Comment l’École a raté ma fille. (épisode 2)

Ce que vous allez lire, je n’en suis pas fière. Parce que je fais partie de la grande maison de l’Éducation Nationale et que forcément, ça parle de moi aussi.
Je vais quand même vous rassurer un peu. L’histoire ne se finit pas si mal. Aujourd’hui la demoiselle est une jeune adulte. Elle est toujours aussi belle, elle est toujours curieuse, tolérante, attentive aux autres. Elle aime toujours les animaux. Et les gens aussi, des fois. Quand ils le méritent.

Le collège (première partie)

L’avantage, c’est que ça a été rapide.

Le contexte ? Collège de banlieue de CPS variées (des gamins de l’assistance publique, des gamins de classes moyennes à favorisée (proximité de l’université toujours…), stabilité des équipes (mon conjoint avait eu certains des enseignants qui étaient sur l’emploi du temps de mademoiselle, trente ans plus tôt). J’y avais moi même enseigné pendant mes premières années d’auxiliariat. Bref, on n’était pas en terrain inconnu.

Elle était fière comme tout. Aller toute seule au collège, avec les copines. Apprendre des tas de choses nouvelles… En plus elle était dans la même classe que l’homme de sa vie.

Cette demoiselle est quelqu’un de très organisé. D’ailleurs, je me demande des fois si c’est vraiment ma fille, vu les grandes qualités organisationnelles de sa mère. Même aujourd’hui, elle a horreur d’être en retard, de ne pas avoir ses affaires.

Deux jours après la rentrée, je m’en rappelle bien parce que c’était un mercredi matin, qu’elle avait cours et pas moi. La veille elle m’avait apporté son carnet de liaison pour que je lui signe un truc. Et comme je ne suis pas levée ce jour là (mère indigne je vous dit!), son carnet est resté à côté de mon lit.

Elle est revenue en larmes. Avec une heure de colle offerte par sa prof principale, enseignante d’histoire. Parce qu’elle n’avait pas apporté son carnet.

Intérieurement, je me suis demandée si la sanction pour un refus d’obéissance était l’éviscération dans la cour de récréation, vu l’échelle de gravité de la faute.
Je me suis demandée ce que j’allais faire. Débarquer dès le deuxième jour pour faire un scandale ? Je ne l’ai pas fait. Parce que je me voyais mal d’aller voir une collègue plus âgée que moi et lui expliquer qu’elle délirai sans doute un peu. J’ai fait confiance à son professionnalisme.
Alors, j’ai expliqué à ma poulette effondrée qu’une heure de colle, ce n’était pas grave, que j’en avais eue aussi. Que si elle était punie c’était de ma faute. Et que je ne lui en voulais pas. On est allé passer l’après midi au zoo pour compenser.

L’École, c’est la transmission ?

Un jour que je regardais son cahier de géographie, je tombe sur un chiffre qui me semble faux. Le nombre de pays à l’ONU. Après vérification, je m’aperçois que la collègue n’a pas actualisé ses chiffres depuis…. 1988. On corrige dans la marge au crayon, on imprime le tableau de l’ONU et j’envoie ma progéniture discuter avec la prof. Comme vous vous en doutez, non seulement elle s’est faite engueuler, mais le jour de l’interro, elle a perdu deux points ( sur 20) pour s’être trompé d’une unité sur ce chiffre faux.
Je préfère ne pas vous parler des contrôles, que je garde encore pour montrer à mes stagiaires ce qu’il ne faut pas surtout faire, concentrés d’implicite et de pédagogie du perroquet poussé à un art rarement atteint.

Ça a eu le mérite de me faire passer l’envie de travailler avec ma fille dans le domaine que je connais le mieux. Et j’ai passé l’année à ne plus faire attention à ses notes. En même temps, ça n’a pas été trop difficile vu que la collègue n’a jamais trouvé le temps d’arriver à la mythologie grecque. Par contre, j’avais à la maison une référence vivante absolue en matière de dynasties égyptiennes qui n’étaient plus au programme si tant est qu’elles en aient un jour fait partie.

Conclusion logique

Peu à peu, la gamine enthousiaste qui était fière d’aller au collège et qui aurait préféré mourir plutôt que de rater un cours ou d’être en retard s’est éteinte… Entre les cours, les punitions et les nouveaux copains qui ne comprenaient rien à son humour « second degré » (mea maxima culpa), elle y allait chaque jour un peu plus à reculons.
Avant la Toussaint, elle m’a dit : « Je ne veux plus aller au collège ».

Je ne remercierai jamais assez le pédopsychiatre qui l’a accueillie et qui lui a permis de ne pas décrocher à ce moment là.

Et je me dis que si je n’avais pas su quoi faire à ce moment là…. Non, je préfère ne pas penser à ce qui se serait passé.

(à suivre)

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2 Commentaires

Classé dans récit

2 réponses à “Comment l’École a raté ma fille. (épisode 2)

  1. AUDREN de KERDREL Emmanuel

    Tu as vu ce que tu as écrit : « Que si elle était punie c’était de ma faute. Et que je ne lui en voulais pas. » Mais c’est ta gamine qui devait te pardonner et tenter de ne pas t’en vouloir. Car non seulement, tu pionces, mais tu gardes son carnet avec toi… Rien que de lire ce que font ces profs, ça me met hors de moi et tu répètes comme dans le texte 1 « je fais confiance à leur professionnalisme ! » A leur trahison, oui. A leur lâcheté. Des salauds. C’était des salauds de la pire espèce. Non pas parce qu’ils font des conneries, qu’ils mentent, mais parce qu’ils ont en charge les mômes en devenir et qu’il s’agit, non pas d’une simple, d’un banale erreur, non ces gens-là, sont des criminels. Des criminels en puissance.

  2. pichot

    des cours non actualisés : pourquoi ne pas en avoir référé l’inspection académique?? C’est une faute professionnelle!!!

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