On apprend aussi en jouant

C’est une idée qui me trottait dans la tête depuis un moment. Elle n’a rien d’une idée neuve, surtout pour une vielle rôliste comme moi. Mais comme toujours, j’ai tellement d’idées de choses à faire que je finis souvent comme l’âne de Buridan, par ne rien faire du tout. Manque de temps pour faire les choses comme j’aimerais les faire, pour fabriquer les supports, pour réfléchir vraiment à la mise en œuvre…
Parfois il m’arrive quand même de passer le pas. Avec une idée vague de ce que je veux faire, et un minimum de préparation. En gros c’est comme monter tout en haut du plongeoir et de sauter. « On verra bien ».

Maintenant ou jamais

Il y avait en effet longtemps que j’avais envie de faire une version « jeu de rôle » de la Révolution française. L’idée était restée là, bien au chaud. Pas moyen de trouver la façon de mettre ça en œuvre. Et puis allez savoir pourquoi, un jour ça m’a pris. J’ai commencé par aller sur le site de l’Assemblée nationale qui a la gentillesse de nous donner une petite biographie de tous les hommes (et de toutes les femmes aussi je suppose, mais pour la période étudiée, la question ne se posait même pas) qui ont participé à toutes les assemblées depuis 1789*. Mon idée était de trouver des membres de la Constituante « locaux » et d’en attribuer un à chaque élève. Pour simplifier les choses (oui, des fois, il faut un peu simplifier pour gamifier…) j’ai choisi 10 représentants du Tiers-État, 5 de la noblesse et 5 du clergé. Et comme c’est moi le maître du jeu, j’ai triché encore un peu en incluant deux députés parisiens parce que je savais que j’allais en avoir besoin : Bailli (premier président de la Constituante) et Guillotin (parce que… bein vous imaginez bien pourquoi !) J’ai aussi triché en essayant de faire un mix représentatif entre les monarchistes acharnés, les partisans de la monarchie parlementaire et j’ai même trouvé quelques francs révolutionnaires. J’ai fait de jolies fiches A5 avec leur nom complet, leur portrait (sauf pour un ou deux, je n’ai rien trouvé) et leur biographie. Pour aider les élèves, je leur ai rajouté un but. Et hop, dans la plastifieuse. C’était long mais le résultat avait de la gueule.

Entrée en classe

À la suite du cours sur les difficultés du règne de Louis XVI, j’attendais les élèves devant la porte de la classe. Il ne vous aura pas échappé qu’avec 20 personnages, j’avais plus d’élèves que de personnages. C’est que j’avais besoin de « journalistes » pour faire les comptes-rendus. Avant de rentrer, j’ai donc annoncé que j’avais besoin de 20 personnages et de 5 journalistes. Les journalistes sont entrés et se sont installés à une table (enfin un îlot), au fond. Une des journalistes a reçu une fiche et s’appelait Olympe (de Gouge, bien sûr !).
Puis j’ai remis à chaque élève une fiche, au hasard de leur entrée en classe. Une grande table au milieu a accueilli les 10 délégués du Tiers État, et il y avait deux îlots pour les nobles et le clergé. Je sais, ce n’est pas la disposition de la salle des Menus Plaisirs, mais vous n’allez pas chipoter.
Et hop. Le discours du roi en vidéo avec un extrait tiré de « 1789 »**. Et ensuite je les ai laissé faire.

Plus vrais que nature

Je peux vous dire que je n’ai pas été déçue. Au bout de cinq minutes le Tiers-État réclamait le vote par tête. Au bout d’une heure l’Assemblée Nationale était créée. Je vous jure que je n’ai rien dit. Rien fait. Je les ai laissé faire. Discuter, s’engueuler (ils ont vachement bien joué leurs rôles), essayer de se convaincre. Certains nobles ont bien rejoint la salle du jeu de paume (la grand îlot du Tiers-État), et d’autre ont refusé catégoriquement de le faire. Comme en vrai.
Du coup, pour la séance suivante, j’ai continué le jeu. On a alterné des extraits vidéo et des moments de jeu. A la fin de la deuxième heure, des nobles et un archevêque avaient émigré (sur un autre îlot). Quelques un avaient été physiquement empêchés de le faire et étaient assis, alignés dans la prison, sous le tableau. Et on avait pris la Bastille, aboli les privilèges et rédigé la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen.

Du coup, on a continué plusieurs séances. Quand ils ne pouvaient pas inventer, on étudiait des documents (textes, iconographie, extraits vidéo) et on reprenait le jeu de rôle ensuite. Quand il a fallu arrêter le roi, j’ai joué Louis XVI. Et ils ont eu du mal à me poser la main dessus pour m’empêcher de rejoindre la table des émigrés. Parce que le prof, c’est comme le roi, un intouchable.

À la fin, on a vérifié sur un site si leur personnage avait survécu à la révolution en consultant la liste des guillotinés***…

Bref, j’ai adoré. Et visiblement eux aussi.

Bilan

Bon, mais se faire plaisir, c’est bien mais c’est quand même pas tout. Faut quand même apprendre des choses à l’école ! Quand j’ai fait l’évaluation sur ce chapitre, j’ai compris que j’avais gagné. Parce que tous, je dis bien tous, maîtrisaient parfaitement la chronologie des événements et pouvaient en expliquer les causes et les conséquences.
Et quand on a abordé les chapitres suivants, ils étaient tous capable d’avoir un avis sur les événements politiques et sociaux du XIXe siècle, en s’appuyant sur l’expérience de leur personnage révolutionnaire. Ils avaient aussi compris que les appartenances sociales ne suffisaient pas à expliquer les choses, et que les représentations nationales pouvaient parfois se faire déborder par la rue.

Alors, je me dis que j’ai, cette fois là, bien fait mon boulot de prof.

Sauf que….

Sauf que je ne sais pas si j’oserai refaire ça. Ce qui a si bien marché cette année, avec ces élèves là, ne fonctionnera sans doute pas de la même façon l’année prochaine. Ce sera peut être mieux, peut être moins bien. De toute façon, ce sera différent. Est ce que j’oserai encore me lancer dans cette aventure ?

* Base de données des députés français depuis 1789 – Base Sycomore
** 1789 : Les années lumière, un film de Robert Enrico.
*** Avez-vous eu un ancêtre guillotiné ?

 

 

 

 

 

 

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Ne faites pas le gnou !

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué, il se passe des choses dans la maison Éducation Nationale. Nouveaux programmes, nouvelle organisation de l’enseignement obligatoire (école et collège), nouveaux enseignements, nouvelles façons d’enseigner….
Et comme toujours, le changement effraie. C’est un sentiment normal chez les primates humains que nous sommes. Le changement implique une nécessaire adaptation dont nous ne sommes jamais certains ni d’en être capable, ni d’en sortir indemne.
Il est établi que tout changement (personnel ou professionnel), qu’il soit bon ou mauvais est une forme de traumatisme qui nécessite environ 6 mois avant d’être digéré et de pouvoir envisager un début de résilience. Lorsque ce changement est soudain, on peut donc logiquement envisager un retour à la stabilisation six mois plus tard. Quand il s’agit d’un plan de réformes comme celui qu’est en train de vivre l’éducation nationale, il est annoncé plus d’un an à l’avance. Les annonces du printemps 2015 seront appliquées à l’automne 2016. On peut donc logiquement hélas, penser que le retour à la stabilité ne se fera pas avant … le printemps 2017 !
Ça va être long !

C’est long parce qu’entre temps, il y a cette période de crise qui suit tout changement. Et que l’école toute entière est secouée par ce long tremblement. Avec en prime des secousses telluriques qui vont bien au-delà des salles de classe puisque, comme je l’ai déjà écrit, la France est un pays qui compte plus de 60 millions de spécialistes de l’Éducation.

J’ai des convictions personnelles quant à mon métier. J’ai des opinions politiques et syndicales, des engagements militants. J’ai la chance de vivre dans un Etat de droit qui m’offre ce luxe. Et je suis la plupart du temps très contente de dialoguer avec ceux qui n’ont pas les mêmes idées que moi. Sauf en ce moment, sur ce sujet précis.

Les gens avec qui j’aimerais discuter, je les cherche. Quand je regarde autour de moi, dans ma salle des profs, dans la presse ou sur les réseaux auxquels j’appartiens, la discussion n’existe pas. Ou peu. Par contre, les excès de langages, les invectives, les affirmations définitives, les mensonges sont devenus monnaie courante.

« Talibanisation de l’éducation », « mort des disciplines », « nivellement par le bas », « fin de l’égalité républicaine », « primarisation du collège », « égalitarisme niveleur », « fruit de la sénilité du pédagogisme » peut-on lire ici ou là. Bon, mis à part le fait que cela n’apporte rien au débat (à part ne pas du tout donner envie de débattre), on reste dans le classique de la pédagogie de comptoir. D’habitude je m’en amuse et avec les copains, on en fait des bingos pour les heures de réunion.

Sauf que là ça dure depuis des semaines et que les invectives ont changé de terrain de jeu. Les attaques deviennent personnelles. Les idées que je défends, les groupes auxquels j’appartiens et les gens qui en font partie sont tous les jours victimes de calomnies et d’attaques de plus en plus rudes qui ne portent même plus sur leurs engagements mais qui attaquent leur honneur d’être humain et leurs compétences professionnelles.
Penser du bien de ce qui change dans l’Éducation nationale (et même vouloir y apporter des améliorations) c’est forcément être un chien courant des politiques, un privilégié qui n’a pas d’élèves (ne plus être dans une classe serait-il le rêve secret de ces zélotes de l’immobilisme ?), un ennemi de la culture, un social-traître.
Le pire, c’est que ceux qui aboient ainsi n’ont aucun talent. Parce que la méchanceté, quand c’est bien fait, ça peut même être savoureux. Mais tout le monde ne peut pas avoir le talent d’un Clémenceau ou d’un Churchill.

L’ennui avec ces gens-là, c’est qu’ils ne laissent pas le choix. Et je déteste qu’on me prive de mon libre arbitre. On peut leur répondre, mais c’est peine perdue. Ils utiliseront toutes les moisissures argumentatives à leur disposition, vous feront perdre votre temps et une énergie qui serait bien plus utile ailleurs.
L’autre solution consiste à les ignorer. Et à attendre qu’ils se lassent. Si vous le faites, (comme je viens de le faire ce matin en bloquant une cinquantaine de comptes sur Twitter) vous serez accusé de refuser le dialogue.
Effectivement, je refuse le dialogue avec les médiocres et insignifiants dont le seul fait de gloire est de jeter l’opprobre sur ceux qui ne pensent pas comme eux. Je ne vous ferai pas l’affront de vous rappeler le terme qu’on utilise pour désigner cette méthode de « dialogue ».

Vous allez me dire : « Mais quel rapport avec les gnous ? »
J’aime beaucoup les gnous.
Ceux-là surtout.

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Mon plus beau manuel scolaire, c’est …

Dans un précédent billet, je m’interrogeais… non, en fait je ne m’interrogeais pas, je disais pourquoi, à mon avis, dans la plupart des cas, on ferait mieux de se passer des manuels scolaires.
Je comprends bien que ce genre de position puisse chagriner certains d’entre vous.
Pour me faire pardonner, je vais essayer de vous expliquer comment j’ai décidé depuis quelques années d’être abstinente, sur le plan des manuels scolaires tout au moins.

 

Mon manuel idéal…

La première des raisons, c’est que mon manuel idéal, il n’existe pas. En tous les cas pas dans ma matière*.
D’ailleurs, et afin de ne pas faire comme tous ceux qui parlent de ce qu’ils ne connaissent pas et dont je prends souvent plaisir à moquer les travers, la totalité de ce qui va suivre ne parlera que d’histoire, de géographie et d’éducation civique (tant que cela porte ce nom).

Mon manuel idéal d’abord, il serait gratuit. Comme tout ce que je produis pour mes élèves grâce à l’institution qui me nourrit, mon travail est déjà rémunéré**. La plupart des données que j’utilise sont disponibles légalement et gratuitement puisqu’elles émanent d’organismes officiels qui ont obligation de publication. Enfin la plupart des images que j’utilise sont libres de droit pour un usage non commercial, qu’il s’agisse de banques d’images prévue à cet effet ou bien de sites dont le visionnage gratuit est complètement légal.
Du coup, mon manuel idéal il serait dématérialisé mais imprimable si je le souhaite en partie, parce qu’il y aura toujours un Kévin ou une Jessica qui n’aura pas accès à un réseau numérique.
Et donc forcément, mon manuel idéal il serait réalisé dans un format totalement interopérable, disponible à tous, tout le temps et sur tout support.
Mon manuel idéal, il serait complètement modulable et transformable. Selon mes envies, mes besoins, et celui de chacun de mes élèves.
Mon manuel idéal, il serait partagé avec tous ceux que ça intéresse quel que soit le lieu où ils se trouvent. Mon manuel idéal ne connaitrait aucune frontière.

Mon manuel idéal, j’avais eu l’idée de le créer, il y a quelques années, au sein d’une association qui a depuis tellement changé d’objectif, que je préfère ne même pas en parler. De toute façon, vu que mon nom a disparu de tout ce que j’ai pu y construire d’intéressant, oublions cela.

Alors, quand je réfléchis bien, je me dis que mon manuel idéal il existe déjà. Il est là sous vos yeux.

… c’est vous

Vous êtes mon manuel idéal.

Ah oui, c’est vrai, mon manuel idéal il n’a pas l’esthétique d’un beau manuel scolaire tout neuf, avec une belle couverture qui brille et une belle charte graphique qui va bien et qui accorde une double page à chaque chapitre (et pas un mot de plus).

Mon manuel idéal est le fruit du travail de millions d’enseignants qui tous les jours enseignent et s’efforcent de le faire avec intelligence, bienveillance et respect de leurs élèves. Beaucoup d’entre eux partagent leurs réflexions, leurs essais, leurs erreurs. D’autres saisissent au bond ce qui leur plait, le transforment, l’adaptent, l’améliorent et remettent en jeu une nouvelle idée, une nouvelle pratique, un truc qui a fonctionné, un autre qui n’a pas du tout été concluant, pour que d’autres encore s’en saisissent… et en fasse ce que bon leur semble.

Internet et les réseaux sociaux sont de puissants vecteurs de connaissance parce qu’en plus on n’y croise pas que des profs. La théorie des 6 degrés de séparation de Frigyes Karinthy date de 1929. Aujourd’hui, elle se réduit à 4. Je suis donc à 4 degrés de séparation de toute information dont je peux avoir besoin pour construire mon cours. Grâce à vous.

Je ne fais pas partie des collègues qui sont nés à l’enseignement avec une souris à la main. Mais je ne me suis jamais sentie propriétaire de mes cours. C’est sans doute pour cela que j’ai plongé dans le bain d’Internet dès que cela a été possible. Parce que la vocation même du réseau mondial est le partage d’information. Le partage. Né dans les murs d’une université, où pouvait-il mieux s’épanouir que dans l’éducation ?

Et pourtant. Nulle part ailleurs que dans l’Éducation, Internet n’est à la fois aussi diabolisé (« télécharger est illégal » ai-je pu lire sur un diaporama officiel destiné aux élèves), aussi verrouillé (allez voir ce qu’en disent les collègues du Jura et ce qu’ils vivent avec leurs tablettes distribuées par le département) et aussi promu.

Notre Éducation Nationale a toujours fonctionné en réseau vertical. Internet est un réseau horizontal. Un lieu d’égalité. Pour le meilleur et pour le pire. Alors forcément ça inquiète. Tout ce qui ne serait pas validé institutionnellement n’aurait aucune valeur ? Cela reviendrait à dire que les enseignants, malgré leur expertise professionnelle et leurs concours seraient d’éternels mineurs pédagogiques, même pas capables de produire des ressources valables ? Ou de juger de la pertinence d’une ressource ?

Pour le meilleur. Je travaille sous le regard de mes pairs, de mes élèves, de leurs familles. Je donne librement ce que j’ai eu la chance de pouvoir recevoir. J’aime à me dire que quelques-unes des graines que j’ai pu semer ont leur part dans la luxuriance qui m’entoure. Et qui se retrouve dans les cahiers de mes élèves. Et dans leurs têtes aussi.

Pour le pire. Parce qu’il existera toujours des indélicats qui n’hésiteront pas à s’approprier le travail des autres et à en tirer gloire. Je les plains. Sans doute croient-ils encore que personne ne s’en rend compte. Ou qu’il est honteux de mutualiser son travail avec ses pairs. Je ne m’étonne guère que ceux-là n’imaginent même pas former leurs élèves au travail collaboratif.

Ça me rappelle une anecdote relatée par un IA-IPR aujourd’hui retraité mais qui avait déjà tout compris. Lors d’une inspection, il avait rencontré un collègue plongé dans le numérique jusqu’au cou qui lui avait fièrement présenté une animation réalisée pour ses élèves. Du fait main, du format Flash écrit en ligne de code. Des heures de boulot. De la belle ouvrage. Cet inspecteur nous avait fait part de son triste dilemme : il ne pouvait décidément pas dire à cet orfèvre que son long et fastidieux travail avait déjà été fait ailleurs par un autre et qu’il aurait pu d’un clic de souris s’éviter bien des soirées en tête à tête avec son clavier. Et de conclure : « La clé aujourd’hui, c’est de mutualiser ! »
C’était il y a dix ans.

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* On me souffle dans l’oreillette que celui de Sésamath pourrait figurer dans le haut du panier. Je n’ai pas les pré-requis pour juger, mais j’ai une totale confiance en ma source !
** Je préfère ne pas vous dire ce que je pense de ceux qui VENDENT leurs cours. Si, si, ça existe. Faites moi plaisir, ne les achetez pas !

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Classé dans Bavardage, pédagogie, TIC

La grande affaire des manuels scolaires

Si tout se passe bien, l’année scolaire 2016-2017 devrait se faire sous le signe de la Réforme du collège. Cette réforme implique la rédaction de nouveaux programmes et d’une nouvelle organisation de l’enseignement obligatoire en cycles qui devraient faire le lien entre l’école élémentaire et le secondaire, liant CM1/CM2/6e dans une continuité logique des apprentissages. Je vous explique tout cela pour commencer parce que mes chers Keskelledit* qui me lisent ne sont peut-être pas au fait de ce qui met en ce moment le monde éducatif en ébullition, au point que certains se disent prêts à « entrer en guerre ». Oui, je sais, ce sont des propos un peu ridicules, mais bon, il y a des Pichrochole** partout, même dans la maison Éduc’ Nat’.

La Réforme du collège et ses conséquences.

Une des conséquences de cette révolution, que nous sommes nombreux à espérer vraiment copernicienne, sera qu’en 2016 les programmes de tous les niveaux seront bouleversés, dans toutes les matières.
Dans le primaire, les collègues ont une classe, parfois à deux ou trois niveaux. Dans le secondaire on a rarement moins de trois niveaux. Quand ce n’est pas quatre (en éducation musicale par exemple) ou sept quand on a la chance d’être remplaçant, voire plus.
Bref, on commence à s’inquiéter dans les salles de profs du fait qu’il va falloir TOUT refaire. Et que ça va pas se faire tout seul.

Heureusement, il y a les manuels scolaires !

Mais, me direz-vous, les enseignants n’ont-ils pas à leur disposition la bouée de sauvetage ultime : le manuel scolaire ? Oui, sauf que les éditeurs sont aussi en train de se faire du souci, parce que pour eux l’échéance va être encore plus courte. Il faudra que les manuels soient parus pour septembre 2016, avec l’intégralité des cours dedans. Normalement, nous devrions voir rapidement tomber dans nos boites mail des propositions de travail d’éditeurs en manque d’auteurs.

Autre pierre d’achoppement : l’achat de ces manuels (si tant est qu’ils soient disponibles en temps et en heure). Dix bouquins neufs par élèves, ça commence à chiffrer pour un établissement. Allez, si on est sympa, on prend un manuel pour deux dans chaque discipline. Pour un bahut de 500 gamins, et en comptant 20€ par bouquin (mini) ça fait au bas mot 50.000 €. Payés par l’État. C’est-à-dire par nos impôts.
Si ça peut vous rassurer, ça va redonner un peu de liquidités au monde de l’édition scolaire et parascolaire.
Et c’est là que j’arrive avec ma mauvaise tête et que je pose une vraie question : pourquoi acheter des manuels scolaires ?

Pourquoi acheter des manuels scolaires ?

Une très jolie enquête de 2001 (commandée par qui, je vous le donne en 1000 ? ***) nous apporte LA réponse en chiffres (et ce n’est pas à vous que je vais apprendre que les chiffres donnent un caractère d’exactitude à tout) :
« Avec des manuels, 70% des élèves réussissent mieux, 66% ont plus d’autonomie, et 78% des professeurs effectuent moins de photocopies. Pourquoi ? »
Dans l’analyse de cette enquête, le manuel scolaire a pour l’élève plusieurs visages : symbolique, pédagogique, éducatif et culturel. C’est la base du savoir.
Pour l’enseignant, il est un outil d’application des programmes, une base documentaire, un recueil d’exercices, un support de différenciation.
Pour les parents, il est une trace des leçons, un support de dialogue, un objet symbolique qui « donne une certaine légitimité aux connaissances acquises à l’école » « Il est, en particulier dans les familles à faible capital scolaire, le référent, l’attribut de l’école par excellence. Les parents « s’y retrouvent ». Une institution dans laquelle les enfants ont des livres est conforme à leur image de l’école. »
Bref, les manuels scolaires, c’est l’arme ultime contre le décrochage scolaire, le dérèglement climatique et le respect de l’institution républicaine. Pour la résolution de la faim dans le monde et contre la prolifération nucléaire, on n’en est pas encore certains mais on devrait finir par trouver un lien.

Pourquoi ne pas acheter de manuel scolaire ?

Tant qu’à être encore une fois taxée de terrorisme pédago(go)gique, je ne vais pas y aller par quatre chemins. En 2016 je ferai tout pour dissuader mon établissement de l’achat de ces manuels. Et pas seulement pour des raisons économiques, même si je sais que ce sera le seul véritable argument qui pèsera dans la balance. Vous voulez des arguments ? En voila 10. Il doit y en avoir des dizaines d’autres…

  1. Dans de nombreuses matières, un manuel est obsolète lors de sa publication. C’est particulièrement vrai en géographie, puisque les données utilisées, compte tenu des délais de parution, ont au moins 3 ans, voire plus.
  2. Le manuel pousse les enseignants à l’encyclopédisme. Puisque le manuel doit être utilisable par tous, il propose tout ce que les programmes prévoient, voire même un peu plus.
  3. Le manuel propose des exercices qui, s’ils permettent de différencier ne permettent pas d’individualiser l’enseignement.
  4. Les manuels proposent des documents en nombre limité, dont la pertinence ne tient pas toujours dans le temps.
  5. Les manuels dits « numériques » ou « augmentés » sont soumis au droit d’auteur classique et ne sont à disposition des élèves que le temps de l’abonnement de leur établissement.
  6. Les manuels, même « numériques » ou « augmentés » ne peuvent être modifiés par les enseignants pour les adapter à leurs pédagogies ou à leurs élèves.
  7. Les manuels, même « numériques » ou « augmentés » ne peuvent pas être réutilisés par les enseignants pour une publication numérique.
  8. Les manuels, à force de ménager la chèvre et le chou, sont restés dans un entre-deux intenable. Les résumés de cours sont trop denses et les questionnements trop simplistes. Trop simples pour les profs. Trop complexes pour les élèves.
  9. Les manuels ne font pas confiance aux enseignants. En leur proposant un cours « clé en main », guidé de A à Z (y compris dans le Livre du professeur), il leur laisse à penser qu’il s’agit des seules « bonnes pratiques » possibles et rendent encore plus difficile toute innovation.
  10. Les manuels oublient que l’enseignant n’est plus seul face à ses élèves, face aux savoirs, face aux pratiques pédagogiques. Il ne laisse aucune place à la collaboration, au partage, à la mutualisation des savoirs et des savoir-faire.

La solution ?
Ce sera pour le billet suivant (qui était celui que je pensais écrire en commençant celui là, mais on ne fait pas toujours ce qu’on veut ma bonne Lucette !).

PS : Je tiens à préciser que je ne mets pas dans le même sac les éditions LeLivreScolaire, dont les ouvrages, dans beaucoup d’aspects, se rapprochent de mon manuel idéal.

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* Et vous savez combien je vous aime !
** Pichrochole ? Kézaco ? Wikipédia est ton ami !
** La source est .

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10 bonnes raisons de disposer une salle de classe en îlots

(Source de l’image : le blog de Claire Lommé « Pierre Carrée »)

  1. Quatre tables accolées permettent de disposer de plus de place. Deux tables individuelles offrent plus d’espace qu’une table de deux. Et en prime, ça fait huit bords de table en moins pour faire tomber des trucs.
  2. Les élèves n’étant plus face au tableau mais sur le côté, cela les incite à moins le regarder s’ils ont à le faire et leur permet d’exercer davantage leur mémoire courte.
  3. Quand quatre élèves discutent entre eux, ça fait moins de bruit quand ils sont face à face que s’ils se trouvent les uns à côté des autres. Qu’ils parlent du travail ou d’autre chose.
  4. La disposition en îlots offre une certaine intimité aux élèves et leur donne l’impression d’être en petit effectif. Un groupe est une entité physique, visible dans l’espace de la classe.
  5. C’est plus facile pour l’enseignant(e) de tourner autour du groupe pour aller auprès de chaque élève que de circuler dans des rangs.
  6. Il n’y a plus d’élèves au premier rang ni d’élève au fond de la classe.
  7. C’est plus facile de différencier les apprentissages en ne donnant pas la même chose à faire à chaque groupe.
  8. Sur un groupe de quatre élèves, c’est plus facile de trouver un élève plus compétent qui pourra aider les trois autres que quand les élèves travaillent par deux.
  9. Les îlots de quatre tables individuelles sont faciles à transformer en îlots de trois ou de cinq.
  10. On peut travailler individuellement même quand la salle est disposée en îlots. C’est beaucoup plus difficile de travailler en groupe quand on est aligné.

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Merci Monsieur Terry Pratchett

Sir Terry Pratchett nous a quitté cette semaine. Vous lirez peut être dans la presse des articles évoquant son immense œuvre littéraire, son humour, son combat contre la maladie et son ardeur à défendre le droit de mourir dans la dignité.  Son humanité, il l’a si bien racontée dans ses livres. Il a donné vie à tant de personnages incroyables. Samuel Vimaire et sa droiture inexorable, Mémé Ciredutemps et sa bienveillance acariâtre…
Pour lui rendre hommage, je n’ai rien trouvé de mieux que de vous proposer la lecture d’un extrait de « A hat full of sky », paru en France aux éditions de L’Atalante, grâce au fantastique travail de traduction de Patrick Couton, sous le titre « Un chapeau de ciel ». Je crois que c’est ce livre là que j’emmènerais sur une île déserte. Avec tous ses autres livres bien-sûr !

Un chapeau de ciel

J’espère qu’aucun des ayants droits de cet ouvrage ne considéreront qu’il s’agit d’une violation de leurs droits. Il va de soi que si c’était le cas, je retirerais immédiatement ce billet avec mes plus plates excuses. Il s’agit juste de vous aider à comprendre pourquoi nous sommes si nombreux à travers le monde à nous sentir un peu orphelins aujourd’hui et de vous donner envie de lire ou de relire ses ouvrages.

Tiphaine Patraque, née dans les montagnes du Bélier, est une très jeune sorcière. Elle est la cible d’un rucheur (« un rucheur, c’est comme un babar-l’hermite, ça emménage en vous… et on ne peut pas le tuer. ») Maîtresse Ciretutemps, la sorcière la plus puissante du Disque-Monde l’a envoyée faire son apprentissage chez  Mademoiselle Niveau, une sorcière un peu bizarre et peu estimée par la profession. Mais vient le jour ou il va falloir affronter le rucheur et Tiphaine s’étonne d’avoir été envoyée chez une si piètre sorcière pour s’y préparer…
– Pour quoi Miss Tique et vous m’avez envoyée chez elle alors ?
– Parce qu’elle aime tout le monde, répondit la sorcière qui marchait devant elle à grandes enjambées. Elle se soucie des gens. Même de ceux qui bavent, des imbéciles bornés, des mères sans rien dans la tête avec leurs gamins au nez qui coule, des incapables, des crétins et les idiots qui la traitent comme une espèce de bonniche. Voilà ce que moi j’appelle de la magie : voir tout ça supporter tout ça et continuer quand même. Rester toute la nuit assise au chevet d’un pauvre vieux qui n’en a plus pour longtemps, soulager au mieux sa douleur, lui faire oublier ses terreurs, l’accompagner à bon port… puis le laver, faire sa toilette mortuaire, qu’il soit présentable pour les obsèques, ensuite aider la veuve en larmes à défaire le lit et laver les draps – et il faut avoir le cœur bien accroché, c’est moi qui te l’ dit – puis rester debout la nuit suivante pour veiller sur le cercueil avant la cérémonie, puis rentrer chez soi et s’asseoir cinq minutes jusqu’à ce qu’un braillard en colère vienne cogner à la porte parce que sa femme a du mal à mettre au monde leur premier enfant et que la sage-femme sait plus quoi faire, et alors se lever, aller chercher le sac d’accessoire et sortir une fois de plus… On fait toutes ça, chacune à sa façon et elle le fait mieux qu’moi je l’avoue franchement. Ça c’est la raison, le cœur, l’âme et le noyau de la sorcellerie, voilà ! L’âme et le noyau ! » Maîtresse Ciredutemps se donna un coup de poing dans la paume et martela les mots : « L’âme… et le… noyau ! »
Des échos revinrent des arbres dans le silence soudain. Même les sauterelles en bordure du sentier avaient cessé striduler.
« Et madame Persoreille, reprit maîtresse Ciredutemps dont la voix baissa au niveau du grognement, madame Persoreille raconte à ses filles que c’est une question d’équilibre cosmique, d’étoiles, de cercles, de couleurs, de baguettes et… et de jouets, rien d’plus ! » Elle renifla. « Oh, tout ça, c’est sans doute très bien pour la décoration, des machins jolis à regarder pendant qu’on travaille, des machins pour l’épate, mais le commencement et la fin de la sorcellerie, parfaitement, le commencement et la fin c’est d’aider les gens quand la vie est en jeu. Même ceux qu’on aime pas. Les étoiles c’est facile ; les gens c’est plus dur. »
Elle s’interrompit. Plusieurs secondes s’écoulèrent avant que les oiseaux ne se remettre à chanter.
« Bref c’est ce que je pense », ajouta-t-elle du ton de celle qui se demande si elle n’est pas allé un peu trop loin dans les confidences.
Comme Tiphaine ne disait rien, elle se retourna et vit qu’elle s’était immobilisée sur le sentier, l’air d’une poule toute mouillée.
« Ça va petite ? demanda-t-elle.
– C’était moi ! gémit Tiphaine. Le rucheur c’était moi. Il ne pensait pas avec mon cerveau, il se servait de mes pensées ! Il se servait de ce qu’il trouvait dans ma tête ! Toutes ces insultes, toute cette… » Sa gorge se serra. « Cette… méchanceté. Tout ça c’était moi avec…
– Sans la petite part de toi bien sous clé, la coupa sèchement maîtresse Ciredutemps. L’oublie pas.
– Oui mais si… reprit Tiphaine qui tenait à déballer tous ses malheurs.
– La petite part sous clé, c’était la plus importante. Apprendre à ne pas faire les choses, c’est aussi dur qu’apprendre à les faire. Plus dur peut-être. Y aurait drôlement plus de grenouilles dans le monde si je savais pas comment éviter de transformer les gens. Et de gros ballons roses aussi.
– Non, pas ça, fit Tiphaine en frissonnant.
– Voila pourquoi on passe tant de temps à courir les chemins, soigner le monde et tout, dit maîtresse Ciredutemps. Enfin, aussi parce que les gens se sentent un peu mieux évidement. Mais ça te ramène à ton noyau, comme ça tu flageoles pas. C’est comme une ancre. Ça te maintient humaine, ça t’empêche de radoter. Tout comme ta mémé avec ses moutons qui, de mon point de vue sont aussi bêtes, entêtés et ingrats que les humains. Tu crois avoir vu ce que tu es et découvert que tu es mauvaise ? Hah ! J’en ai vu, moi, de la mauvaiseté, et t’en es loin. Maintenant, est ce que tu vas arrêter de pleurnicher ?
– Quoi ? Fit sèchement Tiphaine.
Maîtresse Ciredutemps éclata de rire, ce qui met soudain Tiphaine en rage.
«  Oui, t’es une sorcière jusqu’au bout de tes souliers, reprit la vieille sorcière. T’es triste et par derrière, tu t’observes dans ta tristesse et tu te répètes : Que j’suis malheureuse. En plus de ça t’es en colère après moi parce que j’te dis pas :« Là, là, ma pauvre chérie. » Alors je vais m’adresser à ton troisième degré parce que je veux des nouvelles de la gamine qu’est allée se battre contre une reine des fées armée d’une poêle à frire, pas de l’enfant qui s’apitoie sur son sort et se vautre dans la tristesse !
– Quoi ? Je ne me vautre pas dans la tristesse ! Se récria Tiphaine en se rapprochant de la vieille sorcière à grands pas, jusqu’à se retrouver nez à nez avec elle. Et c’était quoi cette histoire d’être gentille avec les gens ?
(…)
Tiphaine restait sans voix. La vague d’indignation en elle était si ardente qu’elle lui brûlait les oreilles. Mais maîtresse Ciredutemps souriait. Les deux situations ne cadraient pas l’une avec l’autre.
Sa première pensée fut : je viens d’avoir une prise de bec avec maîtresse Ciredutemps ! À ce qu’on dit, si on la coupait en deux, elle ne saignerait pas à moins qu’elle le veuille. À ce qu’on dit, quand les vampires l’ont mordue, ils ont tous été pris d’une irrésistible envie de thé et de biscuits. Elle peut tout faire, se trouver partout ! Et je l’ai traitée de vieille femme !
Son deuxième degré fit observer : Ben quoi, c’est vrai.
Son troisième degré ajouta : Oui, c’est maîtresse Ciredutemps. Et elle entretient ta colère. Quand on est empli de colère, il ne reste plus de place pour la peur.
« Garde cette colère, dit maîtresse Ciredutemps comme si elle lisait dans ses pensées. Conserve-la dans ton cœur. Rappelle-toi d’où elle vient, rappelle-toi à quoi elle ressemble, mets-la de côté jusqu’à ce que tu en aies besoin. Mais tu sais que le loup et là quelque part et que tu dois veiller sur le troupeau. »

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Courage ! Régressons !

Images mentales

Faites le test. Si on vous demande de vous figurer mentalement une salle de classe, pendant un cours (de français, de maths, d’histoire, comme vous voulez) ce que vous allez imaginer, vous le puiserez dans vos souvenirs d’abord (la salle de madame Lebrun quand vous étiez en CM1 par exemple) puis dans les images que vous aurez croisées dans votre vie d’adulte.

Je ne prends pas beaucoup de risque en supposant que le résultat devrait ressembler à un truc comme ça :

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Étant donné que les enseignants sont des humains comme les autres, la plupart d’entre eux feront la même chose que vous.

On peut étendre l’expérience à la façon d’enseigner. Si je vous demande à quoi ressemble un cours, vous allez piocher dans vos souvenirs et penser à un truc dans ce genre là.
Tout ce qui ne rentre pas dans les cadres ci-dessus est désigné sous le terme d’innovation (déjà dans cette vidéo proposée par Éduscol, l’utilisation de manuels numériques est innovant).

Innover

Innover cela signifie « introduire du neuf dans quelque chose d’établi ». Par exemple, remplacer les pommes par des poires dans une tarte Tatin, c’est innovant.
Je crois que je déteste ce terme. Surtout appliqué en matière d’enseignement.

Comme si le fait d’introduire de la nouveauté dans les salles de classe n’était pas l’essence même de l’enseignement. La plupart des matières scientifiques évoluent tous les jours. Les sciences humaines aussi, tout comme les arts, les langues… L’enseignement suit ces évolutions. Parfois d’un train de sénateur mais pas toujours. Je me rappelle de professeurs nous présentant comme révolutionnaires et encore sujets à caution les travaux de Wegener sur la dérive des continents (ils datent quand même de 1912), ou du ton docte de ce professeur de sciences nous affirmant que les neurones étaient des cellules qui n’avaient aucune capacités régénératrices.

Donc l’école innove tous les jours dans ses contenus. C’est son rôle.
Et il devrait être tout à fait normal qu’elle fasse de même dans ses pratiques.

Nouveauté

L’utilisation des « nouvelles » technologies en classe est donc innovant. Faut-il rappeler que les premiers ordinateurs grand public (Mac ou Atari) sont en vente depuis 30 ans et qu’internet a 20 ans ? Si on y songe, le Bic cristal inventé en 1950 n’a été autorisé dans les salles de classe qu’en 1965 mais en 1971/72 je remplissais toujours mes premiers cahiers d’écolier à la plume sergent major.
D’ailleurs, les pédagogies Montessori (1900) et Freinet (1964)* sont toujours des pédagogies innovantes…

Voila. Donc, si vous placez vos élèves de collège ou de lycée en îlots (comme en primaire, notez bien) vous êtes un professeur innovant. Si vous faites un schéma heuristique au tableau, vous êtes innovant. Si vous demandez à vos élèves de rendre un devoir dactylographié, vous êtes innovant. Faire enregistrer un texte à des élèves c’est innovant. Travailler en groupe, c’est innovant. Demander à des élèves de regarder une vidéo avant un cours c’est innovant. Faire construire une évaluation par des élèves, c’est innovant.

Et l’innovation éducative, c’est comme de vouloir faire une tarte Tatin avec des poires, c’est risqué.
Enfin, c’est ce qu’on en dit.

Enseignant innovant

Pour la plupart des gens qui me connaissent, je suis une enseignante « innovante ». Si vous saviez à quel point ce terme me fatigue. Non, je ne suis pas une enseignante innovante. Je suis une enseignante. Point final. J’utilise les outils qui sont à ma disposition pour faire cours. Ces outils sont accessibles à tous. Et ils ne sont pas tous numériques loin de là.

Les anglo-saxons utilisent le terme de « best practice » plutôt que d’innovation. Rien que pour ce terme et même en cette période de Tournois des six nations, il m’arrive d’avoir pour nos camarades d’outre-Manche des pensées chaleureuses.

Pour beaucoup de gens, les termes d’innovation et d’expérimentation sont synonymes. Je les renvoie au premier dictionnaire qui croisera leur route. Qu’il soit numérique ou en papier.
Pour de nombreux autres (mais parfois aussi les mêmes), l’expérimentation scolaire est une sorte de risque hasardeux que l’on prend avec la chair de la chair de notre belle Nation.

Et donc, jetant d’un même élan et dans un même panier les deux en même temps, tout le monde se rassure en se disant que comme c’était mieux avant, ne changeons rien.
Et selon la bonne vieille loi dite du « qui n’avance pas recule », on n’aura guère de mal à trouver de nombreux partisans enthousiastes de la blouse à l’école, des images murales de Saint-Louis sous son chêne, et pourquoi pas tant qu’on y est des leçons de morales calligraphiées à l’encre violette sur des cahiers sieyès.

Courage ! Régressons !

 

—–

*Pour ne pas heurter les gardiens du temple Freinet, je précise que la date de 1964 correspond à la publication de Les techniques Freinet de l’école moderne et pas à l’enseignement de Célestin ( vous permettez que je vous appelle Célestin ?) qui commence en 1920 à l’école de Bar-sur-Loup.

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