Archives de Catégorie: pédagogie

Vacances de prof

Ça m’apprendra à lire des livres de pédagogie pendant l’été. Me voila à nouveau lancée dans un truc. Comme je suis partageuse et que, en prime, vous allez pouvoir m’accompagner dans cette aventure, je vous en fait profiter. Enfin pour ceux qui ne sont pas en train de faire n’importe quoi à base de mers, de montagnes, de campagnes, de spritz* ou de n’importe quoi de ce genre là.
Je vous préviens c’est un billet un peu énervé. Énervé contre l’enseignante que j’ai pu être à mes débuts, énervée contre certains collègues qui n’ont rien compris à leur métier et qui empoisonnent l’existence des gens plus efficace qu’eux (ce qui représente finalement pas mal de monde).
J’espère donc que vous ne prendrez pas pour vous cet énervement. Sauf si vous êtes un troll parce que dans cette éventualité, vous pourrez bien évidement le prendre pour vous. Au centuple.

Fais tes devoirs !

L’aide au travail de l’élève est en train de devenir enfin un vrai sujet.
Bon doucement, c’est vrai.

On sait depuis longtemps que donner des devoirs aux élèves c’est un magnifique moyen de creuser les inégalités sociales. Entre Charlotte qui fait son devoir de maths avec son prof particulier et Jessica qui fait seule le même devoir de maths tout en donnant le biberon à son petit frère, vous avouerez qu’en terme d’inéquité on peut difficilement faire mieux. L’une aura 15 ou 16/20,  l’autre 8 ou 9/20 et vous savez déjà ce que je pense des notes et de la force destructrice du sentiment d’incompétence. Bref, je vous laisse imaginer les destins scolaires qui se dessinent.

Les gens qui n’ont rien compris (ou qui font semblant de ne pas comprendre) imaginent que la solution que je proposerais (moi et mes copains « pédagos ») c’est de ne pas donner de devoirs et donc de faire peser sur Charlotte et Jessica un autre menace : celle du célèbre nivô ki bésse.
Ne pas donner de devoirs c’est faire perdre à Charlotte ses « chances » d’excellence puisque je ne peux pas donner les même à Jessica. Et c’est une trahison de classe (je l’ai lu, ne riez pas !) puisqu’en faisant cela je dénie à Jessica toute chance d’intégrer Polytechnique ou Normale Sup’.

« Niveler par le bas » qu’ils appellent ça.
Ça n’a aucune réalité évidement. Il faudrait être particulièrement stupide pour imaginer faire un truc pareil. Mais quand je cherche cette expression dans mon moteur de recherche préféré, il m’annonce plus de 24.000 occurrences.
Ça me fatigue des fois, vous pouvez pas imaginer.

Ici et maintenant

Ce que je dis et que je répète maintenant depuis des lustres c’est que l’École n’a pas à externaliser la part la plus importante du travail de l’élève : son appropriation des savoirs et des compétences (qui ne sont, je le rappelle, que des savoirs en actions, mais là aussi on entend tellement d’âneries !).
Donc, l’apprentissage il doit se faire EN CLASSE. C’est quand même pas compliqué.

Si ?
Alors oui, je vous vois venir : « …gnagnagna …chronophage », « …gnagnagna …finir le programme », « …gnagnagna …inspection »
Gnagnagna vous-même !

Parce que vous pensez que les inspecteurs sont tous des imbéciles qui n’ont jamais vu un élève de leur vie ?
Parce que vous pensez vraiment que si vous « finissez le programme » sans que les élèves n’en ait retenu une miette ça vous dédouane ?
Parce que vous pensez qu’un savoir ça entre dans le crâne de quelqu’un en un clic ?
Oui, acquérir une connaissance ça prend du temps et on ne donne que rarement ce temps aux élève en classe.
C’est la part principale de leur « métier d’élève »  et vous leur demanderiez de faire ça chez eux ? Seuls ? Alors que c’est à ce moment là qu’ils auront le plus besoin de vous ?

Moi je veux que Charlotte ET Jessica elles apprennent, qu’elles comprennent, qu’elles intériorisent tout ce que je vais pouvoir leur apprendre.
Le programme. Et même plus que le programme. Parce que le programme c’est le SMIC. La base. Charlotte comme Jessica sont capable d’aller bien plus loin. Chacune à sa façon. Et c’est pour ça qu’on fait de la différenciation.

Apprendre c’est tout le temps

Bon, je vous ferai un billet sur le fonctionnement de la mémoire si vous voulez mais plus tard. Sachez juste que les neurosciences cognitives bousculent sérieusement la façon dont on a expliqué aux élèves comment apprendre. Bref pour faire court : dire aux élèves de prendre une semaine de révision en surlignant leurs cours, en lisant, relisant leurs leçons ou leurs fiches et en refaisant les exercices c’est juste les aider à se tirer une balle dans le pied.
Sauf si vous cherchez simplement à ce qu’ils soient capables de réussir un examen à la fin de la semaine. Alors là, oui, c’est efficace. Mais pour ce qui est d’utiliser ses connaissances et compétences pour être un citoyen éclairé, c’est mort.
Bref. Pour apprendre sur le long terme il faut faire l’effort de retrouver ce qu’on a appris. Et le faire de façon espacée. Souvent.
Pas de semaine de révision intensive pour ancrer les savoirs. Pas de fiches cartonnées.
Ça. Ne. Sert. À. Rien.

Les apprentissages doivent être des questionnements : qu’est ce que je sais ? Qu’est ce que je ne sais pas ? Et surtout ils ne doivent pas être massés.

J’ai donc cherché un truc pour que mes élèves apprennent, régulièrement, de façon espacée et que cela se fasse en classe.

Vous connaissez (sans doute sans le savoir) le principe des boites de Leitner. Il est utilisé dans de nombreuses applications d’apprentissage : moins on sait répondre à une question, plus il va falloir vous la poser souvent. Il y a d’excellents logiciels, en particulier en langues, qui fonctionnent sur ce principe.

Souvenirs, souvenirs

Il y a bientôt 15 ans de cela, j’avais la chance d’avoir une salle à moi, un conseil général (devenu départemental) qui soutenait les projets numériques et un chef au taquet. Entre autres outils, j’avais à ma disposition 28 PC portables à l’usage exclusif de mes élèves (parce que j’étais la seule enseignante à en voir vraiment l’utilité) et qui fonctionnaient parce que j’en assurais moi même la maintenance (comme celle du reste des équipement informatiques de l’établissement). Soit un PC par élève.
Ce temps là est révolu. Même si mon chef actuel est un homme charmant et très engagé, je n’ai plus de salle personnelle et je dois partager le matériel informatique. C’est pas grave, mais ça complique un peu les choses.

Donc, puisque le numérique me rend aujourd’hui les choses plus compliquées, je choisis de faire simple. Enfin, de me passer de ce qui me la complique. Dans le cas présent de me passer de matériel informatique.

J’ai donc décidé d’instaurer une routine de mémorisation en classe. Vous savez pendant ces quelques minutes du début d’heure pendant lesquelles vous devez en plus de faire l’appel, répondre à de nombreuses sollicitations (« Je peux aller à l’infirmerie ? » ; « j’ai oublié mon cahier ! » ; « Madame ! Kévin a pris ma place ! »….). Ces cinq ou dix minutes qui ne servent à rien. Je vais les utiliser à ça. Personne ne s’en apercevra.

Des élèves en binômes.
Trois boites*** : verte, orange/jaune, rouge.
Des cartes numérotées avec des questions dessus et une fiche pour garder en mémoire les numéro des cartes qui sont arrivées dans la boite verte.

Un mode d’emploi que voila.**

Depuis je fais des cartes avec des questions.
On les fait ensemble ?


* Comment as-tu su que je parlais de toi Philippe ?
** En plus vous allez me relire, me signaler les fautes de frappe et me servir de cobayes pour savoir si je suis claire !
[Edit] *** Un lecteur éclairé m’a fait l’excellente suggestion de remplacer les boites par une sorte de  tapis de jeu avec trois couleurs. Quelle bonne idée ! Merci !

 

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Classé dans Élèves, énervée, neurosciences, pédagogie

Quels sont vos critères ?

Aujourd’hui, je suis tombée par hasard sur des travaux d’élèves magnifiques. La collègue avait demandé à ses collégiens de 5e de réaliser chez eux la maquette d’une ville médiévale. Elle a posté sur un réseau social bien connu (qui commence par « face » et qui finit par « book ») des photos des productions de ses élèves, qui sont magnifiques (Les productions sont magnifiques, pas les photos. Enfin si les photos sont bien aussi, mais c’est pas la question. Bon vous allez pas commencer à chipoter sinon, on s’en sortira pas).*

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Ce travail pourrait donner lieu à de nombreux débats (sur le travail personnel de l’élève par exemple), mais ce qui m’a interpellée, c’est la question d’une autre collègue qui demandait : « Tu évalues ? Si oui, sur quels critères ?« .

Voila. Treize ans après la loi de 2005 sur les compétences, on en est encore là : est ce qu’il faut évaluer et si oui, sur quels critères ?

Soyons clairs, je ne critique absolument pas la collègue qui pose la question. Toute question sincère est légitime.
J’ai posté une réponse lapidaire (sur le réseau social bien connu qui commence par « face » et qui finit par « book ») que j’aimerais développer ici.

Faut-il évaluer ?

Faut-il évaluer ? La question qu’on devrait se poser d’abord est « qu’est ce que signifie évaluer quand on est un enseignant ». J’en ai déjà parlé ici il y a des années.**
Trop souvent, on confond évaluer et noter.
La note, classiquement, joue le rôle de « salaire de l’élève » (expression que j’ai souvent lue ou entendue) sans lequel il est censé être incapable de fournir le moindre effort. Plus le travail est réussi, plus le salaire est élevé.
Ce qui, en passant, trahit une certaine vision de la société : tu ne travailles que pour être payé (et le bénévolat ? c’est pas du travail ?) donc si ton travail plaît au chef et qu’il est conforme à la norme sociale en vigueur, tu seras riche mon fils. Dans le cas contraire, tu seras considéré comme étant en échec, au grand dam de tes parents et de tes enseignants qui auront quand même fait tout leur possible pour te sauver des griffes de l’oisiveté et de la paresse qui sont, comme chacun le sait les deux mamelles de tous les vices.
Mais je m’égare.

Enfin pas tant que ça puisque pour certains de mes honorables et honorés collègues, « évaluer par compétences » consiste à transformer un 05/20 en point rouge et un 16/20 en point vert. (Et à m’engueuler *** quand j’émets quelques doutes, mais c’est une autre histoire.)

Donc faut-il évaluer ? Oui. On doit évaluer le travail des élèves. Leurs productions. Quelles qu’elles soient. Ne pas évaluer ce qu’ils sont mais ce qu’ils font. Parce qu’évaluer, ça donne de la valeur, effectivement.

On s’étonne du fait que les élèves posent toujours la question avant de se lancer dans un travail : « C’est noté Madame ? » / « C’est évalué Monsieur ?  » Parce que dans la configuration classique, ce qui compte c’est la course finale. On s’entraîne pour le jour J.
On ne retiendra de Christophe Lemaître que son classement sur la ligne d’arrivée. Pas ses heures d’entraînement, ses échecs, ses moments de doutes, ses tentatives ratées, ses arrivées au pied du podium… Est-ce à dire que tout ce temps passé, tous ces efforts n’ont pas de valeur ? Est-ce que la seule chose qui compte c’est la photo avec la médaille et le bouquet de fleurs ?

Du coup, on a persuadé les élèves que si c’est pas noté, ça n’a pas de valeur. Donc, pas la peine de se fouler, « ça ne compte pas ». Et on s’étonne que les élèves rechignent à faire des brouillons, des essais, des tentatives originales ?  Sans blague ?

J’évalue mes élèves. Tout le temps, dès qu’ils produisent quelque chose. Un brouillon, une tentative maladroite, un essai manqué. C’est le point de départ, un point d’étape. Celui qui va me permettre de le conseiller pour qu’il trouve son chemin pour aller plus loin, plus haut, plus fort. Je ne les note jamais.

Alors oui,  il faut évaluer ces beaux travaux d’élèves sur la ville médiévale ! Bien sûr !

Si oui, sur quels critères ?

Je ne suis pas fan de Maria Montessori. La femme, ses relations avec le régime mussolinien me chiffonnent un peu (euphémisme). Et surtout la puissante récupération commerciale qui est actuellement faite de son travail pour vous vendre très cher des tas de choses qu’il serait tellement plus chouette de fabriquer vous même et pour vous vendre des formations hors de prix me chiffonne beaucoup. C’est ainsi que pour la modique somme de 285€ TTC **** vous avez le droit de devenir l’heureux propriétaire d’une « magnifique boite en hêtre », de 28 animaux en plastique et de quelques cartes en papier plastifiées. Oui c’est cher, mais ces merveilles vous permettront de faire de la géographie Montessori. Et ça, ça n’a pas de prix.

Au secours !

Par contre, s’il y a une chose que vous devez retenir de Montessori c’est que les activités s’évaluent par elles même. Si c’est fait c’est…. que l’enfant a réussi à le faire.
Si la série de 10 cubes (pour la modique somme de 77,90€) tient empilée, c’est qu’il sait empiler des cubes.
Alors vous pourrez vous amuser à faire toutes les grilles d’évaluations que vous voudrez,  mesurer le temps de réalisation et faire un classement qui vous permettra de savoir si Kévin est plus rapide ou plus lent que Manfred, compter le nombre de cubes empilés, le nombre de chutes de cubes, retirer des points pour les agressions avérées à coup de cubes sur la tête de son voisin… Vous râlerez à cause de « l’évaluation par compétence » qui vous oblige à fabriquer ce genre d’usine à case.***** Au final, comme vous êtes un professionnel consciencieux vous ferez votre grille d’évaluation dont vous serez très fier (et vous aurez raison, c’est sans doute une des choses les plus complexe à faire)… mais ce sera du temps perdu.
Elle tient cette pile de cubes ? Oui ? Bon alors, ça va,  la compétence « mpiler des cubes » est acquise. Si vous êtes d’un naturel inquiet, refaite faire la pile dans un ou deux mois, histoire d’être certain.
Oui, mais, me direz vous (car vous êtes un professionnel consciencieux et soucieux de bien faire), le nombre de cubes peut varier, la forme des choses à empiler peut changer, comment je sais que Jennifer saura toujours tout empiler ?
Je vais vous décevoir.
Vous ne le saurez pas. Vous ne le saurez jamais.
Sauf à proposer à Jennifer TOUS les empilements de choses possible.

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Alors, si vous voulez passer du temps à réfléchir à quelque chose de complexe, demandez vous quelles sortes d’empilements vous allez proposer. Et je vais même aller plus loin : c’est notre travail de savoir quelle difficulté d’exercice convient à chacun de nos élèves pour qu’il soit obligé de faire un effort pour le réussir. C’est toute la noblesse et la difficulté de notre métier.
Et ça, ça ne rentre pas dans une grille.

Conclusion

Alors, pour finir de répondre à la collègue qui se demandait « Tu évalues ? Si oui, sur quels critères ? » je dirais : bien sûr qu’on évalue !
La consigne était « Réaliser une maquette d’une ville au Moyen Âge avec au moins trois bâtiments. » Si c’est une maquette, qu’on y reconnaît une ville et qu’il y a au moins trois bâtiments, l’élève est bon pour la pastille verte (voire verte foncée si en plus il a fait preuve de créativité ).

Et quand vous me demanderez « Qu’est ce qu’on met comme compétence évaluée pour aller dans le bulletin ? », je vous dirai que c’est sans doute la seule bonne et véritable question qu’il faut se poser : qu’est ce qu’on cherchait à évaluer en demandant ce travail aux élèves ?

Et là …..


 

* Je ne peux pas vous donner le lien vers le post car il a été publié dans un groupe fermé.
** Je sais, je la ferai un jour cette p**** de table des matières…
** Je ne parle pas ici des collègues de mon établissement qui sont des amours, mais de certains énergumènes qui essaient de faire du bruit sur les internets.
*** Vous comprendrez que la décence m’interdit de vous donner ma source mais je vous jure que c’est vrai. Sinon ce serait moins croustillant !
**** Je crois qu’une bonne façon de se faire de l’argent serait de déposer l’expression « usine à case » à l’INPI. Vu le nombre de fois où je la croise (à l’écrit comme à l’oral, pour dénigrer tout et n’importe quoi) si je fais ça, mon prochain billet sera écrit au bord de ma piscine aux Bahamas.

PS : Je n’ai pas utilisé l’écriture inclusive pour ce texte mais ceux qui me connaissent savent que je l’utilise la plupart du temps. Pour ne pas alourdir la lecture, j’ai préféré ici me servir du masculin comme neutre dans de nombreux cas. En même temps, en écrivant ça, j’ai l’impression d’agiter un appeau à troll, mais tant pis 🙂

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Classé dans évaluation, Bavardage, pédagogie

Il suffit parfois de presque rien…

Aujourd’hui, j’ai fait faire aux élèves un truc super banal.
Enfin, banal quand on est prof d’histoire-géo, hein.
La plupart des gens normaux ne font pas ça d’habitude.
Je vous laisse juge…

 

Aujourd’hui, mes élèves ont fait de la géographie : ils ont classé des pays selon la taille de leur population, ils ont fait une carte pour localiser ces pays, ils ont répondu à des questions portant sur un texte et ils ont fait des schémas logiques en utilisant des mots-clé.
Vous trouvez ça sexy vous ? Non, vous avez raison. C’est pas sexy du tout !

Sauf que quand la sonnerie annonçant la récréation a sonné, aucun d’eux n’a bougé.
Enfin au début, je vous rassure, ce sont des élèves.
Pas des huitres.
Ils ont fini par partir.

Ils ont donc fait des exercices d’une banalité sans nom, mais ils ne s’en sont même pas rendu compte parce que je leur ai enveloppé le tout dans un paquet-cadeau auquel ils n’ont pas pu résister.

Je les ai obligé à se mettre en groupe de 4 que j’ai déterminé. Ça a grogné un peu parce que Manfred voulait pas être avec Jessica…
Je leur ai annoncé qu’ils allaient avoir un rôle à jouer dans leur groupe (ça a arrêté d’un coup les grognements). Le greffier noterait tout et c’est son cahier que je ramasserai pour évaluer le travail. L’émissaire pourrait aller chercher des infos et des documents dans les bouquins à disposition ou venir me demander de l’aide. Le gardien veillerait au respect du temps et du niveau sonore de son groupe. L’espion pourrait aller voir ce qui se tramait dans les autres groupes.
Je leur ai donné des petites fiches pour matérialiser leurs rôles et ils se les sont attribués.

Je leur ai ensuite déposé sur une table 5 paquets d’enveloppes (en fait des feuilles de brouillon agrafées) sur lesquelles était indiqué « Mission n°1 », « Mission n°2 »,  etc. et j’ai noté au tableau les liens entre les différentes missions : pour faire la mission n° 3 il faudra avoir fait la mission n°4 avant par exemple.

J’ai demandé aux émissaires de venir chercher la mission de leur choix.

J’ai lancé le chrono.

Et je les ai regardé travailler pendant une heure trente.

Ils ont tous réussi à faire tous les exercices.
Tous.
Même Kévin qui n’a jamais son cahier (sauf les jours impairs de pleine lune).
Même Jessica qui n’aime rien tant que de glousser avec ses copines pendant la plupart des cours.

En prime, j’ai levé pas mal de loups, d’incompréhensions….
Parce qu’il faut pouvoir prendre le temps de comprendre ce qui se passe dans leurs têtes au lieu de les voir comme « des gamins qui ne travaillent jamais, qui n’apprennent jamais une leçon et qui sont complètement incapables de comprendre ce que l’on attend d’eux, et dont on se contente d’attendre qu’ils sauvent les apparences, qu’ils fassent semblant d’agir en élèves. » (je n’ai rien inventé de ce qui est entre guillemets). Mais que ça demande de prendre du temps. De venir s’asseoir avec un groupe et de discuter avec eux pour écouter leurs mots, leurs raisonnements, les chemins détournés de leurs pensées.
Quand la totalité de la classe est au boulot, on peut prendre le temps de le faire.

En fait, ma séquence d’aujourd’hui mettait en œuvre quelque chose que Ryan et Deci ont défini comme les clés de la motivation. Pour qu’un élève soit motivé, il faut satisfaire trois besoins essentiels : son besoin d’autonomie, son besoin de compétence et son besoin de proximité sociale.
On a vraiment besoin d’aller voir du côté de la recherche !

Voila. C’était un chouette moment d’enseignement, et j’avais envie de le partager.

Ah, j’oubliais : comme d’habitude le travail n’était pas noté.

Bonne semaine !

——–

NB : Si une coquille s’était glissée malencontreusement dans ce texte, n’hésitez pas à me le faire remarquer gentiment ! Nobody’s perfect !

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Classé dans autonomie, Élèves, Géographie, jeu, pédagogie, récit, recherche

Lutter contre les inégalités dans la classe

Comme tous les enseignants, j’ai souvent l’impression d’avoir « la tête dans le guidon » et cette impression m’empêche trop souvent d’avoir un regard lucide sur ce que je fais réellement dans mes classes, et d’envisager sérieusement sur ce que je pourrais faire pour que ça marche mieux. Pourtant, des fois, ça vaut la peine de se poser.

Une des choses que nous ont appris les différents rapports publiés ces derniers mois c’est que notre École était une des plus inégalitaire au monde. Pas de quoi être fier. Surtout quand on a encore en tête le rapport sur la grande pauvreté de Jean-Paul Delahaye ou qu’au hasard d’une actualité on découvre que c’est au lycée professionnel qu’on rencontre le plus d’orphelins dans les classes…

Que faire quand un élève rencontre des difficultés ? Et d’ailleurs, peut-on faire quelque chose ? Est-ce qu’il échoue parce qu’il n’a pas les capacités ou bien y a-t-il une autre raison ? Est-ce que je dois changer quelque chose à mes pratiques ? Est-ce que ça servirait à quelque chose ?

En 2015, Marie- Christine Toczek-Capelle, professeur en sciences de l’éducation à l’université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand a présenté lors d’un colloque des résultats de recherche saisissants.

Il a été depuis longtemps prouvé que l’appartenance à certains groupes sociaux déterminait le destin scolaire des élèves. C’est ce que l’on appelle « le phénomène de menace du stéréotype » qui a été démontré en 1995 par deux chercheurs de l’université de Stanford, Claude Steele et Joshua Aronson. Mais le plus souvent dans nos classes, on n’imagine pas à quel point la représentation des élèves par rapport à cette appartenance avait des effets sur leurs performances scolaires.

Sachant que ce phénomène existe, ne pas en tenir compte dans notre métier serait au mieux dramatique, au pire…
Mais comment faire ?

Changer les choses ça semble souvent insurmontable. Comme tout changement, cela nécessite de sortir de sa « zone de confort » (qu’elle soit confortable ou pas d’ailleurs) et c’est parfois effrayant.

Pourtant il y a des moyens simples et efficaces d’améliorer les choses sans se mettre véritablement en danger. La recherche nous ouvre des chemins qu’on peut emprunter sans trop prendre de risques et dont les effets seront immédiatement visibles.

L’étude que Marie- Christine Toczek-Capelle présente (dans une vidéo en lien ci-dessous) porte sur les performances en sciences physique des filles. En effet, on constate que les jeunes filles réussissent généralement moins bien que les garçons dans les domaines scientifiques. Mais ne serait-ce pas un effet de la façon dont on évalue ?

Pour cette étude on a donné le même travail à effectuer à trois groupes d’élèves, mais on leur a présenté les choses différemment.
Au premier groupe, on annonce que la tâche ne sera pas évaluée.
Au deuxième groupe, on annonce que la tâche sera évaluée et que l’évaluation aura pour but d’évaluer les compétences acquises par rapport aux autres élèves.
Au troisième groupe, on annonce que l’évaluation aura pour but de vous aider dans vos apprentissages, de vous permettre de mieux mémoriser et mieux apprendre.

Et que croyez vous qu’il arriva ?

Dans le premier cas, les filles ont réussi bien mieux que les garçons.
Dans le deuxième cas, les garçons ont réussi bien mieux que les filles.
Dans le troisième cas, il n’y a pas eu de différence entre les résultats des filles et des garçons.

 

Et vous, vous évaluez comment ?

——-

Voir en ligne l’intervention de Marie- Christine Toczek-Capelle

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Classé dans évaluation, pédagogie, recherche

Maux d’hier…

Une fois n’est pas coutume, ce que vous allez lire n’est pas de moi. Il s’agit d’un courrier déniché dans un fonds d’archives par un correspondant qui a préféré conserver l’anonymat. Cette lettre est étonnante par son sujet et par l’écho qu’elle fait à notre époque et à un supposé désastre de l’école numérique. C’est à se demander si elle n’a pas servi de source à certains auteurs… Bonne lecture.

Paris, le 26 novembre 1887

Monsieur le ministre de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes

« La révolution du livre » est en train de fondre sur nos écoles. Par ce terme, j’entends aussi bien les usages des dictionnaires, encyclopédies, journaux, manuels scolaires (distribués aux élèves) que les cahiers de relevés de notes, les cahiers du jour et registres divers, ou bien encore les bibliothèques (accessibles aux élèves). On pourrait ajouter à cette liste les ouvrages que les élèves les plus fortunés apportent de chez eux.

Le président du conseil, monsieur Maurice Rouvier, a annoncé un « grand plan du livre pour l’école de la République » qui vise à lutter contre l’illettrisme de nos concitoyens et promet que d’ici 4 ans, tous les élèves auront un livre chez eux.

Avec tout le respect que je dois à votre fonction, monsieur le ministre, permettez-moi une hardiesse : cette idée est un désastre. Le terme peut sembler excessif, mais il est à la hauteur des dangers qui planent désormais sur notre République !

Un désastre, oui ! Car enfin, qu’est-ce qui motive notre gouvernement à prendre de telles mesures si ce n’est la volonté effrénée de proposer des choses nouvelles pour séduire le peuple ? Personne n’a pris la peine de réfléchir un instant aux conséquences de cette idée hasardeuse ! Quelle naïveté ! N’est-ce pas se rendre à la merci des éditeurs et des fabricants de bibliothèques ?

Comment imaginer que les livres puissent un jour résoudre toutes les plaies de notre instruction, voire de la société toute entière ! Non, monsieur, donner un livre à tous les enfants ne rendra pas la société plus juste, ni l’instruction plus efficace et ne redonnera pas la vue aux aveugles ! À quoi bon avoir laïcisé l’école, si c’est pour oublier la grande leçon des catholiques, qui défendent sagement la lecture de la Bible au croyant ?

Un désastre, vous dis-je ! Et sans doute encore pire que celui que nous sommes en mesure d’envisager aujourd’hui !

Aujourd’hui, l’usage des livres est certes un choix irrationnel, mais tout ce qui se pique de nouveauté doit en passer par là. Mais il reste dans le champ sacré et clos du foyer. Qu’ils sachent lire, et les enfants de France passeront leur soirée dans les bibliothèques et les cabinets de lectures, désertant le foyer domestique, détruisant la cellule familiale plus sûrement que l’alcool et la paresse.

Feint-on d’ignorer que l’imprimerie est née à Nuremberg que la presse est d’invention anglaise ? Que croit-on faire en confiant l’éveil de notre jeunesse à des créations étrangères, j’ose dire à nos ennemis de toujours ? Nos paysans, nos marins, nos artisans ont-ils besoin de livres ? Avaient-il besoin de lire, les corsaires de Surcouf, les fantassins de Valmy, les grognards de l’Empire, pour faire leur devoir ?

De surcroit, ces livres n’existent qu’au prix du saccage de nos belles forêts, dont les halliers sont sacrifiés sur l’autel des maisons d’édition ! Dégarnir ainsi le front bleu des Vosges de ses pins qui marquent aujourd’hui la plus blessée et la plus sacrée de nos frontières, c’est ajouter l’outrage à l’infamie ! S’il les faut sacrifier, ces forêts nationales, que ce soit pour faire des navires battant pavillons français, des crosses, des baguettes de tambours des fifres, des chevaux de frise !

Et puis avez-vous songé à la multiplication des voitures de poste, wagons, trains, locomotives qui seront nécessaires pour les transporter tous et donc aux risques accrus dans les transports ?

Compteriez-vous pour moins que rien la santé de notre belle jeunesse qui, mise au contact de ces livres, ne pourra échapper aux produits chimiques qui entrent dans sa fabrication ? Au papier chloré, aux émanations des encres ?  Et quand ils auront été lus et relus, manipulés par de jeunes mains inattentives et imprécautionneuses, maculés d’encre, qu’en fera-t-on ? A-t-on songé un seul instant aux montagnes de papiers sales et défraîchis dont il faudra se séparer ?

Je ne peux croire qu’il vous a échappé à quel point les livres isolent ceux qui en sont adeptes. Donner un livre à un enfant, c’est l’enfermer dans le repli sur lui-même, à l’écart de la communauté, de l’école et de la Nation. C’est l’encourager sur la pente qui lui fera bientôt lire des livres condamnés, ces Baudelaire, ces Flaubert, ces Goncourt, qui méprisent insidieusement la loi et qui le conduiront à suivre dans les journaux les misérables exploits des complots anarchistes !

Outre le fait que ce projet aurait pour les finances de l’État un coût exorbitant pour un effet désastreux, ce serait mettre directement dans la poche des éditeurs de livres et des artisans menuisiers le fruit du labeur de tout un pays.

Chercherait-on à détruire l’école de la République qu’on ne s’y prendrait pas autrement ! Que deviendrait le lien entre le maître et l’élève quand le livre viendrait à se placer entre eux ? Pourquoi s’évertuer à détruire ce lien puissant, fait de douceur et de fermeté, seul capable de transmettre à notre jeunesse l’amour des nobles vertus qui sont l’apanage de notre Nation ? Si la parole du maître est dans les livres, il n’est plus besoin de maîtres !

Cette lettre, monsieur le ministre est un appel ! Un appel à ne pas laisser entrer les livres dans nos écoles sans que le pays tout entier n’ait pu donner son avis sur ce projet insensé. Loin de participer à l’émancipation de notre pays, c’est à sa ruine qu’il travaille. Mais qui suis-je pour m’élever contre les soi-disant forces de progrès, ces auteurs, ces papetiers, ces vendeurs de livres qui chaque jour vous abreuvent de leurs conseils ? Je ne suis qu’un humble ingénieur parisien, un français patriote qui constate chaque jour les méfaits du livre et qui espère que sa contribution aura quelque écho auprès de votre ministère.

Je vous prie d’accepter, monsieur le Ministre, l’expression de mon plus profond respect.

 Charles – Philémond Trichou

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Classé dans Bavardage, Lectures, pédagogie, TIC

Élèves agités ? Méditez !

 

Écoutant ce matin sur France Culture une excellente émission intitulée « Sexe, hypnose, méditation: peut-on percer les mystères de la conscience ? », je me suis rappelé que j’avais une petite astuce pédagogique à vous proposer. Je vous préviens tout de suite, c’est pas un scoop, de nombreux collègues utilisent cette méthode. Je vous propose juste un témoignage.

Commençons par le commencement :

Le problème.

Le problème que j’ai (et que je crois, tous les enseignants ont) est de mobiliser l’attention d’un groupe de jeunes adolescents pour leur proposer une séance de cours efficace. C’est toujours une sorte d’exploit quand on y arrive. Et quand, cerise sur le gâteau, la séance de cours se déroule à des moments où leur horloge biologique n’est pas vraiment en phase avec les apprentissages, les choses peuvent tourner à la catastrophe.

Si je vous parle d’une classe de sixième qui se présente pour un cours de fin de journée, après deux heures d’EPS et une courte récréation, tous les collègues de collège voient très bien à quoi ça peut ressembler. Pour les autres, je vous raconte. Les élèves arrivent super-excités, chahutent dans le couloir, s’installent dans un brouhaha incroyable, sont agités, inattentifs ou alors fatigués et éteints. Il est rare que l’heure se passe sans que vous n’ayez à élever la voix et/ou à punir un bon tiers de la classe. Et puis, pour l’enseignant aussi c’est la fin de journée et la fatigue n’aide pas à la bonne gestion du groupe. Pour moi cette année, cette heure-là était la dernière d’une journée de sept heures de cours.
Bref. Soit je me résignais à perdre cette heure de cours entre énervement mutuel et sanctions, soit je cherchais une solution.

Une piste

Si vous me connaissez un peu, vous savez que je suis toujours preneuse de bonnes idées pour améliorer mon enseignement et après avoir longtemps hésité et lu beaucoup de choses*, j’ai utilisé ce qu’on appelle la « méditation de pleine conscience » avec ces élèves et j’ai vraiment été impressionnée par les résultats obtenus.

Au premier abord, rien que l’intitulé (« méditation de pleine conscience ») aurait tendance à me faire fuir en courant. Mais comme je suis pragmatique et que je voyais de plus en plus de gens évoquer l’utilisation et les bienfaits de l’utilisation de cette technique en classe, j’ai fini par me lancer dans cette affaire.

Je me suis procuré l’ouvrage d’Eline Snel, destiné aux jeunes enfants (5 à 12 ans), qui s’intitule « Calme et attentif comme une grenouille »**. Eline Snel est une psychothérapeute belge auteur de nombreux ouvrages qui permettent de pratiquer chez soi la méditation de pleine conscience, une méthode élaborée par Jon Kabat-Zinn***.

 

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J’ai commencé par faire moi même les exercices, pour les comprendre. Non seulement la mise en œuvre est très simple grâce au CD inclus dans le livre****, mais c’est chouette comme tout à faire. Je me sentais prête à essayer avec les élèves et pour la première fois de l’année, j’ai attendu avec impatience cette dernière séance du vendredi.

Tester

Tout a commencé comme d’habitude : chahuts, agitation, bavardages, bruit… J’ai annoncé aux élèves que la séance du jour allait commencer par quelque chose de spécial que j’avais envie d’essayer avec eux s’ils voulaient bien. La nouveauté les intrigue toujours, ils étaient prêts à essayer.

Nous avons fait trois exercices. Trois. Ça a duré exactement 10 minutes.
En 10 minutes, les élèves étaient transformés.
Je vous jure. J’en étais époustouflée moi même.
Pour cette première fois, 85 % des élèves ont fait les exercices avec un sérieux remarquable. Les 15 % autres ont eu plus de mal. Il y a eu quelques ricanements, quelques regards en coins entre copains…. Mais cela n’a pas gêné les autres. Malgré cela, en 10 minutes, j’avais devant moi des élèves calmes et attentifs, prêts à travailler. Et pour la première fois de l’année, on a vraiment travaillé, dans le calme pendant cette dernière heure de la semaine.

Du coup, j’avais hâte de recommencer : un comble, j’attendais avec encore plus d’impatience ce cours-là !

La semaine suivante, en arrivant en classe, les élèves m’ont demandé de refaire l’exercice. Et cette fois, presque tous les élèves ont « joué le jeu ». Le seul réfractaire n’arrivait pas à entrer dans les exercices mais il n’a pas gêné ses camarades.

Du coup, je me suis dit que je pouvais utiliser ces exercices à chaque fois que je sentais devant moi un groupe d’élève agité, déconcentré. Plutôt que d’élever la voix et de punir, méditer.

Et l’effet était toujours le même, quelque soit le niveau de classe : 6e, 5e, 4e…
Et plus on faisait les exercices, plus leur efficacité augmentait.

Plusieurs élèves sont venu me demander de leur prêter le livre pour faire des exercices à la maison.

Le gros avantage de cette technique, c’est qu’une fois qu’on connaît les exercices, on peut les refaire quand on veut. Quand un élève est trop déconcentré/énervé pour travailler, je lui propose de prendre quelques minutes et de refaire l’exercice de son choix tout en restant à sa place. Souvent je n’ai même pas besoin de l’aider à le faire, il y arrive très bien tout seul et les autres comprennent et respectent son « absence » temporaire. Que d’énergie économisée !

Ce qu’on a à perdre

Vous allez me dire : « Mais si on est obligé de « perdre » dix minutes à chaque début de cours, on n’aura jamais fini le programme ! »

Effectivement. On « perd » quelques minutes de cours. Mais faites la comparaison avec le temps que vous allez « perdre » en engueulades, mots sur le carnet de correspondance, punition à donner et à vérifier, déplacements d’élèves bavards….
Alors, oui, je veux bien échanger un cours de 55 minutes qui ressemble à un combat de boxe contre un cours de 45 minutes réellement efficace qui me permet ensuite de ne plus perdre de temps.

Je sais qu’en cet été de pré-réforme, nous avons tous beaucoup de travail et beaucoup de choses à préparer, mais cette technique ne demande pas réellement de temps de préparation et le rapport investissement/résultat est incroyablement positif.

Essayez, vous me direz !

 

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* Merci à Jeanne Siaud-Faccin que je suis depuis longtemps sur Facebook et qui a été la première à me mettre la puce à l’oreille à ce sujet.

** À voir sur le site de l’éditeur.

*** La page Wikipédia consacrée à Jon Kabat-Zinn.

*** Vous en trouverez un extrait en ligne à cette adresse.

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Classé dans pédagogie, récit

Débrouillez vous !

Je demande souvent aux élèves de lire des textes. D’abord parce que ça vient compléter tout le super boulot que font certains de mes collègues pour améliorer les compétences de lecture des élèves et puis tout simplement parce que c’est une bonne partie des supports de l’histoire et de la géographie.

J’aime bien donner les « vrais » textes. Pas ceux qu’on trouve dans les manuels et qui sont déjà édulcorés. Pourquoi un élève, même un élève de 6e ou de 5e, n’aurait-il pas droit à la lecture de documents authentiques ? Sauf que forcément, la lecture d’un document authentique c’est souvent un peu plus compliqué, tant sur le plan de la syntaxe que du vocabulaire.

Antiquité

La solution que j’utilisais jusqu’à présent ne fonctionnait pas vraiment bien. Je faisais la liste des termes qui me semblaient compliqués à comprendre et je faisait une liste de définitions en dessous du document.
Mais bon, les élèves ils ont tendance à lire les choses dans l’ordre. Et lire un texte en même temps qu’on doit aller chercher plus bas la définition pour comprendre ce qu’on lit, c’est le meilleur moyen pour mettre quelqu’un dans le pétrin, sauf quand on a à faire à un très bon lecteur.

Moyen Âge

La première amélioration, ça a été de mettre les mots de vocabulaire avant le texte. Ça fonctionnait mieux pour pas mal d’élèves. Mais j’en retrouvais toujours quelques uns, coincés parfois même dès la lecture des définitions, qui finissaient pas m’avouer « Madame, je comprends rien. » Parfois accompagné d’un « de toute façon j’y comprends jamais rien » / « Je suis nul » qui accompagne souvent le sentiment d’incompétence acquise, un des pires boulets contre lequel un enseignant ait à se battre.
Quand un élève vous dit « je ne comprends rien », c’est pas vrai, hein. Il comprend des trucs.
Mais il y a quelque chose dans ce qu’il a lu qui lui pose un tel problème qu’il ne voit plus le reste. À côté de ça, l’arbre qui masque la forêt c’est du nanan.

Époque moderne

J’ai appris (je ne sais plus où ni par qui, mais je lui dois une reconnaissance éternelle) qu’il ne faut jamais répondre dans ce cas « Qu’est ce que tu ne comprends pas ? », parce que la réponse sera invariablement « Tout ». Alors que si vous posez la question autrement : « Qu’est ce que tu comprends ? », non seulement vous permettez à l’élève de prendre confiance en lui (il n’est pas si « nul » que ça puisqu’il a compris des choses), mais en plus, vous pouvez facilement cerner ce qui pose réellement problème.Et le lui expliquer.
C’est fou comme ça change tout.

Sauf que.
Sauf que, ça ne suffit toujours pas.

Parce que si Kévin a compris tous les mots, a tout lu, et peut faire ce qu’on lui demande de faire à partir du texte, je me retrouve avec Jessica, Manfred et une bonne flopée d’autres qui vont perdre (et me faire perdre) un temps fou à comprendre ce qui les empêche de lire ce texte. Et dans 90 % du temps ce sera à cause de mots dont je n’aurai jamais imaginé qu’ils puissent leur poser problème : un verbe un peu rare conjugué, un mot qu’ils n’ont jamais croisé, etc.

Époque contemporaine

Si je vous raconte tout ça c’est parce que depuis quelques semaines, j’ai trouvé un truc qui fonctionne du feu de dieu. Enfin quand je dis « j’ai trouvé », je suis certaine que plein de gens parmi vous le font déjà. Encore une fois je me retrouve bien en peine de pouvoir dire grâce à qui j’en suis arrivée là. Même si je pense qu’un certain prof de maths du calaisis n’y est pas étranger…

Depuis quelques semaines, quand je leur donne un texte à lire, je ne leur donne pas de vocabulaire. Et je ne vais pas leur expliquer les mots. Et ils arrivent tous à lire les textes. Tout seuls.
Enfin, je veux dire, sans moi (ou presque).

Depuis quelques semaines, quand ils ne comprennent pas un mot, ils se lèvent (Horreur ! Malheur !) et vont l’écrire au tableau. Et d’autres vont écrire la définition du mot, soit parce qu’ils la connaissent, soit parce qu’ils ont été la chercher dans un des dictionnaires mis à leur disposition. Bon, je surveille du coin de l’œil si les définitions sont correctes. Et parfois il m’arrive de venir écrire une définition quand un mot reste orphelin trop longtemps.

En essayant ça la première fois, je me suis dit que je prenais le risque que les gamins en difficulté aient un peu les boules de venir écrire au tableau pour demander une définition et que les élèves « à l’aise » viendrait « se la péter » au tableau. Sauf que ça ne s’est pas passé comme ça. Tous les élèves, sans distinction, passent au tableau pour demander ou pour aider. Parce qu’il y a toujours au moins un mot qui leur pose problème et parce qu’ils sont tous compétents.
Et moi j’ai tout mon temps pour les aider dans le vrai boulot, celui de l’étude d’un texte historique ou géographique.

Encore une preuve que le principe didactique « faire faire aux élèves ce qu’on pourrait faire soi-même » est une sacré martingale pédagogique !

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Classé dans autonomie, pédagogie