Archives mensuelles : avril 2015

Ne faites pas le gnou !

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué, il se passe des choses dans la maison Éducation Nationale. Nouveaux programmes, nouvelle organisation de l’enseignement obligatoire (école et collège), nouveaux enseignements, nouvelles façons d’enseigner….
Et comme toujours, le changement effraie. C’est un sentiment normal chez les primates humains que nous sommes. Le changement implique une nécessaire adaptation dont nous ne sommes jamais certains ni d’en être capable, ni d’en sortir indemne.
Il est établi que tout changement (personnel ou professionnel), qu’il soit bon ou mauvais est une forme de traumatisme qui nécessite environ 6 mois avant d’être digéré et de pouvoir envisager un début de résilience. Lorsque ce changement est soudain, on peut donc logiquement envisager un retour à la stabilisation six mois plus tard. Quand il s’agit d’un plan de réformes comme celui qu’est en train de vivre l’éducation nationale, il est annoncé plus d’un an à l’avance. Les annonces du printemps 2015 seront appliquées à l’automne 2016. On peut donc logiquement hélas, penser que le retour à la stabilité ne se fera pas avant … le printemps 2017 !
Ça va être long !

C’est long parce qu’entre temps, il y a cette période de crise qui suit tout changement. Et que l’école toute entière est secouée par ce long tremblement. Avec en prime des secousses telluriques qui vont bien au-delà des salles de classe puisque, comme je l’ai déjà écrit, la France est un pays qui compte plus de 60 millions de spécialistes de l’Éducation.

J’ai des convictions personnelles quant à mon métier. J’ai des opinions politiques et syndicales, des engagements militants. J’ai la chance de vivre dans un Etat de droit qui m’offre ce luxe. Et je suis la plupart du temps très contente de dialoguer avec ceux qui n’ont pas les mêmes idées que moi. Sauf en ce moment, sur ce sujet précis.

Les gens avec qui j’aimerais discuter, je les cherche. Quand je regarde autour de moi, dans ma salle des profs, dans la presse ou sur les réseaux auxquels j’appartiens, la discussion n’existe pas. Ou peu. Par contre, les excès de langages, les invectives, les affirmations définitives, les mensonges sont devenus monnaie courante.

« Talibanisation de l’éducation », « mort des disciplines », « nivellement par le bas », « fin de l’égalité républicaine », « primarisation du collège », « égalitarisme niveleur », « fruit de la sénilité du pédagogisme » peut-on lire ici ou là. Bon, mis à part le fait que cela n’apporte rien au débat (à part ne pas du tout donner envie de débattre), on reste dans le classique de la pédagogie de comptoir. D’habitude je m’en amuse et avec les copains, on en fait des bingos pour les heures de réunion.

Sauf que là ça dure depuis des semaines et que les invectives ont changé de terrain de jeu. Les attaques deviennent personnelles. Les idées que je défends, les groupes auxquels j’appartiens et les gens qui en font partie sont tous les jours victimes de calomnies et d’attaques de plus en plus rudes qui ne portent même plus sur leurs engagements mais qui attaquent leur honneur d’être humain et leurs compétences professionnelles.
Penser du bien de ce qui change dans l’Éducation nationale (et même vouloir y apporter des améliorations) c’est forcément être un chien courant des politiques, un privilégié qui n’a pas d’élèves (ne plus être dans une classe serait-il le rêve secret de ces zélotes de l’immobilisme ?), un ennemi de la culture, un social-traître.
Le pire, c’est que ceux qui aboient ainsi n’ont aucun talent. Parce que la méchanceté, quand c’est bien fait, ça peut même être savoureux. Mais tout le monde ne peut pas avoir le talent d’un Clémenceau ou d’un Churchill.

L’ennui avec ces gens-là, c’est qu’ils ne laissent pas le choix. Et je déteste qu’on me prive de mon libre arbitre. On peut leur répondre, mais c’est peine perdue. Ils utiliseront toutes les moisissures argumentatives à leur disposition, vous feront perdre votre temps et une énergie qui serait bien plus utile ailleurs.
L’autre solution consiste à les ignorer. Et à attendre qu’ils se lassent. Si vous le faites, (comme je viens de le faire ce matin en bloquant une cinquantaine de comptes sur Twitter) vous serez accusé de refuser le dialogue.
Effectivement, je refuse le dialogue avec les médiocres et insignifiants dont le seul fait de gloire est de jeter l’opprobre sur ceux qui ne pensent pas comme eux. Je ne vous ferai pas l’affront de vous rappeler le terme qu’on utilise pour désigner cette méthode de « dialogue ».

Vous allez me dire : « Mais quel rapport avec les gnous ? »
J’aime beaucoup les gnous.
Ceux-là surtout.

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