Le changement, c’est tout le temps.

J’aime bien le changement. Et j’ai la chance d’avoir un métier changeant. Il existe des permanences (je vous parlerais bien de la permanence des âneries que je lis chaque jour dans divers médias depuis des années mais je ne voudrais pas vous faire déprimer dès la rentrée !) mais ce que je trouve finalement de plus permanent c’est le changement. Changement de lieu de travail, changement de programmes, de ministre… Et puis surtout changement de public. Pas seulement parce que je vois défiler chaque semaine entre environ 120 gamins (j’ai de petits effectifs) mais parce qu’à leur âge on est changeant et imprévisible comme le vent.
J’aime le changement. J’ai dû garder quelque chose de mon adolescence….

Il ne vous aura pas échappé que nous sommes en janvier. Et que se passe-t-il en janvier ? Oui, la galette, les vœux, les bonnes résolutions et tout ça… oui. Mais je veux dire qu’est ce qui se passe dans une salle de classe ? Janvier c’est pile poil le moment où les gamin (et leur prof) commencent à se sentir à l’aise dans leurs pantoufles. On se connaît (j’arrive même, ô miracle ineffable ! à me rappeler de presque tous leurs noms) et si tout s’est bien passé, on se sent en confiance les uns vis à vis des autres.

Et paf ! C’est donc le bon moment pour changer. Pas le premier jour. Non le premier jour, comme le disait l’excellent Jack Koch, on parle un peu martien, on trouve plus ses clefs, on a oublié son code pour allumer l’ordi, on a oublié même à quel point certains collègues peuvent être …. (comment vous dire ça sans m’énerver. Ok, je ne vais rien dire plutôt)

Mais le soir du deuxième jour, l’enseignant, juste après le départ de la horde, resté seul dans sa classe, se demande comment il va bien pouvoir secouer un peu tout ça.

C’est ce que j’ai fait.

Et comme j’aime bien « essayer des trucs », j’ai essayé de changer la disposition de la salle.
Y a pas 56 000 possibilités (sauf si on a la chance de travailler dans cette école suédoise) et j’en ai déjà essayé  pas mal :
– en frontal (parce que quand j’étais jeune je savais pas qu’on pouvait faire autrement) ;
– en V (pour que les élèves se voient) ;
– en U (pour qu’ils se voient encore mieux et pour faire comme la copine prof d’anglais) :
– en îlots (pour qu’ils ne se voient pas trop),
– en carré (Pourquoi pas ? Mais j’évite. Étant donné que je commence mon apprentissage de petite vieille, la faculté m’interdit désormais d’enjamber les tables pour aller faire le guignol au milieu) ;
– le long du mur (parce que les installateurs de salle info ont l’imagination d’une huître)

Depuis la rentrée, mes élèves et moi nous avons donc vécu un temps en U, puis en îlots.
Et là, je sais pas ce qui m’a pris, mais je me suis dit que j’allais la jouer inédite, façon « banquet républicain » : deux longues tablées pour se mettre à table devant de saines nourritures intellectuelles.
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Ça tombait bien,  j’avais envie de faire travailler les 6e sur des projets mais je n’avais aucune idée de la taille des groupes les plus adéquats. Avec cette disposition, ils avaient le choix de former des groupes de 1 à …. 12 !

Il sont donc entrés en classe.
J’ai eu droit à l’habituel chapelet de questions (qui se fait de plus en plus rare au fur et à mesure que l’année avance, et quand le changement devient routinier) :
Jennifer – Pourquoi vous avez mis les tables comme ça madame ?
Moi –  Pourquoi pas ?
Kévin – Bein oui, mais elle est où ma place ?
Moi – Ah bien zutalors : on va faire comment ?
Manfred – On peut se mettre où on veut ?
Moi – Oui, oui….
Machin (un élève que je n’ai jamais eu mais qui commente en passant dans le couloir) – Whaou ! t’as vu la salle ? C’est trop dare !

Je leur ai donc proposé un projet, une mission à accomplir. Deux ou trois phrases de consignes et roule ma poule. Pendant une heure durant  je les ai regardés travailler tous seuls. Je n’ai même pas eu à aider Kévin parce que c’est Manfred qui est venu lui expliquer comment faire ; j’ai juste tendu l’oreille pour être sûre. Au bout du compte, mission accomplie : travail fait, carte réalisée.
Par tous les élèves.
Tous.
Y compris par Jessica qui a recommencé trois fois avec bonne humeur.

Un miracle ? Peut être, mais il s’est quand même reproduit trois fois de suite. Avec chacune de mes classes de 6e !

CIMG3881      CIMG3877  CIMG3876-anonym

Bref si je résume : se lancer dans le changement, oser la prise de risque, faire confiance à l’aptitude à l’autonomie des élèves … la vraie recette pour être heureux en pédagogie !

Ah oui, pour les grincheux* : je n’ai rien traité d’autre que le programme.
Et la cerise sur le gâteau : à la fin de l’heure, je n’ai  pas eu à leur donner de leçon à apprendre. Ce qu’ils avaient fait par eux-mêmes, ils le savaient déjà.

Je vous souhaite à tous une année 2013 pleine de bonheurs pédagogiques !

———-

* Non, je n’ai cité personne ! Comment ça vous avez entendu quelque chose ? j’ai pensé si fort que ça ????

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9 Commentaires

Classé dans autonomie, Élèves, classe, récit

9 réponses à “Le changement, c’est tout le temps.

  1. Ah! Si je pouvais, j’essaierai toutes les lettres de l’alphabet! Et toutes les figures géométriques (les plus basiques, ne nous emballons pas!). Quand bien même, il m’aurait manqué le banquet républicain! Malheureusement, en Espagne (où je travaille), ce sont les profs qui changent de salle, et les effectifs sont assez chargés…
    En tous cas, je garde l’idée pour quand On comprendra que surcharger les classes, surtout en classe de langue, ce n’est pas « productif »!
    Et je garde aussi l’adresse de ce blog, c’est la première fois que j’y viens, et je peux vous assurer que j’y reviendrai!
    à très vite!

  2. Ben moi j’ai essayé de faire classe sur site cette semaine : « Habiter le monde rural » en étudiant Lamoura à ski… Les élèves ont bien aimé et ont vu plein de choses, bien plus qu’avec des documents en classe.
    Ils ont même vu le lac gelé et recouvert de neige dans lequel on peut se baigner ou se tremper les pieds l’été ! 😉

  3. Emilie

    Dis-moi « dare » c’est un truc local où alors j’accuse mon grand âge ?
    C’est étrange quand même comme lorsque nous les faisons travailler en autonomie tout se passe bien, et qu’en plus notre rôle est avant tout celui de spectateur du « miracle » !?

  4. Je découvre des choses, dans ce billet :
    – Qu’il existe désormais une expression qui est « c’est trop dare ! »
    – Qu’on peut mettre une salle en V (?)
    – Que ce collège est propre et bien tenu, ça aussi c’est une des nombreuses conditions matérielles si importantes à la réussite des apprentissages.
    – Que les installateurs de salle info sont les mêmes partout.

    Mais c’est une belle idée … qui met les gamins en condition, les aide à progresser sans sortir la trique ou la carotte de la note, et leur donne sans aucun doute le plaisir d’apprendre

    (bon, après, le mur vert, j’aurais pas forcément retenu cette couleur, hein ?)

  5. Mila Saint Anne

    1. Au temps pour moi… j’ai fait une faute. C’est « trop dar » qu’il faut écrire. http://www.keskiladi.com/definitions/trop+dar
    Mais à priori ce n’est pas une expression locale….
    2. Le vert c’est finalement assez tonique….. même si ça va pas toujours avec la couleur de mon rouge à ongle.

  6. YES !!!:. Enfin le retour de Kevin, Jennifer et Manfred. (#Manfredrevient ). Ils nous manquaient. Je n’avais pas encore essayé la table républicaine. Et tu es tel Émile Loubet en 1900 au milieu d’eux. Quel était le menu ? Ils ont visiblement apprécié.

  7. Emilie

    J’ai souri ce matin, j’ai croisé des élèves du lycée pro voisin dans le bus et j’ai enfin entendu « c’est trop dar, mais c’est moins dar » (un jeu vidéo tout seul sans les copains). Donc c’est mon lycée qui est trop… bourge 😉

    Vive le banquet républicain scolaire ! Continue

  8. Aevin

    Si seulement, si seulement…
    Quand on est en lycée et que l’on change de salle toutes les heures, c’est malheureusement très difficile de changer l’ordre de table, surtout quand toutes les places sont prises et qu’il ne reste plus de place pour bouger (les élèves, les tables ou soi-même).
    Bon tant pis, mes élèves continueront à être entassés dans des salles en forme d’amphi. 😦

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