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Lutter contre les inégalités dans la classe

Comme tous les enseignants, j’ai souvent l’impression d’avoir « la tête dans le guidon » et cette impression m’empêche trop souvent d’avoir un regard lucide sur ce que je fais réellement dans mes classes, et d’envisager sérieusement sur ce que je pourrais faire pour que ça marche mieux. Pourtant, des fois, ça vaut la peine de se poser.

Une des choses que nous ont appris les différents rapports publiés ces derniers mois c’est que notre École était une des plus inégalitaire au monde. Pas de quoi être fier. Surtout quand on a encore en tête le rapport sur la grande pauvreté de Jean-Paul Delahaye ou qu’au hasard d’une actualité on découvre que c’est au lycée professionnel qu’on rencontre le plus d’orphelins dans les classes…

Que faire quand un élève rencontre des difficultés ? Et d’ailleurs, peut-on faire quelque chose ? Est-ce qu’il échoue parce qu’il n’a pas les capacités ou bien y a-t-il une autre raison ? Est-ce que je dois changer quelque chose à mes pratiques ? Est-ce que ça servirait à quelque chose ?

En 2015, Marie- Christine Toczek-Capelle, professeur en sciences de l’éducation à l’université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand a présenté lors d’un colloque des résultats de recherche saisissants.

Il a été depuis longtemps prouvé que l’appartenance à certains groupes sociaux déterminait le destin scolaire des élèves. C’est ce que l’on appelle « le phénomène de menace du stéréotype » qui a été démontré en 1995 par deux chercheurs de l’université de Stanford, Claude Steele et Joshua Aronson. Mais le plus souvent dans nos classes, on n’imagine pas à quel point la représentation des élèves par rapport à cette appartenance avait des effets sur leurs performances scolaires.

Sachant que ce phénomène existe, ne pas en tenir compte dans notre métier serait au mieux dramatique, au pire…
Mais comment faire ?

Changer les choses ça semble souvent insurmontable. Comme tout changement, cela nécessite de sortir de sa « zone de confort » (qu’elle soit confortable ou pas d’ailleurs) et c’est parfois effrayant.

Pourtant il y a des moyens simples et efficaces d’améliorer les choses sans se mettre véritablement en danger. La recherche nous ouvre des chemins qu’on peut emprunter sans trop prendre de risques et dont les effets seront immédiatement visibles.

L’étude que Marie- Christine Toczek-Capelle présente (dans une vidéo en lien ci-dessous) porte sur les performances en sciences physique des filles. En effet, on constate que les jeunes filles réussissent généralement moins bien que les garçons dans les domaines scientifiques. Mais ne serait-ce pas un effet de la façon dont on évalue ?

Pour cette étude on a donné le même travail à effectuer à trois groupes d’élèves, mais on leur a présenté les choses différemment.
Au premier groupe, on annonce que la tâche ne sera pas évaluée.
Au deuxième groupe, on annonce que la tâche sera évaluée et que l’évaluation aura pour but d’évaluer les compétences acquises par rapport aux autres élèves.
Au troisième groupe, on annonce que l’évaluation aura pour but de vous aider dans vos apprentissages, de vous permettre de mieux mémoriser et mieux apprendre.

Et que croyez vous qu’il arriva ?

Dans le premier cas, les filles ont réussi bien mieux que les garçons.
Dans le deuxième cas, les garçons ont réussi bien mieux que les filles.
Dans le troisième cas, il n’y a pas eu de différence entre les résultats des filles et des garçons.

 

Et vous, vous évaluez comment ?

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Voir en ligne l’intervention de Marie- Christine Toczek-Capelle

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Classé dans évaluation, pédagogie, recherche

De quels enfants rêvons nous ?

Fin novembre, c’est la saison des marchés de Noël et des bulletins.
Ah qu’il est loin le temps des grands Kalamazoo qui encombraient les salles des profs à partir de la fin novembre….

Méthodes

Pour compléter les bulletins des élèves, il y a deux méthodes. La méthode « précoce » et la méthode « tardive ».

La méthode « tardive » consiste à essayer d’être la dernière (ou le dernier selon le cas) à les remplir. Inconvénient, on risque de se faire chopper par la patrouille et de se retrouver convoqué chez le chef pour subir le savon « Vous n’avez pas rempli les bulletins de la 3e C, Madame. Je ne peux pas éditer les bulletins ! », essayer maladroitement de se trouver une excuse (et à force, il faut savoir être imaginatif) et de promettre de les faire dans l’heure.
Le gros avantage (et le seul finalement) de cette méthode, c’est que si on n’a rien à dire sur Jessica, on fait un résumé de ce que les autres ont déjà écrit, sans trop de risques. Et en plus on peut faire du mauvais esprit quand le prof de français fait une faute d’orthographe (appelée aussi, diplomatiquement, une « faute de frappe »).
Cela dit, je comprends certains collègues, en particulier les profs d’arts plastiques ou d’éducation musicale qui interviennent dans 18 classes, une fois par semaine (dans le meilleurs des cas) et pour qui il est difficile de faire une appréciation réelle de tous leurs élèves (18×25, je vous laisse faire le calcul).

La méthode « précoce » consiste à être parmi les deux ou trois premiers à compléter ces f***us bulletins. Être le premier c’est carrément stylé. Parfois les grands adeptes de cette méthode ce sont les profs d’arts plastique et d’éducation musicale, parce qu’ils ont 18×25 (comment ça vous avez pas encore fait le calcul ?) bulletins à remplir et qu’ils faut qu’ils s’y prennent avant la Toussaint pour avoir fini à temps et échapper à la case « chef » sus-mentionnée.

J’ai longtemps été adepte de la méthode « tardive » (et ça m’arrive encore mais uniquement parce que je n’ai pas percuté que le marché de Noël avait commencé et que le conseil de la 5eB c’est demain). J’attendais que tout le monde ait complété les bulletins parce que je me disais que si je n’écrivais pas un truc qui ressemblait à ce que les autres écrivaient c’est que je devais m’être trompée sur le compte de Manfred. Heureusement, aujourd’hui, je suis une grande fille et j’assume mieux ce que j’écris sur les gamins.

On s’y met… ou pas

Alors maintenant, je suis généralement adepte du remplissage précoce (sauf cas mentionné précédemment). Parce que ça m’évite de lire ce que les autres vont écrire. Ça m’est quasiment recommandé par la faculté de médecine en fait.

Tout à l’heure, j’étais bien partie. Trois classes de faites, une semaine en avance… et j’attaquais la quatrième. Mais pour celle là, des collègues m’avait déjà devancée.
Je suis retrouvée à lire certaines appréciations. J’aurais pas du.
J’ai prononcé à voix haute quelques jurons bien sentis (que je vous le rappelle, ma mère m’a interdit d’écrire ici), j’ai mis un coup de poing sur la table (et réveillé le chat), et je suis sortie dehors. Il faisait nuit, il faisait un peu froid, mais je n’ai trouvé que ça pour calmer ma colère. Quand j’ai commencé à avoir vraiment froid, je suis rentrée. Je me suis assise cinq minutes dans le salon et j’ai réfléchi. J’ai fermé le logiciel de bulletins et je me suis mise à écrire ce que vous lisez.

Je réalise que ces appréciations nous racontent ce que devraient être les élèves. Et qu’ils ne ressemblent pas à ça la plupart du temps. Forcément.
Ce devrait être des enfants toujours calmes voire silencieux, bien rangés, obéissants au doigt et à l’œil, travaillant sans relâche même quand leurs résultats sont catastrophiques, gardant la foi du charbonnier devant l’enseignant. Des enfants domestiqués, soumis, formatés. Des enfants sans lien avec l’extérieur, sans vie hors de l’école. Des enfants sans rires, sans imagination. Des enfants à qui on a coupé les ailes. Des enfants imaginaires.

Pourquoi ?

Attention, je ne dis pas que TOUS mes collègues font n’importe quoi avec les bulletins scolaires. C’est comme dans les chansons de Didier Super… heureusement, « y’en a des biens ».
Mais il y en a qui font pire que n’importe quoi.

Il y en a qui sont capables d’écrire sur le bulletin d’un enfant autiste qui galère à gérer ses émotions, qu’il est « ailleurs »…
Sur celui d’un chouette gamin enthousiaste qu’il est « agité »…
Sur celui d’un autre (qui a visiblement un trouble non encore diagnostiqué) qu’il ne fait pas « preuve de volonté »…
Sur celui d’un TDA/H qu’il ne tient pas en place…
Sur celui d’une gamine qui souffre de troubles osseux incurables qu’elle a du mal à se concentrer…
Sur celui d’un môme SDF qu’il manque de sérieux…

Je lis ces « appréciations », je m’imagine à la place de certains parents et je ressens la détresse qu’on peut ressentir quand la chair de votre chair est ainsi jugée. Alors qu’on fait du mieux qu’on peut. Mais qu’on ne remplacera pas le parent décédé, qu’on a un boulot de m****, ou qu’on ne peut même pas offrir un toit à sa famille…
J’imagine les parents défaillants, confortés dans l’idée que leur gamin ne vaut rien.
Je me mets à la place du môme et je vois déjà se pavaner cet horrible prédateur qu’on nomme « sentiment d’incompétence » et qui vous dévore quand une personne qui a autorité sur vous, qui « sait », vous juge de la sorte…
Je suis partagée entre la rage et la tristesse.

C’est une jeunesse angoissée, peu sûre d’elle, docile et formatée dont on rêve dans les salles des profs ? Où sont les conseils ? Où est l’exigence bienveillante ? Où est le soutien ? L’accompagnement ?

Tous les ans je lis ce genre de choses.
Tous les ans je suis en colère.
Tous les ans je vais défendre MES élèves à TOUS leurs conseils de classe.
La semaine prochaine, je ressors mes gants de boxe.

 

NB : Il y a cinq ans, presque jour pour jour, j’avais déjà écrit à propos des bulletins scolaires.

* J’ai cherché une photo pour vous montrer à quoi ça ressemble un Kalamazoo, chers Keskelledits, mais je n’ai rien trouvé. Tout juste un fragment de bulletin manuscrit sur cette page, dont je vous conseille d’ailleurs la lecture. Si vous en avez une, envoyez la moi, je la rajouterai.

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Classé dans énervée, évaluation

Ceux qui sèment…

Je voudrais dédicacer ce billet à deux collègues. L’un est Laurent Fillion, parce qu’un de ses messages sur un réseau social bien connu m’a donné l’idée de cet article. L’autre (dont je donnerai des initiales fictives parce qu’il ne me lira sans doute pas et que je ne voudrais pas qu’il prenne mal ce qui va suivre… même si il n’y a vraiment pas de quoi) est un collègue qui…. Je vous laisse lire la suite pour vous faire une idée.
Je suis désolée, ce n’est pas un billet fun, même si Kévin et Jessica sont invités. Promis, je ferai un effort la prochaine fois.


Vous savez ce que j’ai fait en rentrant à midi ? J’ai ouvert ma page d’accueil sur un site mondialement connu de réseautage social et et au milieu de tout un tas de choses passionnantes (je suis entourée de gens passionnants sur Facebook), j’ai lu cette phrase de Laurent : « Chercher les capacités montrées plutôt que d’enlever des points : une autre façon d’évaluer. »

C’est dans l’air

C’est marrant, il doit y avoir un truc dans l’air en ce moment. Tout le monde parle d’évaluation, de notations….
Non, en fait, je sais ce qui se passe… Les Cahiers pédagogues ont intitulé leur n°491 « Évaluer à l’heure des compétences ». [ Je ne l’ai pas encore lu, mais je sens que ça va m’intéresser et que ça va intéresser beaucoup de gens] et du coup c’est devenu un sujet dont il est de bon ton de parler.


Cahiers Pédagogiques n°491,
coordonné par Françoise Colsaët et Yannick Mével

Je sais, ce n’est pas la seule et unique raison. Ça bouge* un peu en ce moment du côté de l’évaluation dans la maison Éduc’ Nat’ [Je dis ça surtout pour mes Keskelledit préférés, les autres s’en sont aperçus normalement]. Ça bouge davantage dans la presse, les établissements et la tête de certains collègues (voir ce qu’en disait LF sur Facebook ce matin) que dans les hautes sphères… Notre actuel ministre est contre la suppression des notes, mais c’est une mesure qu’on retrouve pourtant dans le rapport du député Grosperrin et dans les projets du parti de la majorité pour la prochaine législature. On a même pu croiser André Antibi rue de Grenelle, c’est vous dire si ça avance ! Pendant ce temps, les blogueurs anti-pédagogo se déchaînent, les lobbies s’escriment, pour défendre bec et ongles la notation. À quelques mois de ce que vous savez, c’est de bonne guerre.

 C’est pas gentil de se moquer !

Je ne suis pas venue pour vous répéter tout ce que je pense de l’évaluation chiffrée (ou lettrée quand on est un ancien hippie), je l’ai déjà dit dans un billet précédent. Je n’ai pas mis une seule note depuis septembre 2008 et je crois que même sous la torture**, je ne pourrais pas revenir en arrière.

Non, je voulais vous raconter un moment de ma matinée avec lequel le message de LF a fait immédiatement écho. [Oui, je sais, c’est nul les gens qui racontent leur vie sur leurs blogs. Tant pis z’avez qu’à pas lire la suite… na !] En italique vous pourrez même entendre la voix off, et vous rendre compte à quel point je peux avoir mauvais esprit. La méchanceté, c’est quand même plus rigolo, non ?

(Salle des profs – récréation du mercredi matin – distributeur de café en bruit de fond – canapés bleus – ciel laiteux visible par les fenêtres).

– Mila :  Bonjour. Je t’ai mis un papier dans ton casier pour que tu me donnes ton avis sur Kévin et  Jessica (et j’ai pas envie que mon papier finisse sédimenté sous le produit de 25 ha de déforestation).
– Monsieur G. : Ah, c’est toi la pépé des 3e 2 ? (Non, c’est juste parce que j’aime bien écrire des billets doux à des profs de maths… chacun ses petits vices)
Oui. [Silence d’au moins 4 mesures.]
Kévin. [Regard de séminariste devant Marie Madeleine]
C’est la catastrophe. Il redouble et il a des résultats épouvantables dès le début de l’année. (Bein évidement, banane, si il savait faire les trucs que tu veux lui faire faire, il serait plus en 3e… ) Il a complètement raté le dernier contrôle (et il est pas le seul vu la moyenne de la classe à ce devoir).
– Mila : À ce point ? Mais en fait… Qu’est ce qu’il ne sait pas faire ? (Je sais déjà que je vais l’emmerder avec ma question)
– Monsieur G. : Comment ça ? (gniark, gniark ! je le savais…)
– Mila : Bein, quand tu dis « il a raté » … qu’est ce qu’il n’a pas su faire ? (Et là tu me réponds quoi ? parce qu’en fait tout ce dont tu te rappelles c’est qu’il a eu 4/20…)
– Monsieur G. : Bein…… tout.
– Mila : (Allez, je suis sympa, je vais t’aider) Oui, mais, par exemple, là,  tu leur fais faire de l’algèbre ou de la géométrie ?
– Monsieur G. : De l’algèbre.
– Mila : Et c’est quoi qui lui a posé problème ? La lecture de l’énoncé ? Le vocabulaire de la leçon ? C’est un problème de compétence opératoire ? (hé, j’y connais rien moi en didactique des maths, de quoi je parle moi ???)
– Monsieur G. : Je ….
– Mila : Peut être que si tu lui reformulais, éventuellement à l’oral… peut être que ça lui permettrait de répondre, de ne pas subir de « double peine » maths+français. Et toi tu pourrais voir mieux d’où vient le problème. (Yesss !!!  j’ai réussi à ne pas mettre une seule fois dans ma phrase le mot « compétences ». Je suis trop forte !)
– Monsieur G. : Ah oui, tiens t’as raison, je pourrais peut être faire ça…. [Silence d’au moins 8 mesures] Oui…. je vais voir…..

Et alors, dans le brouhaha de cette salle des profs, j’ai senti comme un petit frémissement, comme si un petit caillou était venu s’immiscer dans la chaussure pédagogique de ce collègue. Et que ça lui faisait plaisir en plus.

La patience du jardinier

Je ne crois pas aux grands soirs pédagogiques. Ni que légiférer puisse suffire à faire changer d’avis ceux qui ont décidé de faire à leur façon à eux, celle qui est censée avoir toujours fait ses preuves.  Les guerres sont trop anciennes, trop ancrées dans les idéologies et les malentendus qui font partie de l’histoire de la pédagogie. Et je ne pense pas que la formation à outrance soit LA bonne solution (même s’il m’est déjà arrivé de le croire***).

Par contre je crois à l’action des semeurs. À cette espèce de capillarité qui agit quand on met sous les yeux d’un collègue quelque chose qui lui permet de faire mieux son travail.
Ce matin, j’ai eu l’impression d’avoir semé une toute petite graine. J’espère. Peut être qu’elle prendra racine. Peut être que non. C’est pas grave. Je continuerai à semer.

Heureusement, je suis très très loin d’être seule à le faire. (D’ailleurs, j’ai des noms…… Un de ces quatre je vais tout balancer !).
Je rêve du jour jour où, grâce à l’action conjointe de tous ces semeurs, il sera normal de ne plus mettre de notes, de ne plus classer les élèves, de ne plus les forcer à la compétition au sein des classes….
Oui. Je suis une prof laxiste**** ET démagogue.

En fait, j’aurais dû dédicacer ce billet à tous ceux qui sèment…. et à tous ceux qui auront la chance de les croiser.

Merci à eux.

———-

* « bouger » en langage « Éduc’ Nat’ officiel« , ça veut dire proposer la mise en place d’un groupe de travail qui va peut-être se réunir pour en parler et éventuellement rédiger ensuite une circulaire que le ministre signera sans doute un jour…

** Heu, bien sûr, c’est du flan, une expression. Pour me faire pardonner, je vous mets un lien vers le site du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

*** Je retiens depuis longtemps déjà un petit texte sur la formation continue des enseignants… qui risque de ne pas m’attirer que des sympathie.

*** Voir mon précédent billet….

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Les bulletins se ramassent à la pelle…

Dans tous les établissements de France et de Navarre, à partir de la fin novembre, il se passe des choses étranges :
– les ordinateurs qui s’ennuient la plupart du temps au fond de la salle des profs sont soudain pris d’assaut.
– vous avez enfin l’occasion de rencontrer des collègues dont vous soupçonniez l’existence mais que vous n’aviez jamais croisés, en raison d’emplois du temps furieusement incompatibles.
– vous découvrez avec incrédulité devant un écran certains irréductibles dont vous savez pertinemment, pour avoir retrouvé leurs manuscrits abandonnés sur la photocopieuse, que la simple évocation d’un clavier leur donne de l’urticaire.
– si la conjonction des planètes est favorable, vous entendrez peut être même la célèbre maxime : « Toi qui est doué(e) en informatique, tu peux m’aider ? ».
C’est ça la magie de Noël en avance. D’habitude vous êtes « un cas », et ce jour là vous devenez un ange tutélaire…

À ces indices discrets mais indubitables, vous comprenez tout à coup que vous êtes entrés dans La-Grande-Saison-du-Remplissage-des-Bulletins.

Le Bulletin, kézaco ?

Bon, je vais pas vous prendre pour des truffes non plus, vous avez tous eu des bulletins trimestriels, même si vous êtes né(e)s l’année où le Président Deschanel tombait du train en pyjama. Mais comme je suis vachement pédagogue, (et que je pense aussi à vous mes chers Keskelledit), je vous propose de remonter à la source c’est à dire à la dernière circulaire définissant le bulletin trimestriel, paru le 28 juin 1999 sous le nom charmant de « Circulaire no 99-104 » (Ah vous aussi, rien qu’au titre, vous avez une furieuse envie de la lire ? Oui, oui, je sais, moi aussi ça m’a donné furieusement envie de la lire…), qui fut adressée en son temps aux recteurs d’académie, aux inspecteurs d’académie, aux directeurs des services départementaux de l’Éducation nationale et aux principaux de collège.
Pas aux profs.
C’est ça la hiérarchie.

Et qu’est ce qu’on trouve de beau dans la 99-104 ?
Comme je suis une pédagogue sympa, je vous en livre des extraits.

On peut lire par exemple que « Remplir un bulletin scolaire est une tâche exigeante et difficile pour les équipes enseignantes mais d’une importance capitale pour les élèves », ce qui signifie à peu près que remplir un bulletin c’est vachement plus compliqué qu’un ticket de PMU (au cas où tous les destinataires ne l’auraient pas remarqué) et qu’en plus ça fait partie des obligations de service des enseignants, des fois que les Principaux de collège ne s’en soient pas encore aperçu.

On peut également y lire (je ne recopie pas tout, sinon vous allez craquer…) :
« S’agissant des performances scolaires, les informations portées sur le bulletin doivent être suffisamment précises et complètes. (…) il convient de distinguer les notes obtenues à l’oral et à l’écrit et,(…) d’indiquer à combien de contrôles et de devoirs elles correspondent. L’évaluation de l’oral porte sur des compétences précises (…). Il y a lieu (…) de faire figurer (…) la note moyenne de la classe ainsi que les notes minimale et maximale attribuées aux élèves de la classe.

Attention, vous allez voir, la suite est étonnante (je vous rappelle qu’on est en 1999) :
« Il est utile également de prendre en compte, dans l’évaluation du travail et des activités des élèves, des compétences qui ne portent pas directement sur les performances scolaires : sens de l’initiative, autonomie, prise de responsabilité, travail fourni.
Argh ! Mais c’est des compétences transversales ça ! Au secours ! Le Socle avant le Socle !

Enfin (promis après j’arrête…) :
« Il convient que les appréciations portées soient suffisamment détaillées et nuancées ainsi que respectueuses de la personne de l’élève. Il est demandé de bannir tout vocabulaire trop vague (« peut mieux faire », « moyen »), réducteur (« faible », « insuffisant ») voire humiliant (« inexistant », « nul », « terne ») qui n’aide aucunement l’élève. Il faut dire à l’élève ce qu’il fait et ce qu’il doit faire et privilégier les appréciations de nature à l’encourager pour que le bulletin trimestriel remplisse réellement son rôle éducatif. »

L’angoisse du bulletin blanc

Donc voila. Vous êtes prof et vous allez devoir remplir les bulletins.
Je voudrais tout d’abord exprimer ici toutes mes condoléances à mes collègues d’arts plastiques et d’éducation musicale, qui à raison d’une heure par semaine devant chaque classe et pour un service de 18h de cours, vont devoir se coltiner entre 360 et 540 moyennes et appréciations à donner. S’ils sont très rapides, à raison d’une minute par élève, ça va leur prendre en moyenne 7 heures et demie. Pour un prof de français (4,5h hebdomadaire par classe), ça fait 4 classes, donc une moyenne de 100 bulletins, donc 1h40. Mais bon,  eux c’est pour les correction de copies que je leur tire mon chapeau.
L’égalité des enseignants disparait devant les bulletins trimestriels.

Autrefois, quand les bulletins étaient des bulletins papier (de grandes feuilles autocopiantes rangées dans des immenses classeurs de marque Kalamazoo…..) on pouvait si on était malin, s’éviter l’angoisse de la page blanche en faisant les choses au dernier moment, quand la plupart des collègues avaient déjà fait le taf’… Ça donnait de l’inspiration. J’ai connu des spécialistes. Allez ! Ne me dites pas que vous ne l’avez jamais fait !
« Qu’est ce que je vais bien pouvoir dire de Kévin ? Il est sympa, il bavarde pas, mais il ne fait rien…. Ah tiens, je vais faire un mélange de ce qu’en dit le collègue de maths et le collègue d’EPS, ça va le faire… »
« Zut, je dirais bien que Jennifer elle travaille bien avec moi, mais tout le monde dit le contraire… alors…. »

Mais aujourd’hui, les bulletins sont numériques. Et chacun le fait dans son coin, au fond de la salle des profs ou à la maison, le dimanche soir après la ballade, pendant que les châtaignes sont en train de griller dans la cheminée. Et là, vous êtes tout seul devant votre bulletin, le trombinoscope de vos classes sur les genoux.

Par quel bout prendre les choses ?

Si vous êtes un habitué de ces pages, vous savez que je ne vais pas vous donner de recettes parce que je n’en ai pas.
En plus, je suis un très mauvais exemple puisque je ne mets pas de notes à mes élèves. (Je sais, je suis une feignasse….) Et qu’en général (je dis bien « en général », parce que les conjonctions de planètes ne sont pas toujours favorables) mes bulletins je les remplis au fur et à mesure du trimestre. Je les relis juste avant la date fatidique, en modifiant quelques petits détails, mais en gros, je n’ai pas grand chose à changer.

Donc, selon ma bonne vieille méthode, je vais juste vous donner mon avis sur ce qu’il ne faut pas faire…..

  • ne pas remplir les bulletins juste après cette séance catastrophique pendant laquelle vous avez ramassé 15 carnets de correspondance et mis 412 heures de colle à Kévin.
  • ne pas remplir les bulletins juste après cette merveilleuse séquence pédagogique pendant laquelle le génial Manfred a démontré la conjecture de Poincaré (on peut rêver, non ? )
  • ne pas oublier que l’évaluation trimestrielle porte sur l’ensemble du trimestre, y compris ce premier exercice dans lequel vous avez demandé de conjuguer le verbe manger au présent de l’indicatif.
  • ne pas vous forcer à mettre des coefficients abracadabrantesque pour que vos notes ne soient pas trop élevées (voir « la constante macabre » dont j’ai déjà parlé). Assumez les bons résultats de vos élèves !
  • n’écoutez pas trop les discussions de salle des profs (« Tu sais pas ce que m’a fait Jessica ce matin ? « , « J’en peux plus de la 3e B ! » ) et autres lamentations qui risquent d’altérer l’impartialité de votre jugement personnel.
  • n’utilisez pas la banque d’appréciations toutes faites disponible dans le logiciel. Ca fait un peu… (comment dire ça sans vexer personne ?)….. vite fait mal fait ?
  • n’insistez pas sur les évidences : si Jennifer a 3/20 de moyenne en espagnol, on se doute bien que c’est pas terrible comme résultats, pas la peine d’ajouter « résultats insuffisants ». En plus ça prend de la place pour rien et vous n’avez que 140 caractères (ou à peu près), pour vous exprimer.
  • pensez à valoriser l’oral, le parent pauvre de notre Éducation Nationale.
  • n’oubliez pas que ce bulletin va être lu par les parents. Et que j’ai connu des parents qui accueillaient les bulletins à coup de ceinturon.
  • n’oubliez pas que ce bulletin va être conservé dans le dossier scolaire de l’élève….. et qu’il peut être important pour son orientation.
  • positivez ce qui peut l’être. Tout ce qui peut l’être (voir ma copine 99-104 cité plus haut).

Et puis dites vous aussi que, oui, c’est important un bulletin scolaire. Mais que vous pouvez aussi vous tromper dans l’appréciation d’un élève. Je reste persuadée qu’il est toujours préférable de pécher par optimisme au sujet d’un gamin que l’inverse.
Tiens, ça me rappelle ma prof principale de 3e qui avait prédit que je ne ferai jamais d’études longues parce que je n’avais aucune capacité pour ce genre de choses. Le pire c’est que j’avais failli la croire.

Bon courage pour vos bulletins !

Si vous voulez, la prochaine fois, je vous parlerai des conseils de classe…..

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PS : Merci à l’auteure du blog Pédagotice pour sa relecture.

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Classé dans évaluation, pédagogie

Et si je ne mets plus de notes ?

A la suite de mon précédent billet, vous avez voulu creuser un peu les choses et vous êtes tombé(e), je l’espère, sur l’excellent site Pédagopsy et en particulier sur cette excellente page consacrée à la docimologie.
Ca y est, à peine commencé, voila déjà les gros mots.

La docimologie, c’est la science de la notation aux examens (ou à n’importe quoi qui ressemble à une évaluation sommative*). Je ne vais pas répéter (en moins clair) ce qui est dit dans cet article, juste reprendre les conclusions à propos des différentes sources d’erreurs de notation  :
La première source d’erreur est le correcteur. Et pas seulement parce qu’il y a des divergences entre différents correcteurs, puisqu’un évaluateur peut n’être pas d’accord avec lui-même et qu’il est influencé par des facteurs qu’il ne soupçonne même pas…
La deuxième source d’erreur est le sujet : le choix du sujet bien sûr mais également la présence ou pas d’un barème… qui ne simplifie pas forcément les choses.
Enfin, la troisième source d’erreur est l’évalué, et les conditions dans lesquelles il se trouve, physiquement et psychologiquement au moment T de l’évaluation.

(Arrivé à ce moment de mon billet, je sens que je perds mes lecteurs/lectrices qui sont tous/toutes allé(e)s lire en détail tout ça. Bon, ok… On se retrouve après ?)

Je ne sais pas si j’ai commencé à vous convaincre, mais je vais partir du postulat que j’ai pu créer un certain doute dans votre esprit : la note, c’est zéro.

Maintenant qu’on a dit ça, c’est ce qu’on fait ?

Et si on arrêtait de mettre des notes ?

Dans mon petit sondage (pour l’instant…), la raison qui arrive en tête pour justifier que l’on note les élèves est administrative.

Noter les élèves, est une obligation ?
Non. Je tiens à vous rappeler que les enseignants ont le devoir d’ÉVALUER leurs élèves. Il n’est écrit nulle part qu’ils doivent NOTER leurs élèves. Je vous jure, cherchez bien.

Noter les élèves est nécessaire pour remplir les bulletins électroniques ?
Non plus. Les différents logiciels de notation acceptent très bien l’absence de note, je l’ai fait. Vous pouvez ne mettre qu’une appréciation.

La deuxième raison est d’ordre contextuelle.

Noter pour faire comme les collègues ?
Vous ne faites pas les mêmes cours que vos collègues ? (Surtout pas comme ceux de la vieille pie de la salle 212, qui fait les même cours depuis 25 ans…) Pourquoi évalueriez vous de la même façon ? Pour que vos élèves puissent se comparer à ceux des autres classes ? Pour quoi faire ? Et au pire, vous pouvez organiser un épreuve commune et vérifier en douce que vous auriez obtenu le même genre de résultats, si vous voulez vous rassurer…
Usez et abusez de votre liberté pédagogique !
Oui, vous allez avoir l’air d’un(e) extraterrestre. Et alors ?

Noter pour faire plaisir à votre chef d’établissement ?
Je vous rappelle qu’il n’a aucun droit de regard sur votre pédagogie. Au pire, vous risquez une inspection…. pendant laquelle vous pourrez vous appuyer sur le rapport des l’IG précédemment cité si besoin est (mais ça m’étonnerait) pour justifier de votre choix.
Si vous voulez avoir la paix, aller chercher votre miel dans le projet d’établissement et les documents de contractualisation. Vous y trouverez forcément un paragraphe qui parlera de l’épanouissement des élèves et/ou de la volonté de conduire tous les élèves à l’excellence et à une orientation choisie. Connaître les compétences exactes d’un élève offre sans nul doute un outil d’orientation beaucoup plus efficace qu’un simple note.

Pour ne pas avoir à vous battre avec les parents ?

Je vous jure que si vous vous y prenez bien, ils seront votre meilleur soutien.
L’évaluation sans note, ils connaissent puisque c’est comme cela qu’on a évalué leurs enfants à l’école élémentaire.
Et si en plus vous leur dites que c’est pour individualiser votre enseignement, remédier précisément aux difficultés de leur enfant, ils vont adorer.
Informez les régulièrement, faites-en des partenaires.

Mettez vous à leur place.
Jennifer rentre du collège avec un 7/20 en maths. Ils regardent le contrôle, voient où sont les erreurs… et disent à leur fille : « Va ré-apprendre ta leçon ! » (Je sais, ça c’est dans le meilleur des cas. Il peut arriver aussi qu’après avoir pris une mandale, la pauvre Jennifer doive aller faire les courses du mois à Carrouf’, parce que la vraie vie elle ne se résume pas au théorème de Pythagore…)
Alors que si Jennifer, elle rentre de cours avec une feuille sur laquelle il est expliqué qu’elle n’a pas réussi à faire un exercice parce qu’elle n’a pas compris ce que c’était un angle droit (et que la prochaine fois elle sera interrogée là dessus… ), ses parents (ou qui que ce soit qui lui apporte de l’aide dans son travail scolaire) vont pouvoir lui dire : « Tiens regarde, le coin du terrain de foot c’est un angle droit », ou bien « Il est comment l’angle de la boite de poissons panés ? ».
Et il y a de grandes chances pour que lors du prochain cours de maths, elle se rappelle de France-Norvège et de l’angle droit du corner. (J’ai pris l’exemple du foot, mais ça marche aussi avec un bassin de natation, le coin d’une feuille à dessin ou un emballage de pizza….)

À suivre….

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*Pour les Keskelledit qui ne seraient pas familiers avec le vocabulaire pédagogique, une évaluation sommative est une évaluation qui arrive en fin d’apprentissage et qui est sensée faire le bilan des acquis. Il existe également des évaluations diagnostiques, faites avant l’apprentissage pour savoir où en est l’élève de ses acquis, et l’évaluation formative qui est en elle-même une forme d’apprentissage.

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To note or not to note ?

Oui, je suis d’accord, c’est pas terrible comme titre… Mais bon, je suis encore en vacances et tous mes neurones sont pas encore rentrés…

Aujourd’hui, je vais m’attaquer à un sujet sensible, je le sais. Et je sais aussi que ce n’est pas en quelques lignes que je ferai bouger les choses. Ce que vous allez lire, de nombreux pédagogues et éducateurs l’ont dit avant moi (Célestin Freinet par exemple), bien plus fort et bien mieux. Et je sais d’avance que tout ce que j’ai à dire sur ce sujet ne tiendra pas dans un seul billet…. alors, un peu de patience, la suite viendra.

Si vous ne l’avez pas encore fait, vous pouvez répondre aux deux petits sondages du billet précédent….

Sans vouloir préjuger de ce que vous allez répondre (et tout en sachant que les personnes qui vont répondre à ce sondage ne sont pas forcément représentatives de la majorité des enseignants, et que ce sont plutôt des gens qui réfléchissent à leur travail…), voici une sélection de réponses déjà entendues quand j’abordais le sujet avec des collègues et que je leur demandais pourquoi ils mettaient une note à leurs élèves :
– parce que tout le monde le fait ;
– parce que les élèves réclament une notation ;
– parce que j’ai l’obligation de le faire ;
– parce que je l’ai toujours fait ;
– parce que je ne pourrais pas compléter les bulletins électroniques si je n’en mettais pas ;
– parce que les parents veulent que leurs enfants soient notés ;
– parce que mon administration n’accepterait pas que je n’en mette pas ;
– parce que je dois préparer mes élèves aux examens ;
– bein, je sais pas…. je n’y ai jamais réfléchi….

Encore une fois, cherchez l’erreur, l’argument pédagogique reste minoritaire…
Jamais personne ne m’a dit, « Parce que cela permet à mes élèves de progresser ».
Et pour cause.

Noter un élève n’a jamais eu pour but de l’aider à progresser

Ce n’est pas moi qui le dit (enfin, si, je le dis et j’en suis même profondément convaincue, mais je ne suis absolument pas la première à le dire) et d’éminents pédagogues, s’appuyant sur des recherches sérieuses l’ont démontré.

Je vais juste m’appuyer sur un très intéressant document publié par L’Inspection Générale en 2005 : Les acquis des élèves, pierre de touche de la valeur de l’école ? et en tirer deux extrait. (Cependant, je vous en conseille la lecture intégrale… il a été écrit au moment de la création du fameux « Socle Commun »)

Page 9 du .pdf

« En somme, ce système de notation* a une triple fonction :
Il vise à récompenser ou à punir les élèves pour le travail fourni et pour leur comportement scolaire (il est d’usage d’attribuer une note « de conduite » ou « de morale »).
Il classe et compare les élèves entre eux, afin de susciter l’émulation.
Il renseigne les autorités scolaires et les parents sur les mérites ou démérites de chaque élève et permet ainsi des sanctions publiques comme les prix, les tableaux d’honneur, les félicitations ou les blâmes, comme aussi le passage en classe supérieure (récompense) ou le redoublement (punition). »

* mis en place par les instructions de 1890 (Arrêté du 15 juillet 1890, Bulletin administratif de l’instruction publique, année 1890, supplément au n° 922). Mais finalement, la philosophie de la note n’a pas vraiment changé !

Page 57 du .pdf :

« Le système de la notation, qui perdure dans le second degré et qui se réintroduit parfois en « doublure » dans le premier degré, permet de revenir à des habitudes ancrées depuis de longues années et de répondre aux exigences des familles qui veulent être renseignées sur les performances finales de leurs enfants : oui ou non, l’élève satisfait-il aux exigences scolaires attendues ? L’univocité apparente de la réponse (oui ou non) et la multiplicité des contrôles donnent à la notion de moyenne un relief considérable. À double titre : d’une part la moyenne (de 10/20) constitue le seuil qu’il faut atteindre, ou qu’il suffit d’atteindre, pour satisfaire aux exigences requises ; d’autre part, il est justifié de n’atteindre ce seuil « qu’en moyenne », c’est à dire qu’au terme du cumul de plusieurs notes obtenues à des contrôles différents et d’un calcul de la note moyenne. Il résulte de cette religion de la  moyenne nombre d’effets pervers déjà aperçus, qui jouent le plus souvent contre l’égalité et l’équité. »

Si je résume donc, une note, ça sert à classer les élèves et répondre à UNE question simpliste : l’élève a-t-il atteint le niveau de savoirs, de savoir-faire et de compétences qu’on est en droit d’exiger d’un élève de la classe de 6è (par exemple). S’il a plus de xx de moyenne (parce que ça dépend des établissements, des enseignants, du niveau général de la classe, du niveau social supposé ou réel de l’élève, et même s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille…), la réponse est oui, sinon….. c’est non. Et celui qui a la meilleure moyenne est le meilleur élève de la classe. Vous savez ce que je pense de cette idée de « bon élève »….

Une note est un outil subjectif et simpliste d’évaluation

Interrogeons Kévin :

– Qu’est ce que tu penses de Madame X, ta professeure de français ?
– Madame X, elle met toujours des notes au dessus de la moyenne ! C’est trop facile d’avoir de bonnes notes avec elle
– Et Monsieur Y ?
– Lui c’est une peau de vache, personne n’a jamais la moyenne !

(Bon, en réalité, Kévin n’a pas exactement utilisé le vocable « peau de vache », mais un autre plus… fleuri…)

C’est vrai que lors des conseils de classe, les notes de Mme X, tout le monde sait qu’elles ne sont pas représentatives, car elle est considérée comme un peu laxiste, mais qu’avoir la moyenne avec M. Y, cela veut dire que l’élève a d’excellents résultats et qu’il mérite les félicitations.
Et puis il y a tous les autres profs, ceux qui sont comme tout le monde avec des notes entre, disons 5 et 18… Pas de 20 parce que 20 c’est l’excellence….

Il est donc normal d’avoir un échelonnement de notes : 1/3 de bons, 1/3 de mauvais, 1/3 de moyens. Regardez dans vos carnets de notes de l’année dernière…. et dites moi si je me trompe… ?

Je n’ai rien inventé. Ce phénomène s’appelle la constante macabre. Et il fonctionne, quelque soit la classe, quel que soient les enseignants.
Cela veut dire que la note que vous mettez à vos élèves est complètement subjective.

D’ailleurs, le test a été fait avec des copies de bac.
Le très sérieux Institut de Recherche sur l’Éducation de Dijon (CNRS) a publié en 2008, sous la plume de M. Bruno Suchaut, un document intitulé : La loterie des notes au bac – Un réexamen de l’arbitraire de la notation des élèves.

Des copies de SES ont été soumises à 34 correcteurs différents. Les résultats (page 5 du .pdf) sont éloquents….
– pour la copie n°1  les notes attribuées vont de 5 à 15 ;
– pour la copie n°2 les notes attribuées vont de 5 à 16 ;
– pour la copie n°3 les notes attribuées vont de 8 à 18.
Et si vous regardez les trois notes mises par chacun de ces correcteurs de l’académie de Dijon, ils ont quasiment tous mis une bonne, une moyenne et une mauvais note…

Vous avez toujours envie de mettre des notes ?

Pour finir, je reviens sur mon idée de « simpliste ».
Imaginez… Vous devez faire appel à un chirurgien pour, disons une opération de la cornée. Si on vous dit que ce chirurgien vaut 12/20…. vous prenez rendez vous ?

A suivre…..


Quelques liens pour commencer ?

– Pour en savoir plus sur la constante macabre :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Constante_macabre

– un site qui milite pour l’abandon de la notation scolaire :
http://www.panote.org/

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Sondage « Évaluation »

J’avais lancé ce sondage avant de commencer ma série de billet sur la notation.
La série de billets n’est pas achevée et le sondage reste ouvert.

Vous voudriez bien m’aider en répondant à ces deux questions ?
(Cette question vous concerne aussi si vous n’êtes pas enseignants. Vous avez sûrement un avis sur ce sujet…)
Merci d’avance !

PS : Si vous le souhaitez, vous pouvez, après avoir voté, laisser un commentaire si vous avez des choses à dire…

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