Pour lutter contre le syndrome de Buridan…

Juste un petit billet (écrit quasiment sous la contrainte) en passant pour vous raconter une petite astuce que j’utilise. En en parlant avec les copains/copines, on m’a bien fait comprendre que c’était pas cool de la garder pour moi. Ne vous attendez pas à un truc révolutionnaire, hein, c’est juste que moi ça me simplifie la vie dans ces moments où j’ai 412 choses à faire et que je ressens une grande empathie avec l’âne de Buridan. Lui, il finit par mourir de faim et de soif ; moi je finis juste mes journées en culpabilisant parce que je n’ai pas fait le milliardième de ce que j’avais à faire.

Quel intérêt ?

Je sais qu’il existe plein d’applications pour gérer des « to-do list », mais il y a des choses qui sont meilleures sans numérique (les cartes mentales par exemple…).

L’idée est de :

1/ tout faire
2/ faire quand même des trucs sympas dans la journée
3/ se motiver pour tout faire
4/ ne pas perdre trop de temps sur une chose en particulier

Démarche

Matériel :

  • Des fiches (en papier, en carton, mais pas de post-it)
    J’utilise des fiches cartonnées qui partent ordinairement à la poubelle, et que je récupère ( j’en ai… plein !). En plus c’est du recyclage.
  • Un stylo
  • Un timer

Étape 1 : faire la liste de toutes les tâches que vous devez faire par exemple dans une journée.
N’oublier pas d’y ajouter quelques choses que vous avez envie de faire ou qui vous font plaisir. Copier chacune d’elle sur une fiche séparée. Vérifiez que vous n’avez pas les yeux plus gros que le ventre. Si vous lister 25 choses à faire, sauf si ce sont des micro-tâches, ça fait 12h de travail. C’est sans doute trop. Priorisez mais n’en profitez pas pour supprimer pas les trucs sympas.blog1

Étape 2 : se fixer un temps d’exécution moyen.
Certaine méthodes de coaching proposent de travailler par périodes de 25 minutes. Il paraît qu’au-delà on est moins efficace. Je suis pas spécialiste, mais je pense qu’une durée autour de la demie-heure c’est pas mal.

Étape 3 : régler voter timer sur la durée choisie.

Étape 4 : au boulot !

  • Mélangez vos fiches, face cachée.
  • Posez la pile devant vous.
  • Tirez la première fiche et commencez.
  • Quand le timer vous dira que le temps imparti est passé, faites une pause.

A ce moment, il y a deux possibilités : ou vous avez fini ou pas.

  • Si vous avez fini, vous jetez la fiche à la poubelle. N’hésitez pas à scénariser un peu ce grand moment (cris de joie, danse rituelle, déchiquetage impitoyable, etc.) selon votre humeur. Vous verrez, c’est un grand moment de soulagement !
  • Si vous n’avez pas fini (même si vous avez presque fini), vous remettez la fiche dans la pile et vous mélangez (sans tricher !)

Vous pouvez faire une mini pause de 5 minutes, boire un coup (rappelons que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé), marcher un peu…avant de reprendre les choses à l’étape 4.

Intérêt de la méthode

Je ne sais pas si cette méthode vous conviendra, mais moi je l’aime bien parce qu’elle me permet de me battre contre certains de mes travers :

  • parce que je suis un peu hyperactive, cela m’oblige à me fixer des limites et à me contraindre à ne faire que ce que je suis humainement capable de faire (j’avoue humblement ne pas être dotée de supers-pouvoirs, à mon grand regret) ;
  • parce que je suis un peu jusqu’auboutiste et perfectionniste, cela m’oblige à aménager des temps de pause dans la réalisation de tâches un peu longues. Cela me donne d’ailleurs la possibilité de « laisser mûrir » en me donnant un temps de réflexion et j’ai l’impression d’être plus efficace ;
  • parce que je m’occupe assez mal de mon bien-être, cela me force à ne pas reléguer les choses que j’aime faire en fin de journée quand je suis trop fatiguée et que je n’ai même plus envie de les faire si j’en trouve encore le temps ;
  • parce que je suis une joueuse dans l’âme, cela m’aide à rendre les choses pénibles un peu rigolotes en me faisant à moi même la surprise de ce que je vais faire dans la prochaine demie-heure.
  • parce que j’aime mon métier et qu’il est multiforme, cela me permet de réellement avancer dans mon travail.

Pour l’instant, à chaque fois que j’ai utilisé cette méthode, elle a bien fonctionné et il est rare que je ne finisse pas tout ce que j’ai listé au départ (en particulier parce que dès le départ, la création des fiches me rend plus raisonnable sur la quantité).

Peut être que cette méthode existe déjà et que je viens de découvrir l’eau tiède et le fil à couper le beurre en même temps.
Si c’est le cas, tant pis.
Et si ça peut vous être utile, tant mieux.
Et une fiche de moins dans ma pile de la journée, youpi !

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Nouvelle recette !

Comme chaque année, en bonne cuisinière pédagogique, j’ai réfléchi à la mise en œuvre d’une nouvelle recette. En fait, elle n’est pas complètement nouvelle, ni vraiment originale. Comme les meilleures cuisines sont celles qui mélangent les influences, je m’efforce de faire la même chose dans ma classe. Chaque année, j’ajoute des ingrédients, piqués ça ou là dans des lectures, des rencontres*, des échanges, et j’essaie de faire une recette qui me plaise et dont je pense qu’elle sera la plus à même de faire progresser mes élèves. J’y passe une bonne partie de mon été (et je vous fais grâce de tous les essais qui partent à la poubelle), je finis pas trouver quelque chose d’à peu près satisfaisant que je vais adapter au fur et à mesure de sa mise en œuvre à partir du mois de septembre.

L’année dernière j’avais utilisé des plans de travail collectifs**. Cette année, j’ai décidé de passer aux plans de travail individuels par ceintures de compétences. Je vous explique comment ça fonctionne ?

Ingrédients

D’abord, j’ai repris la liste de neuf compétences décrites dans les programmes du cycle 4*** (« Comprendre un document », « Raisonner et justifier une démarche », « Se repérer dans le temps », « Se repérer dans l’espace », etc.), en trichant un peu parce que j’ai divisé l’expression orale en 2 compétences différentes, et j’ai essayé de les décliner de façon cohérente entre un niveau « basique » (la ceinture blanche) un peu en dessous de ce qui est attendu en début de 5e , un niveau attendu en fin de 3e (ceinture bleue) et des niveaux (jusqu’à la ceinture noire) pour les élèves qui seraient particulièrement brillants.

L’idée maîtresse est que les élèves vont s’entraîner à maîtriser ces compétences tout au long de l’année et dans les années qui vont suivre.
Sauf que…. il ne vous aura pas échappé que l’enseignement de l’histoire se fait de façon chronologique, et que je dois enseigner trois disciplines différentes (je sais, l’EMC c’est pas réservé à l’histoire/géo mais vous connaissez beaucoup de disciplines qui s’en chargent ?). Du coup il fallait adapter cet entraînement à ce type d’enseignement et donc trouver une façon d’organiser les choses qui soit claire et simple pour les élèves et pour moi. Un vrai challenge.

Donc, j’ai choisi de diviser les 3 heures de cours dont je dispose avec les élèves en 2h de « cours » (je mets des guillemets parce que c’est un mélange de classe inversée, de travaux de recherche, d’oraux, de rédaction, de moment « théâtralisés », de cartes mentales… bref, c’est pas exactement des cours dialogués traditionnels), et 1h d’entraînement qui est le cœur du dispositif.

Cuisson

Chaque élève a, dans son cahier, le tableau détaillé des compétences.

Au début de l’heure (souvent sur le seuil de la porte), je distribue à chaque élève un plan de travail individuel sur lequel j’ai indiqué les compétences et le niveau de compétences qu’il ou elle doit travailler. Ces plans de travail correspondent à une période de travail de 3 semaines environ.
Les élèves s’installent où ils le souhaitent dans la classe et choisissent la compétence qu’ils veulent commencer à travailler.

Ils vont chercher dans les classeurs à leur disposition la fiche d’exercice qui correspond à la compétences choisie.
Il y a deux sortes de fiches. Certaines portent sur un niveau de compétence précis et comportent plusieurs exercices différents, d’autres portent sur un sujet précis, mais décliné selon différent niveau de difficulté.

Quand un élève a fini un exercice, il le soumet à la correction.
S’il s’agit d’ exercices faits sur une fiche, il dépose cette fiche dans une boite. S’il s’agit d’exercices faits dans leurs cahier, il indique dans la marge à quelle compétence et à quelle ceinture cet exercice correspond pour que je puisse le repérer plus facilement. Il me laissera son cahier à la fin de l’heure.
Et bien sur, il va chercher un autre travail à faire !

Les élèves peuvent demander mon aide ou bien l’aide d’autres élèves en s’inscrivant au tableau. La formation au tutorat faite l’année dernière a été une bonne base pour mettre en œuvre ce dispositif qui fonctionne bien.

En fin de cuisson

À la fin de l’heure, je me retrouve donc devant une pile de cahiers (plein) et une boite remplie (vraiment remplie !) de fiches. Je corrige les cahiers dans la journée pour les rendre le plus vite possible.
Pour corriger les fiches, j’ai une semaine. Les fiches corrigées sont glissées dans la pochette avec le plan de travail et les élèves devront commencer par faire les corrections avant d’entamer un nouveau travail.

À la fin de la période de trois semaines, je fais le bilan de chacun des plans de travail, j’y ajoute un commentaire et je le transmets aux familles pour visa. Je récapitule les compétences travaillées et réussies dans un grand tableau qui est affiché dans la salle de cours. Je prépare ensuite les plans de travail pour la période suivante, en tenant compte de ce qui a été réussi ou pas pendant la période précédente. Lors de la seconde période, les élèves ont donc tous des plans de travail différent.
Et c’est reparti pour une période de trois semaines.

Résultat

Depuis deux mois que nous fonctionnons comme cela je peux déjà faire un petit bilan.

Avantages :
– La mise au travail est très rapide quand les élèves entrent en classe.
– Tous les élèves travaillent. Certains plus vite que d’autres, mais tous ont progressé.
– Les élèves reprennent leur travail pour l’améliorer avec une ténacité incroyable. Certains ont repris leur travail trois ou quatre fois pour réussir parfaitement. Ils finissent tous par réussir l’exercice qu’ils ont entrepris.
– Je suis disponible pour aider les élèves qui en ont besoin.
– Si je vois qu’un point pose problème à plusieurs élèves, je prends un groupe autour d’une table pour le travailler avec eux.
– Certains élèves dépassent les attendus de leur plan de travail.
– Les élèves sont conscients des efforts qu’il doivent faire pour réussir le niveau supérieur et sont très fiers de voir leurs progrès.
– Les élèves peuvent utiliser des documents portant sur des thèmes des chapitres précédents pour travailler leurs compétences. L’idée est qu’à la fin de l’année, ils n’aient pas complètement oublié ce qu’on avait fait au début !
– Je quitte le collège tard mais je ne ramène pas de copies à la maison.
– Les corrections ne sont pas monotones vu qu’il s’agit d’exercices différents.
– Pas de barème à faire. Ou c’est bon, ou pas. Si c’est bon, je valide l’entraînement pour la ceinture, si c’est pas bon  (ou incomplet, ou à améliorer…), je rends le travail pour correction.

Inconvénients :
– La création des fiches est un gros travail. Parce qu’il faut créer des fiches pour chaque thème de cours (histoire et géographie). Je le fais au fur et à mesure. (Et d’ailleurs, j’y retourne juste après avoir posté ce billet !)
– La gestion des fiches a été longue à devenir une routine. Faire la différence entre les plans de travail, les fiches d’exercices ; celles qu’on me rend, celles qu’on remet en place, ne pas oublier de mettre son nom sur les fiches, laisser son cahier à la fin du cours, faire signer le plan de travail terminé… tout ça c’est compliqué pour certains. Mais petit à petit les choses s’améliorent. Il ne reste aujourd’hui que quatre ou cinq élèves (que je n’avais pas l’an dernier) par classe que je dois accompagner au plus près sur ce point. L’autonomie, ça s’apprend.

Bref, les avantages c’est surtout pour les élèves, les inconvénients c’est surtout pour le prof !

La suite ?

Ces heures de travail sont des entraînements. Le coup de tampon sur leur plan de travail attestent de la réussite d’un exercice d’entraînement. Je prévois d’organiser très bientôt des évaluations « à la demande » : les élèves choisiront sur quel niveau de compétences ils souhaitent être évalués. On va organiser ça en novembre/décembre.

Je vous raconterai.

PS : S’il reste des fautes de frappe dans cet article (et il en reste sans doute) merci de me le faire remarquer gentiment pour que je corrige.🙂

———

* Un gros merci à Guillaume Caron qui m’a gentiment accueillie dans sa classe pendant une semaine.
** Dans ce billet là : Vous auriez la recette ?
*** Pour le cycle 3 aussi, histoire d’avoir un minimum de cohérence.

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Maux d’hier…

Une fois n’est pas coutume, ce que vous allez lire n’est pas de moi. Il s’agit d’un courrier déniché dans un fonds d’archives par un correspondant qui a préféré conserver l’anonymat. Cette lettre est étonnante par son sujet et par l’écho qu’elle fait à notre époque et à un supposé désastre de l’école numérique. C’est à se demander si elle n’a pas servi de source à certains auteurs… Bonne lecture.

Paris, le 26 novembre 1887

Monsieur le ministre de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes

« La révolution du livre » est en train de fondre sur nos écoles. Par ce terme, j’entends aussi bien les usages des dictionnaires, encyclopédies, journaux, manuels scolaires (distribués aux élèves) que les cahiers de relevés de notes, les cahiers du jour et registres divers, ou bien encore les bibliothèques (accessibles aux élèves). On pourrait ajouter à cette liste les ouvrages que les élèves les plus fortunés apportent de chez eux.

Le président du conseil, monsieur Maurice Rouvier, a annoncé un « grand plan du livre pour l’école de la République » qui vise à lutter contre l’illettrisme de nos concitoyens et promet que d’ici 4 ans, tous les élèves auront un livre chez eux.

Avec tout le respect que je dois à votre fonction, monsieur le ministre, permettez-moi une hardiesse : cette idée est un désastre. Le terme peut sembler excessif, mais il est à la hauteur des dangers qui planent désormais sur notre République !

Un désastre, oui ! Car enfin, qu’est-ce qui motive notre gouvernement à prendre de telles mesures si ce n’est la volonté effrénée de proposer des choses nouvelles pour séduire le peuple ? Personne n’a pris la peine de réfléchir un instant aux conséquences de cette idée hasardeuse ! Quelle naïveté ! N’est-ce pas se rendre à la merci des éditeurs et des fabricants de bibliothèques ?

Comment imaginer que les livres puissent un jour résoudre toutes les plaies de notre instruction, voire de la société toute entière ! Non, monsieur, donner un livre à tous les enfants ne rendra pas la société plus juste, ni l’instruction plus efficace et ne redonnera pas la vue aux aveugles ! À quoi bon avoir laïcisé l’école, si c’est pour oublier la grande leçon des catholiques, qui défendent sagement la lecture de la Bible au croyant ?

Un désastre, vous dis-je ! Et sans doute encore pire que celui que nous sommes en mesure d’envisager aujourd’hui !

Aujourd’hui, l’usage des livres est certes un choix irrationnel, mais tout ce qui se pique de nouveauté doit en passer par là. Mais il reste dans le champ sacré et clos du foyer. Qu’ils sachent lire, et les enfants de France passeront leur soirée dans les bibliothèques et les cabinets de lectures, désertant le foyer domestique, détruisant la cellule familiale plus sûrement que l’alcool et la paresse.

Feint-on d’ignorer que l’imprimerie est née à Nuremberg que la presse est d’invention anglaise ? Que croit-on faire en confiant l’éveil de notre jeunesse à des créations étrangères, j’ose dire à nos ennemis de toujours ? Nos paysans, nos marins, nos artisans ont-ils besoin de livres ? Avaient-il besoin de lire, les corsaires de Surcouf, les fantassins de Valmy, les grognards de l’Empire, pour faire leur devoir ?

De surcroit, ces livres n’existent qu’au prix du saccage de nos belles forêts, dont les halliers sont sacrifiés sur l’autel des maisons d’édition ! Dégarnir ainsi le front bleu des Vosges de ses pins qui marquent aujourd’hui la plus blessée et la plus sacrée de nos frontières, c’est ajouter l’outrage à l’infamie ! S’il les faut sacrifier, ces forêts nationales, que ce soit pour faire des navires battant pavillons français, des crosses, des baguettes de tambours des fifres, des chevaux de frise !

Et puis avez-vous songé à la multiplication des voitures de poste, wagons, trains, locomotives qui seront nécessaires pour les transporter tous et donc aux risques accrus dans les transports ?

Compteriez-vous pour moins que rien la santé de notre belle jeunesse qui, mise au contact de ces livres, ne pourra échapper aux produits chimiques qui entrent dans sa fabrication ? Au papier chloré, aux émanations des encres ?  Et quand ils auront été lus et relus, manipulés par de jeunes mains inattentives et imprécautionneuses, maculés d’encre, qu’en fera-t-on ? A-t-on songé un seul instant aux montagnes de papiers sales et défraîchis dont il faudra se séparer ?

Je ne peux croire qu’il vous a échappé à quel point les livres isolent ceux qui en sont adeptes. Donner un livre à un enfant, c’est l’enfermer dans le repli sur lui-même, à l’écart de la communauté, de l’école et de la Nation. C’est l’encourager sur la pente qui lui fera bientôt lire des livres condamnés, ces Baudelaire, ces Flaubert, ces Goncourt, qui méprisent insidieusement la loi et qui le conduiront à suivre dans les journaux les misérables exploits des complots anarchistes !

Outre le fait que ce projet aurait pour les finances de l’État un coût exorbitant pour un effet désastreux, ce serait mettre directement dans la poche des éditeurs de livres et des artisans menuisiers le fruit du labeur de tout un pays.

Chercherait-on à détruire l’école de la République qu’on ne s’y prendrait pas autrement ! Que deviendrait le lien entre le maître et l’élève quand le livre viendrait à se placer entre eux ? Pourquoi s’évertuer à détruire ce lien puissant, fait de douceur et de fermeté, seul capable de transmettre à notre jeunesse l’amour des nobles vertus qui sont l’apanage de notre Nation ? Si la parole du maître est dans les livres, il n’est plus besoin de maîtres !

Cette lettre, monsieur le ministre est un appel ! Un appel à ne pas laisser entrer les livres dans nos écoles sans que le pays tout entier n’ait pu donner son avis sur ce projet insensé. Loin de participer à l’émancipation de notre pays, c’est à sa ruine qu’il travaille. Mais qui suis-je pour m’élever contre les soi-disant forces de progrès, ces auteurs, ces papetiers, ces vendeurs de livres qui chaque jour vous abreuvent de leurs conseils ? Je ne suis qu’un humble ingénieur parisien, un français patriote qui constate chaque jour les méfaits du livre et qui espère que sa contribution aura quelque écho auprès de votre ministère.

Je vous prie d’accepter, monsieur le Ministre, l’expression de mon plus profond respect.

 Charles – Philémond Trichou

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« On ne naît pas pédagogo, on le devient » ou « C’est la faute à Kévin !»

Je vous préviens tout de suite, l’article que vous allez lire est celui d’une dinde pédagodiche. Vous devriez immédiatement cesser de le lire. Si vous poursuivez, votre cerveau va se mérieuriser et ce sera la fin de la civilisation occidentale. Si vous le lisez quand même, ne venez pas vous plaindre après !

Au début, il y avait les dinosaures….

Quand je suis entrée dans une classe la première fois (ne cherchez pas, si ça se trouve vous n’étiez même pas né(e) !) outre le fait que j’étais à peu près dans l’état du lapereau moyen dans les phares d’un TGV, j’ai enseigné comme on m’avait enseigné. Je montrais mes connaissances, je demandais aux élèves de me montrer qu’ils savaient reproduire ce que je leur avais exposé, et je mettais une note pour graver dans le marbre d’un kalamazoo leurs réussites et leurs échecs. La classe était la plupart du temps silencieuse, à coup de punitions et d’heures de colles si besoin. Les tables étaient bien alignées (je me souviens que je me servais des pavés au sol pour bien aligner les tables, parce que j’aime bien que les choses soient à leur place) et tous les élèves me faisaient face. Je faisais des plans de classe, avec les mauvais élèves au premier rang pour mieux les surveiller et éviter les débordements.

Et ça fonctionnait très bien. Je me souviens d’élèves me remerciant d’avoir progressé en latin (hé oui, je sais que ça va en étonner plus d’un mais j’ai aussi enseigné le latin), des fleurs et des chocolats en fin d’année.

Chute de météorite

Sauf qu’un jour, je suis tombée sur un os. Je faisais un remplacement dans un collège plutôt sélect (j’y retrouvais les enfants de mes profs de fac) dans lequel les élèves étaient plutôt bien inscrits dans le moule. Enfin, pas tous.
C’est là que j’ai rencontré Kévin. Je suis bien incapable de vous dire à quoi il ressemblait, ni comment il s’appelait en réalité. Par contre je me rappelle très bien de la première copie qu’on m’a demandé de lui rendre, corrigée par la collègue que je remplaçais. Et de la note qu’il y avait dessus.

kévin

Et de celle que j’aurais pu lui mettre en lui rendant la dictée suivante. Sauf que j’ai pas pu. Je me suis dit que ce n’était pas possible. Parce que si Kévin, grâce à moi (j’avais alors la fougue de la jeunesse qui pense qu’elle va réussir là où les anciens ont échoué) progressait au point de faire deux fois moins de fautes à sa dictée, il aurait toujours zéro. Et c’est ce jour là, précisément, que je me suis dit qu’il y avait forcément d’autres façons de faire. La météorite kévinesque qui m’était tombée dessus avait fait d’irrémédiables dégâts.

Catastrophe

La première conséquence a été de regarder derrière moi et de constater que j’étais déjà passée à côté de beaucoup trop d’élèves. De prendre conscience que tous les jolis cours que j’avais fait, et qui avaient fait progresser pas mal d’élèves en avaient laissé bien trop sur le bas-côté. Du coup, je me suis sentie comme le lapereau de tout à l’heure, mais SOUS le TGV.

Résilience

Ça a été un long chemin. Chaque année je m’en suis voulue parce que je n’avais pas encore suffisamment fait attention à Jennifer ou à Manfred. Chaque année, je cherche à faire mieux.

J’ai d’abord cherché toute seule (je vous rappelle que cette histoire a commencé dans des temps fort-fort lointains) et puis avec l’ouverture de l’internet au commun des mortels, petit à petit je me suis rendu compte que je n’étais pas la seule à me poser ces questions. J’ai discuté, observé, pillé le travail des gens qui me semblaient aller dans la bonne direction (bisous à CJS au passage !) j’ai même fini par lire des livres de pédagogie !

Mutation

Et c’est là que je me suis aperçue que j’étais désormais classée dans la catégorie des « pédagodiches ». Je ne sais pas trop ce que cela signifie, mais j’ai lu beaucoup de gens qui écrivaient pour se plaindre du « pédagogisme ». En fait, comme autrefois on avait inventé les fées, les lutins et les licornes, on a inventé les « pédagogols » (les mâles) et les « pédagodiches » (les femelles).

D’après les érudits qui les ont décrits, la biologie des « pédagogos » (terme générique aux deux sexes de cette race) est simple. Ils vivent sur une autre planète, et tels des imbéciles heureux, sans aucune culture ni connaissances scientifiques, et s’en félicitent. Leurs objectifs (car malgré leur bêtise, ils en ont) sont de précipiter la fin de la civilisation occidentale et de dominer la totalité de la galaxie de Grenelle, vers l’infini et au-delà. Les moyens qu’ils emploient pour y parvenir sont simples (à la manière de leurs mœurs) puisqu’ils passent leur temps à baragouiner (à l’oral comme à l’écrit – mais avec des fautes d‘orthographe) entre eux et à se trémousser dans des classes en portant des vêtements ridicules. Sourds aux recommandations des courageux dresseurs de « pédagogos » qui s’aventurent parfois sur leur territoire (en général ce n’est pas conseillé, il vaut mieux se tenir à une distance stratosphérique de ces créatures), ils se complaisent dans leur médiocratie.
Les élèves victimes de ces créatures prennent bien vite les mêmes comportements que leurs maîtres : ignares, abrutis par le manque de nourritures intellectuelles, ils s’étiolent et finissent dans les caniveaux qui entourent les bâtiments des prestigieux lycées parisiens.

Hé, je rigole, hein, les pédagogos, c’est comme les licornes, ça n’existe pas !

Bonne rentrée.
Et faites attention à Kévin.

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Élèves agités ? Méditez !

 

Écoutant ce matin sur France Culture une excellente émission intitulée « Sexe, hypnose, méditation: peut-on percer les mystères de la conscience ? », je me suis rappelé que j’avais une petite astuce pédagogique à vous proposer. Je vous préviens tout de suite, c’est pas un scoop, de nombreux collègues utilisent cette méthode. Je vous propose juste un témoignage.

Commençons par le commencement :

Le problème.

Le problème que j’ai (et que je crois, tous les enseignants ont) est de mobiliser l’attention d’un groupe de jeunes adolescents pour leur proposer une séance de cours efficace. C’est toujours une sorte d’exploit quand on y arrive. Et quand, cerise sur le gâteau, la séance de cours se déroule à des moments où leur horloge biologique n’est pas vraiment en phase avec les apprentissages, les choses peuvent tourner à la catastrophe.

Si je vous parle d’une classe de sixième qui se présente pour un cours de fin de journée, après deux heures d’EPS et une courte récréation, tous les collègues de collège voient très bien à quoi ça peut ressembler. Pour les autres, je vous raconte. Les élèves arrivent super-excités, chahutent dans le couloir, s’installent dans un brouhaha incroyable, sont agités, inattentifs ou alors fatigués et éteints. Il est rare que l’heure se passe sans que vous n’ayez à élever la voix et/ou à punir un bon tiers de la classe. Et puis, pour l’enseignant aussi c’est la fin de journée et la fatigue n’aide pas à la bonne gestion du groupe. Pour moi cette année, cette heure-là était la dernière d’une journée de sept heures de cours.
Bref. Soit je me résignais à perdre cette heure de cours entre énervement mutuel et sanctions, soit je cherchais une solution.

Une piste

Si vous me connaissez un peu, vous savez que je suis toujours preneuse de bonnes idées pour améliorer mon enseignement et après avoir longtemps hésité et lu beaucoup de choses*, j’ai utilisé ce qu’on appelle la « méditation de pleine conscience » avec ces élèves et j’ai vraiment été impressionnée par les résultats obtenus.

Au premier abord, rien que l’intitulé (« méditation de pleine conscience ») aurait tendance à me faire fuir en courant. Mais comme je suis pragmatique et que je voyais de plus en plus de gens évoquer l’utilisation et les bienfaits de l’utilisation de cette technique en classe, j’ai fini par me lancer dans cette affaire.

Je me suis procuré l’ouvrage d’Eline Snel, destiné aux jeunes enfants (5 à 12 ans), qui s’intitule « Calme et attentif comme une grenouille »**. Eline Snel est une psychothérapeute belge auteur de nombreux ouvrages qui permettent de pratiquer chez soi la méditation de pleine conscience, une méthode élaborée par Jon Kabat-Zinn***.

 

9782352041917

J’ai commencé par faire moi même les exercices, pour les comprendre. Non seulement la mise en œuvre est très simple grâce au CD inclus dans le livre****, mais c’est chouette comme tout à faire. Je me sentais prête à essayer avec les élèves et pour la première fois de l’année, j’ai attendu avec impatience cette dernière séance du vendredi.

Tester

Tout a commencé comme d’habitude : chahuts, agitation, bavardages, bruit… J’ai annoncé aux élèves que la séance du jour allait commencer par quelque chose de spécial que j’avais envie d’essayer avec eux s’ils voulaient bien. La nouveauté les intrigue toujours, ils étaient prêts à essayer.

Nous avons fait trois exercices. Trois. Ça a duré exactement 10 minutes.
En 10 minutes, les élèves étaient transformés.
Je vous jure. J’en étais époustouflée moi même.
Pour cette première fois, 85 % des élèves ont fait les exercices avec un sérieux remarquable. Les 15 % autres ont eu plus de mal. Il y a eu quelques ricanements, quelques regards en coins entre copains…. Mais cela n’a pas gêné les autres. Malgré cela, en 10 minutes, j’avais devant moi des élèves calmes et attentifs, prêts à travailler. Et pour la première fois de l’année, on a vraiment travaillé, dans le calme pendant cette dernière heure de la semaine.

Du coup, j’avais hâte de recommencer : un comble, j’attendais avec encore plus d’impatience ce cours-là !

La semaine suivante, en arrivant en classe, les élèves m’ont demandé de refaire l’exercice. Et cette fois, presque tous les élèves ont « joué le jeu ». Le seul réfractaire n’arrivait pas à entrer dans les exercices mais il n’a pas gêné ses camarades.

Du coup, je me suis dit que je pouvais utiliser ces exercices à chaque fois que je sentais devant moi un groupe d’élève agité, déconcentré. Plutôt que d’élever la voix et de punir, méditer.

Et l’effet était toujours le même, quelque soit le niveau de classe : 6e, 5e, 4e…
Et plus on faisait les exercices, plus leur efficacité augmentait.

Plusieurs élèves sont venu me demander de leur prêter le livre pour faire des exercices à la maison.

Le gros avantage de cette technique, c’est qu’une fois qu’on connaît les exercices, on peut les refaire quand on veut. Quand un élève est trop déconcentré/énervé pour travailler, je lui propose de prendre quelques minutes et de refaire l’exercice de son choix tout en restant à sa place. Souvent je n’ai même pas besoin de l’aider à le faire, il y arrive très bien tout seul et les autres comprennent et respectent son « absence » temporaire. Que d’énergie économisée !

Ce qu’on a à perdre

Vous allez me dire : « Mais si on est obligé de « perdre » dix minutes à chaque début de cours, on n’aura jamais fini le programme ! »

Effectivement. On « perd » quelques minutes de cours. Mais faites la comparaison avec le temps que vous allez « perdre » en engueulades, mots sur le carnet de correspondance, punition à donner et à vérifier, déplacements d’élèves bavards….
Alors, oui, je veux bien échanger un cours de 55 minutes qui ressemble à un combat de boxe contre un cours de 45 minutes réellement efficace qui me permet ensuite de ne plus perdre de temps.

Je sais qu’en cet été de pré-réforme, nous avons tous beaucoup de travail et beaucoup de choses à préparer, mais cette technique ne demande pas réellement de temps de préparation et le rapport investissement/résultat est incroyablement positif.

Essayez, vous me direz !

 

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* Merci à Jeanne Siaud-Faccin que je suis depuis longtemps sur Facebook et qui a été la première à me mettre la puce à l’oreille à ce sujet.

** À voir sur le site de l’éditeur.

*** La page Wikipédia consacrée à Jon Kabat-Zinn.

*** Vous en trouverez un extrait en ligne à cette adresse.

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Les manuels scolaires nouveaux sont arrivés

La semaine dernière, madame Fathia Boudjahlat publiait un article sur le Huffington Post(1). Après l’avoir lu une première fois en diagonale, (avec un soupir de désespoir au vu de sa pauvreté), l’avoir dans un premier temps mis au rebut avec l’ensemble des propos de ceux qui critiquent tout avec l’obstination de lemmings approchant d’une falaise sans jamais rien proposer d’autre que des appels à l’indignation, nous avons décidé de répondre à cette dame. Nous aurions pu le faire à partir d’autres articles de la secrétaire nationale pour l’éducation du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) (2), par exemple un de ceux qu’elle a signé pour Causeur (publication célèbre pour son ouverture d’esprit et sa défense des valeurs républicaines… ), mais il aurait fallu les citer, et ça, on n’a pas réussi.
Nous nous sommes donc mis à plusieurs pour rédiger ce texte, histoire de ne pas en porter seuls le fardeau. Ce que vous y perdrez, chers lecteurs, en cohérence, nous l’avons gagné en santé mentale.

Toutes les références se trouvent citées en bas de page. Ce sont de saines lectures que nous vous conseillons, en guise de cure de détox après la lecture des propos de madame Boudjahlat (et des nôtres, du coup). Installez vous confortablement, ça va être un peu long.

 

…Et c’est l’occasion de juger de l’application de la réforme des collèges sur pièce.

On ne voit pas très bien le rapport entre les publications d’un éditeur privé et la réforme du collège. Évidement, les manuels scolaires sont censés se fonder sur les programmes qu’ils interprètent et les nouveaux programmes font “un peu” partie de la Refondation de l’école voulue par Vincent Peillon. Quoique. Si on regarde le “manuel” proposé par M. Casali et ses copains, on peut légitimement en douter.

Bref, pour juger de la réforme, le mieux ne serait-il pas de regarder la réforme elle-même, voire les programmes ? Rappelons à toutes fins utiles que les enseignants ne sont pas payés pour suivre les instructions des manuels mais pour respecter les programmes officiels. C’est d’ailleurs à cela qu’ils sont formés. C’est même le coeur de leur métier. Il faut donc croire que madame Boudjhelat, qui annonce dans sa biographie être enseignante, n’a aucune confiance en ses propres collègues pour faire correctement leur travail.
Pire, elle laisse croire (et elle n’est hélas pas la seule…) à l’opinion publique que les professeurs ne font que suivre les manuels.

L’Enseignement Pratique Interdisciplinaire invitant à travailler sur l’électrocution de Claude François a suscité un amusement et une consternation légitimes. Ce manuel de l’éditeur Bordas ne faisait pourtant que respecter l’esprit de la réforme.

Nous ne saurions trop conseiller à madame Boudjahlat de les relire, ces fameux textes de la réforme. Et comme nous sommes des gens sympathiques, nous lui livrons ici celui qu’elle a du louper (ou pas bien comprendre) concernant les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) :

Les EPI s’adressent à tous les élèves du cycle 4. Mobilisant au moins deux disciplines, ils permettent de construire et d’approfondir des connaissances et des compétences inscrites dans les différents programmes d’enseignement. Ils s’appuient sur une démarche de projet et conduisent à une réalisation concrète, individuelle ou collective.” (3)

Donc, oui, cet exercice qui se fonde sur un fait divers vieux de plus de 40 ans était un peu consternant, mais finalement, qu’est ce qui est le plus consternant ? Qu’il ait été désigné comme un EPI par les auteurs et les éditeurs de manuels ? Ou que de nombreux enseignants aient imaginé plus de 3 secondes qu’il s’agissait d’un EPI ?
Où est la réalisation concrète ? Le travail d’équipe ? C’est à la limite une “tâche complexe” de deux ou trois heures. Et quoi qu’on en dise, le sujet a son utilité quand on sait que 200 personnes meurent chaque année électrocutées et que chaque mois, en France, un jeune enfant meurt victime d’une électrocution. Que le cours de physique serve à la prévention, finalement, ce n’est guère choquant. Pas de quoi en faire un #cloclogate

Tout comme cet exercice consistant à transformer en lettre un sms incompréhensible, même pour les élèves.

Le “langage” SMS est un code. Et pas seulement réservé aux adolescents. Le premier SMS date de 1993…. cela fait 23 ans (l’âge de certains lauréats des concours d’enseignement, tiens, puisqu’on en parle…). À l’époque, le nombre de caractères étant limité et les forfaits non illimités, on utilisait un code pour abréger les mots. Donc, plutôt qu’une pratique de d’jeuns, disons qu’il s’agit d’une habitude prise par les pionniers des SMS (qui sont aujourd’hui des “vieux” d’au moins 35 ans) et transmise ensuite… une sorte d’argot technologique en somme. Apprendre à le décoder des SMS et montrer aux élèves qui n’en seraient pas déjà convaincus qu’un code ne fonctionne que si les deux personnes qui communiquent ont le même, pourquoi pas ? Tout enseignant digne de ce nom pourra très bien utiliser cet exercice pour déboucher sur l’idée que le français est un code dont la richesse est préférable. Je ne vois pas où est le souci. Et puis, il n’y a pas de mal à vouloir faire feu de tout bois pour faire écrire des textes aux élèves. Bon, par contre c’est en contradiction avec les idées éducatives du MRC pour qui la seule parole du maître est l’alpha et l’omega de la pratique pédagogique…

Quand des agrégés qui confectionnent les manuels essaient de parler comme des jeunes, essaient de trouver des activités tirées de leur vécu, cela donne des pages navrantes: exercice de maths sur le nombre de smileys utilisés, exercice de « speed-reading », étude de « punchlines » du rappeur Youssoufa comparées aux épigrammes antiques, comparaison entre Hector et un joueur du PSG pour appréhender la notion d’héroïsme…

Les intéressés apprécieront la haute estime que cette dame a pour eux.
Une partie du problème vient peut-être des auteurs de manuels d’ailleurs. Des agrégés, donc censés avoir été formés pour enseigner au lycée général et à l’université rédigeant des manuels pour des collégiens… Puisque les manuels sont sensés proposer des pistes pédagogiques, pourquoi ne pas demander aux principaux utilisateurs de les réaliser ? Les certifiés, qui ont vocation à enseigner au collège ne sont pas assez bon pour ça ? Pourquoi devraient-ils toujours être cornaqués par des agrégés ? Pour faire plus “sérieux” ? Heureusement que tous les éditeurs ne sont pas de cet avis.

Quant à comparer Hector et un joueur du PSG… Et si l’idée était justement de réfléchir au fait que l’un soit plus héroïque que l’autre ? (On vous laisse deviner lequel.)

Les manuels ont été fabriqués pour respecter le contenu des nouveaux programmes mais également les nouvelles modalités de l’architecture pédagogique qui nous viennent du monde anglo-saxon: le spiralaire, le curriculaire, le transdisciplinaire.

“Que d’air ! Que d’air !”
Ce qui est bien avec le jargon professionnel, c’est qu’on peut prendre le temps de l’expliciter. Ce qui coince souvent avec le jargon professionnel c’est qu’il faut justement être un professionnel pour le comprendre. Heureusement, la dame va vous expliquer à quel point ces mots sont épouvantables. Quitte à se mettre le doigt dans l’oeil jusqu’au coude.

Le Spiralaire. Les programmes sont organisés en spirales pluriannuelles. Le Cycle 1 concerne les classes de maternelle; Cycle 2: les classes de CP, CE1, CE2; le Cycle 3: CM1, CM2, 6èm; le Cycle 4: 5èm, 4èm, 3em. (sic)

Par pure charité nous ne relèverons pas l’hérésie typographique que constitue cette dernière phrase….

Nous nous contenterons de conseiller à l’auteur de ces lignes la définition préalable des termes qu’elle conspue.
Pour le spiralaire, il faut aller aller lire Bruner. Selon Bruner, un enseignement efficace doit mettre en avant les idées générales, les principes, les abstractions et autres structures profondes. Ce postulat l’a conduit à définir la progression spiralaire, qui consiste à revenir sur les connaissances acquises précédemment en les enrichissant, en ajoutant à chaque fois des informations plus détaillées.” (4) C’est un truc épouvantable, non ?
Parce que pour madame Boudjahlat, la seule bonne organisation des programmes c’est le chronologique et le linéaire.
Prenons l’exemple d’un cours d’histoire. Si on suit les recommandations de la dame, on fera étudier l’organisation de la République romaine à des gamins de CE2 (pour rappel ils ont 8 ans). Malheureusement, j’ai bien peur que l’importance de la création des tribuns de la plèbe en -493 leur passe légèrement au dessus de la tête. Selon madame Boudjahlat il serait donc préférable de ne leur raconter de l’histoire antique que la vulgate chère à monsieur Casali, et de leur faire croire que le tableau de Royer sur la reddition de Vercingétorix raconte une histoire vraie….
Le spiralaire, c’est justement la possibilité d’approfondir une période historique en fonction de l’âge des élèves.
Et tiens, d’ailleurs, les programmes d’histoire ne sont pas spiralaires. C’est même la seule discipline qui ne l’est pas, parce que des gens comme madame Boudjahlat ont dénoncé tellement fort la fin de la civilisation occidentale induite par les nouveaux programmes qu’on a effectivement récupéré des bons gros programmes chronologiques et annuels.

Les attendus en termes de savoirs et de savoir-faire ne sont plus fixés sur une année calendaire, mais s’échelonnent sur un cycle de trois ans. Le premier intérêt n’est pas d’ordre pédagogique. Il consiste surtout à empêcher le redoublement, que la Cour des Comptes a évalué, en s’appuyant sur un rapport du Haut Conseil de l’Education, à 1,6 milliards d’euros par an.

C’est bien connu. Les capacités des élèves à apprendre dépend de leur date de fabrication…. et les membre du HCE étaient des guignols.
Sauf que toutes les études prouvent que le redoublement est une pratique le plus souvent inefficace.
Ce qu’il produit surtout, ce sont des effets délétères pour les élèves qui redoublent !

[Le redoublement ] “modifie la représentation que les adolescents ont d’eux-mêmes et du métier d’élève : chez la moitié d’entre eux, cette image de soi, ainsi que celle que leur renvoie leur milieu familial, s’est détériorée après une année de redoublement, ce qui a eu des effets démobilisateurs dans l’investissement scolaire chez un quart de l’ensemble des redoublants. Ce sentiment de dévalorisation, intériorisé et peu partagé, est d’autant plus inhibant qu’il est précocement éprouvé car c’est dans l’intimité de chaque enfant mis en échec que se noue et se dénoue le sentiment d’incompétence acquis : l’élève perd confiance en surestimant les problèmes rencontrés et en sous-estimant ses compétences réelles.”(5)

Le coût du redoublement. Parlons-en. Oui, cela coûte cher à l’État pour une plus-value minuscule. Mais on oublie que ce coût est aussi et surtout à la charge des familles.
«Le redoublement, on connaît bien dans la famille. Tous mes (quatre) enfants ont redoublé au moins une fois. Si on comptait les frais que ça fait en plus, ça ferait un « sacré pactole ». A l’école ça va, mais au collège et au lycée, ça coûte cher d’apprendre. Surtout quand on met plus longtemps que les autres.»(5)

Enfin bon, les familles aux RSA n’ont qu’à se priver, c’est quand même de l’avenir de leurs enfant dont il est question.
C’est cela que vous pensez au fond madame Boudjahlat ?

Chiffre hasardeux. Il n’y a plus d’échec, la réussite est juste différée et remise à plus tard. Des enseignants y trouvent leur compte: si une notion n’est pas traitée, il n’y a plus de problème, on part du principe qu’elle sera revue. Il suffit d’effleurer le sujet. Qui sera abordé une autre fois. Parce que les connaissances s’effleurent plus qu’elles ne se traitent.

On voit bien encore une fois que madame Boudjahlat parle de quelque chose qu’elle ne connaît pas. Parce qu’une notion serait étudiée plusieurs fois, elle serait forcément “effleurée la première fois ? Quelle conception bizarre (quoi que poétique !) de l’apprentissage.

Ceci a bien sûr des conséquences sur l’évaluation. Ce mot porteur de discrimination.

Ah oui, c’est vrai dans la réforme il y  aussi le problème de l’évaluation.
L’évaluation par compétence, ça les met en rage, madame Boudjahlat et ses semblables.

Ainsi, le socle commun de connaissances et de compétences instauré par la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’Ecole du 23 avril 2005 a doucement mais sûrement abaissé le niveau des exigences, parce que la compétence a remplacé la connaissance et le savoir.

Vous essayez de faire croire encore que les connaissances s’opposent aux compétences. Vous n’avez pas honte ?

Des connaissances, c’est solide. Ça s’évalue de façon binaire, c’est facile à noter. On sait : 1 point. On ne sait pas : 0 point. On a une note par élève, on peut les classer : les bons d’un côté, les mauvais de l’autre. Ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. C’est simple. Simpliste. Facile. Mais ça vous plaît. C’est simple : le monde se divise alors en deux camps…. (air connu) et vous vous sentez en sécurité.

Évaluer des compétences, c’est à dire évaluer des connaissances en action, c’est un tout petit peu plus délicat. Parce qu’il faut imaginer une situation pédagogique qui permette de faire cette évaluation. Pour chaque élève. C’est toujours complexe, toujours passionnant, toujours changeant. C’est beaucoup de travail. Mais quand je vois le temps que j’ai perdu à mettre des notes pendant 20 ans, j’ai envie de me mettre une fourchette dans le pied. Évaluer par compétence c’est le seul véritable moyen d’évaluer réellement le travail d’un élève.
Vous me faites marrer avec vos notes. Elles sont tellement crédible que parfois, vous préférez faire une double correction, histoire d’être sûrs d’avoir mis la bonne note. J’ai même lu quelque part que, des calculs ayant été faits, pour avoir la véritable note d’une copie de philo au bac il faudrait 172 correcteurs. Même l’Express et Luc Ferry le disent ! (6)

C’est dommage, il manque à cette diatribe #LeNiveauKiBaisse C’est vrai qu’avec le S4C, la baisse du niveau des exigences est tel que bien malin l’adulte qui oserait affirmer… maîtriser la totalité de ce socle.

On juge de la maîtrise d’un geste répétitif, avec une performance attendue minimale.
On renonce à évaluer la mémorisation

Mensonge ? Ignorance ? Ou volonté délibérée de désinformation ? La mémorisation fait partie du domaine 2 du Socle Commun, de connaissances, de compétences et de culture (S4C) et est au cœur de tous les programmes.

[On renonce à évaluer], la culture

Plus c’est gros plus ça a de chance de passer. Vous avez lu l’intitulé de ce Socle Commun ? C’est quoi le quatrième C du S4C ? (question blanche du jeu des 1000 euros)

[On renonce à évaluer] la mobilisation de savoirs.

C’est pas comme si c’était exactement la définition d’une compétence (cf. supra)

Or la République…

Qui n’est pas synonyme de démocratie, merci de nous le rappeler avec les propos suivants. Sans rire, même mes élèves de 6e savent ça !  La République c’est “l’ensemble des biens, des droits, des prérogatives de la puissance publique et des services propres à un État dont la forme de régime politique est la république. Elle est accessible également à tous ses citoyens et est la propriété collective de tous. Elle s’oppose à la propriété privée, en sorte que tout ce qui n’est pas privé est public, et réciproquement« . (7)

…ce n’est pas l’uniformité et l’égalitarisme idéologique…

(rappel : quand on n’a pas le courage de dénoncer l’égalité il est coutumier d’utiliser le mot égalitarisme) Pour une fois vous avez raison. Une République peut même être une oligarchie, c’est à dire le gouvernement par les plus riches. C’est un peu l’école d’aujourd’hui, non ? Quand on sait combien l’état dépense pour un élève de classe prépa…. (8)

…c’est l’exigence républicaine, la récompense du mérite et du travail.

On a du mal à comprendre la notion d’”’exigence républicaine” sous votre plume…. au vu de la définition de la République précédemment citée. L’exigence d’une école plus coopérative ? Ah non, en fait, pour vous cette exigence républicaine c’est : mérite + travail = résultat. Vous savez que c’est très libéral comme idéologie ?

On est passé de la récompense du « l’important c’est de participer », à la récompense du « il suffit de participer ».

Que ne dirait-on pour tenter un mot d’esprit ! Sauf que tout le monde n’a pas le talent d’un Clemenceau ou d’un Churchill. Nous laisserons donc tomber à plat cette tentative….

Le Transdisciplinaire s’inscrit dans cette logique de compétence. Au travers des EPI, dont on sait maintenant qu’ils se feront aux dépends de l’horaire disciplinaire…

Sérieusement, madame Boudjahlat pense-t-elle ce qu’elle écrit ?  À sa place j’aurais honte de montrer ainsi mon incompétence. Soit elle ne sait pas lire, soit elle a de mauvaises lectures !
À la croire, (et comme il est devenu hélas si courant de le lire) les EPI ne sont pas des enseignements disciplinaires. Regardez le titre qu’elle a donné à son paragraphe. Qu’est ce qu’il y a écrit après “trans- “ ? Concentrez vous, c’est pas facile.
Comme chacun l’aura compris (à moins d’être aussi incompétent que l’auteure de cet article en lecture de textes officiels), les EPI sont une modalité d’enseignement des disciplines. On y traitera donc les questions au programme. Ni plus, ni moins. Juste autrement. Pendant 2 ou 3 heures des 26 heures de cours des élèves. C’est vrai que c’est quand même la fin du monde !

….et dont les enseignants ne sont plus dans les textes que les « animateurs ».

Que de mépris dans le clavier quand madame Boudjahlat saisit ce mot. Sait-elle ce qu’est un animateur ? “L’animateur socioculturel organise de multiples activités. Il les adapte à ses publics, composés aussi bien d’enfants et d’adolescents que de travailleurs ou de personnes âgées.” (9) Nous ne saurions trop lui conseiller d’aller voir de plus près de quoi il retourne. Par exemple, de remplacer un “animateur” dans… je ne sais pas, par exemple un centre d’accueil de personnes SDF. On en reparle après si elle survit à l’expérience.
Hormis cela, et en dehors de sa mauvaise foi, je ne vois pas ce qui l’autorise à dire qu’un professeur de collège, enseignant sa discipline, avec ses élèves, en suivant son programme deviendrait un “animateur” en participant à un EPI. Et c’est tant mieux, car la plupart des enseignants en seraient (nous les premiers) bien incapables !
Ah c’est l’idée d’accompagner la créativité des élèves dans un projet qui chagrine ? Parce qu’on n’a plus l’impression de contrôler tout son petit monde ? Parce qu’on n’est plus le maître qui sait face aux élèves ignorants ? Parce que ça fait mal de venir, une fois de temps en temps, s’asseoir à côté d’un élève pour travailler avec lui ?

L’interdisciplinarité peut être utile, elle ne peut cependant devenir la clef de voute du système scolaire.

2 ou 3 heures sur 26 par semaine, difficile d’y voir une clé de voûte !  (vous ajouterez d’ailleurs un accent circonflexe sur le “u”, ça nous arrache un peu l’œil à lire, on est de la vieille école.)

De Vinci l’affirmait: deux arcs de faiblesse ne font pas un arc de force.

Ah ! Elle a mis du temps à venir la citation d’un homme célèbre pour donner un peu d’honorabilité au propos.
Tiens pour la peine on vous fera cadeau de la nôtre. C’est joli, c’est du Paul Valéry : “La faiblesse de la force est de ne croire qu’à la force”.

Elle consiste à réduire les connaissances à leurs aspects immédiatement pratiques mais surtout à les subordonner à une tâche. C’est l’application de l’idéologie du déconstructivisme. (sic !)

Ah, merci pour cette franche et saine rigolade. Confondre le constructivisme et le déconstructivisme… c’est énorme ! Confondre Piaget, l’épistémologiste et Philip Johnson, l’architecte, il fallait la faire. Vous l’avez faite. Bravo !

Il ne faut plus analyser le genre littéraire d’un texte, les temps verbaux, les champs lexicaux, l’époque de sa rédaction. Non, les élèves doivent juste en humer l’esprit général. Sans borne fixe ou volonté de construire une culture. Tout ceci dans un relativisme abolissant le temps et le genre: dorénavant, un élève de 5ème aura vu dans un panachage qui donne le tournis: Ulysse, Mandela, des héros du Trône de Fer, du Seigneur des Anneaux, Usain Bolt, Roland. La production attendue ? Elaborer une bande-annonce pour un film de super-héros. Les élèves ne doivent pas s’ennuyer.

Vous le faites exprès ? Au risque de nous répéter, avez vous lu les textes dont vous parlez ? Citons simplement cet extrait des programmes de français du cycle 4 (5e à 3e) :
Cet enseignement s’organise autour de compétences et de connaissances qu’on peut regrouper en trois grandes entrées :
– le développement des compétences langagières orales et écrites en réception et en production ;
– l’approfondissement des compétences linguistiques qui permettent une compréhension synthétique du système de la langue, incluant systèmes orthographique, grammatical et lexical ainsi que des éléments d’histoire de la langue (en lien avec les langues anciennes et les langues vivantes étrangères et régionales) ;
– la constitution d’une culture littéraire et artistique commune, faisant dialoguer les œuvres littéraires du patrimoine national, les productions contemporaines, les littératures de langue française et les littératures de langues anciennes et de langues étrangères ou régionales, et les autres productions artistiques, notamment les images, fixes et mobiles.

En effet : quelle horreur ! Faire dialoguer les œuvres à travers le temps et l’espace ! Mais vous n’y pensez pas très chère !

La logique est de susciter l’intérêt des élèves pour les enrôler dans une tâche complexe, dans une logique de projet collectif.

La logique est dans la logique. Le collectif, c’est le mal. Sauf que le collectif c’est définition même de la République dont madame Boudjahlat se gargarise pourtant. Donc la République c’est le mal ? Pourtant, la société toute entière est un projet collectif. Et dans les grandes écoles qui vous sont si chères, elles sont au cœur de la formation !(10)

La Ministre de l’Education a ainsi déclaré:  » Les EPI feront la part belle au travail d’équipe, à l’expression orale, à la conduite de projet…Toutes ces compétences si recherchées sur le marché du travail et trop peu développées par notre collège(1). » Les EPI sont le moyen coercitif de réduire de réduire l’école à la formation à la reproduction de compétences de moins en moins scolaires, de plus en plus émotionnelles et comportementales. L’école n’instruit plus, elle occupe et divertit.

À moins d’être une chèvre, on saisit mal le lien entre ces trois phrases. Le projet c’est le divertissement ? Allez dire ça aux élèves de l’école des Mines (10).  Pas certains que ces élèves de 4e qui ont cette année expérimenté les EPI les ait trouvés plus divertissants qu’instructifs. Rédiger un corpus de lettres “à l’époque de la révolution française”, c’est juste pour rigoler. Faire des recherches sur des notions ou des événements historiques, lire, écouter le professeur (si ! si ! c’est incroyable !), c’est pour rigoler.
Rédiger des billets de blog sur le thème de la notion de progrès technologique c’est carrément la poilade parce qu’on peut mélanger l’histoire et la technologie, voire même (horreur ! malheur !) réfléchir par soi même. Bidonnant, non ?

C’est aussi l’obsession libérale du projet aboutissant à une production impossible à évaluer individuellement, sous la forme d’une affiche, d’un diaporama, d’un livret.

À se demander qui est la plus obsédée ici…. On ne peut donc pas évaluer individuellement un écrit ? N’y aurait-il pas ici confusion ici entre la tâche et le support ? Madame Boudjahlat postule donc qu’on ne peut pas “instruire” en faisant travailler vraiment les élèves ?

Le curriculaire. «  Le curriculum s’intéresse donc à la totalité et à la réalité du cursus des élèves sur l’ensemble des années de scolarité ainsi que sur l’ensemble des enseignements qu ‘il est appelé à suivre. Il offre souvent matière à un travail local, à des négociations, qui sont autant de possibilités pour que les acteurs s’en saisissent. (2) »

Allez ! On est sympa, on vous donne une piste de travail…
Diverses organisations internationales mettent ainsi en œuvre officiellement des programmes qui placent le « curriculum » au centre, à l’image du « Programme pour l’éducation de base en Afrique développé par l’Unesco » (BEAP en anglais) et le Bureau international de l’éducation (voir aussi les documents de travail du BIE sur le curriculum).
Le curriculum répond, dans ces programmes, à une acception large et prescriptive, qui est loin de se réduire à une façon de nommer les programmes d’enseignement, qu’on décrit plus souvent, au sens restreint, avec le terme de « syllabus ».
Dans d’autres pays francophones, comme le Québec ou la Belgique, le curriculum est non seulement un objet de réflexion pour les chercheurs mais aussi un outil de politiques éducatives et un mot familier aux acteurs
éducatifs. “(11)

La fin de cet extrait est très intéressant: la finalité est bien l’adaptation à chaque élève et à chaque territoire, préoccupation louable s’il s’agit de partir d’une analyse fine de la réalité pour amener à un haut niveau d’exigence. Il s’agit plutôt d’adapter ce qui est attendu de l’élève en fonction de ce qui peut être espéré d’un élève-type de ce territoire. Lors d’une interview récente sur BFM TV, la Ministre de l’Éducation a eu recours à un élément de langage nouveau: « les singularités territoriales ». Un élève du « département de la Normandie » (sic) ne sera pas intéressé par l’enseignement de l’Allemand par exemple. Parce qu’il en est éloigné. C’est une rupture d’égalité entre les enfants de France, à qui il sera donné selon la catégorie CSP de leurs parents. Et en effet, qu’est-ce qu’un élève de collège classé Réseau D’Education Prioritaire pourrait faire du Latin ?

Parce que jusque là, chacun le sait, tous les enfants avaient droit aux mêmes enseignements, aux mêmes moyens, peut-être ? On ne nous trompera pas : ce qui gêne ici ce n’est pas l’apparition d’inégalités nouvelles mais bien la disparition de certaines inégalités entre les élèves, qu’on se donnait bonne conscience à tolérer en s’appuyant sur la notion chimérique de mérite..

Il s’agit bien d’adapter l’offre éducative à la sociologie des habitants des territoires, on comprend alors pourquoi l’académie de Paris a pu elle, maintenir les classes bilangues. Contrairement à celle de Normandie.

Là, on est d’accord pour critiquer cet état de fait : le ministère n’aurait pas dû céder aux amis de madame Boudhjalat et supprimer autant de classes bilangues.

Mais faudrait vraiment nous prendre pour des courges que d’essayer de nous faire croire qu’aujourd’hui, un élève de ce collège là : http://lyc-jb-say.scola.ac-paris.fr/ a les mêmes chances de vivre une scolarité ambitieuse et épanouie qu’un élève de ce collège là : http://www.clg-massenet.ac-aix-marseille.fr/spip/ (et ce malgré tout l’enthousiasme des collègues qui y travaillent ?)

L’approche curriculaire permet de prétexter la construction de parcours individualisés et personnalisés, alors qu’il s’agit d’assigner à résidence les élèves dans un misérabilisme qui est devenu une marque de fabrique de ce gouvernement.

Ah, mais en fait, ce texte n’est pas un texte sur l’éducation, ni sur les manuels scolaires (dont on a au final très peu parlé) C’est un texte politique ! (C’est doublement dommage parce que maintenant, il va falloir qu’on refasse un billet pour parler véritablement des manuels scolaires…. !)
Pourtant, pendant 5 années de présidence UMP, madame Boudjahlat n’a que je sache pas levé un seul petit doigt pour dénoncer la disparition de la formation des enseignants, les 60 000 suppressions de postes et la baisse drastique des moyens… Devinez pourquoi ?

On comprend qu’il soit à l’origine de l’idée de faire chanter un rappeur pour le centenaire de la bataille la plus meurtrière de la Grande Guerre, le jeune-type fantasmé est un auditeur d’Ado FM incapable de s’intéresser à autre chose. Abaissons nous, ne l’élevons surtout pas.

1)http://www.lejdd.fr/Politique/Najat-Vallaud-Belkacem-Le-probleme-c-est-la-passivite-des-eleves-au-college-731592, NVB dans le JDD – 10 mai 2015

2) http://www.education.gouv.fr/archives/2012/refondonslecole/wp-content/uploads/2012/09/consulter_la_comparaison_internationale_sur_les_programmes1.pdf

Pour faire plaisir à la mère de l’un d’entre nous, nous éviterons de commenter ce dernier paragraphe, dont le caractère pathétique pourrait nous amener à des paroles que la décence réprouve.

Nous conclurons donc ainsi : faites attention à ce que vous lisez… c’est pas parce que c’est écrit sur internet que c’est vrai !

 

[Cet article a également été publié sur le blog de Laurent Fillion sous le titre « Les manuels, la réforme du collège et la « spécialiste ».]

 

_________________________

 

1 –  http://www.huffingtonpost.fr/fatiha-boudjahlat/les-manuels-scolaires-nouveaux_b_9982766.html

2 –  https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_r%C3%A9publicain_et_citoyen

3 – http://eduscol.education.fr/cid99750/epi.html

4 – https://zestedesavoir.com/tutoriels/604/la-pedagogie-pratiques-efficaces-et-theories-pedagogiques/1009_constructivisme-pedagogique/4197_theories-de-bruner-et-pedagogies-par-decouverte/

5 – http://www.education.gouv.fr/archives/2012/refondonslecole/wp-content/uploads/2012/07/rapport_hcee_n_14_le_redoublement_comme_moyen_de_traiter_les_difficultes_scolaires_au_cours_de_la_scolarite_obligatoire_decembre_2004.pdf

6 – http://www.lexpress.fr/actualite/societe/bac-de-philo-une-copie-dix-correcteurs-pour-quelle-note_899958.html

7 – https://fr.wikipedia.org/wiki/République

8 – http://www.education.gouv.fr/cid11/le-cout-d-une-scolarite.html%23la-depense-moyenne-par-eleve

9 – http://www.onisep.fr/Ressources/Univers-Metier/Metiers/animateur-socioculturel-animatrice-socioculturelle

10 – http://www.mines-paristech.fr/Formation/Cycle-ingenieurs-civils/Cursus/Projets/

11 – http://ife.ens-lyon.fr/vst/DA-Veille/53-avril-2010-integrale.pdf

 

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Débrouillez vous !

Je demande souvent aux élèves de lire des textes. D’abord parce que ça vient compléter tout le super boulot que font certains de mes collègues pour améliorer les compétences de lecture des élèves et puis tout simplement parce que c’est une bonne partie des supports de l’histoire et de la géographie.

J’aime bien donner les « vrais » textes. Pas ceux qu’on trouve dans les manuels et qui sont déjà édulcorés. Pourquoi un élève, même un élève de 6e ou de 5e, n’aurait-il pas droit à la lecture de documents authentiques ? Sauf que forcément, la lecture d’un document authentique c’est souvent un peu plus compliqué, tant sur le plan de la syntaxe que du vocabulaire.

Antiquité

La solution que j’utilisais jusqu’à présent ne fonctionnait pas vraiment bien. Je faisais la liste des termes qui me semblaient compliqués à comprendre et je faisait une liste de définitions en dessous du document.
Mais bon, les élèves ils ont tendance à lire les choses dans l’ordre. Et lire un texte en même temps qu’on doit aller chercher plus bas la définition pour comprendre ce qu’on lit, c’est le meilleur moyen pour mettre quelqu’un dans le pétrin, sauf quand on a à faire à un très bon lecteur.

Moyen Âge

La première amélioration, ça a été de mettre les mots de vocabulaire avant le texte. Ça fonctionnait mieux pour pas mal d’élèves. Mais j’en retrouvais toujours quelques uns, coincés parfois même dès la lecture des définitions, qui finissaient pas m’avouer « Madame, je comprends rien. » Parfois accompagné d’un « de toute façon j’y comprends jamais rien » / « Je suis nul » qui accompagne souvent le sentiment d’incompétence acquise, un des pires boulets contre lequel un enseignant ait à se battre.
Quand un élève vous dit « je ne comprends rien », c’est pas vrai, hein. Il comprend des trucs.
Mais il y a quelque chose dans ce qu’il a lu qui lui pose un tel problème qu’il ne voit plus le reste. À côté de ça, l’arbre qui masque la forêt c’est du nanan.

Époque moderne

J’ai appris (je ne sais plus où ni par qui, mais je lui dois une reconnaissance éternelle) qu’il ne faut jamais répondre dans ce cas « Qu’est ce que tu ne comprends pas ? », parce que la réponse sera invariablement « Tout ». Alors que si vous posez la question autrement : « Qu’est ce que tu comprends ? », non seulement vous permettez à l’élève de prendre confiance en lui (il n’est pas si « nul » que ça puisqu’il a compris des choses), mais en plus, vous pouvez facilement cerner ce qui pose réellement problème.Et le lui expliquer.
C’est fou comme ça change tout.

Sauf que.
Sauf que, ça ne suffit toujours pas.

Parce que si Kévin a compris tous les mots, a tout lu, et peut faire ce qu’on lui demande de faire à partir du texte, je me retrouve avec Jessica, Manfred et une bonne flopée d’autres qui vont perdre (et me faire perdre) un temps fou à comprendre ce qui les empêche de lire ce texte. Et dans 90 % du temps ce sera à cause de mots dont je n’aurai jamais imaginé qu’ils puissent leur poser problème : un verbe un peu rare conjugué, un mot qu’ils n’ont jamais croisé, etc.

Époque contemporaine

Si je vous raconte tout ça c’est parce que depuis quelques semaines, j’ai trouvé un truc qui fonctionne du feu de dieu. Enfin quand je dis « j’ai trouvé », je suis certaine que plein de gens parmi vous le font déjà. Encore une fois je me retrouve bien en peine de pouvoir dire grâce à qui j’en suis arrivée là. Même si je pense qu’un certain prof de maths du calaisis n’y est pas étranger…

Depuis quelques semaines, quand je leur donne un texte à lire, je ne leur donne pas de vocabulaire. Et je ne vais pas leur expliquer les mots. Et ils arrivent tous à lire les textes. Tout seuls.
Enfin, je veux dire, sans moi (ou presque).

Depuis quelques semaines, quand ils ne comprennent pas un mot, ils se lèvent (Horreur ! Malheur !) et vont l’écrire au tableau. Et d’autres vont écrire la définition du mot, soit parce qu’ils la connaissent, soit parce qu’ils ont été la chercher dans un des dictionnaires mis à leur disposition. Bon, je surveille du coin de l’œil si les définitions sont correctes. Et parfois il m’arrive de venir écrire une définition quand un mot reste orphelin trop longtemps.

En essayant ça la première fois, je me suis dit que je prenais le risque que les gamins en difficulté aient un peu les boules de venir écrire au tableau pour demander une définition et que les élèves « à l’aise » viendrait « se la péter » au tableau. Sauf que ça ne s’est pas passé comme ça. Tous les élèves, sans distinction, passent au tableau pour demander ou pour aider. Parce qu’il y a toujours au moins un mot qui leur pose problème et parce qu’ils sont tous compétents.
Et moi j’ai tout mon temps pour les aider dans le vrai boulot, celui de l’étude d’un texte historique ou géographique.

Encore une preuve que le principe didactique « faire faire aux élèves ce qu’on pourrait faire soi-même » est une sacré martingale pédagogique !

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