Comment l’École a raté ma fille. (épisode 3)

Bref on est arrivé comme on a pu en cinquième.

C’est reparti mon kiki

La cinquième commençait plutôt bien. En plus d’aimer les animaux, ma progéniture a depuis sa tendre enfance montré des prédispositions à essayer de se faire pousser des branchies dans toutes les piscines de France et de Navarre. Alors, l’UNSS natation c’était le bonheur. En plus on en profitait pour manger ensemble au bar de la piscine, en copines. C’était super cool.
Pour faire bonne mesure, comme elle a aussi des jambes de gazelle, elles avait choisi l’« option athlétisme ». Pas une foudre en lancer de poids, ni en course de fond, mais une sauteuse de haies prometteuse ! L’énergie retrouvée et l’envie d’école qui revenait.

Bon, mais comme il n’y a pas que le physique dans la vie, je commençais quand même à m’inquiéter de ses résultats en maths. Et comme j’étais incapable de suivre ses devoirs à la maison, je demandais au collège de l’inscrire à « l’aide aux devoirs » et au soutien en maths. Rien ne se passait. Alors quand le bulletin du deuxième trimestre est arrivé, je me suis dit qu’il fallait agir. Et vite.

Demande de rendez vous avec le prof principal. Entre son emploi du temps et le mien, le rendez vous demandé début mars s’est concrétisé … à la mi-avril. Bon. Je ne lui jetais pas la pierre, j’avais cette année là un boulot de taré.

 

Professeur principal.

Encore aujourd’hui, je mesure mal le côté surréaliste de l’entretien que j’ai eu avec ce collègue.
Pour commencer il ne comprenait pas pourquoi je venais le voir, il n’y avait pas de problème.
Je vais essayer de vous la faire courte, genre question-réponse. Je vous laisse commenter par vous même (si je le fais, je vais finir par dire des gros mots et j’ai promis…)

Q : J’ai l’impression que ses résultats ne sont pas très bons.
R : Je peux vous parler de ma matière, mais pour les autres, je n’en sais rien.

Q : J’aimerais qu’elle bénéficie de soutien en maths, de l’aide aux devoirs…
R : Oh ! elle n’en a pas besoin. C’est réservé aux élèves vraiment en difficulté.
Q : Et une moyenne de (censuré), c’est pas parce quelle est en difficulté ?
R : Ah oui. Effectivement. Mais vous savez, la collègue de mathématiques est très « vieille école », elle note sec, on ne peut rien faire !

Q : Pourquoi ils n’y a pas de casier dans l’établissement ? Les cartables sont lourds pour les demi-pensionnaires.
R : On en a eu mais ils ont été abîmés alors on les a retiré. De toute façon, quand il y en a ils ne savent pas s’en servir. Franchement, ça sert à rien.

Q : Comment ça se fait que je n’entends pas parler du B2i, même pour sa copine en 4e ?
R : Le quoi ? Ah oui, ce truc qu’ils passent en 3e ? Franchement, entre nous ça ne sert à rien, on le leur donne de toute façon. Sérieusement, l’informatique à part pour faire des jeux, je ne vois vraiment pas en quoi ça peut servir dans l’enseignement ! Vous qui êtes enseignante aussi, vous le savez bien !

Q : Elle me dit qu’elle ne comprends pas le prof de techno. J’avoue que moi aussi, lors de la réunion parents/profs, j’avais du mal à le comprendre, il a un accent très prononcé….
R : Ah oui, d’ailleurs moi non plus, je ne comprends pas toujours ce qu’il dit. C’est pas grave. Elle n’a qu’à travailler sur les fiches, je crois qu’il leur donne des fiches.

Je suis sortie sur le trottoir. Et là, sous les arbres vert tendre du début du printemps, je me suis dit que ce n’était pas possible. Que je ne pouvais pas laisser ma gamine entre les pattes de ces gens là.
Et comme je ne suis pas du genre à me tourner vers le privé, je me suis dit que j’allais, pour la première fois de ma vie et avec la honte au ventre, profiter du fait que j’étais moi même enseignante pour lui permettre de venir finir ses années collège dans le mien.

La sortie c’est par là.

On a donc décidé de déménager.
La fin de l’année s’annonçait bien, la demoiselle était ravie à l’idée de retrouver les copains/collègues et d’être enfin leur élève.

On ne savait pas que, comme toujours, le meilleur est pour la fin (ou « in cauda venenum » comme on disait dans la Rome dont elle n’avait jamais entendu parler).

À suivre.

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2 Commentaires

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2 réponses à “Comment l’École a raté ma fille. (épisode 3)

  1. Comment vous dire que je me reconnais totalement dans ce que vous dites ? Enseignante ( par vocation et tutti quanti …) j’ai toujours laissé faire les collègues même si certaines méthodes m’ont fait grincer des dents. Jusqu’au jour où nous avons migré à la Réunion et, composition du collège oblige, mon fils ainé s’est retrouvé dans une classe européenne. Catastrophe : la crème de la crème « zoreil » était là, esprit de compétition entretenu par des parents fiers de leur progéniture et arrogants au possible, des collègues qui prétendaient travailler en vue du bac ! Nous l’avons perdu, lui qui ne rêvait que de simplicité. Année de Quatrième catastrophique et harcèlement sur FB à la clé (alors que lui ne l’avait pas !), nous l’avons changé de classe pour entendre des collègues me dire que finalement il ne s’en sortait pas trop mal, que ce n’était rien, que 7/20 dans cette classe ça valait un 12/20 dans une autre, que les jeunes entre eux étaient parfois cruels. Pourtant il était dans mon collège. Finalement, parce que comme vous l’histoire finit bien, il a décroché son brevet cette année, fier de lui , épanoui mais il a tout de même subi le fait que nous connaissions bien les collègues, parfois des amis, dont un qui l’a finalement saqué au dernier conseil pour s’en repentir ensuite en disant en conseil de classe « je connais bien les parents et ils pensent qu’il peut mieux faire ! » … no comment ! C’est toujours difficile d’être juge et parti.Ma grande trouille est pour mon second qui entre en 6°, dyslexique, dysorthographique, dont seule la maitresse de CM2 a su s’occuper jusqu’à présent . Je sais que nombre de collègue refusent de gérer ce handicap …

  2. AUDREN de KERDREL Emmanuel

    Ouais, en fait, ces enseignants-là, ils ont vu la lumière allumée, par hasard, ils sont entrés et sont devenus profs…. Ouaaah ! Super comme enseignants. Trop bien. Une véritable catastrophe, non ! Comme je l’ai dit un jour droit dans les yeux à une célèbre inspectrice de l’Education Nationale : ils n’ont rien à faire dans l’enseignement !

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