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Intelligence(s)

Je ne vais pas vous faire l’affront de vous donner une définition de ce mot (en général quand on commence comme ça, c’est qu’on va le faire quand même).
Enfin, si je vais le faire quand même (ah, vous voyez, j’avais raison !), mais c’est pas pour vous, parce que vous, vous savez ce que ça veut dire. C’est pour les autres, ceux qui ne savent pas.
Intelligence vient du latin « 
intelligentia » qui signifie « faculté de percevoir ». En fait c’est un mot composé du préfixe « inter-«  qui signifie « entre » et du verbe « legere » qui signifie « choisir ».
L’intelligence, au sens étymologique du mot c’est donc la capacité à percevoir des choses au milieu d’autres.

Kévin est un enfant intelligent

On l’a souvent dit à ses parents « Kévin est un garçon intelligent, mais quel bavard / fainéant / agité  » (rayez les mentions inutiles s’il y en a). Comment voulez vous qu’il progresse / passe en 5e / réussisse ? (rayez les mentions inutiles s’il y en a)

Décryptons ce que dit réellement l’enseignant à propos de Kévin :

– « Kévin est intelligent » = « Quand il parle je comprends ce qu’il dit, le prof d’EPS l’adore, il est hyper cool avec les dames de service à la cantine et quand on a fait la sortie au zoo, il a été super sympa. Bref, il est pas demeuré, comme cette gourdasse de  J**** qui reste comme un légume sur sa chaise à me regarder avec la bouche ouverte et les yeux ronds. »
(Heu, je sais, c’est mal de penser ça de J**** et aucun prof digne de ce nom ne devrait le faire, mais ça existe. Pensez à la salle des profs de votre bahut. Vous êtes sûr qu’il n’y  en a pas un ou deux qui pensent ça de J*** ?)

– « Kévin est bavard / fainéant / agité » = « Kévin est ch***. En classe il bouge tout le temps, se retourne, fait toujours le travail trop vite, bavarde, se lève, n’a pas ses affaires, ne fait pas son travail dans les délais, discute tout ce que je dis, pose des questions auxquelles je n’ai pas de réponses. »

– « Comment voulez vous qu’il progresse / passe en 5e / réussisse ? » = « Il est pas fait pour l’école, on va vite fait lui trouver une orientation dans une filière professionnelle histoire que ça ne dure pas trop longtemps tout ça, on va le faire redoubler pour qu’il apprenne comment marche le système, il sera jamais médecin, avocat, architecte, polytechnicien. »

Bref, en fait, il y a un hiatus entre ce que l’École attend de Kévin et ce que Kévin attend de l’École.

Ce que l’École attend de Kévin

Ce que l’École évalue de Kévin ce sont ses capacité à mettre en mots (surtout par écrit d’ailleurs) le résultat de ses apprentissages: recopier la leçon écrite au tableau, apprendre ce qui est écrit dans son cahier, rédiger des réponses à des exercices, réussir des évaluations écrites (et même orales des fois, c’est la fête !).
Ce que l’École évalue, c’est l’intelligence verbo-linguistique (ou verbale) de Kévin, celle qui consiste à être capable d’utiliser le langage pour comprendre et exprimer ce que l’on pense.

Ce que l’École évalue de Kévin ce sont ses compétences à calculer, mesurer, à faire preuve de logique et à résoudre des problèmes en utilisant les notions de causes et de conséquences.
Ce que l’École évalue, c’est l’intelligence logico-mathématique de Kévin.

Si Kévin ne fait pas la preuve de ses compétences dans ces deux domaines, et bien on dira à ses parents qu’il est intelligent mais qu’il n’est pas fait pour l’École : « Il est intelligent mais… (sous entendu, « Il est sûrement intelligent, mais je ne sais pas en quoi…et je n’ai absolument pas le temps / l’envie / la possibilité de trouver ».)

Bref, ce que l’école évalue, c’est le QI de Kévin. Et je ne voudrais pas être méchante, mais s’il y a bien un indicateur qui ne repose sur rien, c’est bien le QI…..!


Ce que Kévin est légitimement en droit d’attendre de l’École

Il se trouve que Kévin il a bien d’autres intelligences que celles que mesure l’École.

Si vous lui donnez trois bouts de ficelle et un clou il vous bricole une station spatiale.
Si vous lui donnez une boite de crayons, il vous fait des dessins de ouf.
Si vous lui demandez de régler un conflit entre deux camarades, il saura trouver les mots pour calmer tout le monde.
Si vous le laissez faire 2 mn à la cantine, il aura rempli les verres de ses copains à des niveaux différents et fera du rap à la cuillère.
Si vous lui demandez d’expliquer aux autres comment il a réussi à faire un truc, tout le monde va comprendre.

Bon, je vous l’accorde, je vous parle de plusieurs Kévin en même temps.

Mais tous ces Kévin, ils sont capable de faire des choses que les enseignants sont pour la plupart  incapable d’intégrer dans leurs enseignements. Il savent voir des choses que les autres ne voient pas. Il sont capable de saisir des nuances, de construire des stratégies, d’être créatifs mais, malheureusement pour eux, d’une façon autre que celle prévue dans les tests de QI.

Et à ceux-là, qu’est ce que l’École leur propose pour mettre en évidence et développer leurs intelligences ?
Rien.
Quelque chose entre « presque rien » et « absolument rien ».
Parce que même en arts plastiques ou en éducation musicale (et l’on sait le poids que ces enseignements pèsent en matière d’orientation face aux mathématiques, au français et aux langues…) les consignes seront écrites, les évaluations cadrées, les leçons à apprendre et à restituer par écrit. (En même temps avec 30 gamins à la flûte, 55 mn par semaine, vous voulez faire quoi d’autre ?)

Pourtant, Kévin est en droit d’attendre que l’École prenne en compte, développe et évalue TOUTES ses intelligences.

Je voudrais pas lui saper le moral à Kévin, mais il est pas sorti des ronces

Pourtant, il y en a des solutions.

La théorie, elle existe.
Elle s’appelle la Théorie des « Intelligence multiples«  et a été émise pour la première fois par Howard Gardner en 1983.

-> Pour en savoir plus sur la théorie des intelligences multiples, vous pouvez partir de cet article et suivre les pistes….

Pas besoin de vous dire que si Freinet et Montessori sont classés dans les pédagogies nouvelles, Gardner, c’est de la pédagogie de science-fiction.

Les quelques pionniers qui essaient de la mettre en œuvre sont bien isolés et créent les outils de leur pédagogie au fur et à mesure.
Une raison de plus pour leur rendre hommage. D’autant plus qu’ils parviennent à réaliser une espèce de grand écart pédagogique : favoriser l’utilisation des différentes intelligences des enfants pour les conduire en douceur à celles reconnues officiellement. Un vrai tour de force.

En fait, je voue à ces enseignants une admiration sans borne.
D’abord parce que je suis jalouse de ne pas être capable de faire aussi bien qu’eux.
Ensuite parce qu’ils arrivent à proposer une évolution du système en douceur, sans risque que la greffe soit sujette à un rejet. En même temps, le dosage est homéopathique et la maison Éducation Nationale ne tremble pas encore sur ses bases.

Mais qui sait, un jour peut être Kévin aura la chance de croiser un enseignant de ce tonneau là.

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Classé dans Élèves, pédagogie