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Cadeau d’anniversaire*

[*Cet article a quelques semaines déjà. Mais ce sont les soldes, alors on sort les vieux trucs qui traînent pour faire de la place avant les vacances !]

Aujourd’hui, c’était mon anniversaire.
On s’en tamponne le coquillard, moi la première. Enfin, non, pas vraiment,  et tous les messages numériques reçus aujourd’hui m’ont fait chaud au cœur. Ma fille qui a sauté dans mon lit vers 7h aussi, mais dans un genre un peu différent. Je confirme, la vie vaut d’être vécue !
Alors aujourd’hui, je me suis fait un cadeau pédagogique.

Oui, oui, ça existe !

Un long jeudi de pédagogie

Trois heures de sixième d’affilée le jeudi matin.
Pour débuter la plus loooooongue journée de la semaine.
Pas besoin de vous dire que j’ai pas tellement le choix : soit je m’amuse la première heure et je me morfonds d’ennui les deux suivantes à refaire la même chose, soit je trouve des trucs à faire pour m’amuser un peu pendant trois heures. Je suis en général bon public de mes propres nouilleries, mais c’est pas facile d’être géniale toutes les semaines.

Aujourd’hui, j’ai joué aux situations-problèmes. C’est pas un jeu très original et il y a plein de littérature sur ce sujet dont je vous conseille la lecture. Mais bon sang, j’ai bien rigolé. Cependant, comme je n’ai pas le talent des professeurs des écoles (qui savent faire cela bien mieux que moi et depuis fort longtemps), je m’y suis reprise à trois fois pour faire un truc potable. Du coup, au final, j’ai eu droit à trois cours différents. Et je me suis retrouvée bien dans la mouise pour le cours suivant (ça m’apprendra) parce que le lendemain c’était rebelote pour trois heures avec les sixièmes l’après midi.

Alors concrètement, comment j’ai fait ? (Un jour faudra quand même que je vous montre ce que je fais avec mes élèves !) J’ai juste montré UNE photo et posé UNE question.
On n’imagine pas comment c’est difficile de poser une question pour avoir une réponse*.  Et donc là j’ai mis trois heures à poser la bonne question.
Nobody’s perfect !
Par contre les gamins ils ont pas mis trois heures à trouver plein de bonnes réponses à mes mauvaises questions, eux !

Et puis, cerise sur le gâteau, comme avec les copains on avait eu une discussion sur les devoirs à la maison (en donner ou pas ? quoi donner ?…) je me suis dit qu’on allait apprendre en classe la définition à connaître par cœur.
J’ai adoré.
On l’a répétée, répétée…
Puis au bout d’un moment, Kévin m’a demandé s’il pouvait la chanter, Jessica a tenté une version reggae (un pur échec !), Manfred une version rap et puis Jennifer, qui boudait dans son coin, n’a pas pu résister quand je me suis mise à côté d’elle pour la mimer…
Je sais, ça fait pas sérieux quand des élèves sortent d’un cours en chantant sur tous les tons : « Un littoral est un espace de contact plus ou moins grand entre la terre et la mer« .

Remets en une, patron, c’est ma tournée !

Souvent le lendemain d’un anniversaire, il reste une part de gâteau ou un cadeau arrive en retard.
Bref, un anniversaire, c’est jamais complètement achevé la première journée.

Le lendemain, toute à la joie de finir la semaine avec 3h en compagnie des sixièmes, je me suis fait un deuxième cadeau d’anniversaire.
Je sais, j’abuse.

Kévin (tout sourire) : On peut rentrer en classe, Madame ?
Moi (super sérieuse) : Non.
Kévin (catastrophé) : Bein pourquoi ?
Moi (toujours aussi sérieuse) : Tu ne rentreras que si tu es capable de me réciter ta définition.
Kévin (avec un sourire jusqu’aux oreilles) : Trop fastoche ! « Un littoral… »

Jessica (plus loin dans le rang) : Qu’est ce qui se passe ? Pourquoi on ne rentre pas en classe ?
Manfred (du ton docte de celui qui est bien informé) : Faut réciter la définition avant d’entrer !
Jessica : Ah zut c’est quoi la définition déjà « Un littoral… »
(…)

J’ai eu droit à 25 versions de la définition : récitées, chantées, mimées… et j’ai fini écroulée de rire sous le regard mi-amusé mi-inquiet de mon chef d’établissement qui se demandait pourquoi les élèves étaient encore dans le couloir à cette heure indue.

C’est pourquoi je ne saurai trop vous conseiller de vous faire des cadeaux d’anniversaire pédagogiques.
Et même des cadeaux de non-anniversaire.

C’est si bon !

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* Ça me fait penser à ce super-calculateur qui avait trouvé que la réponse était 42 mais qui avait du fabriquer ensuite un super-super-calculateur pour trouver la question. Ah ! ce cher Douglas Adams !

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Je suis ce que je suis

Il y a les bons et les mauvais élèves. D’ailleurs, quand on leur demande leur avis, aux élèves, ils le disent eux même. « Je suis un bon/mauvais élève ». Qu’un enfant fasse une faute de sémantique, il n’y a pas de quoi peler un chat, mais ce qui est plus inquiétant, c’est quand des adultes font la même, en toute bonne fois qui plus est.

Dans le pays ou je vis, et depuis plus de deux siècles, le droit, la loi, la Constitution et le bon sens proclament que l’on ne peut pas être jugé sur ce que l’on est mais sur ce que l’on fait. (Je me dépêche d’écrire ce billet au risque que cela ne change dans un futur proche). Et pourtant, il est d’usage de s’exclamer, du fond des canapés de la salle des profs (ou des chaises, des tabourets voire devant la machine à café, c’est selon) :  « Ah, ce Kévin ! Lui, c’est vraiment un bon élève. »

Nous avons donc ce brave Kévin, enfant devenu élève (grâce à la magie contenue dans la porte d’entrée de son école, je vous le rappelle) soudain tout auréolé d’une grâce intrinsèque : il EST bon. Point. Les choses sont ou ne sont pas. Lui il est. Un sacré veinard ce Kévin.
Enfin, pas si veinard que ça quand on y pense bien. Parce que si cette « bonitude » est intrinsèque, il n’y est pour rien et ne peut rien faire ni pour la conserver, ni pour la perdre. (Tenez par exemple, moi qui suis intrinsèquement pas très grande, j’ai beau faire, je ne peut pas avoir les jambes d’Adriana Karembeu et les 1.85 m qui vont avec et je conserve mon 1.65  m sans aucun effort.) Et voila que notre bon Kévin, qui n’en peut mais, risque d’un jour de devenir un cancre achevé à force de ne rien changer à ce qu’il est. Rappelez vous de Jennifer, une si bonne élève en 6e qui a fini par redoubler sa troisième. Personne n’a compris pourquoi.

Inversement, Manfred, tout le monde s’accorde pour dire qu’il est mauvais élève. Donc, il l’est. De toute façon, même s’il n’en était pas convaincu au départ, à force de se l’entendre dire (ou d’en recevoir plusieurs fois par jour les preuves), il l’est. Si les adultes qui l’entourent, ses professeurs par exemple, le disent à ses parents qui en acceptent le constat, ce n’est pas Manfred qui va les contredire du haut de ses onze ans. Quelque chose lui dit que les adultes en savent un peu plus long que lui sur deux deux ou trois trucs. S’ils disent qu’il est nul, il l’est. Point. Et il le restera quoi qu’il fasse de toute façon puisque c’est une de ses qualités intrinsèques et reconnues par tous. Un part de son identité. Alors, il ne va pas se fatiguer à faire des efforts. Par contre, il pourrait peut être essayer de se distinguer en étant le plus mauvais. Ce serait déjà ça, non ?

Donc, en guise de première conclusion, je pense que dire d’un élève (et à plus forte raison dire À un élève) qu’il est bon ou qu’il est mauvais, c’est lui accrocher un sacré boulet au pied !

Bon, imaginons que je vous aie convaincu(e), vous avez décidé de ne plus jamais juger un élève sur ce qu’il est. Dorénavant, vous ne les jugerez que sur leurs actes. Enfin, vous allez essayer. C’est un bon début.
Seulement voila, le jour de la rentrée, quand vous rencontrez vos élèves pour la première fois, ils ne sortent pas de l’usine à enfants, tout neufs dans leur cellophane. Ils ont un passé. Un passif. Leurs enseignants, leurs parents, leurs grands parents, leurs condisciples, etc… les ont déjà associé à une catégorie : les bons élèves, les élèves moyens, les mauvais élèves. Catégories qu’ils ont intégré comme étant une part de leur identité.
Et quelle que soit votre bonne volonté de ne pas adhérer à cette taxonomie destructrice, votre principal ennemi dans cette démarche, c’est Kévin, c’est Jennifer et c’est Manfred. Ce sont eux qu’il va falloir extirper des cases dans lesquels ils sont confortablement installés. Vous allez les déranger dans l’image d’eux même qu’ils se sont construite cahin-caha. Vous allez  devoir remettre en cause ce qu’ils croient être, et les convaincre que la vérité est ailleurs.

C’est une démarche extrêmement violente que vous allez entreprendre. C’est pour cela qu’il va falloir agir avec toute la douceur et la bienveillance dont vous disposez. (Cherchez bien, il en reste toujours un peu quelque part, même après huit heures de cours,  à 17h20  juste avant la sonnerie…)

Et malgré tous vos efforts, on ne peut même pas être sûr que vous gagnerez.

Mais ça vaut sacrément la peine d’essayer.

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Où est ce que j’ai rangé mes élèves ?

Bon, aujourd’hui, je me sens prolifique, mais je vous rassure, je ne pourrai pas tenir ce rythme très longtemps 😀

Pour continuer sur ma lancée, quelques remarques à propos du 5e invariant pédagogique de Célestin Freinet.

Nul n’aime s’aligner, parce que s’aligner, c’est obéir passivement à un ordre extérieur.

Faites l’expérience et tapez « salle de classe » dans votre moteur de recherche d’image préféré. Et observez. Moi ça m’a terrifiée.
Et c’est pas la première fois que ça me terrifie. Sans vouloir à tout prix vous raconter ma vie, la première chose qu’a fait mon remplaçant en début d’année (et ce n’est pas un mauvais bougre dans le fond) c’est d’aligner les tables et les chaises. J’étais désespérée.

D’ailleurs, pourquoi est ce que toutes les salles de classe ressemblent à ça ?

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Rm46.jpg
offert au domaine public par son auteur, Candelwicke

Pour ceux que l’histoire intéresse, je vous conseille la lecture du Nouveau dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson (1911 quand même…) mis en ligne par l’INRP. Ils consulteront avec profit les articles « salle de classe » et « mobilier scolaire » ainsi que quelques autres.

Vous pouvez également vous pencher sur cette intéressante Étude d’ethnographie comparée de la salle de classe en France et en Grande Bretagne réalisée eu milieu des années 90 et publiée par la très sérieuse université de Strasbourg. On peut lire dans la conclusion : « en Grande Bretagne, lieux plus vivants dans la décoration; multifonctionnalité des locaux; salles de classes ouvertes sur l’extérieur; déplacements et prises de parole plus libres qu’en France. »
Sans vouloir faire de l’anglophilie de comptoir (tout n’est pas rose dans les écoles de Grande Bretagne, comme partout…), sur ce coup là, on a peut être des choses intéressantes à apprendre.

Si vous y pensez, nos élèves passent leur temps à être « alignés ». Alignés sous le préau avant d’aller en classe, alignés devant votre salle avant d’y rentrer, alignés dans votre salle de classe, alignés avant d’aller manger à la cantine….
D’ailleurs on ne dit pas qu’ils sont alignés, on leur dit « Rangez vous ! ». Imaginez qu’on vous le dise, à vous, dix fois par jour.

Et là, normalement, une petite voix vous dit « Mais ? On ne range pas des gens ! On range des clous, des outils, des sardines… mais pas des gens ! » Et pourtant vous le faites. Et moi aussi je le fais (enfin de moins en moins…et quand je ne le fais pas, j’ai l’air bizarre aux yeux de mes collègues, de l’administration…).

Si on creuse un peu la chose, aligner les élèves c’est antinomique avec les principes mêmes de l’école. On affirme vouloir les transformer en citoyens autonomes et libres de leurs choix et on les aligne. Tous.
Même Kévin, qui a horreur de la promiscuité et qu’on oblige à être rangé « par deux ».
En plus une fois qu’ils sont alignés, Jessica du haut de son 1.20 m ne voit que le dos (et le cartable dans le nez) de celui qui la précède.
En classe c’est pareil. Jessica, elle doit s’assoir de travers pour voir le tableau et Kévin, il a le soleil dans l’œil entre 11h15 et 12h (en avril, parce qu’en mai c’est à partir de 10h55).

Mais avoir des élèves rangés, ça fait pro. Ca irradie l’autorité.
Je me rappelle d’une principale de collège qui trouvais que j’étais une bonne enseignante parce que mes élèves étaient toujours rangés. Si elle avait su… que je ne leur avait jamais demandé de le faire. On en avait parlé une ou deux fois en classe, avec eux. J’avais expliqué pourquoi c’était plus pratique de n’occuper que la partie droite de l’escalier quand on montait en classe. Et pourquoi le fait de s’aligner sous le préau facilitait la tâche des surveillants. Et comme mes élèves avaient un peu plus de jugeote qu’un banc de sardines, on n’avait plus jamais eu besoin d’en parler.

En classe c’est pareil. Malgré mon incapacité congénitale à retenir le nom de mes élèves, il se placent où ils veulent, mettent leurs tables et leurs chaises comme ils le souhaitent, en fonction de l’activité que nous allons avoir, avec comme seule contrainte le confort de leurs condisciples et le mien. En cas de conflit, on négocie.
Bien sur au début, c’est un joyeux bazar. Mais au bout d’une ou deux séances, c’est devenu une sorte de rituel et ça se passe vite et dans le calme.

Alors, sauf si les tables sont rivées au sol (ça existe encore des salles comme ça…), n’hésitez pas à faire des tests : en U,  en L, en V, en paquet… Changez votre salle de classe de disposition, parlez en avec vos élèves. Et voyez ce que ça donne.

J’ajouterai bien une ou deux réflexions sur l’obligation faite aux élèves de rester assis sur leur chaise pendant les 55 minutes de cours, mais ça nous emmènerait trop loin. Ce sera pour un prochain billet.

PS : Si ce sujet vous intéresse, vous trouverez certainement votre miel sur ce site : http://www.pedagopsy.eu/espace_classe.htm

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Qui sont ces êtres étranges ?

Je voudrait revenir sur le 1er des invariants pédagogiques de Célestin Freinet.

L’enfant est de la même nature que nous.

Bien sûr, ça a l’air évident, dit comme ça. Tout le monde le sait, tout le monde l’applique.

Voire.

Oui un enfant, les vôtres par exemple, ou ceux de votre entourage, vous savez bien qu’il s’agit de petits d’homme. Et qu’un jour, plus tard, ils deviendront des hommes ou des femmes qui vous ressembleront.

Mais l’enfant qui passe les portes de l’école devient un élève. Et l’élève est souvent considéré comme une espèce à part.
Tout ce que l’on trouve si naturel et si touchant chez un enfant (sa liberté, ses rires, ses enthousiasmes, ses moments de folie, d’étonnement, ses questionnements….) est à proscrire chez l’élève. Où du moins à limiter, dans un strict cadre de temps et d’espace.
Tout ce qui fait l’unicité d’un être (son apparence, sa personnalité, sa façon de voir le monde qui l’entoure, ses affinités…) est fondu dans la célèbre doxa de salle des profs : « les élèves ».

Parfois c’est même pire. On ne les appelle même plus par leur nom générique, mais par le nom de leur classe : « Vous savez ce que m’ont encore fait les 3eD ce matin ? ».
Imaginez que pour parler de vous, en rentrant de sa journée de classe, un enfant dise à ses parents : « Vous savez ce que m’ont encore fait les Camus ce matin ? ».
Oui, je sais, ça ne ressemble à rien comme phrase. Je suis même persuadée qu’aucun élève ne la prononce jamais. Parce que l’élève perçoit toujours le monde qui l’entoure comme un ensemble d’individus. Sans doute tous un peu du même tonneau, mais quand même. Il sait très bien que ses enseignants sont tous différents.

Il serait bien que nous soyons capable de faire la même chose.

Ça permettrait déjà de ne plus regarder sa ou ses classes comme des magmas d’élèves auxquelles nous devons nous coltiner, mais comme une somme d’enfants tous différents.
Et d’utiliser cette diversité enfantine comme une source de bonheur pédagogique.

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À tout seigneur, tout honneur…

Mon premier billet. Forcément consacré à ceux qui sont les plus important dans la vie d’un enseignant : les élèves.

Qu’est ce que c’est qu’un élève ?

C’est quoi ce début calamiteux ? C’est quoi cette question débile ?
Vous allez me dire que vous en avez déjà tous vu, que vous en avez tous été un(e), et que vous vous rappelez très bien de Kévin, le petit pénible de 5è6 ou de Jennifer, la grande quiche de 3ème B. Pardon aux Kévin(s) et aux Jennifer(s), y’en a des bien. J’en connais.
Peut être, parce que nous sommes en juillet et que vous commencez un peu à vous remettre de l’année, vous aurez aussi une pensée émue pour Manfred, 18 de moyenne générale, qui vous a décerné le titre de « meilleur(e) professeur(e) du monde » et vous a remis un diplôme signé par tous les élèves de la 6è2.

L’élève est un jeune mammifère dont le biotope naturel, on l’oublie trop souvent, n’est PAS la salle de classe.
Sa vie se déroule principalement dans un lieu auquel vous n’avez pas accès, appelé domicile dans lequel vivent également d’autres mammifères appelés responsables légaux. Parfois l’élève peut avoir deux domiciles, voir pas de domicile du tout, ou bien un domicile dans lequel il n’aime pas être. En réalité, il y a tout un tas de situations qui seraient trop long à énumérer ici, mais qui expliquent que parfois vos élèves ne savent pas très bien où ils habitent, au sens propre, du coup au sens figuré.

La République et les citoyens qui la composent ont décidé que tous les enfants vivant sur le territoire national devaient recevoir une formation entre 6 et 16 ans, âge légal de la scolarisation obligatoire*. Et vous vous avez choisi d’être enseignant.

L’élève n’a pas le choix.
Il n’a même aucun choix.
Sauf à être scolarisé chez lui (mais c’est un autre sujet), il est OBLIGÉ de venir à l’école, selon des horaires qui lui sont imposés, étudier des choses qu’il n’a pas forcément envie d’étudier, avec des enseignants qu’il n’a pas choisi, dans un lieu qui ne ressemble en rien à son milieu habituel, et dans lequel il va croiser ceux qu’on appelle traditionnellement ses « camarades » avec qui il n’a pas forcément d’affinités. Vu comme ça, ça ne donne pas vraiment envie.
En marketing, l’élève est ce qu’on appelle un public captif.

Vous allez me dire que vous ne choisissez pas vos élèves (sinon, jamais vous n’auriez eu Kévin en cours !), ni votre établissement, voire même parfois même pas votre académie. Oui, je sais. Mais vous avez quand même un peu plus de choix que l’élève. Et puis autre détail qui n’a l’air de rien : vous êtes un adulte (du moins en théorie, j’en connais parmi vous qui ont su garder leur âme d’enfant).
On considère généralement qu’un changement dans la vie d’une personne (déménagement, changement de poste de travail, d’environnement social, etc..) met environ six mois à être encaissé par un adulte. Six mois. Septembre – février. Et on a beau penser que les jeunes ont une capacité d’adaptation supérieure à celle d’un adulte, en l’occurrence, c’est complètement faux.

L’une des première qualité d’un enseignant, à mon avis, est l’art du décentrage.
Pour un instant essayez (vous n’allez pas y arriver, c’est normal) de vous mettre dans la peau d’un des gamins qui viendront s’assoir dans votre salle de classe le jour de la rentrée. Si on lui demandait son avis, êtes vous certain qu’il resterait là ?

Bon, bien sûr, vous avez été élève (moi aussi) et vous avez ADORÉ l’école. Tellement adoré que vous y êtes resté à la fin de votre service obligatoire.
Cependant n’oubliez jamais, et particulièrement le jour de la rentrée, que les élèves ne sont pas tous dans votre cas.
C’est un poncif, mais ça va mieux en le disant.

(…à suivre…)

* Je sais, c’est la théorie, on pourra en reparler plus tard.

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