« On ne naît pas pédagogo, on le devient » ou « C’est la faute à Kévin !»

Je vous préviens tout de suite, l’article que vous allez lire est celui d’une dinde pédagodiche. Vous devriez immédiatement cesser de le lire. Si vous poursuivez, votre cerveau va se mérieuriser et ce sera la fin de la civilisation occidentale. Si vous le lisez quand même, ne venez pas vous plaindre après !

Au début, il y avait les dinosaures….

Quand je suis entrée dans une classe la première fois (ne cherchez pas, si ça se trouve vous n’étiez même pas né(e) !) outre le fait que j’étais à peu près dans l’état du lapereau moyen dans les phares d’un TGV, j’ai enseigné comme on m’avait enseigné. Je montrais mes connaissances, je demandais aux élèves de me montrer qu’ils savaient reproduire ce que je leur avais exposé, et je mettais une note pour graver dans le marbre d’un kalamazoo leurs réussites et leurs échecs. La classe était la plupart du temps silencieuse, à coup de punitions et d’heures de colles si besoin. Les tables étaient bien alignées (je me souviens que je me servais des pavés au sol pour bien aligner les tables, parce que j’aime bien que les choses soient à leur place) et tous les élèves me faisaient face. Je faisais des plans de classe, avec les mauvais élèves au premier rang pour mieux les surveiller et éviter les débordements.

Et ça fonctionnait très bien. Je me souviens d’élèves me remerciant d’avoir progressé en latin (hé oui, je sais que ça va en étonner plus d’un mais j’ai aussi enseigné le latin), des fleurs et des chocolats en fin d’année.

Chute de météorite

Sauf qu’un jour, je suis tombée sur un os. Je faisais un remplacement dans un collège plutôt sélect (j’y retrouvais les enfants de mes profs de fac) dans lequel les élèves étaient plutôt bien inscrits dans le moule. Enfin, pas tous.
C’est là que j’ai rencontré Kévin. Je suis bien incapable de vous dire à quoi il ressemblait, ni comment il s’appelait en réalité. Par contre je me rappelle très bien de la première copie qu’on m’a demandé de lui rendre, corrigée par la collègue que je remplaçais. Et de la note qu’il y avait dessus.

kévin

Et de celle que j’aurais pu lui mettre en lui rendant la dictée suivante. Sauf que j’ai pas pu. Je me suis dit que ce n’était pas possible. Parce que si Kévin, grâce à moi (j’avais alors la fougue de la jeunesse qui pense qu’elle va réussir là où les anciens ont échoué) progressait au point de faire deux fois moins de fautes à sa dictée, il aurait toujours zéro. Et c’est ce jour là, précisément, que je me suis dit qu’il y avait forcément d’autres façons de faire. La météorite kévinesque qui m’était tombée dessus avait fait d’irrémédiables dégâts.

Catastrophe

La première conséquence a été de regarder derrière moi et de constater que j’étais déjà passée à côté de beaucoup trop d’élèves. De prendre conscience que tous les jolis cours que j’avais fait, et qui avaient fait progresser pas mal d’élèves en avaient laissé bien trop sur le bas-côté. Du coup, je me suis sentie comme le lapereau de tout à l’heure, mais SOUS le TGV.

Résilience

Ça a été un long chemin. Chaque année je m’en suis voulue parce que je n’avais pas encore suffisamment fait attention à Jennifer ou à Manfred. Chaque année, je cherche à faire mieux.

J’ai d’abord cherché toute seule (je vous rappelle que cette histoire a commencé dans des temps fort-fort lointains) et puis avec l’ouverture de l’internet au commun des mortels, petit à petit je me suis rendu compte que je n’étais pas la seule à me poser ces questions. J’ai discuté, observé, pillé le travail des gens qui me semblaient aller dans la bonne direction (bisous à CJS au passage !) j’ai même fini par lire des livres de pédagogie !

Mutation

Et c’est là que je me suis aperçue que j’étais désormais classée dans la catégorie des « pédagodiches ». Je ne sais pas trop ce que cela signifie, mais j’ai lu beaucoup de gens qui écrivaient pour se plaindre du « pédagogisme ». En fait, comme autrefois on avait inventé les fées, les lutins et les licornes, on a inventé les « pédagogols » (les mâles) et les « pédagodiches » (les femelles).

D’après les érudits qui les ont décrits, la biologie des « pédagogos » (terme générique aux deux sexes de cette race) est simple. Ils vivent sur une autre planète, et tels des imbéciles heureux, sans aucune culture ni connaissances scientifiques, et s’en félicitent. Leurs objectifs (car malgré leur bêtise, ils en ont) sont de précipiter la fin de la civilisation occidentale et de dominer la totalité de la galaxie de Grenelle, vers l’infini et au-delà. Les moyens qu’ils emploient pour y parvenir sont simples (à la manière de leurs mœurs) puisqu’ils passent leur temps à baragouiner (à l’oral comme à l’écrit – mais avec des fautes d‘orthographe) entre eux et à se trémousser dans des classes en portant des vêtements ridicules. Sourds aux recommandations des courageux dresseurs de « pédagogos » qui s’aventurent parfois sur leur territoire (en général ce n’est pas conseillé, il vaut mieux se tenir à une distance stratosphérique de ces créatures), ils se complaisent dans leur médiocratie.
Les élèves victimes de ces créatures prennent bien vite les mêmes comportements que leurs maîtres : ignares, abrutis par le manque de nourritures intellectuelles, ils s’étiolent et finissent dans les caniveaux qui entourent les bâtiments des prestigieux lycées parisiens.

Hé, je rigole, hein, les pédagogos, c’est comme les licornes, ça n’existe pas !

Bonne rentrée.
Et faites attention à Kévin.

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7 Commentaires

Classé dans Bavardage, récit

7 réponses à “« On ne naît pas pédagogo, on le devient » ou « C’est la faute à Kévin !»

  1. Bonjour,
    Une petite coquille: « abrutis pas le manque »->par.
    Bizarre, ce n’était pas la première fois que je voyais le terme « pédagogo », mais pas du tout avec le même sens.
    Voir les tweets en français ici:
    https://mobile.twitter.com/search?q=%23pedagogo

  2. MENUT

    oh que j’aime être une pédagodiche !

  3. Sabine Mombelli

    Mon Kévin à moi s’appelait Fabien quand je lui ai rendu sa copie avec 0/20 (2 fois) et je pense que je devais être le lapereau déjà sous terre tellement j’avais honte…mais c’était il y a longtemps…

  4. bonneau

    Lamantable rendre une copie avec 0/20 avez vous pensez à ce que peuvent devenir ces pauvres élèves ,manque de confiance ,dévalorisation ,les profs se croivent tout permis y compris détriure l’avenir de leurs élèves qui deviendront adultes et seront en échec à causes de gens comme vous

    • Mila Saint Anne

      Bonjour. J’hésite. Votre commentaire est il une sorte d’antiphrase ou bien est ce que vous n’avez pas lu vraiment le billet ? Autre hypothèse, c’est de la pure provocation.
      J’ai publié votre commentaire parce que j’aimerais bien comprendre…

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