Comment l’École a raté ma fille (épisode 1)

Je sais ce que vous allez penser. « Encore un billet pour dénigrer l’École de la République ».
Rassurez vous, ce n’est pas le cas.
D’abord je n’ai pas les compétences pour. Natacha Polony et Loys Bonod ont bien plus de talents que moi sur ce point, je ne leur arrive pas à la cheville.
Ensuite ce n’est pas mon but.

J’ai juste envie de vous raconter mon expérience de maman.
De maman-prof.
Ça change pas mal de choses vous allez voir (et pas forcément dans le sens que vous imaginez).

Ce récit n’est pas un texte « anti-profs » ou « anti École publique ».
C’est juste un regard personnel sur une scolarité ordinaire.

Les débuts de l’aventure scolaire

Si je me rappelle très bien du premier jour de crèche, je n’ai aucun souvenir du premier jour de l’école de ma fille. Je sais, c’est mal. Tout ce que je peux vous dire c’est qu’elle avait deux ans et demi et qu’elle était belle, curieuse de la vie et qu’elle aimait les animaux. Je peux le dire parce que je sais lire un calendrier et qu’elle est toujours belle, curieuse de la vie et qu’elle aime toujours les animaux. Je sais, je suis une mère indigne de ne pas avoir de souvenirs de ce jour là.

Mes souvenirs de ses années de maternelles sont plutôt ceux d’une période bénie. Des profs attentives et gentilles, des projets culturels chouette (arts plastiques ou poésie avec des artistes en résidence), des kermesses de fin d’année … comme toutes les kermesses de fin d’année.

Bref, trois années de bonheur total que ma fille a passé entourée de ses copains et copines de crèche.

Premières désillusions

Pour la dernière année, le calendrier scolaire étant ce qu’il est*, sa meilleure copine, née deux mois avant elle, a du partir en CP.
Et pour parachever le tout, une drôle d’idée est passé par la tête de cette équipe de maternelle compétente, attentive et dynamique. Elle n’avait délibérément pas été affectée dans la même classe que son meilleur copain/amoureux, celui qu’elle connaissait (aussi) depuis la crèche, c’est à dire depuis qu’elle avait trois mois, dont elle n’avait jamais été séparée. La raison qu’on m’a donnée était : « On ne veut pas qu’ils deviennent trop fusionnels ». J’ai pensé « C’est complètement con », mais j’ai pensé aussi que je n’étais pas capable de savoir si elles avaient raison ou pas. J’ai fait confiance à leur professionnalisme.

Deux deuils à faire le jour de la rentrée, c’était trop. J’avais bien essayé de la préparer à l’absence de la copine, mais j’avoue que cette autre séparation, je ne l’avais pas vue venir.
Le soir même, je récupérais une gamine en larmes et tous les matins (je dis bien TOUS les matins), j’ai du la convaincre de retourner à l’école. Un de mes arguments était que l’année suivante, ils se retrouveraient tous ensemble à « la grande école », de l’autre côté du grillage. Et on a passé l’année cahin-caha.

C’est élémentaire

L’école élémentaire ? Que du bonheur. Des classes multiculturelles (proximité de l’Université oblige), des gamins handicapés, tout le monde en bonne et belle intelligence. Un jour, vers l’âge de 7 ans, j’ai eu droit à LA question qui tue. « Maman, je comprends pas. Pourquoi y’en a qui disent que mon copain Jean-François il est noir ? D’abord, il est pas noir, il est marron. Et puis ça fait quoi ? »

On peut lire, la plupart du temps, que les enfants d’enseignants sont des privilégiés. « Classes-CAMIF », suivi quotidien des parents, ouverture culturelle, toussa.
Or il se trouve que, oui, je le répète, je suis une mère indigne : à part afficher les tables de multiplication à tous les endroits possibles et imaginables de la maison, de lui permettre d’utiliser un traitement de texte et de lui lire des histoire, je ne me suis absolument pas occupée de sa scolarité. J’avais déjà assez de boulot avec celles des autres, cette impression de se retrouver au boulot une fois rentrée à la maison…. j’ai pas pu.

Un jour elle est rentrée avec une punition. Un truc pour insolence. Des lignes à copier. No comment.
Forcément ça m’a interpellé. Explications de la punie : « j’ai posé une question et je me suis fait punir ». « Et c’est tout ? » «Oui. » je me dis qu’il manque quelque chose et je décide d’aller y voir de plus près, de prendre la mesure de l’insolence en question. Ça cadrait mal avec ce que je voyais de ma créature, mais je suis bien placée pour savoir que les choses peuvent être différentes en milieu scolaire.

Dialogue avec la « maîtresse » :

– « J’en ai marre, elle n’arrête pas de me poser des questions pour me faire enrager. L’autre jour, pendant la dictée, on parlait de poupées et elle m’a demandée ce que c’était qu’un « baigneur ». Elle est quand même fille d’enseignant, elle sait ces choses là. J’en ai assez de ses insolences alors je l’ai punie. »

– …… ?

Comment expliquer à cette brave dame que la demoiselle en question tenait les poupées pour moins que rien et qu’elle n’avait jamais croisé de « baigneur » de toute sa vie ? Comment lui dire que « fille de prof » ça n’est pas synonyme de futur prix Nobel ? J’ai essayé de le lui dire. Je ne suis pas sure qu’elle ne m’ait pas prise pour une demeurée. Je suis rentrée expliquer à ma fille que sa punition résultait d’un malentendu que j’avais essayé d’éclairer mais que la maîtresse ne pouvait pas retirer une punition donnée, pour des question de crédibilité. Alors elle a fait sa punition gentiment et moi, la mort dans l’âme à la regarder faire, je l’ai gavée de crêpes au Nutella pour compenser.

Vivement demain

Et puis, le temps passant, on a fini par en sortir de cette école élémentaire.
Oh joie ! Oh bonheur ineffable. On allait enfin aller au collège.

Un collège, elle voyait bien à quoi ça pouvait ressembler par ce qu’elle m’y avait parfois accompagné pour les festivités de fin d’année. Elle entendait ce que j’en disais et ça avait l’air trop cool ! Faut dire qu’à l’époque, j’avais le bonheur de travailler dans des conditions idylliques (merci Jean-Louis !). Sans parler des copains/collègues qui l’emmenaient à la piscine (merci Nico !) ou qui chahutaient avec elle (merci Cathou !). Bref, à partir de juin, elle était dans les starting-blocks, avide d’apprendre, fière de rentrer dans le vrai monde des « grands » .

Bon, je ne vous cacherais pas que c’est à partir de ce moment là que ça a commencé à déconner.

(à suivre)

* Comme le dit si bien Sir Ken Robinson**, dans les écoles aujourd’hui, « on range les enfants dans des boites en fonction de leur date de fabrication »…
** Si vous ne connaissez pas ses travaux***, je vous invite à lire cette conférence dessinée : « Changer le paradigme de l’éducation« .
*** Ne ratez pas non plus son excellente conférence TED « Comment l’école tue la créativité » (avec transcription interactive).

Publicités

3 Commentaires

Classé dans récit

3 réponses à “Comment l’École a raté ma fille (épisode 1)

  1. fab

    Oh soupir soupir soupir soupir…..>Toute ma compassion (co souffrance)

  2. AUDREN de KERDREL Emmanuel

    Tu aurais du lui expliquer, lui rentrer dans le lard à cette conne d’instit qui n’a rien pigé, ne serait-ce que pour ta fille. Si un élève ne pose pas de question, à quoi sert l’école ?
    « On ne veut pas qu’ils deviennent trop fusionnels », quel est l’abruti(e) qui a sorti une phrase pareille ? Comment peut-on être aussi stupide pour déclarer ce genre d’inepties ? Les bras m’en tombent… Et après on s’étonne qu’il y ait des « décrocheurs », moi je suis surpris qu’il n’y en ait pas plus !

  3. neilerua

    Bonjour,
    j’ai dévoré cet article. Pour ma part je n’ai pas d’enfants mais pour le peu que j’y réfléchis je ne vois toujours pas en quoi couper des amitiés serait un bénéfice. Et cette maîtresse blasée…
    Arg !
    Peu importe au final. C’est sur que l’école l’a ratée. C’est dommage mais cela n’empêche pas de vivre ou de s’épanouir. Et je pense à ce propos qu’elle parviendra à devenir une personne responsable et heureuse avec ce que tu lui as apporté de ton côté.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s