé dans autonomie, Élèves, Géographie, jeu, pédagogie, récit, recherche

Lutter contre les inégalités dans la classe

Comme tous les enseignants, j’ai souvent l’impression d’avoir « la tête dans le guidon » et cette impression m’empêche trop souvent d’avoir un regard lucide sur ce que je fais réellement dans mes classes, et d’envisager sérieusement sur ce que je pourrais faire pour que ça marche mieux. Pourtant, des fois, ça vaut la peine de se poser.

Une des choses que nous ont appris les différents rapports publiés ces derniers mois c’est que notre École était une des plus inégalitaire au monde. Pas de quoi être fier. Surtout quand on a encore en tête le rapport sur la grande pauvreté de Jean-Paul Delahaye ou qu’au hasard d’une actualité on découvre que c’est au lycée professionnel qu’on rencontre le plus d’orphelins dans les classes…

Que faire quand un élève rencontre des difficultés ? Et d’ailleurs, peut-on faire quelque chose ? Est-ce qu’il échoue parce qu’il n’a pas les capacités ou bien y a-t-il une autre raison ? Est-ce que je dois changer quelque chose à mes pratiques ? Est-ce que ça servirait à quelque chose ?

En 2015, Marie- Christine Toczek-Capelle, professeur en sciences de l’éducation à l’université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand a présenté lors d’un colloque des résultats de recherche saisissants.

Il a été depuis longtemps prouvé que l’appartenance à certains groupes sociaux déterminait le destin scolaire des élèves. C’est ce que l’on appelle « le phénomène de menace du stéréotype » qui a été démontré en 1995 par deux chercheurs de l’université de Stanford, Claude Steele et Joshua Aronson. Mais le plus souvent dans nos classes, on n’imagine pas à quel point la représentation des élèves par rapport à cette appartenance avait des effets sur leurs performances scolaires.

Sachant que ce phénomène existe, ne pas en tenir compte dans notre métier serait au mieux dramatique, au pire…
Mais comment faire ?

Changer les choses ça semble souvent insurmontable. Comme tout changement, cela nécessite de sortir de sa « zone de confort » (qu’elle soit confortable ou pas d’ailleurs) et c’est parfois effrayant.

Pourtant il y a des moyens simples et efficaces d’améliorer les choses sans se mettre véritablement en danger. La recherche nous ouvre des chemins qu’on peut emprunter sans trop prendre de risques et dont les effets seront immédiatement visibles.

L’étude que Marie- Christine Toczek-Capelle présente (dans une vidéo en lien ci-dessous) porte sur les performances en sciences physique des filles. En effet, on constate que les jeunes filles réussissent généralement moins bien que les garçons dans les domaines scientifiques. Mais ne serait-ce pas un effet de la façon dont on évalue ?

Pour cette étude on a donné le même travail à effectuer à trois groupes d’élèves, mais on leur a présenté les choses différemment.
Au premier groupe, on annonce que la tâche ne sera pas évaluée.
Au deuxième groupe, on annonce que la tâche sera évaluée et que l’évaluation aura pour but d’évaluer les compétences acquises par rapport aux autres élèves.
Au troisième groupe, on annonce que l’évaluation aura pour but de vous aider dans vos apprentissages, de vous permettre de mieux mémoriser et mieux apprendre.

Et que croyez vous qu’il arriva ?

Dans le premier cas, les filles ont réussi bien mieux que les garçons.
Dans le deuxième cas, les garçons ont réussi bien mieux que les filles.
Dans le troisième cas, il n’y a pas eu de différence entre les résultats des filles et des garçons.

 

Et vous, vous évaluez comment ?

——-

Voir en ligne l’intervention de Marie- Christine Toczek-Capelle

Poster un commentaire

Classé dans évaluation, pédagogie, recherche

Auto-destruction

Un sondage réalisé par Opinion Way au printemps 2015 montrait que 66% des Français avaient une image positive des enseignants. Dans le même temps, des études internationales montraient que les enseignants avaient une image d’eux même beaucoup plus négative, puisqu’une enquête Tallis de 2014 montrait que les enseignants français étaient ceux qui se sentaient les plus dévalorisés par la société, à 95 % !

Manque de respect

Beaucoup d’enseignants se plaignent surtout de ne pas se sentir « respectés par l’institution ».
Ils oublient un peu vite que l’institution c’est … eux !
En 2015 il y avait 1 052 700 personnels dans l’éducation nationale dont 855 000 enseignants ! (et seulement 23 500 personnels dans l’administration rectorale et nationale).

Cela dit, sur ces deux points (le sentiment de manque de considération de l’institution et la dévalorisation sociétale), je vais finir par être d’accord avec eux.

Il faut dire que les enseignants maîtrisent à un niveau inégalé l’art dit de « la fourchette dans le pied »,  aussi appelé « art de donner des verges pour se faire battre ».

Un collègue avait publié il y a quelques temps dans son blog la liste des dix reproches qu’on faisait tout le temps aux enseignants et qu’ils ne supportaient plus d’entendre. Vous savez, les phrases du style de celle de tonton Michel, retraité de la SNCF, qui vous accueille chaque année au repas d’anniversaire de la grand-mère par un « Alors les profs ? Toujours en vacances ? » qui vous donne juste envie de lui faire avaler la boule de pétanque qu’il a à la main. Et le cochonnet.

Outre le fait que j’ai le plus grand respect pour les agents de la SNCF (sauf celui qui ne met pas assez de wagons au train de 17h50, celui là, je le hais !), je vais finir par me dire que tonton Michel, c’est normal qu’il le pense et le dise s’il entend et s’il lit la moitié de ce que j’entends et que je lis.

Les profs se plaignent tout le temps

Oui, c’est vrai, les profs se plaignent tout le temps. De leurs emploi du temps, de leurs élèves, du gouvernement, de leur ministre, des parents d’élèves, des programmes, de leur salaire, du « nivô ki baisse », de leurs collègues, de leurs inspecteurs, de leurs syndicats (sauf du leur quand ils en ont un), de leurs chefs, de leurs formations …

Vous allez me dire, Karima, qui bosse dans un hypermarché, elle se plaint aussi. De son emploi du temps en forme d’emmenthal, des clients qui gueulent quand ils ne pissent pas entre les rayons, du gouvernement qui n’augmente pas le SMIC, de la loi travail, de son chef de service, de son salaire (vu qu’elle ne touche que 60 % du SMIC), de Janine du rayon primeur qu’est jamais à l’heure (et même qu’elle doit accueillir le livreur à sa place), des syndicats (même si elle est pas syndiquée), du manque d’effectif qui fait qu’elle doit s’occuper maintenant du rayon « Biscuits apéros » en plus du rayon « Bébé » ….
La différence, c’est que Karima, elle a rarement le temps d’organiser son temps de travail pour tenir un blog. Du coup on l’entend moins. Et surtout, elle est pas dingue, elle a pas envie que son employeur tombe dessus, elle a une famille à nourrir.

J’ai pris l’exemple de Karima, mais j’aurais pu vous parler de Ludivine qui est conseillère dans une banque ou d’Amélie qui est infirmière aux soins intensifs. Ça n’y changerait rien sur le fond. Les enseignants ne se plaignent pas plus de leur métier que la moyenne des salariés français.

Sauf que se plaindre quand on est prof, c’est cool. Par exemple, se plaindre du travail et du comportement des élèves (et même dans certains cas, choisir un exemple croquignolet pour s’en faire une médaille du « prof qui a l’élève le plus abruti ») c’est hyper facile vu que l’élève ne peut pas se défendre et qu’on est certain d’avoir les rieurs avec soi. En prime, comme on est « seul maître à bord après Dieu (s’il existe) » dans sa classe, qui peut mettre votre parole en doute ? Et puis c’est tellement facile de se plaindre de la médiocrité ambiante quand on est soi-même un spécialiste. Un peu comme si je vous disais que ne pas savoir ce qu’est l’enveloppe de Snell d’une suite adaptée ni une surmartingale majorante c’est faire preuve d’une bêtise abyssale.

Bref, en matière de déploration, pour un prof, c’est trop fastoche d’être champion du monde.
Parce qu’en plus on vous écoute.
Les parents de vos élèves vous écoutent. Anciens élèves eux-même, ils ont un « vécu d’école ». Positif ou pas. Mais pour la plupart, ils savent le poids de la scolarité dans une vie d’adulte. Et ça les désespère toute cette médiocrité écolière. Ils aimeraient bien que leurs mômes réussissent leur scolarité alors plus vous vous plaignez, plus ils leur mettent la pression.

Et moins ça marche.

Et plus les profs se plaignent….

Etc.

Le corporatisme enseignant, c’est quelque chose !

Dans la bouche de tonton Marcel, entre la poire et le fromage, ça vous agace qu’on parle du corporatisme enseignant.
Ça devrait vous impressionner : un corporatisme à 800 000, c’est quand même une exceptionnelle marque de cohésion.
Ça vous agace parce que vous savez que c’est faux.

Notre grande maison est en réalité composée de centaines de micro-corporatismes.

Par niveau d’enseignement d’abord. Qui n’a jamais entendu une phrase du genre « Les profs de maternelle, à part changer les couches, hein … Alors que les profs de classe prépa, c’est quand même autre chose ! ». Alors oui, c’est autre chose, mais quand on vous dit ça, on sent qu’il y a une hiérarchie dans la dignité quand même….

Par discipline ensuite. Entre un prof de ballon et un prof de maths, c’est quand même pas pareil, hein. Et je ne vous parle même pas de Jean-Pierre qui est « dame du CDI ».

Par lieu d’exercice. C’est quand même plus noble d’être au Lycée Henri IV (même celui de Pézenas) que dans la cité scolaire Rosa Parks de Bondy. D’ailleurs, les profs de la cité scolaire n’ont bien souvent comme unique rêve que de la quitter.

Et puis il y a les profs qui ne sont pas profs à plein temps parce qu’ils sont par exemple chargés de former leurs collègues ou d’accompagner des projets culturels scolaires dans des musées, voire délégués syndicaux ! Ce sont des planqués, forcément puisqu’ils ne sont pas tous les jours devant leurs élèves.

Il y a le grade. Prof des écoles ou agrégé c’est quand même pas pareil question prestige. Et il y a aussi une subtile distinction selon la façon dont on l’a obtenu, ce grade. Devenir agrégé par liste d’aptitude c’est un peu comme avoir des palmes académiques d’occasion. On n’a même pas le droit d’être membre de la Société des Agrégés !

Il y a les différences d’échelons aussi. Ceux qui sont les plus avancés et donc les mieux payés sont toujours un peu coupables d’avoir usurpé leur salaire, grâce à des manœuvres indicibles ou par des activités horizontales que la morale réprouve.

Il y a aussi les guerres de tranchées pour l’attribution des heures supplémentaires, que tout le monde dénonce mais qu’on vient réclamer en loucedé dans le bureau du chef.

Et donc, tous ces micro-mondes de l’éducation nationale râlent publiquement les uns contre les autres :
– « Les élèves ne savent rien en entrant en 6e , on se demande ce que font les instits ! »
– « Vu la moyenne en maths de cette classe, c’est pas un prof qu’ils ont, c’est un bisounours ! »
– « Avec mon agrégation, je m’ennuie. Je n’ai aucun plaisir intellectuel à enseigner dans ce collège de REP+ »
– « J’aimerais bien être formateur/syndicaliste, comme ça je ne verrai plus les élèves et je serai grassement payé ! »
– « On se demande avec qui elle a couché pour avoir la hors classe ».
– « Pourquoi c’est toujours les mêmes qui ont des heures sup’ ? »

Et les parents de Kévin, quand ils lisent ça (tout ce qui est au-dessus est authentique et public), qu’est ce qu’ils pensent des profs à votre avis ?

Alors oui, je comprends que les enseignants se sentent dévalorisés.
Et j’ai une partie des noms des responsables.

3 Commentaires

Classé dans Bavardage, énervée

Pour lutter contre le syndrome de Buridan…

Juste un petit billet (écrit quasiment sous la contrainte) en passant pour vous raconter une petite astuce que j’utilise. En en parlant avec les copains/copines, on m’a bien fait comprendre que c’était pas cool de la garder pour moi. Ne vous attendez pas à un truc révolutionnaire, hein, c’est juste que moi ça me simplifie la vie dans ces moments où j’ai 412 choses à faire et que je ressens une grande empathie avec l’âne de Buridan. Lui, il finit par mourir de faim et de soif ; moi je finis juste mes journées en culpabilisant parce que je n’ai pas fait le milliardième de ce que j’avais à faire.

Quel intérêt ?

Je sais qu’il existe plein d’applications pour gérer des « to-do list », mais il y a des choses qui sont meilleures sans numérique (les cartes mentales par exemple…).

L’idée est de :

1/ tout faire
2/ faire quand même des trucs sympas dans la journée
3/ se motiver pour tout faire
4/ ne pas perdre trop de temps sur une chose en particulier

Démarche

Matériel :

  • Des fiches (en papier, en carton, mais pas de post-it)
    J’utilise des fiches cartonnées qui partent ordinairement à la poubelle, et que je récupère ( j’en ai… plein !). En plus c’est du recyclage.
  • Un stylo
  • Un timer

Étape 1 : faire la liste de toutes les tâches que vous devez faire par exemple dans une journée.
N’oublier pas d’y ajouter quelques choses que vous avez envie de faire ou qui vous font plaisir. Copier chacune d’elle sur une fiche séparée. Vérifiez que vous n’avez pas les yeux plus gros que le ventre. Si vous lister 25 choses à faire, sauf si ce sont des micro-tâches, ça fait 12h de travail. C’est sans doute trop. Priorisez mais n’en profitez pas pour supprimer pas les trucs sympas.blog1

Étape 2 : se fixer un temps d’exécution moyen.
Certaine méthodes de coaching proposent de travailler par périodes de 25 minutes. Il paraît qu’au-delà on est moins efficace. Je suis pas spécialiste, mais je pense qu’une durée autour de la demie-heure c’est pas mal.

Étape 3 : régler voter timer sur la durée choisie.

Étape 4 : au boulot !

  • Mélangez vos fiches, face cachée.
  • Posez la pile devant vous.
  • Tirez la première fiche et commencez.
  • Quand le timer vous dira que le temps imparti est passé, faites une pause.

A ce moment, il y a deux possibilités : ou vous avez fini ou pas.

  • Si vous avez fini, vous jetez la fiche à la poubelle. N’hésitez pas à scénariser un peu ce grand moment (cris de joie, danse rituelle, déchiquetage impitoyable, etc.) selon votre humeur. Vous verrez, c’est un grand moment de soulagement !
  • Si vous n’avez pas fini (même si vous avez presque fini), vous remettez la fiche dans la pile et vous mélangez (sans tricher !)

Vous pouvez faire une mini pause de 5 minutes, boire un coup (rappelons que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé), marcher un peu…avant de reprendre les choses à l’étape 4.

Intérêt de la méthode

Je ne sais pas si cette méthode vous conviendra, mais moi je l’aime bien parce qu’elle me permet de me battre contre certains de mes travers :

  • parce que je suis un peu hyperactive, cela m’oblige à me fixer des limites et à me contraindre à ne faire que ce que je suis humainement capable de faire (j’avoue humblement ne pas être dotée de supers-pouvoirs, à mon grand regret) ;
  • parce que je suis un peu jusqu’auboutiste et perfectionniste, cela m’oblige à aménager des temps de pause dans la réalisation de tâches un peu longues. Cela me donne d’ailleurs la possibilité de « laisser mûrir » en me donnant un temps de réflexion et j’ai l’impression d’être plus efficace ;
  • parce que je m’occupe assez mal de mon bien-être, cela me force à ne pas reléguer les choses que j’aime faire en fin de journée quand je suis trop fatiguée et que je n’ai même plus envie de les faire si j’en trouve encore le temps ;
  • parce que je suis une joueuse dans l’âme, cela m’aide à rendre les choses pénibles un peu rigolotes en me faisant à moi même la surprise de ce que je vais faire dans la prochaine demie-heure.
  • parce que j’aime mon métier et qu’il est multiforme, cela me permet de réellement avancer dans mon travail.

Pour l’instant, à chaque fois que j’ai utilisé cette méthode, elle a bien fonctionné et il est rare que je ne finisse pas tout ce que j’ai listé au départ (en particulier parce que dès le départ, la création des fiches me rend plus raisonnable sur la quantité).

Peut être que cette méthode existe déjà et que je viens de découvrir l’eau tiède et le fil à couper le beurre en même temps.
Si c’est le cas, tant pis.
Et si ça peut vous être utile, tant mieux.
Et une fiche de moins dans ma pile de la journée, youpi !

3 Commentaires

Classé dans Bavardage

Nouvelle recette !

Comme chaque année, en bonne cuisinière pédagogique, j’ai réfléchi à la mise en œuvre d’une nouvelle recette. En fait, elle n’est pas complètement nouvelle, ni vraiment originale. Comme les meilleures cuisines sont celles qui mélangent les influences, je m’efforce de faire la même chose dans ma classe. Chaque année, j’ajoute des ingrédients, piqués ça ou là dans des lectures, des rencontres*, des échanges, et j’essaie de faire une recette qui me plaise et dont je pense qu’elle sera la plus à même de faire progresser mes élèves. J’y passe une bonne partie de mon été (et je vous fais grâce de tous les essais qui partent à la poubelle), je finis pas trouver quelque chose d’à peu près satisfaisant que je vais adapter au fur et à mesure de sa mise en œuvre à partir du mois de septembre.

L’année dernière j’avais utilisé des plans de travail collectifs**. Cette année, j’ai décidé de passer aux plans de travail individuels par ceintures de compétences. Je vous explique comment ça fonctionne ?

Ingrédients

D’abord, j’ai repris la liste de neuf compétences décrites dans les programmes du cycle 4*** (« Comprendre un document », « Raisonner et justifier une démarche », « Se repérer dans le temps », « Se repérer dans l’espace », etc.), en trichant un peu parce que j’ai divisé l’expression orale en 2 compétences différentes, et j’ai essayé de les décliner de façon cohérente entre un niveau « basique » (la ceinture blanche) un peu en dessous de ce qui est attendu en début de 5e , un niveau attendu en fin de 3e (ceinture bleue) et des niveaux (jusqu’à la ceinture noire) pour les élèves qui seraient particulièrement brillants.

L’idée maîtresse est que les élèves vont s’entraîner à maîtriser ces compétences tout au long de l’année et dans les années qui vont suivre.
Sauf que…. il ne vous aura pas échappé que l’enseignement de l’histoire se fait de façon chronologique, et que je dois enseigner trois disciplines différentes (je sais, l’EMC c’est pas réservé à l’histoire/géo mais vous connaissez beaucoup de disciplines qui s’en chargent ?). Du coup il fallait adapter cet entraînement à ce type d’enseignement et donc trouver une façon d’organiser les choses qui soit claire et simple pour les élèves et pour moi. Un vrai challenge.

Donc, j’ai choisi de diviser les 3 heures de cours dont je dispose avec les élèves en 2h de « cours » (je mets des guillemets parce que c’est un mélange de classe inversée, de travaux de recherche, d’oraux, de rédaction, de moment « théâtralisés », de cartes mentales… bref, c’est pas exactement des cours dialogués traditionnels), et 1h d’entraînement qui est le cœur du dispositif.

Cuisson

Chaque élève a, dans son cahier, le tableau détaillé des compétences.

Au début de l’heure (souvent sur le seuil de la porte), je distribue à chaque élève un plan de travail individuel sur lequel j’ai indiqué les compétences et le niveau de compétences qu’il ou elle doit travailler. Ces plans de travail correspondent à une période de travail de 3 semaines environ.
Les élèves s’installent où ils le souhaitent dans la classe et choisissent la compétence qu’ils veulent commencer à travailler.

Ils vont chercher dans les classeurs à leur disposition la fiche d’exercice qui correspond à la compétences choisie.
Il y a deux sortes de fiches. Certaines portent sur un niveau de compétence précis et comportent plusieurs exercices différents, d’autres portent sur un sujet précis, mais décliné selon différent niveau de difficulté.

Quand un élève a fini un exercice, il le soumet à la correction.
S’il s’agit d’ exercices faits sur une fiche, il dépose cette fiche dans une boite. S’il s’agit d’exercices faits dans leurs cahier, il indique dans la marge à quelle compétence et à quelle ceinture cet exercice correspond pour que je puisse le repérer plus facilement. Il me laissera son cahier à la fin de l’heure.
Et bien sur, il va chercher un autre travail à faire !

Les élèves peuvent demander mon aide ou bien l’aide d’autres élèves en s’inscrivant au tableau. La formation au tutorat faite l’année dernière a été une bonne base pour mettre en œuvre ce dispositif qui fonctionne bien.

En fin de cuisson

À la fin de l’heure, je me retrouve donc devant une pile de cahiers (plein) et une boite remplie (vraiment remplie !) de fiches. Je corrige les cahiers dans la journée pour les rendre le plus vite possible.
Pour corriger les fiches, j’ai une semaine. Les fiches corrigées sont glissées dans la pochette avec le plan de travail et les élèves devront commencer par faire les corrections avant d’entamer un nouveau travail.

À la fin de la période de trois semaines, je fais le bilan de chacun des plans de travail, j’y ajoute un commentaire et je le transmets aux familles pour visa. Je récapitule les compétences travaillées et réussies dans un grand tableau qui est affiché dans la salle de cours. Je prépare ensuite les plans de travail pour la période suivante, en tenant compte de ce qui a été réussi ou pas pendant la période précédente. Lors de la seconde période, les élèves ont donc tous des plans de travail différent.
Et c’est reparti pour une période de trois semaines.

Résultat

Depuis deux mois que nous fonctionnons comme cela je peux déjà faire un petit bilan.

Avantages :
– La mise au travail est très rapide quand les élèves entrent en classe.
– Tous les élèves travaillent. Certains plus vite que d’autres, mais tous ont progressé.
– Les élèves reprennent leur travail pour l’améliorer avec une ténacité incroyable. Certains ont repris leur travail trois ou quatre fois pour réussir parfaitement. Ils finissent tous par réussir l’exercice qu’ils ont entrepris.
– Je suis disponible pour aider les élèves qui en ont besoin.
– Si je vois qu’un point pose problème à plusieurs élèves, je prends un groupe autour d’une table pour le travailler avec eux.
– Certains élèves dépassent les attendus de leur plan de travail.
– Les élèves sont conscients des efforts qu’il doivent faire pour réussir le niveau supérieur et sont très fiers de voir leurs progrès.
– Les élèves peuvent utiliser des documents portant sur des thèmes des chapitres précédents pour travailler leurs compétences. L’idée est qu’à la fin de l’année, ils n’aient pas complètement oublié ce qu’on avait fait au début !
– Je quitte le collège tard mais je ne ramène pas de copies à la maison.
– Les corrections ne sont pas monotones vu qu’il s’agit d’exercices différents.
– Pas de barème à faire. Ou c’est bon, ou pas. Si c’est bon, je valide l’entraînement pour la ceinture, si c’est pas bon  (ou incomplet, ou à améliorer…), je rends le travail pour correction.

Inconvénients :
– La création des fiches est un gros travail. Parce qu’il faut créer des fiches pour chaque thème de cours (histoire et géographie). Je le fais au fur et à mesure. (Et d’ailleurs, j’y retourne juste après avoir posté ce billet !)
– La gestion des fiches a été longue à devenir une routine. Faire la différence entre les plans de travail, les fiches d’exercices ; celles qu’on me rend, celles qu’on remet en place, ne pas oublier de mettre son nom sur les fiches, laisser son cahier à la fin du cours, faire signer le plan de travail terminé… tout ça c’est compliqué pour certains. Mais petit à petit les choses s’améliorent. Il ne reste aujourd’hui que quatre ou cinq élèves (que je n’avais pas l’an dernier) par classe que je dois accompagner au plus près sur ce point. L’autonomie, ça s’apprend.

Bref, les avantages c’est surtout pour les élèves, les inconvénients c’est surtout pour le prof !

La suite ?

Ces heures de travail sont des entraînements. Le coup de tampon sur leur plan de travail attestent de la réussite d’un exercice d’entraînement. Je prévois d’organiser très bientôt des évaluations « à la demande » : les élèves choisiront sur quel niveau de compétences ils souhaitent être évalués. On va organiser ça en novembre/décembre.

Je vous raconterai.

PS : S’il reste des fautes de frappe dans cet article (et il en reste sans doute) merci de me le faire remarquer gentiment pour que je corrige. 🙂

———

* Un gros merci à Guillaume Caron qui m’a gentiment accueillie dans sa classe pendant une semaine.
** Dans ce billet là : Vous auriez la recette ?
*** Pour le cycle 3 aussi, histoire d’avoir un minimum de cohérence.

Poster un commentaire

Classé dans autonomie, Élèves, classe, Making Of

Maux d’hier…

Une fois n’est pas coutume, ce que vous allez lire n’est pas de moi. Il s’agit d’un courrier déniché dans un fonds d’archives par un correspondant qui a préféré conserver l’anonymat. Cette lettre est étonnante par son sujet et par l’écho qu’elle fait à notre époque et à un supposé désastre de l’école numérique. C’est à se demander si elle n’a pas servi de source à certains auteurs… Bonne lecture.

Paris, le 26 novembre 1887

Monsieur le ministre de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes

« La révolution du livre » est en train de fondre sur nos écoles. Par ce terme, j’entends aussi bien les usages des dictionnaires, encyclopédies, journaux, manuels scolaires (distribués aux élèves) que les cahiers de relevés de notes, les cahiers du jour et registres divers, ou bien encore les bibliothèques (accessibles aux élèves). On pourrait ajouter à cette liste les ouvrages que les élèves les plus fortunés apportent de chez eux.

Le président du conseil, monsieur Maurice Rouvier, a annoncé un « grand plan du livre pour l’école de la République » qui vise à lutter contre l’illettrisme de nos concitoyens et promet que d’ici 4 ans, tous les élèves auront un livre chez eux.

Avec tout le respect que je dois à votre fonction, monsieur le ministre, permettez-moi une hardiesse : cette idée est un désastre. Le terme peut sembler excessif, mais il est à la hauteur des dangers qui planent désormais sur notre République !

Un désastre, oui ! Car enfin, qu’est-ce qui motive notre gouvernement à prendre de telles mesures si ce n’est la volonté effrénée de proposer des choses nouvelles pour séduire le peuple ? Personne n’a pris la peine de réfléchir un instant aux conséquences de cette idée hasardeuse ! Quelle naïveté ! N’est-ce pas se rendre à la merci des éditeurs et des fabricants de bibliothèques ?

Comment imaginer que les livres puissent un jour résoudre toutes les plaies de notre instruction, voire de la société toute entière ! Non, monsieur, donner un livre à tous les enfants ne rendra pas la société plus juste, ni l’instruction plus efficace et ne redonnera pas la vue aux aveugles ! À quoi bon avoir laïcisé l’école, si c’est pour oublier la grande leçon des catholiques, qui défendent sagement la lecture de la Bible au croyant ?

Un désastre, vous dis-je ! Et sans doute encore pire que celui que nous sommes en mesure d’envisager aujourd’hui !

Aujourd’hui, l’usage des livres est certes un choix irrationnel, mais tout ce qui se pique de nouveauté doit en passer par là. Mais il reste dans le champ sacré et clos du foyer. Qu’ils sachent lire, et les enfants de France passeront leur soirée dans les bibliothèques et les cabinets de lectures, désertant le foyer domestique, détruisant la cellule familiale plus sûrement que l’alcool et la paresse.

Feint-on d’ignorer que l’imprimerie est née à Nuremberg que la presse est d’invention anglaise ? Que croit-on faire en confiant l’éveil de notre jeunesse à des créations étrangères, j’ose dire à nos ennemis de toujours ? Nos paysans, nos marins, nos artisans ont-ils besoin de livres ? Avaient-il besoin de lire, les corsaires de Surcouf, les fantassins de Valmy, les grognards de l’Empire, pour faire leur devoir ?

De surcroit, ces livres n’existent qu’au prix du saccage de nos belles forêts, dont les halliers sont sacrifiés sur l’autel des maisons d’édition ! Dégarnir ainsi le front bleu des Vosges de ses pins qui marquent aujourd’hui la plus blessée et la plus sacrée de nos frontières, c’est ajouter l’outrage à l’infamie ! S’il les faut sacrifier, ces forêts nationales, que ce soit pour faire des navires battant pavillons français, des crosses, des baguettes de tambours des fifres, des chevaux de frise !

Et puis avez-vous songé à la multiplication des voitures de poste, wagons, trains, locomotives qui seront nécessaires pour les transporter tous et donc aux risques accrus dans les transports ?

Compteriez-vous pour moins que rien la santé de notre belle jeunesse qui, mise au contact de ces livres, ne pourra échapper aux produits chimiques qui entrent dans sa fabrication ? Au papier chloré, aux émanations des encres ?  Et quand ils auront été lus et relus, manipulés par de jeunes mains inattentives et imprécautionneuses, maculés d’encre, qu’en fera-t-on ? A-t-on songé un seul instant aux montagnes de papiers sales et défraîchis dont il faudra se séparer ?

Je ne peux croire qu’il vous a échappé à quel point les livres isolent ceux qui en sont adeptes. Donner un livre à un enfant, c’est l’enfermer dans le repli sur lui-même, à l’écart de la communauté, de l’école et de la Nation. C’est l’encourager sur la pente qui lui fera bientôt lire des livres condamnés, ces Baudelaire, ces Flaubert, ces Goncourt, qui méprisent insidieusement la loi et qui le conduiront à suivre dans les journaux les misérables exploits des complots anarchistes !

Outre le fait que ce projet aurait pour les finances de l’État un coût exorbitant pour un effet désastreux, ce serait mettre directement dans la poche des éditeurs de livres et des artisans menuisiers le fruit du labeur de tout un pays.

Chercherait-on à détruire l’école de la République qu’on ne s’y prendrait pas autrement ! Que deviendrait le lien entre le maître et l’élève quand le livre viendrait à se placer entre eux ? Pourquoi s’évertuer à détruire ce lien puissant, fait de douceur et de fermeté, seul capable de transmettre à notre jeunesse l’amour des nobles vertus qui sont l’apanage de notre Nation ? Si la parole du maître est dans les livres, il n’est plus besoin de maîtres !

Cette lettre, monsieur le ministre est un appel ! Un appel à ne pas laisser entrer les livres dans nos écoles sans que le pays tout entier n’ait pu donner son avis sur ce projet insensé. Loin de participer à l’émancipation de notre pays, c’est à sa ruine qu’il travaille. Mais qui suis-je pour m’élever contre les soi-disant forces de progrès, ces auteurs, ces papetiers, ces vendeurs de livres qui chaque jour vous abreuvent de leurs conseils ? Je ne suis qu’un humble ingénieur parisien, un français patriote qui constate chaque jour les méfaits du livre et qui espère que sa contribution aura quelque écho auprès de votre ministère.

Je vous prie d’accepter, monsieur le Ministre, l’expression de mon plus profond respect.

 Charles – Philémond Trichou

3 Commentaires

Classé dans Bavardage, Lectures, pédagogie, TIC

« On ne naît pas pédagogo, on le devient » ou « C’est la faute à Kévin !»

Je vous préviens tout de suite, l’article que vous allez lire est celui d’une dinde pédagodiche. Vous devriez immédiatement cesser de le lire. Si vous poursuivez, votre cerveau va se mérieuriser et ce sera la fin de la civilisation occidentale. Si vous le lisez quand même, ne venez pas vous plaindre après !

Au début, il y avait les dinosaures….

Quand je suis entrée dans une classe la première fois (ne cherchez pas, si ça se trouve vous n’étiez même pas né(e) !) outre le fait que j’étais à peu près dans l’état du lapereau moyen dans les phares d’un TGV, j’ai enseigné comme on m’avait enseigné. Je montrais mes connaissances, je demandais aux élèves de me montrer qu’ils savaient reproduire ce que je leur avais exposé, et je mettais une note pour graver dans le marbre d’un kalamazoo leurs réussites et leurs échecs. La classe était la plupart du temps silencieuse, à coup de punitions et d’heures de colles si besoin. Les tables étaient bien alignées (je me souviens que je me servais des pavés au sol pour bien aligner les tables, parce que j’aime bien que les choses soient à leur place) et tous les élèves me faisaient face. Je faisais des plans de classe, avec les mauvais élèves au premier rang pour mieux les surveiller et éviter les débordements.

Et ça fonctionnait très bien. Je me souviens d’élèves me remerciant d’avoir progressé en latin (hé oui, je sais que ça va en étonner plus d’un mais j’ai aussi enseigné le latin), des fleurs et des chocolats en fin d’année.

Chute de météorite

Sauf qu’un jour, je suis tombée sur un os. Je faisais un remplacement dans un collège plutôt sélect (j’y retrouvais les enfants de mes profs de fac) dans lequel les élèves étaient plutôt bien inscrits dans le moule. Enfin, pas tous.
C’est là que j’ai rencontré Kévin. Je suis bien incapable de vous dire à quoi il ressemblait, ni comment il s’appelait en réalité. Par contre je me rappelle très bien de la première copie qu’on m’a demandé de lui rendre, corrigée par la collègue que je remplaçais. Et de la note qu’il y avait dessus.

kévin

Et de celle que j’aurais pu lui mettre en lui rendant la dictée suivante. Sauf que j’ai pas pu. Je me suis dit que ce n’était pas possible. Parce que si Kévin, grâce à moi (j’avais alors la fougue de la jeunesse qui pense qu’elle va réussir là où les anciens ont échoué) progressait au point de faire deux fois moins de fautes à sa dictée, il aurait toujours zéro. Et c’est ce jour là, précisément, que je me suis dit qu’il y avait forcément d’autres façons de faire. La météorite kévinesque qui m’était tombée dessus avait fait d’irrémédiables dégâts.

Catastrophe

La première conséquence a été de regarder derrière moi et de constater que j’étais déjà passée à côté de beaucoup trop d’élèves. De prendre conscience que tous les jolis cours que j’avais fait, et qui avaient fait progresser pas mal d’élèves en avaient laissé bien trop sur le bas-côté. Du coup, je me suis sentie comme le lapereau de tout à l’heure, mais SOUS le TGV.

Résilience

Ça a été un long chemin. Chaque année je m’en suis voulue parce que je n’avais pas encore suffisamment fait attention à Jennifer ou à Manfred. Chaque année, je cherche à faire mieux.

J’ai d’abord cherché toute seule (je vous rappelle que cette histoire a commencé dans des temps fort-fort lointains) et puis avec l’ouverture de l’internet au commun des mortels, petit à petit je me suis rendu compte que je n’étais pas la seule à me poser ces questions. J’ai discuté, observé, pillé le travail des gens qui me semblaient aller dans la bonne direction (bisous à CJS au passage !) j’ai même fini par lire des livres de pédagogie !

Mutation

Et c’est là que je me suis aperçue que j’étais désormais classée dans la catégorie des « pédagodiches ». Je ne sais pas trop ce que cela signifie, mais j’ai lu beaucoup de gens qui écrivaient pour se plaindre du « pédagogisme ». En fait, comme autrefois on avait inventé les fées, les lutins et les licornes, on a inventé les « pédagogols » (les mâles) et les « pédagodiches » (les femelles).

D’après les érudits qui les ont décrits, la biologie des « pédagogos » (terme générique aux deux sexes de cette race) est simple. Ils vivent sur une autre planète, et tels des imbéciles heureux, sans aucune culture ni connaissances scientifiques, et s’en félicitent. Leurs objectifs (car malgré leur bêtise, ils en ont) sont de précipiter la fin de la civilisation occidentale et de dominer la totalité de la galaxie de Grenelle, vers l’infini et au-delà. Les moyens qu’ils emploient pour y parvenir sont simples (à la manière de leurs mœurs) puisqu’ils passent leur temps à baragouiner (à l’oral comme à l’écrit – mais avec des fautes d‘orthographe) entre eux et à se trémousser dans des classes en portant des vêtements ridicules. Sourds aux recommandations des courageux dresseurs de « pédagogos » qui s’aventurent parfois sur leur territoire (en général ce n’est pas conseillé, il vaut mieux se tenir à une distance stratosphérique de ces créatures), ils se complaisent dans leur médiocratie.
Les élèves victimes de ces créatures prennent bien vite les mêmes comportements que leurs maîtres : ignares, abrutis par le manque de nourritures intellectuelles, ils s’étiolent et finissent dans les caniveaux qui entourent les bâtiments des prestigieux lycées parisiens.

Hé, je rigole, hein, les pédagogos, c’est comme les licornes, ça n’existe pas !

Bonne rentrée.
Et faites attention à Kévin.

7 Commentaires

Classé dans Bavardage, récit