Archives de Catégorie: Lectures

Maux d’hier…

Une fois n’est pas coutume, ce que vous allez lire n’est pas de moi. Il s’agit d’un courrier déniché dans un fonds d’archives par un correspondant qui a préféré conserver l’anonymat. Cette lettre est étonnante par son sujet et par l’écho qu’elle fait à notre époque et à un supposé désastre de l’école numérique. C’est à se demander si elle n’a pas servi de source à certains auteurs… Bonne lecture.

Paris, le 26 novembre 1887

Monsieur le ministre de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes

« La révolution du livre » est en train de fondre sur nos écoles. Par ce terme, j’entends aussi bien les usages des dictionnaires, encyclopédies, journaux, manuels scolaires (distribués aux élèves) que les cahiers de relevés de notes, les cahiers du jour et registres divers, ou bien encore les bibliothèques (accessibles aux élèves). On pourrait ajouter à cette liste les ouvrages que les élèves les plus fortunés apportent de chez eux.

Le président du conseil, monsieur Maurice Rouvier, a annoncé un « grand plan du livre pour l’école de la République » qui vise à lutter contre l’illettrisme de nos concitoyens et promet que d’ici 4 ans, tous les élèves auront un livre chez eux.

Avec tout le respect que je dois à votre fonction, monsieur le ministre, permettez-moi une hardiesse : cette idée est un désastre. Le terme peut sembler excessif, mais il est à la hauteur des dangers qui planent désormais sur notre République !

Un désastre, oui ! Car enfin, qu’est-ce qui motive notre gouvernement à prendre de telles mesures si ce n’est la volonté effrénée de proposer des choses nouvelles pour séduire le peuple ? Personne n’a pris la peine de réfléchir un instant aux conséquences de cette idée hasardeuse ! Quelle naïveté ! N’est-ce pas se rendre à la merci des éditeurs et des fabricants de bibliothèques ?

Comment imaginer que les livres puissent un jour résoudre toutes les plaies de notre instruction, voire de la société toute entière ! Non, monsieur, donner un livre à tous les enfants ne rendra pas la société plus juste, ni l’instruction plus efficace et ne redonnera pas la vue aux aveugles ! À quoi bon avoir laïcisé l’école, si c’est pour oublier la grande leçon des catholiques, qui défendent sagement la lecture de la Bible au croyant ?

Un désastre, vous dis-je ! Et sans doute encore pire que celui que nous sommes en mesure d’envisager aujourd’hui !

Aujourd’hui, l’usage des livres est certes un choix irrationnel, mais tout ce qui se pique de nouveauté doit en passer par là. Mais il reste dans le champ sacré et clos du foyer. Qu’ils sachent lire, et les enfants de France passeront leur soirée dans les bibliothèques et les cabinets de lectures, désertant le foyer domestique, détruisant la cellule familiale plus sûrement que l’alcool et la paresse.

Feint-on d’ignorer que l’imprimerie est née à Nuremberg que la presse est d’invention anglaise ? Que croit-on faire en confiant l’éveil de notre jeunesse à des créations étrangères, j’ose dire à nos ennemis de toujours ? Nos paysans, nos marins, nos artisans ont-ils besoin de livres ? Avaient-il besoin de lire, les corsaires de Surcouf, les fantassins de Valmy, les grognards de l’Empire, pour faire leur devoir ?

De surcroit, ces livres n’existent qu’au prix du saccage de nos belles forêts, dont les halliers sont sacrifiés sur l’autel des maisons d’édition ! Dégarnir ainsi le front bleu des Vosges de ses pins qui marquent aujourd’hui la plus blessée et la plus sacrée de nos frontières, c’est ajouter l’outrage à l’infamie ! S’il les faut sacrifier, ces forêts nationales, que ce soit pour faire des navires battant pavillons français, des crosses, des baguettes de tambours des fifres, des chevaux de frise !

Et puis avez-vous songé à la multiplication des voitures de poste, wagons, trains, locomotives qui seront nécessaires pour les transporter tous et donc aux risques accrus dans les transports ?

Compteriez-vous pour moins que rien la santé de notre belle jeunesse qui, mise au contact de ces livres, ne pourra échapper aux produits chimiques qui entrent dans sa fabrication ? Au papier chloré, aux émanations des encres ?  Et quand ils auront été lus et relus, manipulés par de jeunes mains inattentives et imprécautionneuses, maculés d’encre, qu’en fera-t-on ? A-t-on songé un seul instant aux montagnes de papiers sales et défraîchis dont il faudra se séparer ?

Je ne peux croire qu’il vous a échappé à quel point les livres isolent ceux qui en sont adeptes. Donner un livre à un enfant, c’est l’enfermer dans le repli sur lui-même, à l’écart de la communauté, de l’école et de la Nation. C’est l’encourager sur la pente qui lui fera bientôt lire des livres condamnés, ces Baudelaire, ces Flaubert, ces Goncourt, qui méprisent insidieusement la loi et qui le conduiront à suivre dans les journaux les misérables exploits des complots anarchistes !

Outre le fait que ce projet aurait pour les finances de l’État un coût exorbitant pour un effet désastreux, ce serait mettre directement dans la poche des éditeurs de livres et des artisans menuisiers le fruit du labeur de tout un pays.

Chercherait-on à détruire l’école de la République qu’on ne s’y prendrait pas autrement ! Que deviendrait le lien entre le maître et l’élève quand le livre viendrait à se placer entre eux ? Pourquoi s’évertuer à détruire ce lien puissant, fait de douceur et de fermeté, seul capable de transmettre à notre jeunesse l’amour des nobles vertus qui sont l’apanage de notre Nation ? Si la parole du maître est dans les livres, il n’est plus besoin de maîtres !

Cette lettre, monsieur le ministre est un appel ! Un appel à ne pas laisser entrer les livres dans nos écoles sans que le pays tout entier n’ait pu donner son avis sur ce projet insensé. Loin de participer à l’émancipation de notre pays, c’est à sa ruine qu’il travaille. Mais qui suis-je pour m’élever contre les soi-disant forces de progrès, ces auteurs, ces papetiers, ces vendeurs de livres qui chaque jour vous abreuvent de leurs conseils ? Je ne suis qu’un humble ingénieur parisien, un français patriote qui constate chaque jour les méfaits du livre et qui espère que sa contribution aura quelque écho auprès de votre ministère.

Je vous prie d’accepter, monsieur le Ministre, l’expression de mon plus profond respect.

 Charles – Philémond Trichou

Publicités

3 Commentaires

Classé dans Bavardage, Lectures, pédagogie, TIC

Merci Monsieur Terry Pratchett

Sir Terry Pratchett nous a quitté cette semaine. Vous lirez peut être dans la presse des articles évoquant son immense œuvre littéraire, son humour, son combat contre la maladie et son ardeur à défendre le droit de mourir dans la dignité.  Son humanité, il l’a si bien racontée dans ses livres. Il a donné vie à tant de personnages incroyables. Samuel Vimaire et sa droiture inexorable, Mémé Ciredutemps et sa bienveillance acariâtre…
Pour lui rendre hommage, je n’ai rien trouvé de mieux que de vous proposer la lecture d’un extrait de « A hat full of sky », paru en France aux éditions de L’Atalante, grâce au fantastique travail de traduction de Patrick Couton, sous le titre « Un chapeau de ciel ». Je crois que c’est ce livre là que j’emmènerais sur une île déserte. Avec tous ses autres livres bien-sûr !

Un chapeau de ciel

J’espère qu’aucun des ayants droits de cet ouvrage ne considéreront qu’il s’agit d’une violation de leurs droits. Il va de soi que si c’était le cas, je retirerais immédiatement ce billet avec mes plus plates excuses. Il s’agit juste de vous aider à comprendre pourquoi nous sommes si nombreux à travers le monde à nous sentir un peu orphelins aujourd’hui et de vous donner envie de lire ou de relire ses ouvrages.

Tiphaine Patraque, née dans les montagnes du Bélier, est une très jeune sorcière. Elle est la cible d’un rucheur (« un rucheur, c’est comme un babar-l’hermite, ça emménage en vous… et on ne peut pas le tuer. ») Maîtresse Ciretutemps, la sorcière la plus puissante du Disque-Monde l’a envoyée faire son apprentissage chez  Mademoiselle Niveau, une sorcière un peu bizarre et peu estimée par la profession. Mais vient le jour ou il va falloir affronter le rucheur et Tiphaine s’étonne d’avoir été envoyée chez une si piètre sorcière pour s’y préparer…
– Pour quoi Miss Tique et vous m’avez envoyée chez elle alors ?
– Parce qu’elle aime tout le monde, répondit la sorcière qui marchait devant elle à grandes enjambées. Elle se soucie des gens. Même de ceux qui bavent, des imbéciles bornés, des mères sans rien dans la tête avec leurs gamins au nez qui coule, des incapables, des crétins et les idiots qui la traitent comme une espèce de bonniche. Voilà ce que moi j’appelle de la magie : voir tout ça supporter tout ça et continuer quand même. Rester toute la nuit assise au chevet d’un pauvre vieux qui n’en a plus pour longtemps, soulager au mieux sa douleur, lui faire oublier ses terreurs, l’accompagner à bon port… puis le laver, faire sa toilette mortuaire, qu’il soit présentable pour les obsèques, ensuite aider la veuve en larmes à défaire le lit et laver les draps – et il faut avoir le cœur bien accroché, c’est moi qui te l’ dit – puis rester debout la nuit suivante pour veiller sur le cercueil avant la cérémonie, puis rentrer chez soi et s’asseoir cinq minutes jusqu’à ce qu’un braillard en colère vienne cogner à la porte parce que sa femme a du mal à mettre au monde leur premier enfant et que la sage-femme sait plus quoi faire, et alors se lever, aller chercher le sac d’accessoire et sortir une fois de plus… On fait toutes ça, chacune à sa façon et elle le fait mieux qu’moi je l’avoue franchement. Ça c’est la raison, le cœur, l’âme et le noyau de la sorcellerie, voilà ! L’âme et le noyau ! » Maîtresse Ciredutemps se donna un coup de poing dans la paume et martela les mots : « L’âme… et le… noyau ! »
Des échos revinrent des arbres dans le silence soudain. Même les sauterelles en bordure du sentier avaient cessé striduler.
« Et madame Persoreille, reprit maîtresse Ciredutemps dont la voix baissa au niveau du grognement, madame Persoreille raconte à ses filles que c’est une question d’équilibre cosmique, d’étoiles, de cercles, de couleurs, de baguettes et… et de jouets, rien d’plus ! » Elle renifla. « Oh, tout ça, c’est sans doute très bien pour la décoration, des machins jolis à regarder pendant qu’on travaille, des machins pour l’épate, mais le commencement et la fin de la sorcellerie, parfaitement, le commencement et la fin c’est d’aider les gens quand la vie est en jeu. Même ceux qu’on aime pas. Les étoiles c’est facile ; les gens c’est plus dur. »
Elle s’interrompit. Plusieurs secondes s’écoulèrent avant que les oiseaux ne se remettre à chanter.
« Bref c’est ce que je pense », ajouta-t-elle du ton de celle qui se demande si elle n’est pas allé un peu trop loin dans les confidences.
Comme Tiphaine ne disait rien, elle se retourna et vit qu’elle s’était immobilisée sur le sentier, l’air d’une poule toute mouillée.
« Ça va petite ? demanda-t-elle.
– C’était moi ! gémit Tiphaine. Le rucheur c’était moi. Il ne pensait pas avec mon cerveau, il se servait de mes pensées ! Il se servait de ce qu’il trouvait dans ma tête ! Toutes ces insultes, toute cette… » Sa gorge se serra. « Cette… méchanceté. Tout ça c’était moi avec…
– Sans la petite part de toi bien sous clé, la coupa sèchement maîtresse Ciredutemps. L’oublie pas.
– Oui mais si… reprit Tiphaine qui tenait à déballer tous ses malheurs.
– La petite part sous clé, c’était la plus importante. Apprendre à ne pas faire les choses, c’est aussi dur qu’apprendre à les faire. Plus dur peut-être. Y aurait drôlement plus de grenouilles dans le monde si je savais pas comment éviter de transformer les gens. Et de gros ballons roses aussi.
– Non, pas ça, fit Tiphaine en frissonnant.
– Voila pourquoi on passe tant de temps à courir les chemins, soigner le monde et tout, dit maîtresse Ciredutemps. Enfin, aussi parce que les gens se sentent un peu mieux évidement. Mais ça te ramène à ton noyau, comme ça tu flageoles pas. C’est comme une ancre. Ça te maintient humaine, ça t’empêche de radoter. Tout comme ta mémé avec ses moutons qui, de mon point de vue sont aussi bêtes, entêtés et ingrats que les humains. Tu crois avoir vu ce que tu es et découvert que tu es mauvaise ? Hah ! J’en ai vu, moi, de la mauvaiseté, et t’en es loin. Maintenant, est ce que tu vas arrêter de pleurnicher ?
– Quoi ? Fit sèchement Tiphaine.
Maîtresse Ciredutemps éclata de rire, ce qui met soudain Tiphaine en rage.
«  Oui, t’es une sorcière jusqu’au bout de tes souliers, reprit la vieille sorcière. T’es triste et par derrière, tu t’observes dans ta tristesse et tu te répètes : Que j’suis malheureuse. En plus de ça t’es en colère après moi parce que j’te dis pas :« Là, là, ma pauvre chérie. » Alors je vais m’adresser à ton troisième degré parce que je veux des nouvelles de la gamine qu’est allée se battre contre une reine des fées armée d’une poêle à frire, pas de l’enfant qui s’apitoie sur son sort et se vautre dans la tristesse !
– Quoi ? Je ne me vautre pas dans la tristesse ! Se récria Tiphaine en se rapprochant de la vieille sorcière à grands pas, jusqu’à se retrouver nez à nez avec elle. Et c’était quoi cette histoire d’être gentille avec les gens ?
(…)
Tiphaine restait sans voix. La vague d’indignation en elle était si ardente qu’elle lui brûlait les oreilles. Mais maîtresse Ciredutemps souriait. Les deux situations ne cadraient pas l’une avec l’autre.
Sa première pensée fut : je viens d’avoir une prise de bec avec maîtresse Ciredutemps ! À ce qu’on dit, si on la coupait en deux, elle ne saignerait pas à moins qu’elle le veuille. À ce qu’on dit, quand les vampires l’ont mordue, ils ont tous été pris d’une irrésistible envie de thé et de biscuits. Elle peut tout faire, se trouver partout ! Et je l’ai traitée de vieille femme !
Son deuxième degré fit observer : Ben quoi, c’est vrai.
Son troisième degré ajouta : Oui, c’est maîtresse Ciredutemps. Et elle entretient ta colère. Quand on est empli de colère, il ne reste plus de place pour la peur.
« Garde cette colère, dit maîtresse Ciredutemps comme si elle lisait dans ses pensées. Conserve-la dans ton cœur. Rappelle-toi d’où elle vient, rappelle-toi à quoi elle ressemble, mets-la de côté jusqu’à ce que tu en aies besoin. Mais tu sais que le loup et là quelque part et que tu dois veiller sur le troupeau. »

Poster un commentaire

Classé dans Lectures

Bien préparer sa rentrée

Vous avez remarqué ? Ça sent la rentrée. Les copains bossent sur les réseaux sociaux (préparer des cours ensemble c’est mieux), je fais des confitures, je range mon bureau et je commence à me demander où j’ai bien pu mettre mon cartable (signe infaillible). Inévitablement, les médias nous tartinent de la crème de marronnier sur le sujet. Tous les ans c’est affligeant, mais là, je vous ai déniché une pépite ! Vous me connaissez maintenant, je ne suis pas la dernière à partager un bon article quand j’en vois un. Aujourd’hui, je voudrais non-partager un article* qui m’a tellement… effondrée, qu’il m’a redonné envie d’écrire.

L’angoisse du prof le veille de la rentrée

Savez vous quelle est LA question qui angoisse le prof la veille de la rentrée ? « Est-ce que je vais avoir la 5eB ? », « C’est quand les vacances de la Toussaint ? », « Est-ce que Kévin va réussir à avoir son brevet ? » , »Est-ce que les conseils de classe auront encore lieu le vendredi soir ? », « Qu’est-ce qu’on va boire à l’apéro ? », « Est ce que mes cours sont prêts ? », « Où est-ce que j’ai mis mon cartable ?

Ha ! Ha !
Je vous aime bien mais vous racontez n’importe quoi !

D’après cet article**, THE question est : « Qu’est ce que je vais me mettre ? »

On s’occupe de tout

Mais heureusement, on pense pour vous et ce formidable article*** vous explique tout.
Et on vous prend même pour un(e) con(nne).
Pour l’auteur de ce brillant article****, les enseignants sont forcément des gens qui, après avoir effectué cinq années d’études supérieures et obtenu un concours de la fonction publique, sont encore foutus de sortir de chez eux avec leur string autour du cou.
Pour pondre son truc il est allé chercher une spécialiste du « Dress code », une « consultante en image« (sic) dont l’entreprise***** cultive l’art de l’élégance (une sorte de Madame de Rothschild, mais pour les executive people) et une blogueuse****** pour qui le monde de l’entreprise est le grand Satan qui noyaute l’éducation avec l’évaluation par compétences.

Et enlevez ce string ! Le rouge ne vous va pas du tout.

20 ans de #fail

Cette année, je pense que je ne vais pas faire ma rentrée tellement je vais être has-been. Quand je pense que ça fait plus de 20 ans que j’enseigne sans savoir que « Les ensei­gnants, comme toutes les pro­fes­sions, ont un code ves­ti­men­taire qui leur est propre. » La honte !
Cependant deux lignes plus loin on vous explique que si vous avez regardé « P.R.O.F.S. » avec Fabrice Luchini, « Esprit rebelles » avec Michelle Pfeiffer ou « La Journée de la jupe« avec Isabelle Adjani, vous aurez compris qu’il n’en est rien.

Et là je reste comme une gourde, avec l’allumette que j’allais utiliser pour flanquer le feu à la totalité de ma garde-robe.
Code ou pas code ?

J’apprends ainsi (et je me brûle avec l’allumette) qu’on reconnaît un prof à ce qu’il fait preuve d’une « certaine décontraction » vestimentaire (avec ça on est bien avancé) et que cette décontraction dépend des matières enseignées et de l’âge de son public. Bref du « casual« , mais avec cette petite touche de personnalisation qui permet à coup sûr de distinguer l’enseignant(e) de petite section de maternelle (le vomi sur la manche ?) et le prof de maçonnerie (la truelle négligemment glissée dans la poche arrière ?) du boucher-charcutier-volailler.

À ce moment-là, j’allume une deuxième allumette.

Pour les hommes on constate dans la foulée la rareté du nœud papillon (même pas pour les profs de philo ?) et la totale disparition du pantalon en velours qui, de toute façon seraient trop naze (c’est bien noté Nico… ?). Et c’est là que j’apprends que les profs de sport sont en tenue de sport, que les profs d’atelier ont des blouses, que les profs de sciences humaines ont plus souvent un « look baroque » à cause de leurs disciplines bien-aimées, et que les profs de sciences évitent de porter des talons hauts parce qu’eux, ils circulent beaucoup entre les tables******* . Quelle pertinence dans la vision !

La deuxième allumette me tombe des doigts et j’envisage sérieusement de me pendre au porte-manteau.

Enfin, exit les décolletés, les jupes au-dessus du genou, … vous allez exciter les gosses. Certains se rappelleront avec nostalgie de leurs émois adolescents à la vue de l’échancrure d’un chemisier ? C’est juste parce que la prof’ avait mal travaillé son look et le proviseur aurait dû lui en faire la remarque.

Le reste est de la même farine. Je vous l’épargne.

Le culte de l’image

« Le plus impor­tant c’est d’être accepté par ses col­lègues, de par­ve­nir à se fondre dans le moule. Tenter l’excentricité c’est ris­quer le rejet. »

Voila.

C’est quand j’ai lu ça que je me suis pendue.

Parce que, de deux choses l’une : soit la dame « qui-sait-comment-on-doit-se-tenir » a raison et les profs sont des cons formatés et bornés (y compris moi) puisqu’ils jugent leurs collègues sur leur apparence et pas sur leurs qualités humaines et/ou pédagogiques.
Soit on leur conseille là, sous mes yeux, de le devenir.

En lisant la dernière phrase******** j’ai eu une ultime pensée attristée pour Kévin.
« (…) si les élèves sont déjà répu­tés sur­vol­tés, tur­bu­lents, inutile de tendre le bâton pour se faire battre, ils sai­si­ront n’importe quel prétexte. »

Kévin, fais gaffe à ton personnal branding, sinon, tu vas morfler !

* Non, je ne vous donnerai pas le lien !
** Je viens de vous dire que je ne vous le donnerai pas !
*** J’ai dit : « Non ! »
**** Pourquoi vous insistez, je ne vous le donnerai pas.
***** Son nom ne vous dirait rien.
****** Vous voulez quand même pas lire ça ?
******* Donc cette collègue enseigne depuis son bureau ?
******** Et avant de péter le porte-manteau !

Bonus !

L’article fait également mention d’une excellente vidéo produite par Arte dans la série « Personne ne bouge ! », un de ces petits formats délicieux dont cette chaîne a le secret et intitulée « Comment s’habiller quand on est prof en ZEP« . L’auteur de l’article a bien vu l’humour du propos, mais carrément raté l’ironie, marque de fabrique des productions Mauduit/Collin/Bonnaud… Dommage !

N’hésitez pas à regarder les autres vidéos (« Comment s’habiller pour aller voter« , « Comment s’habiller quand on est moche » ou « Comment s’habiller pour dormir » (un chef d’oeuvre !).

Merci à Amélie pour sa relecture pointilleuse !

10 Commentaires

Classé dans Bavardage, Lectures

Lectures – Terry Pratchett (I’m in Love)

Ceux qui me connaissent un peu savent que j’ai deux amours (littéraires s’entend). Que très haut dans les espaces éthérés de mon panthéon personnel trônent définitivement Friedrich Wilhelm Nietzsche et Sir Terence David John Pratchett, dit Terry Pratchett. Comme je sais que vous n’êtes pas des truffes, et qu’il n’y a pas que Michel Onfray qui a lu Nietzsche, je ne vais pas épiloguer sur celui là. Par contre je sais qu’il y en a parmi vous (certains me l’ont même avoué, les fous !) qui n’ont jamais lu une seule ligne de l’excellent auteur du Buckinghamshire. Outre le fait que je me demande comment on peut passer à travers un auteur qui a écrit (seulement !) 38 bouquins sur un univers qu’il a créé et quelques dizaines d’autres que je ne vais pas citer ici (Wikipédia est ton ami), je me demande comment on peut vivre sans la générosité et l’humanisme d’un homme pareil.

Alors, pour inaugurer mes billets de « lectures » qui seront consacrés à l’intégrale d’un auteur, je ne pouvais pas ne pas commencer par lui.

J’en profiterai pour rendre également hommage à son traducteur génial et aux illustrateurs fantastiques qui ont donné vie à son œuvre.

La grande A’Tuin voguant dans l’espace intersidéral,
portant sur son dos les quatre éléphants qui supportent le Disque-Monde.
(Auteur : Paul Kidby – http://www.paulkidby.net )

 

Et puis, un mec qui a réussi à ce qu’on préfère la compagnie d’un troll à celle d’un elfe ne peut pas être complètement mauvais 🙂

Par où commencer ?

Quand je propose la lecture d’un Terry Pratchett à quelqu’un, et que j’arrive à trouver des arguments suffisamment convaincants, la première question que vous pose l’inconscient le futur lecteur est « Tu me conseilles lequel ? »
Et là, je suis bien dans la mouise. Sincèrement.

Prenons par exemple la série-phare de Terry Pratchett intitulée « Le Disque-Monde ».
Comme son nom l’indique, c’est un « monde ». Avec une géographie, des lieux et des héros différents, qui ont donné lieu à des « sous-séries ». Voire à des séries différentes avec les mêmes héros….
Comme c’est une œuvre qui s’étale sur plus de trente ans, forcément, les premiers sont moins bons que les suivants (…enfin quand je dis « moins bons », c’est un peu comme si je vous disais que le foie gras de canard est moins bon que le foie gras d’oie) mais pour apprécier les derniers, ils faut connaître les précédents…

Et puis ça dépend aussi du lecteur. Parce que moi, y’a des titres qui me font marrer avant même d’avoir ouvert le bouquin. Prenez par exemple « La huitième fille ». A priori, rien de drôle, sauf si vous avez lu « Le septième fils » d’Orson Scott Card.
Certains personnages aussi ont comme un goût de déjà-vu, mais dans une interprétation bien particulière. Je vous conseille par exemple de jeter un œil au portrait de Cohen le barbare et de sa « Horde d’argent » (la « Horde d’or » c’était déjà pris).
Jetez aussi un œil à la couverture de celui là, ça devrait vous dire quelque chose.
Et je ne parle pas de ce passage, (juste quelques lignes au détour d’une page, sans aucun lien avec le reste de l’histoire) pendant que trois sorcières filent dans une barque sur une rivière souterraine :
 » Deux lueurs pâles apparurent à la limite du cercle de lumière de la lanterne. Il s’agissait en fin de compte des yeux d’une petite créature grise qui ressemblait vaguement à une grenouille et qui pagayait vers les sorcières sur une bûche.
Elle atteignit la barque. De longs doigts mouillés attrapèrent le bord et une figure sinistre s’éleva à la hauteur de celle de Nounou Ogg.
 » ‘lut, fit la figure. C’est mon anniversssssaire. »
Les trois sorcières la fixèrent un moment. Puis Mémé Ciredutemps empoigna une rame et lui en flanqua un méchant coup sur le crâne. Il y eut un plouf et des jurons qui s’éloignèrent.
« Sale petit connard, conclut Mémé alors qu’elles continuaient leur route. M’avait l’air d’un fouteur de merde.
– Ouais, approuva Nounou Ogg. Trop visqueux pour être honnête. Faut s’méfier d’ceux là.
– Je me demande ce qu’il voulait ? » fit Margrat. »

Pour vraiment apprécier un Terry Pratchett, faut avoir un minimum de culture, quoi, m*rde !

Donc, quand on me pose la question « Par lequel il faut commencer ? », je répond : « Au guet ! ».

Parce qu’il se passe dans la ville principale, qu’il présente de nombreux personnages récurrents de la série et (mais c’est mon avis personnel) que le héros Samuel Vimaire est l’un des deux visages de lui que Terry a mis dans ses romans.
Samuel Vimaire, au début de la série, est à la tête du guet municipal de la ville d’Arkh-Morpork. Mais du guet de nuit. C’est à dire la partie de la police dans laquelle on a mis les flics les plus nuls pour être bien certains qu’ils ne découvriront jamais rien. Et Sam, avec sa bouteille de gnôle dans le tiroir de son bureau, a toutes les caractéristiques du privé dans la panade des romans à la Chandler.
Donc, pour commencer, un roman qui se passe dans une grande métropole, une histoire de flics, un enquêteur déprimé et alcoolique, ça rassure le lecteur débutant pour faire les premiers pas dans l’univers pratchettien.
Le fait d’y ajouter une pointe de magie et un dragon, c’est pas très gênant.

Sinon, pour les habitués de l’heroic-fantasy, je conseille de commencer par le commencement et « La huitième couleur », premier de la série.

Quand l’auteur se met en puzzle

Je n’ai jamais rencontré Terry Pratchett, et je ne le rencontrerai sans doute jamais, mais je le connais. Et le monde serait bien meilleur s’il était peuplé d’hommes et de femmes comme lui.

Dans ses romans, il y a de nombreux héros récurrents, mais les deux principaux, Samuel Vimaire et Esmée (dite « Mémé ») Ciredutemps sont à mon avis ceux dans lesquels il a mis le plus de lui même. Si vous ajoutez une pincée de Carotte Fondeurdefersson et un soupçon d’Angua, je crois que vous avez une bonne idée du bonhomme.

Mémé Ciredutemps est une sorcière. Mais pas une sorcière à la « Blanche Neige », ni une version féminine de Tulsa Doom*.
Non, les sorcières en mode Pratchett sont du genre de ces femmes qui savaient autrefois comment régler les problèmes des gens, les soigner par exemple. Quand elle conseille à une vieux paysan d’aller chaque matin jeter un sou dans une source qui se trouve dans la montagne, on pourrait croire que c’est de la superstition. Mais c’est surtout parce que quand on devient vieux et sédentaire, l’exercice matinal est le meilleur des remèdes qui soit.
Des femmes qui faisaient peur parce qu’elles savaient des choses.
Et quand Mémé Ciredutemps décide qu’il faut faire quelque chose, elle le fait. Parce que quelqu’un doit toujours se charger du sale boulot. Et parfois, la fin justifie les moyens.
« – (…) Et la règle de ne pas se mêler des affaires des autres ?
– Ah », fit Nounou. Elle pris le bras de la jeune sorcière. »Eh bien, expliqua-t-elle, quand tu connaitras mieux le Métier, tu apprendras qu’il existe une autre règle. Esmée l’a suivie toute sa vie.
-Et c’est quoi ?
– Quand tu violes une règle, viole-là un bon coup », dit Nounou dans un grand sourire qui découvrit des gencives encore plus menaçantes que des dents. »

La magie des sorcières repose surtout sur la têtologie.
« Si le Créateur avait voulu qu’on déplace des roches par la sorcellerie, il aurait pas inventé la pelle. Être une sorcière, c’est savoir quand il faut se servir d’une pelle. »

Pour ouvrir une porte, pas besoin de sortilège :
« Personne doit entrer dans le château, dit le garde. ordre du duc. »
Mémé haussa les épaules. Le coup de la marchande de pommes n’avait à sa connaissance marché qu’une seule fois dans l’histoire de la sorcellerie, mais ça restait un procédé traditionnel.
« J’te connais Champett Poldry, dit-elle. Je m’souviens d’avoir envoyé ton grand père au tapis et toi, de t’avoir mis au monde. » Elle jeta un coup d’œil à l’attroupement qui s’était formé un peu plus loin et se retourna vers le garde dont la figure se tordait déjà en un masque de terreur. Elle se pencha un peu plus près de lui. « Je t’ai flanqué ta première bonne correction dans cette vallée d’larmes et, par tous les dieux, si tu m’contraries au jour d’aujourd’hui, j’vais aussi t’flanquer ta dernière. »
Il y eut un léger bruit de métal lorsque la pique échappa aux doigts tremblant du garde. Mémé avança la main et tapota d’un geste rassurant l’épaule de l’homme tout effaré. »Mais t’inquiète pas, ajouta-t-elle. Prends donc une pomme. »

Carotte Fondeurenfersson est un membre du guet d’Ankh-Morpork. C’est théoriquement un nain, car il a été trouvé quand il était bébé et élevé par des nains. Mais avec sa haute stature et la petite tache de naissance en forme de couronne qu’il a sur le bras…. il semble qu’il n’en soit pas tout à fait un. La particularité de Carotte, c’est qu’il est pur et entier. Incapable de mensonge au point que l’humour au second degré lui échappe totalement. Il dit ce qu’il pense et il pense toujours ce qu’il dit. Et surtout, il connaît les gens, s’intéresse à eux et bizarrement quand il vous demande de faire quelque chose, on le fait parce que finalement c’est la meilleure des choses à faire. Dans un des romans, alors que Samuel Vimaire vient de mettre aux arrêts deux armées pour entrave à l’ordre public (il ne fait pas non plus dans la demie-mesure), Carotte organise un tournoi de football entre les deux groupes de belligérants pour occuper les soldats désœuvrés…

Angua, c’est une louve garou, elle aussi membre du guet. Enfin, c’est une femme normale, mais une fois par mois elle dort dans son panier. Et Carotte est amoureux. Pas du genre amoureux transi. Amoureux parce que c’est elle et parce que c’est lui. Le fait qu’elle soit un peu bizarre de temps en temps n’est pas un problème. Quand elle est enlevée, il ne la cherche pas partout en paniquant. Il fait « ce qu’il faut faire » parce que c’est ça qu’elle voudrait. En plus, un flair de loup-garou, c’est bien pratique pour mener des enquêtes.

Un être humain selon Pratchett, ça devrait être quelqu’un comme ça. Quelqu’un qui fait attention aux gens autour de lui, qui les respecte tels qu’ils sont. Quelqu’un qui tient ses engagements, qui fait ce qu’il doit faire, même si c’est désagréable. Et qui, lorsqu’il a pris une décision va jusqu’au bout et en supporte seul les conséquences, en assumant ses choix. Quelqu’un a comme tous les humains des failles et des faiblesses. Mais qui les regarde droit dans les yeux et vit avec, en essayant de ne pas trop les faire payer aux autres. Quelqu’un d’honnête, y compris envers lui-même.

Je sais que Monsieur Terry Pratchett est comme ça.

Risque élevé de se fâcher avec son/sa camarade de chambrée

Je suis sûre que certains parmi vous lisent au lit avant de s’endormir.

Outre le fait que quand vous aller commencer à les lire, vous allez avoir du mal à vous arrêter, vous risquez de vous créer des problème avec votre camarade de chambrée.
Et je sais de quoi je parle.
Parce que les crises de fou-rire au lit, ça finit par énerver l’autre, surtout s’il n’y est pour rien. En plus vous allez vouloir partager les motifs de votre hilarité (avec la bonté qui vous caractérise, je le sais) et vous allez insister pour lire des pages entières à votre voisin(e). Et ça va profondément les emmerder parce qu’ils seront en train de lire un livre de géopolitique de l’aménagement du territoire, par exemple (ou le dernier Musso, le principe est le même…).

Donc, vous allez rire parce que c’est TRÈS drôle. Et extrêmement bien traduit par Patrick Couton qui a reçu pour son remarquable travail le Grand Prix de l’Imaginaire en 1998.

C’est drôle parce qu’il y a des phrases incroyables comme celle là : « Les vampires sont capables de revenir de la mort, de la tombe ou du caveau, mais jamais d’un chat. »
C’est drôle parce qu’il y a des personnages incroyables dans ces romans.
Otto Schreck, vampire repenti ( membre du club des rubans noirs) fasciné par la lumière, devenu photographe et qui tombe en poussière dès qu’il utilise un flash.
Rincevent, sorcier raté dont le cerveau ne contient qu’un sort, le plus puissant, capable de détruire l’univers et sa proche banlieue et qui ne peut donc plus en connaître d’autre.
La Mort et son cheval Bigadin, le genre de type à se poser des questions existentielles (oui, chez Pratchett, La Mort est du genre masculin…).
Le Bagage, un terrifiant coffre magique qui se déplace sur un millier de petits pieds agiles, capable de dévorer tout ce qui se trouve devant lui mais qui s’ouvre sur des vêtements toujours impeccablement repassés.
Le Bibliothécaire, qui trouve la vie beaucoup plus simple depuis qu’un accident de magie l’a transformé en anthropoïde (ne jamais prononcer le mot sin** en sa présence), même s’il ressemble à un vieux sac en cuir déformé.
Monsieur Biaiseux, mort vivant et notaire de son état.
Planteur « J’me tranche la gorge », qui vend des petits pains fourrés dans les rues de la ville. Fourrés à quoi, ça dépend. Des fois ses petits pains se font la malle avant que vous puissiez y goûter…
Oh ! et puis zut, z’avez qu’à les lire vous même !

——–

PS : De nombreux sites existent concernant Pratchett et son univers. Vous pouvez y jeter un oeil, mais à mon avis, lisez d’abord au moins un livre. Quand vous l’aurez fait, vous pourrez aller jeter un oeil sur le travail des illustrateurs Josh Kirby, Paul Kidby et Marc Simonetti. Si je devais trouver une comparaison, Paul Kidby est à Pratchett ce qu’Alan Lee est à Tolkien : une évidence totale.
Quant à savoir dans quel ordre lire l’ensemble…. vous pouvez toujours vous appuyer sur cette liste là pour commencer (Elle date un peu et d’autres romans sont parus depuis, mais quand vous en serez là….). Dans la liste, certains romans sont considérés comme des « romans pour adolescents ». Je pense sincèrement que c’est une grave erreur. C’est peut être dans ceux là que la philosophie de Pratchett est la plus développée.

Pratchett n’a pas seulement créé le disque monde. Sa collaboration avec Neil Gaiman  nous a donné un fort bel enfant, De bons présages, paru en 1990 sous le titre original « Good Omens : The Nice and Accurate Prophecies of Agnes Nutter, Witch« , une excellente parodie du film La Malédiction (1976) et d’autres livres et films du même genre. Vous pouvez peut être aborder Pratchett par cet angle là…

Bonne lecture !

* Pour les Kelskelledit, c’est à dire les malheureux ceux qui n’ont pas vu le premier opus de la saga Conan avec Arnold Schwarzenegger, c’est THE grand méchant du film. Celui qui décapite la maman du jeune Conan. Un vrai méchant, super méchant.

2 Commentaires

Classé dans Lectures