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Vous auriez la recette ?

Il arrive parfois que des collègues (parfois même un de mes chers Keskelledit) me posent la question qui tue. Comme ils sont gentils [et qu’ils espèrent peut-être même une réponse] ils ne me disent pas les choses abruptement. Ils commencent en général par un truc gentil du genre « J’aime bien ce que tu écris [oui, je vous jure et  moi je deviens toute rouge], mais… [et c’est là que je commence à m’évanouir, parce que je  vois arriver la suite gros comme une maison] …. comment tu fais concrètement ? « Oui, parce que tu comprends, c’est super tout ça….. Freinet, la pédagogie des gestes mentaux, la classe inversée, les intelligences multiples, les TICE, les compétences, la suppression des notes, les classes à géométrie variable, tous les Kévin et toutes les Jessica en route vers le bonheur pédagogique. Mais comment je fais moi,  avec MES élèves, dans MON bahut, avec MES collègues, avec MON chef et dans MA salle ?  »

Je n’ai pas là réponse à tout ça mais je peux vous parler du cadre dans lequel j’ai choisi de me poser cette année. Ça vous intéressera peut-être et ce sera toujours un début de réponse.

Backstage

Cette année, j’ai décidé (comme une guedin* que je suis parfois) de faire les choses bien. D’abord parce que j’ai une super stagiaire EAP (coucou Anays!) et puis aussi parce que j’ai un emploi du temps professionnel et personnel qui m’oblige à être (et sans doute pour la première fois de ma vie, enfin) très très très organisée. En fait, il faut que je vous avoue. Je suis une bordélique contrariée.

Donc je me lance cette année dans plusieurs choses en même temps, qui font au final une mayonnaise pédagogique assez savoureuse : classe inversée, plan de travail, îlots dans la classe, évaluations sommatives en version numérique pour les connaissances, publication de blog.
Donc cela signifie que, pour une séquence de cours, je dois construire : un plan de travail, une capsule et un exercice lié à cette capsule, une série de documents pour les élèves, une évaluation numérique et un article pour le blog de la classe, et pour finir créer une fiche-bilan des notions essentielles du cours.
Je sais, faire tout ça alors que les programmes vont changer l’année prochaine, c’est un peu idiot, mais j’en ai besoin cette année et je me dis que pas mal de choses pourront resservir l’année prochaine si je m’y prends bien.

Story Board

La première étape, avant de commencer c’est la planification. Je prépare un tableau de ce genre là pour chaque séquence, histoire de ne pas me perdre :

Plan de travail   Capsule Exercice Documents pour les élèves Évaluation numérique Fiche-bilan Billet de blog

Le premier document que je prépare, c’est le plan de travail. Parce que c’est lui, bien sûr qui va déterminer tout le reste. Je relis le programme, que je dois connaître par cœur à force, mais qui me permet de me focaliser sur les attendus réels (qui sont très souvent extrêmement éloignés de ce qui est proposé dans les manuels qui ne me sont donc d’aucune utilité).

Un plan de travail est découpé en trois parties : ce qui doit être fait avant, ce qui doit être fait pendant, et ce qui doit rester après.
Il faut bien sûr commencer par la troisième partie, celle qui récapitule ce que les élèves devront savoir et savoir faire à l’issue de la séquence. Le fait de m’adosser au programme me permet d’être juste au bon endroit, ni trop exigeante, ni trop laxiste et de préciser avec des mots simples et accessibles aux élèves ce que j’attends d’eux.

Making of

Ensuite j’attaque la deuxième partie. C’est là que je fais vraiment un travail de pédagogue. Le moment où j’imagine le scénario pédagogique de la séquence entière. C’est à ce moment que je prépare mes ingrédients. Les intelligences multiples, le travail en îlots, les jeux pédagogiques, les compétences à mettre en œuvre, la façon dont les choses vont se passer, les activités et les productions des élèves, les modalités de ces activités mais aussi les remédiations possibles parce que je sais d’avance que pour Kévin, cette activité là va être compliquée et que Jessica, par contre, aura fini avant tout le monde et qu’il faut impérativement que je lui prépare des activités complémentaires pour qu’elle puisse aller plus loin. Je prépare ensuite tous les documents dont je vais avoir besoin et je les dépose dans mon espace personnel du cloud.

Cambouis

Une fois que je sais ce que je vais faire, je m’attaque à la capsule qui va permettre aux élèves d’avoir les prérequis pour ces activités. Des fois j’ai de la chance et des collègues formidables ont fait exactement ce dont j’ai besoin. Des fois j’en ai moins, ce qui est en ligne ne me convient pas ou j’ai besoin d’un truc vraiment spécifique et je dois faire la capsule avec mes petits bras. Il y a plein d’outils** pour les réaliser, d’une simplicité extrême. En fait l’outil on s’en tamponne. L’important c’est de savoir ce qu’on va mettre dedans. C’est ce qui prend le plus de temps. Finalement, réaliser une capsule, c’est pour moi 75 % de temps de réflexion sur une feuille de papier et pour la rédaction des textes que je vais dire et 25 % de temps de réalisation (enregistrement compris parce qu’il faut que je fasse attention à ma diction et que je m’y reprends souvent à plusieurs fois). Quand je pense que la est capsule prête, je la mets sur un serveur vidéo bien connu et je demande aux copains de la relire***. Et là je pleure parce que j’ai toujours laissé plein de bugs que je dois corriger.
Quand elle est enfin présentable, je la visionne, comme un élève pourrait le faire, et je crée un exercice lié à cette capsule. Ça peut être un questionnaire à remplir via un formulaire en ligne ou des questions à créer, ou plein d’autres choses. Ça dépend vraiment du type de capsule, de mes besoins pédagogiques et de l’âge du capitaine.

Ensuite, je complète la première partie du plan de travail avec un lien vers la capsule et ses exercices et j’ajoute les QR code**** qui font directement le lien vers ces deux ressources.
La fiche de projet est prête, je la dépose aussi dans le cloud.

Cerise sur le gâteau

L’étape suivante, c’est la fiche-bilan. J’en ai déjà pas mal de prêtes parce que j’en avais déjà réalisées les années précédentes, mais il m’en manque plein. La principale difficulté c’est de leur conserver un aspect uniforme pour qu’elles deviennent une routine, facilement lisible par les élèves. La deuxième difficulté, c’est de trouver l’iconographie, libre de droit, of course. Et de ne pas aller plus loin que ce que demandent les programmes pour les éléments à mémoriser. C’est frustrant, je sais.

Ensuite je prépare l’évaluation numérique qui ne portera (sauf exception) que sur des connaissances pures***** (le reste étant évalué directement en classe, pendant le travail des élèves) : des dates, des lieux, des mots de vocabulaire… Je le fais en version numérique parce que ça doit aller vite. Il y a plusieurs outils possibles, tous hyper simples d’utilisation.

Enfin, je m’attaque au billet de blog****** pour la classe. Là aussi j’essaie de conserver une certaine uniformité. Une illustration, un découpage clair et lisible et tous les documents de la leçon. Tous, y compris les documents utilisés en classe et la fiche bilan. Les élèves ont tout. Certains sont tellement fans qu’ils font le travail en avance ! Du coup ça m’oblige à prévoir davantage, avec des liens vers d’autres ressources que je n’exploiterai pas en classe avec tous les élèves (des jeux en ligne sur le thème, des vidéos, des sites d’exposition, de la musique…) mais que tous pourront utiliser hors temps scolaire, avec leurs familles par exemple.

blog

Yatta !

Attention ! Je ne fais pas ça d’une seule traite. Je suis pas Wonderwoman ! Je n’arrive pas toujours à me dégager le temps nécessaire et je ne suis pas une machine. Alors je me fais une planification pour les séquences de la période pour mes trois niveaux et je picore. Des fois je vais faire deux capsules, d’autres fois, je me pose et je réfléchis au contenu d’une séquence, ou alors je prends 10 mn entre deux pour faire un questionnaire. Petit à petit, les vides se remplissent et j’arrive à avoir une période entière complète. Et là je me dis « Yatta !  Y’a plus qu’à ! » et puis surtout… « Pourvu que ça fonctionne! »

Mais ça, c’est une autre histoire.

 

 

—-

* C’est du verlan 🙂
** Des outils pour créer des capsules vidéo signalés par l’association Inversons la classe ! .
*** Merci Twitter !
**** Création facile et rapide de QR-Codes ici , mais il y en a beaucoup d’autres.
***** Mon chouchou du moment ? Plickers !
****** Hébergé par l’excellente plate-forme LeWebPedagogique

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La ligne de démarcation

Je n’ai encore rien dit ici sur la réforme du collège qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Volontairement. Trop de bruit, trop de vociférations, trop de caricatures, trop d’invectives pour raisonner sereinement. Beaucoup de choses que j’aurais pu écrire ont été très bien écrites par d’autres, pas besoin d’en rajouter. J’ai préféré m’occuper de mes élèves, travailler, réfléchir en essayant de me tenir à l’écart de la fureur ambiante. Au final, j’ai quand même un idée à partager avec vous parce qu’il me semble que cela n’a pas été évoqué ailleurs. Enfin, je crois. je ne lis pas tout. Vous me direz. C’est sans doute l’interview de Robin Renucci qui m’a aidé à écrire enfin*.

Paradoxes

Depuis que les textes de la réforme du collège ont été publiés, les anti- font du bruit. Beaucoup plus de bruit que les pro-. C’est d’ailleurs souvent le cas, quelque soit le sujet.
Le premier paradoxe de cette histoire c’est que la plupart des opposants sont des fonctionnaires d’État, qui ont pour mission d’appliquer la loi**[édit]. Mais que dans un déni sidérant de démocratie, il se refusent à appliquer les lois de la République.
Le deuxième paradoxe c’est que les gens qui s’emploient à faire en sorte d’appliquer la loi sont sommés de s’expliquer et de justifier leurs actes.
Le troisième paradoxe, et j’en ai déjà parlé est que la France est un pays peuplé aujourd’hui d’environ 66 millions de spécialistes de l’éducation qui ont tous un avis forcément éclairé à donner sur la question.
Résultat de ces trois paradoxes, un incroyable pataquès franco-français qui dévore quasiment toute l’énergie disponible actuellement en matière d’éducation.

Pièges

Je ne m’étendrai pas sur le premier paradoxe. Certains de mes collègues me font peur. Ils n’ont même pas la reconnaissance du ventre envers un État qui les nourrit (oui, je sais, pas toujours très bien, et d’ailleurs, ils devraient plutôt employer leur énergie à ça…), veulent être reconnus comme des cadres mais sans les contraintes liée à cette fonction. Le beurre, l’argent du beurre…

C’est surtout le second paradoxe qui me rend dingue. Hier encore sur un réseau social, un recteur honoraire, très virulent contre la réforme du collège, m’a posé cette question : « Vous enseignez ? ». J’aurais pu répondre. Je ne l’ai pas fait. Je lui ai retourné sa question. « Et vous ? ». Il ne m’a pas répondu. Évidemment.
Ce genre de question est forcément un piège. Observez les « discussions » entre les opposants à la réforme et ceux qui essaient conte vents et marées de se l’approprier. Les anti- affirment. Quand on essaie de leur dire qu’ils se trompent, ils posent des questions, demandent des preuves, des arguments. Que vous leur donnez. Ils posent d’autres questions, demandent d’autres preuves, d’autres arguments… et cela n’en finit plus. Vous finissez par céder. Vous ne répondez plus. Vous avez perdu.
En désespoir de cause, vous bloquez votre interlocuteur (ou vos interlocuteurs, souvent ils viennent en groupe), pour ne plus le lire, pour ne plus avoir à subir ces interrogatoires. Pour souffler un peu. Vous êtes alors devenu quelqu’un « qui refuse le dialogue », qui « méprise les positions des autres », qui s’enferre dans un « déni de réalité », voire pire.

Sans titre

La mécanique est imparable.

Fracture

C’est dans le troisième paradoxe que je vois de plus en plus clairement la véritable ligne de démarcation.
Tout le monde parle de l’École, ce que qui doit s’y passer, sur ce que l’on doit y apprendre, sur les méthodes, les filières, les programmes… Chacun a son avis personnel sur tout cela, fruit de son expérience d’élève, de sa proximité avec le monde enseignant (les personnels de l’Éducation Nationale représentent environ 1.5% de la population française), de son appartenance politique, syndicale, religieuse… À chacun son prisme d’observation, à chacun son kaléidoscope pour parler d’École. En faire une typologie est inimaginable et surtout impensable. Je me suis toujours refusée à inscrire les gens dans des catégories. Comme si les choses humaines étaient si simples.

Cependant, quelque chose est là, sans appartenir à une catégorie particulière, qui traverse tout ce que je peux lire sur ce sujet. Pour certains, l’efficacité des apprentissages serait en corrélation directe avec le nombre d’heures de cours. Pour d’autres, l’efficacité des apprentissages serait en corrélation directe avec la façon d’enseigner. Et elle est là, la ligne de démarcation. La vraie. Elles sont là les réticences. Parce que si l’école va mal (et elle va mal, quand elle laisse 150.000 jeunes sans qualification après 13 ou 14 années de scolarité,  c’est peut être la seule chose sur laquelle tout le monde est à peu près d’accord), il y a plusieurs axes de propositions pour l’améliorer. L’une consiste à vouloir « davantage » : davantage d’heures de cours, davantage de français et de maths (ou de ce que vous voulez), davantage de devoirs, davantage de dictées, davantage de chronologie, davantage d’examens, davantage de numérique… L’autre consiste à vouloir « autrement » : une autre organisation des enseignements, d’autres disciplines, d’autres dispositions de classe, d’autres façons d’évaluer, d’autres façons d’apprendre, d’autre façons d’aider…

Vous devinerez aisément de quel côté de cette ligne de fracture je me situe.
Et quand je dis une fracture, on pourrait me rétorquer « C’est un peu court, jeune fille ! » (quoi qu’à mon âge…) Effectivement, on pourrait dire… bien des choses en somme…
C’est une bifurcation pédagogique, une distinction de taille, une division profonde, un divorce, une rupture, un fossé infranchissable, un abîme ! Que dis-je ! Un schisme !!!

Choix

Cela dit, je peux comprendre que l’on hésite au bord du gouffre. Les sciences de l’éducation étant ce qu’elles sont, c’est à dire des sciences humaines, on trouvera sans doute des arguments pour conforter les deux positions. Sauf qu’enseigner, c’est choisir.

Si la quantité induisait la qualité ça se saurait. Et je devrais être devenue une déesse vivante des mathématiques vu le nombre d’heures que j’ai passé à être en cours de maths pour obtenir mon baccalauréat scientifique. Et une latiniste experte après neuf années de cours de latin. Sauf que, vous le savez comme moi, suivre des cours ne signifie pas automatiquement en bénéficier. Qu’on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif.

Enseigner autrement. Adopter ce que Ken Robinson appelle un nouveau paradigme. C’est compliqué, c’est difficile. Comme tout changement ça peut faire peur. Je peux comprendre ces peurs, cette impression de devoir renier ce qu’on pense être la bonne façon d’enseigner. Mais comment expliquer alors que certains s’efforcent de s’approprier ce changement alors que d’autres s’attachent à des convictions dont le monde (et nos élèves les premiers) nous prouve tous les jours qu’elles sont obsolètes ?
Oui, les enseignants français ont la chance de disposer d’une large liberté pédagogique, dont certains, parmi les premiers à vouloir la défendre, usent bien peu.

Exemple

Je prendrai juste un exemple que j’illustrerai par une illustration empruntée à une conférence de Marcel Lebrun (en vous laissant le bonheur de suivre sa conférence « enseigner à l’envers, apprendre à l’endroit ou l’inverse ?« ), celui du numérique.
Une récente étude de l’OCDE mettait l’accent sur la faible efficience du numérique sur les apprentissages et l’on pouvait lire dans la presse que « Le numérique à l’école n’est pas une garantie de performances », vite devenu « Numérique à l’école: pas un outil miracle pour améliorer les résultats des élèves » rejoignant ainsi un sénateur qui, changeant d’avis comme de chemise évoquait en juillet dernier « l’envahissement du numérique à l’école ».
Sauf que quand on parle de « numérique à l’école », on parle de quoi ? On parle d’outils, jamais de pratiques ou alors de façon tellement vague… L’étude de l’OCDE évalue la plus-value de deux éléments : les élèves surfant sur Internet et l’utilisation d’ordinateurs en mathématique. Sérieusement. Mais arrivent à des conclusions que beaucoup ont oublié de lire :

Donner aux jeunes les moyens de participer pleinement à l’espace public numérique d’aujourd’hui,les doter des codes et outils de leur monde à forte composante technologique, et les encourager à utiliser les ressources d’apprentissage en ligne – tout en explorant l’utilisation des technologies numériques en vue de renforcer les processus éducatifs en place, tels que l’évaluation des élèves ou l’administration scolaire –, voici autant d’objectifs justifiant l’introduction des nouvelles technologies dans l’enceinte de la classe. (page 32)
et
La technologie peut permettre d’optimiser un enseignement d’excellente qualité, mais elle ne pourra jamais, aussi avancée soit-elle, pallier un enseignement de piètre qualité. À l’école comme ailleurs, la technologie améliore souvent l’efficacité des processus déjà performants, mais peut également accentuer l’inefficacité de ceux ne fonctionnant pas. (page 57)

Je croise de nombreux collègues qui estiment utiliser le numérique en classe parce qu’il projettent un diaporama à leurs élèves et remplissent des bulletins électroniques. J’en croise aussi beaucoup d’autres qui, de classe inversée en création multimédia, d’éducation aux médias numérique en webradio ne disent jamais qu’ils utilisent le numérique. Ils parlent de leurs démarches pédagogiques, des activités de leurs élèves, du climat scolaire. Et pourtant, ils sortent du même moule, de la même formation, ils ont la même profession. Sauf que certains usent de leur liberté pédagogique et d’autres pas. Certains explorent de nouveaux chemins quand d’autres cherchent encore les anciennes routes balisées dont on leur a dit qu’elles étaient les seules possibles. Et forcément, utiliser de nouvelles techniques pour faire la même chose qu’avant, c’est inefficace. Donc, ne changeons rien.

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* et en particulier ces extrait :

Mes enfants s’en sont bien sortis, mais l’école fut un parcours du combattant terrible pour eux. J’ai détesté ce rapport de compétition permanent qui prévalait dans les lycées où ils sont passés.
J’ai beaucoup de respect pour le corps enseignant, mais je constate qu’il fonctionne trop souvent sous l’égide de la course à la performance. Ce fonctionnement anxiogène est basé sur le paradigme, faux, qui considère l’autre comme est un ennemi, un concurrent.

et

Le rapport de transmission est totalement basculé, les outils changent, et l’école est au cœur de ça, car l’élévation de l’enfant part de l’école… Alors, oui, il faut radicalement transformer l’école pour s’adapter à ces nouvelles réalités. Je reste optimiste, je trouve cette époque formidable et très intéressante. Mais comme le disait Tocqueville « quand le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres ». Je tente — comme le colibri de la fable — d’y prendre ma part.
** [Edité le 28/09/15] Certains commentaires me font remarquer que « Collège 2016 » n’est pas une loi. Certes, un spécialiste de droit constitutionnel pourrait m’en vouloir de confondre lois, décrets et textes d’application. Mais c’est bien d’une loi qu’il s’agit, celle de la Refondation de l’École dont le projet a été proposé en conseil des ministres en janvier 2013 et promulguée en juillet de la même année. Le projet de réforme des collège qui en découle a été présenté au conseil des ministres en mars 2015, adopté (largement) par le Conseil supérieur de l’Éducation. Le décret et l’arrêté qui permettent son application ayant été publié en mai dernier.
D’ailleurs puisque j’y pense, voila encore une chronologie qui vient détruire le fameux argument d’un décret présenté dans la précipitation et sans concertation. 2 ans c’est vrai que ça passe vite mais quand même.

 

 

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Quel est votre secret ?

La rentrée scolaire est toujours un moment important, surtout quand c’est votre première rentrée. Vous vous rappelez peut-être de votre première année scolaire en tant qu’élève, la première rentrée de votre premier enfant vous a plongé dans l’inquiétude. Il est une expérience de rentrée qui est sans doute encore plus impressionnante : celle qui fait de vous, pour la première fois, un prof.

On ne naît pas prof

Aussi étrange que cela puisse paraître, on ne naît pas prof, on le devient (pour parodier à la fois cette très chère Simone et une campagne de protestation contre la disparition de la formation des enseignants voulue par Nicolas). Et quoi qu’on en pense, ce n’est ni le jour de la publication des résultats, ni le jour de la prérentrée des enseignants, ni même le jour de votre première paye que vous devenez prof. Vous devenez prof parce que vous avez devant vous des êtres humains en devenir qu’on vous présente comme étant des élèves. Ce sont eux qui feront de vous un prof.

Un bon prof

A quelques semaines de la rentrée, tous ceux qui deviendront profs en cette rentrée 2015 sont en ébullition. Je n’oublie pas tous les éléments matériels qui vont avec cette future métamorphose. Ils sont importants. Mais ce qui taraude la plupart de mes futurs nouveaux collègues est cette fameuse idée de l’autorité. C’est un lieu commun qu’ils ont lu, entendu, vu tellement souvent qu’ils en arrivent à ne plus penser qu’à cela : Comment asseoir mon autorité dès le début du cours afin de devenir un « bon » prof ?

Vous me connaissez un peu, vous savez que je ne vais pas vous donner la réponse (que je n’ai pas). Je voudrais seulement réfléchir un peu à ce que sous-tend cette fameuse notion d’autorité professorale, que certains politiques voudraient voir rétablir en classe.

Un prof c’est quoi ?

Pour commencer, regardons ce que c’est qu’une classe avec des élèves et un professeur.
Il existe plusieurs métaphores couramment utilisées. La métaphore du dispositif théâtral. Unité de temps, de lieu et d’action. Une heure de cours, une salle de classe, une séquence pédagogique. Dans ce théâtre, on jouerait une pièce d’un auteur extérieur au dispositif (l’auteur des programmes), le prof serait à la fois metteur en scène et acteur principal, les élèves seraient les spectateurs. Sauf que cette métaphore ne fonctionne pas. La salle de classe n’a pas vocation à être la scène d’un one-man-show. Et les élèves sont un public captif. Cerise sur le gâteau, pour les élèves, la pièce peut durer 8 heures d’affilée (même si il y a quelques entr’actes) et les actes n’ont que rarement de rapports les uns avec les autres. Même les pires performeurs n’oseraient pas proposer ce genre de production.

Autre métaphore souvent imaginée, même si elle est moins avouable, c’est celle du champ de bataille. Le prof / général-en-chef, à la tête de ses troupes, s’élance à l’assaut de la cote 128. Certains de ses troufions partiront la fleur au fusil et planteront leur oriflamme sur le but désigné : citation à l’ordre du mérite, médaille, montée en grade. Pour les autres, les déserteurs, les réfractaires, ceux qui auront refusé de monter au front : conseil de guerre, dégradation, relégation, déshonneur.

La pire à mes yeux est la métaphore de l’arène. Le prof / gladiateur face à quelques dizaines de fauves sauvages et indomptables. Selon qu’on s’imagine secutor, retiaire ou mirmillon, selon le choix des armes, l’issue du combat est sans équivoque : vaincre ou être vaincu. On ne compose pas avec les tigres. On les domine ou ils vous dévorent.

L’heure du choix

Pour la plupart de mes futurs collègues, le mois d’août va être celui du choix entre l’une ou l’autre de ces options. Parce qu’aucun n’a l’outrecuidance de se croire béni des dieux au point d’avoir hérité de la fameuse « autorité naturelle » dont ne disposent que certains élus ; saint Jérôme de la pédagogie, Alexandre des programmes, Cicéron des estrades…

Sauf que tout ça c’est du vent. Du flan. La légende dorée des tableaux noirs.

D’abord, l’autorité naturelle, ça n’existe pas. Mais c’est une histoire qu’on se raconte depuis tellement longtemps qu’on a fini par y croire. Un genre de dangereux croque-mitaine pour candidat.

Pour quoi faire en fait ?

Chers futurs collègues, quelle que soit la raison qui a fait de vous un prof, quelle que soit la représentation que vous ayez de votre futur métier, je vous en prie, oubliez cette histoire d’autorité.

Vos élèves sont encore des enfants, au sens juridique du terme. Votre rôle auprès d’eux sera de leur donner envie de grandir, de s’approprier le monde, d’en devenir des acteurs. Aucune autorité n’est nécessaire pour cela. L’enfant est par nature épistémophilique. Profitez-en. Soyez le moteur de cette envie.

La seule chose dont vous devez vous préoccuper en attendant cette rentrée des classes, c’est de la façon dont vous allez créer un environnement apte à développer cette envie. C’est ce qu’on appelle la pédagogie.

Quand vous pensez au mot « autorité », remplacez-le par « réciprocité ». Soyez l’adulte que vous aimeriez qu’ils deviennent. Soyez le modèle de respect que vous aimeriez qu’ils suivent. La réciprocité sera au rendez-vous, naturellement, aussi incroyable que cela paraisse. C’est ce respect mutuel dont vous aurez été l’initiateur qu’on peut éventuellement appeler « autorité ».

 

 

 

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Soyez le maître du jeu !

Les élèves sont entrés dans la classe et se sont rapidement installés à leurs places habituelles. Cahiers et trousses posées sagement sur les tables, je vois une vingtaine de bouilles impatiemment tournées vers moi. C’est que l’heure est grave ! L’événement du jour va se produire.
Un immense griffon s’affiche sur l’écran. Sur son dos, un personnage tenant un rouleau de parchemin. D’un clic, j’ouvre le parchemin. Tous lisent les quelques lignes qui se sont affichées : « 
Bénédiction des mages : tous les XP gagnés par les mages seront doublés aujourd’hui. » Mines réjouies de certains, soupirs pour d’autres. Je relis à haute voix la phrase pour être certaine que tout le monde ait bien compris. Mais ils ont déjà ouvert leurs cahiers et reprennent le fil de leurs activités.

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Je passe entre les tables pour vérifier que tout le monde se met au travail. Je suis à côté de Jessica pour vérifier son travail quand Kévin m’appelle :
« – Madame ! Je peux utiliser
Téléportation pour aller me mettre à la table de Manfred ? »
« – Bien sûr, c’est noté. ».

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Je sors mon smartphone. Deux clics. Je me consacre à nouveau à Jessica….
Je relève le nez et jette un coup d’œil sur la classe. Manfred est en train de réexpliquer une consigne à Kévin qui patauge un peu. Je sors à nouveau mon smartphone et lui attribue en deux autres clics 150 points d’expérience pour avoir aidé un camarade.
Tiens, Jennifer glandouille et papote avec sa voisine ? Sans rien dire, je retourne à l’ordinateur et j’affiche son personnage. Je clique sur le bouton rouge qui va me permettre de lui retirer des points. Mais sa voisine a vu la manœuvre et chuchote à l’oreille de Jessica…. qui regarde l’écran…. et se tait immédiatement. Je retourne auprès des élèves.
À la fin du cours, j’aurai ainsi distribué des points d’expérience et fait perdre des points de vie aux personnages de mes élèves.
Nous jouons à
Classcraft.
Ça ne change presque rien en apparence. Sauf que ça change tout.

Je sais bien, chers Keskelledit que je suis en train de vous parler chinois.

Jouer ? En classe ?
Comme si on n’avait que ça à faire !

Classcraft ? C’est un jeu vidéo ? Ca ressemble à Minecraft ou à Word of Warcraft ce nom…. Ça a quelque chose à voir ?

Alors : oui, non, oui, non et un peu.

Pour tout vous dire, j’ai commencé à y jouer cette année, avec la classe de 6e dont j’étais professeur principal. Ça faisait plus un an que ça me titillait, le jeu a été créé en 2013. Pendant un an, j’ai laissé tourner l’idée dans ma petite tête, je me suis inscrite sur le site pour me familiariser avec l’interface, lire les tutoriels. Pendant un an, en classe, je me suis dit « et si on jouait à Classcraft, comment ça se passerait à ce moment précis ? ».
Pendant l’été, j’ai paramétré le jeu à ma convenance et en septembre, j’ai proposé aux élèves de jouer. Tous n’ont pas voulu jouer. J’ai eu une moitié de joueurs en septembre, puis le reste de la classe a suivi parce qu’ils voyaient que leurs camarades avaient l’air de trouver ça sympa. Je suppose qu’ils en ont parlé entre eux, mais ils ne me l’ont pas dit. Toujours est-il que seuls trois élèves n’ont pas souhaité signer « Le pacte du héros » par lequel on officialise son engagement dans cette aventure.

mage gué2 guerr gué1
Ce sont les véritables personnages de mes élèves….

Vous rigolez mais vous n’imaginez pas à quel point il est important ce pacte du héros. D’abord parce que ce c’est un engagement volontaire de l’élève. Pour l’année. On entre dans le jeu, on n’en sort pas. Ensuite parce que ce pacte dit que le maître du jeu a toujours raison. Et que c’est moi le maître du jeu. Donc, j’ai toujours raison.

Le plus amusant, c’est que même ceux qui ne jouaient pas me considéraient comme « le maître du jeu qui a toujours raison ». Ça a évité des tas de discussions inutiles.

Une de mes craintes était de ne pas arriver à gérer le jeu en même temps que la classe. Je l’ai expliqué aux élèves au début. Nous allions faire une expérience et si elle ne me paraissait pas concluante, on arrêterait de jouer.

Et donc ?

Et donc, j’écris ce billet aujourd’hui, parce que ça a vraiment été une expérience très chouette. Et même pas chronophage. J’ai gagné tellement de temps et économisé tellement d’énergie en retirant des points de vie au lieu de mettre des punitions !

Tiens en parlant d’économiser, je ne vais pas vous faire de présentation du jeu. Si vous voulez avoir les détails, je vous invite à aller lire la page de Wikipédia* et à visiter le site de Classcraft**. Après ces lectures, vous saurez tout ce que vous avez à savoir.

Par contre, je vais vous dire pourquoi je vais recommencer cette année. Avec mes trois sixièmes et sans doute avec ma 5e. Je vous fais ça sous forme de FAQ.

Questions – Réponses

Comment réagissent les familles quand leur enfant leur annonce qu’il va jouer à Classcraft en cours ?
Pour tout vous dire, je n’en sais strictement rien. Le site propose un document de présentation très bien fait, je l’ai adapté et donné aux parents. Je n’ai eu aucun retour. Quelques mots lors de la première réunion parents-professeurs pour me dire qu’ils étaient au courant. C’est tout. Comme je suis une éternelle optimiste, je suppose que s’ils avaient trouvé ça nul, ou s’ils s’y étaient opposés, ils me l’auraient dit.

Comment adapter le jeu à ma classe ?
Il y a deux choses que vous ne pourrez pas modifier : les classes de personnage (guerrier, mage et guérisseur), et l’arborescence d’apprentissage des sorts.
Cela signifie que vous pouvez modifier tout le reste, à partir d’une configuration de base qui vous est proposée.

Tout le reste, c’est-à-dire :
– les noms, les valeurs et les effets des sorts ;
– les motifs et la valeur des pertes automatiques de points de vie (HP pour « Hit Points » ou « points de coups » en français)
– les motifs et la valeur des gains automatiques de points d’expérience (XP)
– les conséquences de la « mort au combat » (quand un joueur perd tous ses HP)
– les événements du jour. Il y a en 80 dans la configuration de base mais vous pouvez en ajouter, en supprimer, les modifier à votre guise. Demandez aux élèves d’en créer, c’est encore plus sympa (et en plus ça fait travailler l’imagination, l’orthographe et l’expression écrite) !
– la vitesse à laquelle les personnages de vos élèves vont progresser. Forcément, si vous enseignez en primaire et que vous avez les mômes tout la journée, ça ira plus vite puisqu’ils pourront gagner des XP toute la journée. Alors que dans le secondaire, même à coup de 5h par semaine….

À quel niveau peut-on proposer ce jeu aux élèves ?
Allez voir dans le forum du jeu, vous verrez que tous les niveaux sont représentés. De l’élémentaire au lycée.

Comment le jeu modifie-t-il l’ambiance de la classe ?
Je ne vais pas vous mentir, n’ayant joué à Classcraft que cette année avec une seule classe, je n’ai pas encore beaucoup de points de comparaison. J’ai passé une super année avec ces élèves, mais est-ce parce que c’était eux ou parce que c’était Classcraft ? Ce que je peux vous dire c’est qu’ils se sont beaucoup entraidés, qu’ils ont beaucoup réfléchi à l’utilisation de leurs personnages au sein de leur équipe et qu’ils étaient toujours très rapides à s’installer en classe sans que j’aie besoin de les rappeler à l’ordre. Ce griffon qui apporte l’événement du jour, il est très beau et très efficace pour concentrer le groupe en début de cours.
Autre astuce du jeu, quand un personnage tombe au combat, les autres membres de son équipe perdent automatiquement des HP. Pas besoin de vous faire un dessin, personne n’a intérêt à ce qu’un des membres du groupe fasse trop l’imbécile en classe…

À part leur donner des XP ou leur retirer des HP, qu’est-ce qu’on peut faire d’autre avec ce jeu ?
Le jeu inclut quelques modules très intéressants.

Il y en a un que je n’ai pas utilisé, forcément, c’est celui de la notation. Vous pouvez transformer les notes de vos élèves en XP, c’est-à-dire valoriser leurs résultats scolaires chiffrés à travers le jeu. Là encore, c’est complètement paramétrable (de base, le jeu fonctionne avec le système de notation canadien, en pourcentages) et vous pouvez décider qu’un 20/20 donne 500 XP par exemple. Ou qu’un 5/20 en fait perdre 100.
Une fois que vous aurez décidé d’un barème (modifiable à tout moment), il vous suffira de rentrer les notes et le jeu fera le reste.
D’ailleurs en fait, pour les compétences vous pouvez utiliser aussi ce module en utilisant une échelle de notation de 1 à 5. Je pense que je vais le faire cette année.

Autre module, celui des quêtes. C’est un truc tout simple pour gérer le temps. Un magnifique fond d’écran s’affiche avec un compteur de temps ou un chronomètre. Vous ne dites plus « Vous avez dix minutes pour faire ce travail » (tout en sachant qu’au bout de quinze minutes certains y seront encore et que vous devrez répéter 10 fois pendant ce temps « dépêchez-vous, on avait dit dix minutes ! »*****. Dites plutôt : « Attention ! Randonnée de la montagne blanche ! Vous avez dix minutes ! » Comme c’est affiché sur l’écran, les élèves le voient et respectent le chrono. Parce que dans les jeux dont ils ont l’habitude, l’ordinateur ne leur laisse pas de temps supplémentaire.

montagne

Enfin, et c’est pour cette raison que j’ai présenté Classcraft au premier Congrès de la Classe Inversée***, vous pouvez proposer à vos élèves des contenus de cours, des travaux à faire, des capsules à visionner qui leur rapporteront également des XP, à votre convenance.

Il y a également un forum qui vous donne la possibilité d’offrir des interactions entre élèves. Je pense que c’est surtout possible pour les élèves les plus âgés. Pour mes mômes de 6e c’est encore un peu difficile à utiliser, je pense. Mais ça se discute. J’essaierai peut être cette année.

Concrètement, en classe, comment ça se passe ? On a besoin de quel matériel ?
Le minimum pour jouer, à mon avis, c’est un ordinateur et un vidéoprojecteur. Sinon, vous ne pouvez pas afficher le jeu, dont la beauté graphique contribue beaucoup à l‘intérêt des élèves.
Si vous utilisez la version « freemium » vous pourrez utiliser votre smartphone pour ajouter ou enlever des points depuis le lieu où vous êtes dans la classe, sans avoir besoin de revenir au tableau. Et c’est vachement pratique.
Sinon, vous n’avez besoin de rien d’autre. Les élèves n’ont pas besoin d’accéder au jeu en classe puisque c’est vous qui pilotez.
Vous commencez le cours par l’événement du jour (très attendu !) et ensuite vous faites comme d’habitude.
Ah oui, aussi, une chose importante. Ce jeu est gratuit.

Et à la maison ?
À la maison, les élèves qui disposent d’une connexion internet peuvent jouer à améliorer leur personnage grâce à des mini-quêtes. Ils peuvent ainsi modifier l’aspect de leur personnage, gérer l’apprentissage de leurs sorts, Et je peux vous dire qu’ils le font !
Ils peuvent aussi réaliser des exercices que vous aurez déposés dans l’interface du jeu.

Mais il y a bien un point négatif à ce jeu, non ? Toute médaille a son revers !
J’ai beau chercher, je n’ai pas trouvé. Sauf peut-être quand Jessica m’a demandé pour la troisième fois de lui recréer son mot de passe pour accéder au jeu. Mais bon, savoir utiliser un espace numérique, c’est dans les compétences qu’ils doivent apprendre, non ?
Bref, vraiment, je ne vois pas.

Le jeu est-il dans sa version définitive ?
Shauwn Young, son créateur qui est aussi un collègue, travaille toujours à améliorer le jeu et il y a eu quelques nouveautés au début de l’été que je n’ai pas encore eu le temps d’explorer. Je sais aussi qu’il travaille à pousser encore plus loin la « gamification**** » pour aboutir à ce que chaque classe construise un véritable récit d’aventure par ses actions au cours de l’année. C’est très prometteur !

Un conseil ?
Si j’ai un conseil à vous donner, incluez-vous dans le jeu et amusez-vous aussi. Créez des événements qui vous impliquent, vous, en tant que maître du jeu. Et pliez-vous à ces événements. Devant les élèves. Cela renforcera la cohésion du groupe que vous formez avec vos élèves.
Vous pouvez aussi inclure dans les punitions (pour ceux qui tombent au combat à force de perdre des HP) quelque chose comme « Vous devez dire quelque chose de gentil au Maître du Jeu devant toute la classe ». Je l’ai fait. Il y a eu peu de morts au cours de l’année, mais quand c’est arrivé cette fois-là, Kévin m’a vraiment dit un truc très gentil.

Ah oui, aussi, un dernier conseil ! N’hésitez pas.
Quoi qu’il arrive, c’est vous qui posez les règles et les limites.
Vous êtes le Maître du Jeu et le Maître du Jeu a toujours raison !

————

* Article de Wikipédia consacré à Classcraft [consulté le 20/07/2015]
** Classcraft, le site pour jouer [consulté le 20/07/2015]
*** CLIC2015, premier congrès de la Classe Inversée [consulté le 20/07/2015]
**** Un article consacré à la gamification (ou « ludification » en bon français) sur le site RSLN [consulté le 20/07/2015]
***** Ne me dites pas que ça ne vous est jamais arrivé !

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On apprend aussi en jouant

C’est une idée qui me trottait dans la tête depuis un moment. Elle n’a rien d’une idée neuve, surtout pour une vielle rôliste comme moi. Mais comme toujours, j’ai tellement d’idées de choses à faire que je finis souvent comme l’âne de Buridan, par ne rien faire du tout. Manque de temps pour faire les choses comme j’aimerais les faire, pour fabriquer les supports, pour réfléchir vraiment à la mise en œuvre…
Parfois il m’arrive quand même de passer le pas. Avec une idée vague de ce que je veux faire, et un minimum de préparation. En gros c’est comme monter tout en haut du plongeoir et de sauter. « On verra bien ».

Maintenant ou jamais

Il y avait en effet longtemps que j’avais envie de faire une version « jeu de rôle » de la Révolution française. L’idée était restée là, bien au chaud. Pas moyen de trouver la façon de mettre ça en œuvre. Et puis allez savoir pourquoi, un jour ça m’a pris. J’ai commencé par aller sur le site de l’Assemblée nationale qui a la gentillesse de nous donner une petite biographie de tous les hommes (et de toutes les femmes aussi je suppose, mais pour la période étudiée, la question ne se posait même pas) qui ont participé à toutes les assemblées depuis 1789*. Mon idée était de trouver des membres de la Constituante « locaux » et d’en attribuer un à chaque élève. Pour simplifier les choses (oui, des fois, il faut un peu simplifier pour gamifier…) j’ai choisi 10 représentants du Tiers-État, 5 de la noblesse et 5 du clergé. Et comme c’est moi le maître du jeu, j’ai triché encore un peu en incluant deux députés parisiens parce que je savais que j’allais en avoir besoin : Bailli (premier président de la Constituante) et Guillotin (parce que… bein vous imaginez bien pourquoi !) J’ai aussi triché en essayant de faire un mix représentatif entre les monarchistes acharnés, les partisans de la monarchie parlementaire et j’ai même trouvé quelques francs révolutionnaires. J’ai fait de jolies fiches A5 avec leur nom complet, leur portrait (sauf pour un ou deux, je n’ai rien trouvé) et leur biographie. Pour aider les élèves, je leur ai rajouté un but. Et hop, dans la plastifieuse. C’était long mais le résultat avait de la gueule.

Entrée en classe

À la suite du cours sur les difficultés du règne de Louis XVI, j’attendais les élèves devant la porte de la classe. Il ne vous aura pas échappé qu’avec 20 personnages, j’avais plus d’élèves que de personnages. C’est que j’avais besoin de « journalistes » pour faire les comptes-rendus. Avant de rentrer, j’ai donc annoncé que j’avais besoin de 20 personnages et de 5 journalistes. Les journalistes sont entrés et se sont installés à une table (enfin un îlot), au fond. Une des journalistes a reçu une fiche et s’appelait Olympe (de Gouge, bien sûr !).
Puis j’ai remis à chaque élève une fiche, au hasard de leur entrée en classe. Une grande table au milieu a accueilli les 10 délégués du Tiers État, et il y avait deux îlots pour les nobles et le clergé. Je sais, ce n’est pas la disposition de la salle des Menus Plaisirs, mais vous n’allez pas chipoter.
Et hop. Le discours du roi en vidéo avec un extrait tiré de « 1789 »**. Et ensuite je les ai laissé faire.

Plus vrais que nature

Je peux vous dire que je n’ai pas été déçue. Au bout de cinq minutes le Tiers-État réclamait le vote par tête. Au bout d’une heure l’Assemblée Nationale était créée. Je vous jure que je n’ai rien dit. Rien fait. Je les ai laissé faire. Discuter, s’engueuler (ils ont vachement bien joué leurs rôles), essayer de se convaincre. Certains nobles ont bien rejoint la salle du jeu de paume (la grand îlot du Tiers-État), et d’autre ont refusé catégoriquement de le faire. Comme en vrai.
Du coup, pour la séance suivante, j’ai continué le jeu. On a alterné des extraits vidéo et des moments de jeu. A la fin de la deuxième heure, des nobles et un archevêque avaient émigré (sur un autre îlot). Quelques un avaient été physiquement empêchés de le faire et étaient assis, alignés dans la prison, sous le tableau. Et on avait pris la Bastille, aboli les privilèges et rédigé la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen.

Du coup, on a continué plusieurs séances. Quand ils ne pouvaient pas inventer, on étudiait des documents (textes, iconographie, extraits vidéo) et on reprenait le jeu de rôle ensuite. Quand il a fallu arrêter le roi, j’ai joué Louis XVI. Et ils ont eu du mal à me poser la main dessus pour m’empêcher de rejoindre la table des émigrés. Parce que le prof, c’est comme le roi, un intouchable.

À la fin, on a vérifié sur un site si leur personnage avait survécu à la révolution en consultant la liste des guillotinés***…

Bref, j’ai adoré. Et visiblement eux aussi.

Bilan

Bon, mais se faire plaisir, c’est bien mais c’est quand même pas tout. Faut quand même apprendre des choses à l’école ! Quand j’ai fait l’évaluation sur ce chapitre, j’ai compris que j’avais gagné. Parce que tous, je dis bien tous, maîtrisaient parfaitement la chronologie des événements et pouvaient en expliquer les causes et les conséquences.
Et quand on a abordé les chapitres suivants, ils étaient tous capable d’avoir un avis sur les événements politiques et sociaux du XIXe siècle, en s’appuyant sur l’expérience de leur personnage révolutionnaire. Ils avaient aussi compris que les appartenances sociales ne suffisaient pas à expliquer les choses, et que les représentations nationales pouvaient parfois se faire déborder par la rue.

Alors, je me dis que j’ai, cette fois là, bien fait mon boulot de prof.

Sauf que….

Sauf que je ne sais pas si j’oserai refaire ça. Ce qui a si bien marché cette année, avec ces élèves là, ne fonctionnera sans doute pas de la même façon l’année prochaine. Ce sera peut être mieux, peut être moins bien. De toute façon, ce sera différent. Est ce que j’oserai encore me lancer dans cette aventure ?

* Base de données des députés français depuis 1789 – Base Sycomore
** 1789 : Les années lumière, un film de Robert Enrico.
*** Avez-vous eu un ancêtre guillotiné ?

 

 

 

 

 

 

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Mon plus beau manuel scolaire, c’est …

Dans un précédent billet, je m’interrogeais… non, en fait je ne m’interrogeais pas, je disais pourquoi, à mon avis, dans la plupart des cas, on ferait mieux de se passer des manuels scolaires.
Je comprends bien que ce genre de position puisse chagriner certains d’entre vous.
Pour me faire pardonner, je vais essayer de vous expliquer comment j’ai décidé depuis quelques années d’être abstinente, sur le plan des manuels scolaires tout au moins.

 

Mon manuel idéal…

La première des raisons, c’est que mon manuel idéal, il n’existe pas. En tous les cas pas dans ma matière*.
D’ailleurs, et afin de ne pas faire comme tous ceux qui parlent de ce qu’ils ne connaissent pas et dont je prends souvent plaisir à moquer les travers, la totalité de ce qui va suivre ne parlera que d’histoire, de géographie et d’éducation civique (tant que cela porte ce nom).

Mon manuel idéal d’abord, il serait gratuit. Comme tout ce que je produis pour mes élèves grâce à l’institution qui me nourrit, mon travail est déjà rémunéré**. La plupart des données que j’utilise sont disponibles légalement et gratuitement puisqu’elles émanent d’organismes officiels qui ont obligation de publication. Enfin la plupart des images que j’utilise sont libres de droit pour un usage non commercial, qu’il s’agisse de banques d’images prévue à cet effet ou bien de sites dont le visionnage gratuit est complètement légal.
Du coup, mon manuel idéal il serait dématérialisé mais imprimable si je le souhaite en partie, parce qu’il y aura toujours un Kévin ou une Jessica qui n’aura pas accès à un réseau numérique.
Et donc forcément, mon manuel idéal il serait réalisé dans un format totalement interopérable, disponible à tous, tout le temps et sur tout support.
Mon manuel idéal, il serait complètement modulable et transformable. Selon mes envies, mes besoins, et celui de chacun de mes élèves.
Mon manuel idéal, il serait partagé avec tous ceux que ça intéresse quel que soit le lieu où ils se trouvent. Mon manuel idéal ne connaitrait aucune frontière.

Mon manuel idéal, j’avais eu l’idée de le créer, il y a quelques années, au sein d’une association qui a depuis tellement changé d’objectif, que je préfère ne même pas en parler. De toute façon, vu que mon nom a disparu de tout ce que j’ai pu y construire d’intéressant, oublions cela.

Alors, quand je réfléchis bien, je me dis que mon manuel idéal il existe déjà. Il est là sous vos yeux.

… c’est vous

Vous êtes mon manuel idéal.

Ah oui, c’est vrai, mon manuel idéal il n’a pas l’esthétique d’un beau manuel scolaire tout neuf, avec une belle couverture qui brille et une belle charte graphique qui va bien et qui accorde une double page à chaque chapitre (et pas un mot de plus).

Mon manuel idéal est le fruit du travail de millions d’enseignants qui tous les jours enseignent et s’efforcent de le faire avec intelligence, bienveillance et respect de leurs élèves. Beaucoup d’entre eux partagent leurs réflexions, leurs essais, leurs erreurs. D’autres saisissent au bond ce qui leur plait, le transforment, l’adaptent, l’améliorent et remettent en jeu une nouvelle idée, une nouvelle pratique, un truc qui a fonctionné, un autre qui n’a pas du tout été concluant, pour que d’autres encore s’en saisissent… et en fasse ce que bon leur semble.

Internet et les réseaux sociaux sont de puissants vecteurs de connaissance parce qu’en plus on n’y croise pas que des profs. La théorie des 6 degrés de séparation de Frigyes Karinthy date de 1929. Aujourd’hui, elle se réduit à 4. Je suis donc à 4 degrés de séparation de toute information dont je peux avoir besoin pour construire mon cours. Grâce à vous.

Je ne fais pas partie des collègues qui sont nés à l’enseignement avec une souris à la main. Mais je ne me suis jamais sentie propriétaire de mes cours. C’est sans doute pour cela que j’ai plongé dans le bain d’Internet dès que cela a été possible. Parce que la vocation même du réseau mondial est le partage d’information. Le partage. Né dans les murs d’une université, où pouvait-il mieux s’épanouir que dans l’éducation ?

Et pourtant. Nulle part ailleurs que dans l’Éducation, Internet n’est à la fois aussi diabolisé (« télécharger est illégal » ai-je pu lire sur un diaporama officiel destiné aux élèves), aussi verrouillé (allez voir ce qu’en disent les collègues du Jura et ce qu’ils vivent avec leurs tablettes distribuées par le département) et aussi promu.

Notre Éducation Nationale a toujours fonctionné en réseau vertical. Internet est un réseau horizontal. Un lieu d’égalité. Pour le meilleur et pour le pire. Alors forcément ça inquiète. Tout ce qui ne serait pas validé institutionnellement n’aurait aucune valeur ? Cela reviendrait à dire que les enseignants, malgré leur expertise professionnelle et leurs concours seraient d’éternels mineurs pédagogiques, même pas capables de produire des ressources valables ? Ou de juger de la pertinence d’une ressource ?

Pour le meilleur. Je travaille sous le regard de mes pairs, de mes élèves, de leurs familles. Je donne librement ce que j’ai eu la chance de pouvoir recevoir. J’aime à me dire que quelques-unes des graines que j’ai pu semer ont leur part dans la luxuriance qui m’entoure. Et qui se retrouve dans les cahiers de mes élèves. Et dans leurs têtes aussi.

Pour le pire. Parce qu’il existera toujours des indélicats qui n’hésiteront pas à s’approprier le travail des autres et à en tirer gloire. Je les plains. Sans doute croient-ils encore que personne ne s’en rend compte. Ou qu’il est honteux de mutualiser son travail avec ses pairs. Je ne m’étonne guère que ceux-là n’imaginent même pas former leurs élèves au travail collaboratif.

Ça me rappelle une anecdote relatée par un IA-IPR aujourd’hui retraité mais qui avait déjà tout compris. Lors d’une inspection, il avait rencontré un collègue plongé dans le numérique jusqu’au cou qui lui avait fièrement présenté une animation réalisée pour ses élèves. Du fait main, du format Flash écrit en ligne de code. Des heures de boulot. De la belle ouvrage. Cet inspecteur nous avait fait part de son triste dilemme : il ne pouvait décidément pas dire à cet orfèvre que son long et fastidieux travail avait déjà été fait ailleurs par un autre et qu’il aurait pu d’un clic de souris s’éviter bien des soirées en tête à tête avec son clavier. Et de conclure : « La clé aujourd’hui, c’est de mutualiser ! »
C’était il y a dix ans.

——————

* On me souffle dans l’oreillette que celui de Sésamath pourrait figurer dans le haut du panier. Je n’ai pas les pré-requis pour juger, mais j’ai une totale confiance en ma source !
** Je préfère ne pas vous dire ce que je pense de ceux qui VENDENT leurs cours. Si, si, ça existe. Faites moi plaisir, ne les achetez pas !

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La grande affaire des manuels scolaires

Si tout se passe bien, l’année scolaire 2016-2017 devrait se faire sous le signe de la Réforme du collège. Cette réforme implique la rédaction de nouveaux programmes et d’une nouvelle organisation de l’enseignement obligatoire en cycles qui devraient faire le lien entre l’école élémentaire et le secondaire, liant CM1/CM2/6e dans une continuité logique des apprentissages. Je vous explique tout cela pour commencer parce que mes chers Keskelledit* qui me lisent ne sont peut-être pas au fait de ce qui met en ce moment le monde éducatif en ébullition, au point que certains se disent prêts à « entrer en guerre ». Oui, je sais, ce sont des propos un peu ridicules, mais bon, il y a des Pichrochole** partout, même dans la maison Éduc’ Nat’.

La Réforme du collège et ses conséquences.

Une des conséquences de cette révolution, que nous sommes nombreux à espérer vraiment copernicienne, sera qu’en 2016 les programmes de tous les niveaux seront bouleversés, dans toutes les matières.
Dans le primaire, les collègues ont une classe, parfois à deux ou trois niveaux. Dans le secondaire on a rarement moins de trois niveaux. Quand ce n’est pas quatre (en éducation musicale par exemple) ou sept quand on a la chance d’être remplaçant, voire plus.
Bref, on commence à s’inquiéter dans les salles de profs du fait qu’il va falloir TOUT refaire. Et que ça va pas se faire tout seul.

Heureusement, il y a les manuels scolaires !

Mais, me direz-vous, les enseignants n’ont-ils pas à leur disposition la bouée de sauvetage ultime : le manuel scolaire ? Oui, sauf que les éditeurs sont aussi en train de se faire du souci, parce que pour eux l’échéance va être encore plus courte. Il faudra que les manuels soient parus pour septembre 2016, avec l’intégralité des cours dedans. Normalement, nous devrions voir rapidement tomber dans nos boites mail des propositions de travail d’éditeurs en manque d’auteurs.

Autre pierre d’achoppement : l’achat de ces manuels (si tant est qu’ils soient disponibles en temps et en heure). Dix bouquins neufs par élèves, ça commence à chiffrer pour un établissement. Allez, si on est sympa, on prend un manuel pour deux dans chaque discipline. Pour un bahut de 500 gamins, et en comptant 20€ par bouquin (mini) ça fait au bas mot 50.000 €. Payés par l’État. C’est-à-dire par nos impôts.
Si ça peut vous rassurer, ça va redonner un peu de liquidités au monde de l’édition scolaire et parascolaire.
Et c’est là que j’arrive avec ma mauvaise tête et que je pose une vraie question : pourquoi acheter des manuels scolaires ?

Pourquoi acheter des manuels scolaires ?

Une très jolie enquête de 2001 (commandée par qui, je vous le donne en 1000 ? ***) nous apporte LA réponse en chiffres (et ce n’est pas à vous que je vais apprendre que les chiffres donnent un caractère d’exactitude à tout) :
« Avec des manuels, 70% des élèves réussissent mieux, 66% ont plus d’autonomie, et 78% des professeurs effectuent moins de photocopies. Pourquoi ? »
Dans l’analyse de cette enquête, le manuel scolaire a pour l’élève plusieurs visages : symbolique, pédagogique, éducatif et culturel. C’est la base du savoir.
Pour l’enseignant, il est un outil d’application des programmes, une base documentaire, un recueil d’exercices, un support de différenciation.
Pour les parents, il est une trace des leçons, un support de dialogue, un objet symbolique qui « donne une certaine légitimité aux connaissances acquises à l’école » « Il est, en particulier dans les familles à faible capital scolaire, le référent, l’attribut de l’école par excellence. Les parents « s’y retrouvent ». Une institution dans laquelle les enfants ont des livres est conforme à leur image de l’école. »
Bref, les manuels scolaires, c’est l’arme ultime contre le décrochage scolaire, le dérèglement climatique et le respect de l’institution républicaine. Pour la résolution de la faim dans le monde et contre la prolifération nucléaire, on n’en est pas encore certains mais on devrait finir par trouver un lien.

Pourquoi ne pas acheter de manuel scolaire ?

Tant qu’à être encore une fois taxée de terrorisme pédago(go)gique, je ne vais pas y aller par quatre chemins. En 2016 je ferai tout pour dissuader mon établissement de l’achat de ces manuels. Et pas seulement pour des raisons économiques, même si je sais que ce sera le seul véritable argument qui pèsera dans la balance. Vous voulez des arguments ? En voila 10. Il doit y en avoir des dizaines d’autres…

  1. Dans de nombreuses matières, un manuel est obsolète lors de sa publication. C’est particulièrement vrai en géographie, puisque les données utilisées, compte tenu des délais de parution, ont au moins 3 ans, voire plus.
  2. Le manuel pousse les enseignants à l’encyclopédisme. Puisque le manuel doit être utilisable par tous, il propose tout ce que les programmes prévoient, voire même un peu plus.
  3. Le manuel propose des exercices qui, s’ils permettent de différencier ne permettent pas d’individualiser l’enseignement.
  4. Les manuels proposent des documents en nombre limité, dont la pertinence ne tient pas toujours dans le temps.
  5. Les manuels dits « numériques » ou « augmentés » sont soumis au droit d’auteur classique et ne sont à disposition des élèves que le temps de l’abonnement de leur établissement.
  6. Les manuels, même « numériques » ou « augmentés » ne peuvent être modifiés par les enseignants pour les adapter à leurs pédagogies ou à leurs élèves.
  7. Les manuels, même « numériques » ou « augmentés » ne peuvent pas être réutilisés par les enseignants pour une publication numérique.
  8. Les manuels, à force de ménager la chèvre et le chou, sont restés dans un entre-deux intenable. Les résumés de cours sont trop denses et les questionnements trop simplistes. Trop simples pour les profs. Trop complexes pour les élèves.
  9. Les manuels ne font pas confiance aux enseignants. En leur proposant un cours « clé en main », guidé de A à Z (y compris dans le Livre du professeur), il leur laisse à penser qu’il s’agit des seules « bonnes pratiques » possibles et rendent encore plus difficile toute innovation.
  10. Les manuels oublient que l’enseignant n’est plus seul face à ses élèves, face aux savoirs, face aux pratiques pédagogiques. Il ne laisse aucune place à la collaboration, au partage, à la mutualisation des savoirs et des savoir-faire.

La solution ?
Ce sera pour le billet suivant (qui était celui que je pensais écrire en commençant celui là, mais on ne fait pas toujours ce qu’on veut ma bonne Lucette !).

PS : Je tiens à préciser que je ne mets pas dans le même sac les éditions LeLivreScolaire, dont les ouvrages, dans beaucoup d’aspects, se rapprochent de mon manuel idéal.

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* Et vous savez combien je vous aime !
** Pichrochole ? Kézaco ? Wikipédia est ton ami !
** La source est .

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