Comment l’École a raté ma fille. (épisode 4)

Finalement, c’était une bonne idée cette option athlétisme. Ma gazelle sautait tellement bien qu’elle a été sélectionnée aux championnats académique. Elle était toujours nulle en maths mais bon, on en connaît d’autres qui s’en sont pas si mal sorties.

Le genou de Claire

 Elle ne s’appelle pas Claire, mais utiliser le titre d’un film de Rohmer*, ça fait intello et ce blog en a bien besoin.

 

L’après midi de la compétition, on m’a appelé pour me dire qu’elle s’était fait mal au genou. Mais que ce n’était sans doute pas grave, qu’elle attendait le retour du groupe et la fin de la compétition dans les gradins.
Je n’en veux pas à la collègue de ne pas avoir réalisé la gravité de cet accident. Juste un peu de ne pas m’avoir demandé de venir la chercher.
Mais je peux comprendre : ma fille c’est l’antithèse de la caricature du joueur de foot italien. Du genre à ne pas vouloir rater une séance de ciné pour une clavicule cassée. Elle a du être tellement déçue d’avoir raté sa compétition qu’elle a du faire la maline et ne pas montrer qu’elle avait terriblement mal.
Le verdict a été sévère : rupture totale du ligament croisé antérieur, traumatisme rarissime chez les jeunes. Et qu’on opère pas avant que la croissance ne soit terminée. Rien à voir avec l’école me direz vous. Sauf que quand on a 12 ans et que tous les médecins vous disent que vous ne pourrez plus faire de sport avant d’être adulte, que vous voyez s’envoler la piscine, l’équitation et le saut de haie en une seconde, ça vous change la vie. Radicalement.
Et accessoirement, ça vous met quelque temps entre les béquilles et le fauteuil roulant.

 

Intégration ?

 

Dans mon collège construit dans les années 50 et donc pas super adapté pour l’accessibilité, on avait l’habitude d’utiliser une salle du rez de chaussée pour déplacer une classe dont un élève avait des soucis de santé.
Dans le collège de ma fille, récemment restructuré, il n’y avait pas de soucis. Outre qu’elle avait le privilège d’aller au collège en taxi, ça lui a valu un troisième trimestre de rêve à passer de longs moment d’attente devant l’ascenseur, avec une pléthore de retards dus au fait qu’on « oubliait » de l’accompagner et qu’elle devait attendre que quelqu’un ayant les clefs de l’ascenseur s’aperçoive de sa présence.

Mais je me disais qu’on allait trouver la maison de nos rêves, qu’elle allait aller dans un bahut de rêve et qu’il fallait juste qu’on soit patientes.
Ah oui, bien sur, toujours pas de soutien en maths ni d’aide au devoir.

Et comme elle était un peu handicapée, elle a été invitée à s’asseoir au fond de la classe pendant les cours de techno et à attendre que les cours se passent. C’est bien connu, le cerveau c’est dans le genou. Elle s’ennuyait ferme mais avait interdiction de toucher au matériel (y compris aux ordinateurs) et donc de travailler puisque les fiches servaient de bilan aux manipulations.

 

Le meilleur pour la fin ?

 

La seule fois ou on a vraiment rigolé c’est le dernier jour. Parce que je suis du genre à envoyer ma gosse à l’école jusqu’au bout, pas respect des collègues. Je sais….
J’attendais au soleil devant le collège et pour une fois j’étais en avance.
J’ai vu sortir mademoiselle, sur ses béquilles, accompagnée par le principal adjoint (un ancien adjoint de mon bahut, un copain quoi) hilare. « Décidément, c’est bien que vous partiez…. Tu n’imagineras jamais ce qui vient de se passer. Elle a été virée du dernier cours de techno. Parce qu’elle a demandé à avoir du travail. »

On est parties en rigolant, parce qu’il n’y avait finalement plus que cela à faire.

 

(à suivre)

* Et pas de Rivette, bande d’incultes !
Comment ça je m’avais gourée ? Merci au lecteur attentif et bienveillant qui a corrigé ma boulette.

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4 Commentaires

Classé dans récit

4 réponses à “Comment l’École a raté ma fille. (épisode 4)

  1. AUDREN de KERDREL Emmanuel

    Oui, il vaut mieux en rire… Et les gamins, pour ça, ils savent mieux dédramatiser que nous… Enfin, je crois.
    Dans les 4 textes que j’ai lu, je suis désolé de le pointer aussi nettement, mais tu n’arrêtes pas d’excuser tes collègues. Stop ! Là, faut que tu changes, parce que tes collègues ils en ont rien à cirer, eux. Bien sur que tu aurais du être prévenue. Immédiatement, même. C’est un manquement grave. Et est pas loin de la « non assistance à personne en danger » ou pire du déni, du mensonge et encore une fois de la trahison. Ces cons-là utilisent à très bon escient je dois le dire, ta fibre professionnelle, pour te réduire au silence, alors qu’il faudrait leur rentrer dedans….
    Et alors ? Après ?
    Je peux faire mon psy de Carambar aussi ? Et toi, avec ta mère, ça s’est passé comment ta scolarité ?

  2. Merci pour le témoignage. J’aurais pu écrire peu ou prou la même chose, sauf que je me sentais tellement coupable de n’avoir pas su le protéger et d’avoir « fait confiance » aux collègues que je n’ai jamais osé finalement.
    Ce n’est certes pas une consolation mais lire que le même gâchis est arrivé à une collègue bien informée, je me dis que peut-être c’était inévitable, malheureusement.

  3. (Pssst! Le Genou de Claire c’est un film d’Eric Rohmer, pas de Jacques Rivette 😉 )

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