Comment l’École a raté ma fille. (Épisode 5)

Je voudrais remercier tous ceux qui suivent ce feuilleton au fur et à mesure qu’il s’écrit. Si je vous raconte tout ça c’est parce que j’ai une idée de conclusion derrière la tête. Mais il va encore falloir vous fader un ou deux épisodes avant. J’espère que vous ne m’en voudrez pas.

 

Un petit coup de pouce de la vie

On a failli pas trouver de maison. L’emménagement a eu lieu le 1er septembre (oui, je sais…).

On a failli déprimer quand tous les médecins de tous les hôpitaux de la région ont refusé de se lancer dans une opération qu’ils trouvaient risquée. Merci à Paul qui a trouvé LA perle rare, Éric, ce chirurgien talentueux et honnête qui a osé se lancer dans une auto-greffe qu’il n’avait jamais pratiquée. Et merci à la vie qui a permis que tout rentre finalement dans l’ordre.

 

L’adolescence n’est pas un long fleuve tranquille.

 

Les deux dernières années collège, finalement, ça s’est plutôt bien passé.
La première année, j’ai adoré croiser dans les couloirs cette gamine qui ne portant pas mon nom avait décidé de ne pas dire qu’elle était ma fille. Mais bon, comme la moitié de ses profs avaient changé ses couches, ça permettait de vivre une scolarité détendue.

La deuxième année, pour sa 3e, je n’étais plus là parce que ma vie professionnelle m’avait attirée vers d’autres horizons.
La deuxième année, elle a eu 15 ans. Et je préfère masquer d’un voile pudique cette année somme toute classique pour toute adolescente qui se respecte. Elle a été chiante. Voila. Avec moi et avec tout le monde.

La deuxième année, l’équipe de direction avait changé. Et pas en bien. C’est vrai qu’il est difficile de remplacer l’irremplaçable, mais là….

 

Le poisson pourrit par la tête (proverbe japonais)

 

Juste une anecdote qui me revient. Parce qu’elle m’a concernée. Il y en a eu tant d’autres, et des pires.

Un matin de la dernière semaine de juin (comme je vous l’ai dit plus haut…), mademoiselle m’appelle à 8h05. Arrivée en retard (et même de ça on n’est pas très sûrs mais passons), le principal lui avait fermé la porte au nez (et presque sur le doigt d’après elle) et lui avait interdit de rentrer dans l’établissement. Elle se trouvait en compagnie de quelques gamins plus jeunes et me demandait ce qu’elle devait faire.

Moi j’étais trop loin pour faire quoi que ce soit, alors j’ai envoyé ma troupe d’élite spécialiste de la récupération de jeune fille en détresse.

 

Ce qui s’est passé ?

Je vous résume ce qui s’est passé sur place d’après des témoignages concordants.

 

– « Bonjour, monsieur le principal. J’aimerais savoir pourquoi ma fille ne se trouve pas à l’intérieur de l’établissement.

– Elle est en retard comme d’habitude.

– Si elle est en retard, envoyez la en étude, punissez-la, collez-la mais ne la laissez pas dehors.

– Qui êtes vous pour venir me dire ce que j’ai à faire ? Si vous n’êtes pas content allez vous plaindre au président de la République !

– ….. ?

– Si vous ne sortez pas immédiatement de mon établissement, j’appelle la police.

 

Vous comprendrez que le dialogue s’est arrêté là.

J’avoue. Le lendemain, j’ai envoyé une lettre à l’inspection académique.
Le principal en question est toujours en poste dans l’établissement.
Heureusement, je n’ai plus à y aller. Je ne sais pas s’il a toujours la photo du pape dans son bureau.

On était quand même bien contents qu’elle quitte le collège et qu’elle entre au lycée, à deux rues de la maison.
Merci à Catherine qui avait su passer outre l’adolescente agressive pour voir la gamine gentille et curieuse et l’aider à faire son dossier pour intégrer une classe Européenne.

(à suivre)

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3 Commentaires

Classé dans récit

3 réponses à “Comment l’École a raté ma fille. (Épisode 5)

  1. dlauren

    Des fois, on se demande pourquoi on a supporté autant d’horreurs, d’erreurs, de discriminations, de conneries… Le voir écrit est impressionnant, cela donne le vertige…
    Je connais moi-même le début de ces aventures, comme enseignante mais ma chère fille a traversé la rue pour aller étudier dans l’école (élémentaire) privée en face de la mienne…publique et maternelle.
    Oui cela fut dur à décider, mais dans mon école, tout c’était très bien passé… comme vous dans votre collège. En réfléchissant, je pense que c’est simplement parce que mes collègues avaient les mêmes valeurs humaines et « scolaires » que moi !!!!!

  2. AUDREN de KERDREL Emmanuel

    Euh… après « Le Genou de Claire » dont le titre évidemment m’a beaucoup plu, euh… je me retrouve un peu con, là, je comprends même pas ce que tu écris… Tu m’au… – Ah très joli, tu as remarqué le début de ma phrase, ça signifie que ton petite texte, en véritables épisodes digne des gazettes d’autrefois a réussi à bien me happer et me voici pris dans tes filets où j’ai l’impression que tu ne t’adresses qu’à moi. Du grand art. Chapeau ! – Donc, tu aurais écrit «  »j’en ai plein mon pegement », j’aurais mieux compris, mais là : « Il va encore falloir vous fader… » What ? De quel pays es-tu issue ? De quel coin viens-tu ? De quelle planète ?
    Allez, j’te la fais courte : « pegement » ça veut dire combien / How many, quoi. Parfois, chez moi, tu entends les vieux paysans du coin mélanger les langages, le breton et le français et dans une sorte de « meskaj » (mélange), tu les entends murmurer : « J’en ai plein mon pegement » qui par une sorte de glissement syntaxique signifie « J’en ai plein le dos », « J’en ai marre », « ras le cul », etc….
    J’vois bien c’que tu veux dire, faut pas exagérer, un vieux littéraire, un cinglé des mots comme moi et des langues, connait bien – oui, un peu – ce que tu racontes. Un peu comme dans « Plus belle la vie » où ils arrêtent pas de nous bassiner de « minots » par-ci, « minots » par-là. Chez moi, on dit « loustics ».
    Mon frangin a trouvé un mot pour cette période et je dois dire qu’il me fait beaucoup rire : adoleschiant.
    En même temps, je me souviens parfaitement de mes 16 ans et de la souffrance occasionnée par cette période, mais absolument nécessaire. Indispensable. Ca y est mon aîné en est sorti, en passe de devenir un adulte, ouf ! Et le second commence lentement à s’en extirper. Enfin. Pas une mince affaire.
    C’était un collège public, non ? De quel droit il avait la photo du Pape dans son bureau ? Il aurait du être mis à pied. C’est une faute grave. Dans un lieu où toutes les religions, toutes les communautés doivent être acceptées. Une honte. Qu’il soit religieux, c’est son affaire et même tant mieux pour lui s’il croit à une résurrection, à une vie meilleure ou je ne sais quoi et si il aime cet homme de Dieu. Mais pas là. Chez lui, oui.
    J’imagine si j’arrivais au boulot – Ah ben non j’suis con j’en ai plus depuis un mois ! – , bon bref, si j’en avais un, et que j’exprimais mes opinions religieuses de quelque nature qu’elles soient, mais je serais viré immédiatement. Et là je parle du privé (j’ai été instit contractuel 5 ans, sinon j’ai bossé dans le privé, comme libraire notamment… docker, commercial, vendeur, assureur, ouvrier, chargé de clientèle, manutentionnaire, conseiller de clientèle, responsable d’agence, télévendeur, vacataire, téléprospecteur, assistant commercial, gestionnaire de contrats, assistant administratif, chômeur, demandeur d’emploi, etc…)…,
    Pour faire le lien avec ton… pardon, avec ce Principal stupide, je me souviens que lorsque mes fils sont partis avec leur mère dans une autre région, une autre ville, je te passe tous les détails des angoisses qui m’ont hantées pendant tous ces mois où il a fallu pour moi, mais pour mes loustics aussi, apprendre à vivre les uns sans les autres, loin des uns et des autres, etc… Ils sont passés d’une école associative, publique, laïque, petite, conviviale, solidaire où je suis devenu le secrétaire, puis le président de l’asso des parents d’élèves. C’est là véritablement que non seulement j’ai appris la démocratie, mais également que je me suis réalisé et que j’ai satisfait quelque part mon égo, c’est ce que je raconte dans mes Lettres de Motivation lorsque je tente d’être candidat à un quelconque poste : « Je me suis beaucoup investi dans une association de parents d’élèves où j’ai été élu Secrétaire, puis Président, ce qui m’a permis d’apprendre à écouter, à échanger, à débattre, à négocier avec les élus et surtout à les convaincre, ainsi qu’à communiquer auprès des médias et à envisager des stratégies avec les adhérents… » C’est la réalité objective, même si dans ce type de lettres, j’ai tellement l’habitude que je sais parfaitement utiliser chacun des mots à bon escient. Tout ça pour dire que lorsque mes enfants sont partis avec leur mère, ils sont rentrés dans de nouveaux établissements. Au Collège, tout était fermé, clot. Je ne pouvais pénétrer dans les lieux comme je le faisais auparavant dans l’école primaire de mon aîné où parfois il est vrai, je profitais de mon statut pour rentrer dans les différents locaux. Plus tard, lorsque à la fin de la scolarité de mes gamins dans cette école, je restais à la porte jusqu’à la fin de la journée, comme les autres parents. Mais là, dans cette région inconnue, dans cette ville, j’avais l’impression d’être rejeté et que mes enfants étaient littéralement prisonniers, détenus. Je ne percevais pas justement tout ce que j’avais aimé dans l’école de chez moi et qui étais, non seulement important pour moi, mais vital, parce que justement moi, j’avais tout arrêté à la 3°, victime de tout ce que tu as décrit auparavant, et même pire, et que je fais partie de ce qu’on appelle « les Décrocheurs ». Je souhaitais la réussite absolue de mes enfants. Heureusement, j’ai toujours su qu’avec leur mère, sur ce plan-là, ils auraient le meilleur. Et C’est pour ça que j’ai toujours considéré que la séparation avec mes enfants, et donc avec leur mère, était une chance pour eux, parce que peut-être ils auraient une chance d’échapper à ma propre névrose, au phénomène de répétition d’échec qui me lamine moi et les miens. Je te fais une confidence, là. Pas grave, on est tout seul, hein ? :-)… Bon pour ne pas faire pleurer dans les chaumières, autant que tu le saches, j’ai repris des études à 31 ans et obtenu une Licence à 35. J’ai poursuivi en Maîtrise, mais trop tard j’avais décroché à nouveau. Depuis l’ancien président de la République a changé la loi et je ne peux plus enseigner…

  3. Voiron Véronique

    Je ne sais pas si je dois me rassurer en lisant tes billets… Je ne suis pas la seule à être dégoutée du système scolaire pour lequel je travaille.
    Andréa sort du collège, enfin!!! 4 années pas top du tout avec des échanges surréalistes avec certains enseignants (la palme d’or revient à la prof d’anglais . -« Elle est comment Andréa en cours? – Ben, vous voyez quoi, c’est Andréa… – Ben non justement, je ne vois pas. – gros blanc »), les collègues qui confondent ma fille avec d’autres (« -Maëva ça ne va pas -Ah non, moi c’est pour Andréa – oui, ben Andréa elle redouble pour rien – Ah oui mais elle ne redouble pas [et même elle a un an d’avance]), des heures de colle données par erreur parce qu’il y a deux Andréa dans la classe et de la décision délirante du conseil de classe en 3me: non à la seconde générale, non au redoublement, orientation en MFR. Là, j’ai emmené mon Antoine sous le bras pour aller expliquer à la principale que « non, Andréa n’irait pas en MFR à 14 ans. » Enfin, on en sort. Maintenant c’est le lycée, le mien obtenu avec des méthodes particulières et je fais confiance à mes collègues pour que ma fille se réconcilie avec le système scolaire. C’est un vrai défi que je leur propose. Face mon effarement devant ses notes (en maths of course) ma fille m’a répondu qu’il fallait que je m’estime heureuse qu’elle rende une copie.
    En fait si tes billets sont rassurants. Si Andréa arrive juste à devenir elle-même comme ta fille semble y être parvenue, ça m’ira.

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