Mon double hold-up pédagogique

… ou comment j’ai roulé mes élèves dans la farine et comment ils ont adoré ça.

Je vous préviens, je rentre de formation, je suis remontée à bloc. C’était trop bien. Je sais que vous allez avoir du mal à me croire (et peut-être même m’en vouloir un peu), mais oui, il existe des formations passionnantes dans l’Éducation Nationale. Un jour vous verrez, ça vous arrivera aussi. Mais foin de ces persiflages et venons-en aux faits.

Mon premier hold-up pédagogique

Ça ne vous étonnera pas : j’ai piqué une idée à un copain.
Bon, c’est un bon copain* et je sais qu’il est du genre à partager.

L’idée, c’est de demander aux élèves de préparer au brouillon quelques questions (3, 4… pas plus) et les réponses à ces questions sur le chapitre qu’on est en train d’étudier.
Le cours suivant la prof (j’ai toujours sur moi ce genre de matériel fort utile) sort de sa poche son dé à 30 faces (ou utilise un générateur de nombre aléatoire en ligne mais y’a moins de suspens) et choisit au hasard celui ou celle qui posera la question et à qui. Si il ou elle répond correctement, il ou elle pose ensuite sa question à un autre camarade également désigné au hasard. Et ainsi de suite, dans la limite de 5 minutes. Le jeu s’arrête quand un(e) élève est incapable de répondre à une question cohérente (des fois ils vont chercher de ces trucs !). Si le prof est de bonne humeur, il accepte de recommencer une fois de reprendre le jeu au début, mais c’est rarement nécessaire.
Parce que étonnamment, ce travail qui n’est pas évalué (noté ? Pour quoi faire ?) les passionne et les motive à apprendre leurs leçons.
Mon camarade Anthony avait appelé ça le « Ping-Pong ».
Alors moi, je me suis dit que j’allais faire mieux.

« Ping-Pong Battle » ! (Tatataaaaa!)

Ça en jette comme titre non ?

Les règles de base du jeu sont les mêmes. La classe est divisée en 3 équipes de 8 ou 9 élèves qui vont s’affronter, mais je ne le leur dit pas tout de suite.
D’ailleurs, je ne leur dis rien.
Ils préparent leur Ping Pong comme d’habitude mais avec seulement 3 questions (c’est important pour la suite). Puis ils se regroupent par 2 (si vous avez un nombre impair d’élèves, débrouillez vous !) et choisissent 3 questions parmi leur 6. Déjà là, normalement, ça coince un peu.
Puis les binômes se regroupent pour former trois groupes et ont pour mission de se débrouiller pour choisir 5 questions que leur groupe va poser.
Moralité : certains élèves auront préparé leurs questions pour rien, c’est fait exprès.

Pendant que le choix des 5 questions se fait le prof se contente d’observer les interactions la cocotte minute qui chauffe. Normalement si tout se passe comme prévu, au bout d’un moment, Manfred boude et Jennifer a envie d’emplafonner Kévin.
Surveillez quand même votre cocotte minute.
Quand c’est chaud, qu’ils ont leurs 5 questions (ou pas) on arrête tout et je leur demande ce qui a pu leur poser problème dans ce genre de travail.
– « Ils ont dit que mes questions étaient nulles » ;
– « Kévin il veut décider pour tout le monde » ;
– « tout le monde parle en même temps » ;
– …etc.
Pendant ce temps j’en profite subrepticement pour commencer au tableau un petit schéma heuristique récapitulatif de leurs récriminations.
Ensuite, je leur demande :
« Qu’est ce que vous auriez pu faire pour que les choses se passent encore plus mal ? »
 Et je remplace par leurs nouvelles réponses leurs réponses précédentes sur le schéma. (Et c’est pas piqué des hannetons !)
Je leur dis alors :
 » Voila ! Super ! Maintenant vous savez comment faire pour que le travail de groupe se passe bien : il faut faire exactement l’inverse de ce qui est au tableau.  »
Et encore une fois je remplace, non plus par le pire, mais par le meilleur.
Et là c’est le moment magique où vous entendez Kévin parler de respect de l’autre, Manfred de créativité (« si ma question avait été plus originale… ! »)…..

Et hop !

J’avais réussi mon second hold-up pédagogique : faire travailler les élèves sur la méthode de travail de groupe et leur faire écrire eux-même les règles qui allaient être instituées en classe (et, si Jessica est sympa, elle vous mettra tout ça sur un beau poster avec des fleurs trop choupinoutes pour les afficher**).

Ensuite j’ai lancé le Ping-Pong Battle en précisant bien que les points recueillis par chaque élève individuellement seraient gagnés par l’équipe entière. Et que même si Manfred n’a au final apporté qu’un point sur les 40 (5 questions, 8 élèves par équipe ça fait 40 points possibles à ramasser, pfft !), si c’est le point de la victoire…
Et tout à coup la cocotte minute qui était prête à exploser est devenue un vrai groupe, soudé comme un pack d’avants français devant des rugbymen néo-zélandais.
Et comme au rugby, je me tamponnais de savoir qui allait gagner mais le match était beau !

—-
* enfin il l’était jusqu’à ce que j’écrive cet article….
** sinon vous ressortez vos feutres et vous le faites vous-même.

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13 Commentaires

Classé dans autonomie, Élèves, classe, pédagogie, récit

13 réponses à “Mon double hold-up pédagogique

  1. Merci! Je vais redistribuer à mes étudiants… (de futurs enseignants!)

  2. Deux billets en deux jours. Tu nous gâtes. Je suis ravi de te revoir et de te lire. D’autant que tu me donnes pleins d’idées. Je pense que ça va Ping ponguer en C116. Milles merci et joie de te retrouver.

  3. Chopin

    Excellent ! Je me demande juste à quoi peut ressembler le schéma heuristique. Oui, je sais, il faut essayer, se lancer, mais j’imagine qu’on peut faire aussi une simple liste, sans que cela soit une carte mentale.
    L’idée (le simple jeu, comme le travail sur la méthode de travail) me semble excellente !

  4. Tu sais que j’ai piqué l’idée d’Anthony il y a déjà longtemps. J’ai modifié les règles très souvent (elles sont d’ailleurs évolutives dans l’année) de moi-même ou en observant mes élèves interagir euh, faire chauffer la cocotte. Notamment les plus grands (au lycée) jouent souvent en groupes de 3-4 à se poser des questions à tour de rôle pour s’entraider spontanément.

    Je recommande le ping-pong et je crois que lorsque je le referai avec mes 6ème, très combattifs, j’essaierai ta méthode.
    Continue à nous régaler de posts, plus ils sont fréquents, plus j’apprends. Merci (et j’espère qu’Anthony ne m’en voudra pas non plus)

  5. La battle pédagogique ? je fais ça en grammaire , ça fonctionne très bien, ah ah ! La phase de recherche des questions auxquelles l’autre ne saura pas répondre est passionnante 😉 merci pour le partage

  6. mariellepotvin

    Toujours aussi géniale! Merci Mila 😉

  7. Hervé

    Comme quoi un bon prof a d’abord comme qualité un esprit particulièrement retors au service du Bien. C’est dit…. #starwarstheory #bravo

  8. Charlotte

    Merci pour cette excellente idée créative et certainement très efficace. Et pour l’ensemble de ce blog passionnant que je viens de découvrir et dont je lis un par un les articles à partir du début.
    Je vais le tester sur mes élèves!

    • Mila Saint Anne

      Merci beaucoup de ce message. Si vous le faites avec vos élèves, je veux bien un petit message de « retour d’expérience ». 🙂

      • Charlotte

        Avec plaisir.
        Je tenais à vous partager aussi ma double sidération. J’ai découvert hier soir en traquant vos traces pédagogiques (passionnantes) sur internet les remous et l’animosité que vous aviez pu susciter parmi les collègues internautes. Le bisounours que je suis n’en reviens pas. Touchée par la plupart de vos articles et partageant beaucoup de choses avec votre vision du métier j’ai intérêt à me méfier si je comprends bien.
        Sciée aussi en découvrant aussi (google apparemment ne protège pas très bien votre anonymat) le travail titanesque que vous engagez pour vos élèves autour de la différenciation et du travail par compétences. Je travaille beaucoup dessus aussi mais il me faudra encore du temps pour aller aussi loin (ou bien tripler la durée des journées).

      • Mila Saint Anne

        Merci beaucoup, vraiment, pour ce message. Je ne sais pas si je mérite autant de louanges, si j’en suis la c’est que j’ai aussi été bien entourée, par des collègues enthousiasmants et des élèves attachants. Je n’en serai pas là sans eux. Du coup, si je peux être utile à d’autres … Je vous souhaite une belle annee avec plein de bonheurs pedagogiques 😉

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