Trop, c’est trop

Il y a des sujets sur lesquels le nombre de crétineries proférées à la minute donne un aperçu de l’immensité de l’univers. L’école en est un. Depuis quelques semaines, l’amplitude du phénomène donne le tournis. On n’est même plus dans l’intersidéral, on est dans l’intergalactique.

Trop de bruit

D’habitude limités aux conversations privées ou aux rubriques « éducation » des magazines, les avis éclairés de ceux qui ne connaissent de l’école que celle qu’ils vivent ou qu’ils ont vécue débordent de toute part, dégoulinent de tous les médias à chaque intervention de tel ou tel étiqueté « intellectuel » ou « enseignant » médiatique.

Comme il est facile de s’en douter, ce n’est pas pour chanter ses louanges qu’ils s’expriment, mais pour dénoncer de façon toujours plus outrancière, les manquements et les errements de l’institution, des enseignants, des parents, des syndicats, des pédagogues, des programmes…

Trop de noir

Si l’on en croit ce qu’on peut en lire (ou en entendre, ou en voir) notre jeunesse, ignare, égocentrique et violente n’est que le fruit de l’impéritie du ministère, de l’incompétence des enseignants, de l’ignorance des parents, de la stupidité des syndicats, des inepties des pédagogues, de l’imbécilité des programmes. Ce qui conjugué avec talent, aboutit à une catastrophe nationale.

C’est vrai quand on y pense. Le ministère est peuplé de créatures stupides qui n’ont jamais vu un élève, les enseignants ânonnent des cours inchangés depuis Vincent Auriol, les syndicats ne servent qu’à entretenir des hordes de permanents incapables, les parents ne sont que des empêcheurs d’enseigner en rond, les pédagogues sont des charlatans et les programmes ont abandonné depuis l’odieux mai 68 toute velléité d’ambition républicaine.

Voilà l’École telle que la dépeignent des auteurs à succès, des Rastignac de l’édition, lors de conférences devant des parterres de complaisance. Ceux là n’en sont pas à leurs coups d’essais. Ces chantres de la généralisation abusive et de l’analogie douteuse, jamais à court de pétition de principe, ont trouvé dans l’école un terreau fertile pour leur misérable pensée.

Trop d’ego

Il faut dire que c’est la façon la plus simple de s’offrir une renommée de pacotille que de s’attaquer à une institution tellement multiple qu’elle ne peut offrir de réponse simple à des critiques simplistes. Ces grands penseurs savent qu’ils ne risquent rien, puisque même le ridicule ne tue pas.

Face à ces babillages néfastes, les mots de ceux qui parlent de l’école telle qu’elle est (et pas telle qu’on peut la fantasmer aux cafés du commerce) passent au second plan. Travailler dans une salle de classe c’est pratiquer une humilité peu conciliable avec les honneurs des éditorialistes à la mode. Les enseignants qui portent un autre discours ont beau écrire des kilomètres de billets de blog, publier leurs cours et les travaux de leurs élèves, leurs recherches, leurs actions au quotidien, il est fort peu probable qu’ils aient un jour les honneurs des gazettes. Les optimistes et les bienveillants seront toujours moins vendeurs que les champions de l’invective et la force de leurs propositions toujours plus faible que les prétendues solutions toutes faites.

Trop de travail

En ont-ils même l’envie ? Devant tant de mensonges à dénoncer et d’approximations à corriger, les plus motivés baissent les bras, et on les comprend. Ce serait un travail à temps complet, un engagement total et une bataille perdue d’avance.

Communiquer est un art. Qui ne fait pas partie de la panoplie de compétences de la plupart des enseignants.
La volonté de comprendre ne fait pas partie de la panoplie de la plupart des médias, dont on dit qu’ils ne parlent jamais des trains qui arrivent à l’heure. Un suicide d’enseignant ou d’élève, des banderoles sur une grille d’école, une parole populiste, une visite ministérielle sont de véritables bonbons au miel bien plus efficaces pour attirer les mouches.

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4 Commentaires

Classé dans énervée

4 réponses à “Trop, c’est trop

  1. nathalie.esteve974@orange.fr

    Bonsoir,

    Je reçois votre newsletter mais ne parviens pas à lire l’article qui est protégé par un mot de passe. Est-ce normal ? Je vous remercie nathalie

    • Mila Saint Anne

      Bonjour. Ce dernier billet a été publié d’abord avec un mot de passe pour être relu avant publication. Il est à présent public et vous devriez pouvoir le lire sans problème. Merci de l’intérêt que vous portez à mes écrits 😉
      Mila.

  2. Marotine

    Bien dIt, Mila. Amicalement, Claire @helubenartanfel

  3. le problème est qu’aucun enseignant compétent n’est jamais reçu par les médias ou alors ce n’est pas vendeur. Lorsqu’une caméra s’immisce dans une salle de classe c’est pour montrer un jeune collègue pris en défaut, démuni face aux ados. Du coup nous vivons de notre vieille image, on nous assomme, on nous montre du doigt ( et il faut reconnaître qu’il y a de quoi faire avec les collègues qui véhiculent une mauvaise image de l’enseignement). Je vis sur l’ile de la Réunion où les enseignants passent pour des nantis imbus de leur personne. Les parents rechignent à venir nous voir, souvent blessés par un enseignement qui les a déçus à une certaine époque et les a laissés sur le bord du chemin. Ce qui me fait frémir, moi, en ce moment, ce sont les propos de notre ministre qui pense savoir ce qu’il faut faire mais ne nous convoque pas pour en discuter…grrr !

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