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La plaie du conformisme scolaire

Ça y est, la première journée de cours de cette nouvelle année scolaire est passée. Forcément j’ai trouvé le moyen d’avoir 39° de fièvre, le nez et les oreilles bouchés, mais si je suis sûre de n’avoir pas fait les meilleurs cours du monde, j’espère ne pas avoir fait les pires.

Aujourd’hui, j’ai donc passé un peu de temps avec des élèves de 6e et des élèves de 3e. Et j’ai du mal à comprendre ce qui peut faire changer les gamins à ce point en 3 ans.
Oui, je sais, vous allez me dire, les hormones, l’adolescence, l’angoisse du passage du monde des enfants à celui des adultes….
Bien sûr tout cela est vrai. Mais on ne m’enlèvera pas de l’idée qu’il y a autre chose.
Un quelque chose qui se passe entre les murs du collège et qui transforme un gamin de 11 ans prêt à se lancer dans n’importe quoi avec vous, en un ado de 14 ans qui ne comprend pas pourquoi vous ne lui faites pas copier le cours pour lui demander de l’apprendre par cœur.
Ce qu’attendaient mes élèves de 3e c’est un prof qui les mate, qui leur baratine un truc, qui leur fasse noter des choses dans leur cahier et qui les quitte en leur donnant des exercices à faire à la maison et un résumé à apprendre par cœur.
Ils ont été déçus.
Mais pourquoi attendaient-ils ça de moi ?
Ne serait-ce pas parce que l’enseignement dans lequel ils ont grandi est un enseignement qui les formate ?

Les sixièmes, ils ont trouvé tout normal

Normal que je les lance dans une activité juste après avoir fait l’appel, normal qu’on change les tables de place (et qu’on les remette après, sans que ce soit le souk), normal que je dise à Jennifer que c’était bien qu’elle se soit trompée parce que du coup, elle ne se tromperait pas la prochaine fois…
Bon j’avoue, mon Kévin de 6e, il a quand même ouvert de grands yeux incrédules quand j’ai annoncé qu’ils pouvait dessiner la définition d’un mot… (J’ai triché, je n’ai pas encore dit qu’il faudrait AUSSI rédiger une définition APRÈS.)

Et le pire c’est que je sais par expérience que si on habitue des élèves de  sixième à être actifs, à essayer de faire les choses autrement, à utiliser leur créativité, ils sont encore partants en 5e et même en quatrième….. donc ils devraient l’être au moins au début de la troisième….
Mais là, rien.

Mes troisièmes… j’ai bien senti que je les perturbais

Du coup, je vais y aller mollo.
Je ne leur ai pas encore dit que je n’allais pas leur mettre de notes (au moins pour ce trimestre, on verra après…).
Je ne leur ai pas fait remplir de fiche alors que certains avaient déjà sorti une feuille pour le faire (arghhh!). Ils n’ont pas ouvert leur cahier pendant le cours. Ils ont cherché tout seuls des documents dans le bouquin (entre la page 16 et la page 27). Ils ont pris une feuille en écrivant d’abord en plein milieu (Madame, on mesure pour savoir si on est bien au milieu ? – Mais non, tu fais au pif, c’est pas important, c’est un brouillon…). Ils ont discuté ensemble de leurs choix. Je leur ai donné l’adresse du blog de la classe, mon adresse mail…. Et j’ai demandé à celui qui habite près de la mairie de photographier le monument aux morts avec son téléphone pour demain.
Mais je sais que ce n’est pas cela qu’ils attendaient.
Et je sais qu’il va falloir que je leur prouve qu’ils sont capable de faire aussi bien voire mieux, mais autrement.

Je suis pas rendue…..

Ah oui, les troisièmes, ils ont fait aussi quelques essais de provoc….
Ils ont été déçus aussi.
J’ai discuté très sérieusement avec eux des choses sur lesquelles ils pensaient que j’allais réagir.

Consigne : Sur une feuille de brouillon (« hein ? du brouillon ? pour quoi faire ? »), noter les mots qui vous viennent à l’esprit sur le thème de la Première Guerre Mondiale. Qu’est ce qu’il faut pour faire une guerre ?
-« Madame, Kévin il a écrit « sex » sur ma feuille !
– Montre ? Ah oui. Mais dis donc, Kévin, tu sais que sexe, ça prend un -e à la fin ?
– (ricanement) Et puis en plus, madame, ça n’a rien à voir…. En plus il voulait marquer « viol »…
– Tu sais Manfred, il a pas complètement tort Kévin. Dans un conflit, le viol est souvent utilisé comme une arme de guerre pour empêcher l’ennemi d’avoir des enfants…
Clôture de l’incident, Kévin et Manfred replongent le nez sur leur feuille…. et bossent 😀

Formatage ?

C’est un texte qui a déjà fait trois fois le tour du web depuis le printemps, mais je ne résiste pas au plaisir de vous le signaler à nouveau.  Désolée pour les non-anglophones, c’est de l’américain (il y a une traduction approximative ici, si vraiment vous voulez… mais la VO y’a que ça de vrai).
C’est le discours de fin d’année d’une élève major de promo, Erica Goldson. Et ça décoiffe.


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