Blade teacher

C’est un peu idiot de publier un billet à un moment ou tout le monde a le nez dans l’urne. J’aurais pu attendre encore un peu.
Mais comme d’habitude, j’ai lu un article de trop sur le numérique à l’école et…. paf !

TICETICTUIC

Nouvelles technologies, numérique, interactif, multimédia, tactile, logiciels, services en ligne, ressources, ENT, tout ça ce sont les TICE. Ou des TUIC. Ou des TIC.
Des outils. Des techniques.

Nouvelles technologies, numérique, interactif, multimédia, tactile, logiciels, services en ligne, ressources, ENT, tout ça ce sont les TICE. Ou des TUIC. Ou des TIC.
Des outils. Des techniques.
A partir de là le monde, et le monde enseignant en particulier, se divise en deux catégories* : ceux qui ont un pistolet chargé (ou une tablette sous Androïd, c’est pareil) et ceux qui creusent**.

Ensuite il y a de nombreuses sous-catégories. Ceux qui ont un stand de tir à la maison mais qui n’utilisent pas d’armes au boulot. Ceux qui affirment que ce n’est pas à l’école de prendre en charge ce genre d’apprentissage. Ceux qui pensent tirer de tout façon moins bien que leurs élèves qui sont nés avec un fusil à la main, etc.

Oups, pardon, ma métaphore m’égare….

Encore un malentendu

Quand on parle de numérique à l’école, il est facile de se gausser du plan « Informatique pour tous » qui a démarré en même temps que son équivalent québécois, le « Plan de développement de la micro-informatique à l’école ».

On peut en dire beaucoup de choses et l’essentiel a été dit depuis 1985. Le plus souvent ce ne sont pas des choses très sympathiques.

Malgré les apparences, il ne me semble pas que ce qui se passe en ce moment dans les établissements soit très différent.

Il y a dans mon superbe collège trois magnifiques TBI (ou TNI appelez cela comme vous voulez) qui prennent la poussière dans une réserve.

Oui, vous avez le droit de pleurer.

Il y a aussi une demi douzaine d’ordinateurs installés mais jamais utilisés dans la salle des professeurs, avec deux imprimantes sur les trois qui ne fonctionnent pas.. Par contre, un seul photocopieur asthmatique généralement en panne à 10h du matin quand ce n’est pas à 8h.
Ce n’est pas un choix de politique d’établissement, c’est juste que les lignes budgétaires ne sont pas les mêmes. Le photocopieur c’est le bahut qui paye, les bouzins numériques, c’est le département qui paye.

Et je ne vous parle pas des établissements dans lesquels il n’y a rien ou presque. Vous avez dit « égalité républicaine » ?

Bon, je vous dis tout ça, c’est surtout pour mes chers Keskelledit, parce que les autres, ils savent déjà tout ça.

Ce n’est pas de ça dont je voulais parler.

De quoi les TICE sont-elles faites ?

Ce qui devrait constituer le vrai sujet dans cette relation entre les TICE et l’école, j’ai vraiment l’impression qu’on passe le plus souvent complètement à côté, voire à quelques années lumières.

Les TICE sont avant tout faites de gens. Et si on s’occupait un peu plus des gens et un peu moins des machines (ou des lutins de silicium qui les font tourner), on éviterait peut-être pas mal d’emmerdements.***

Je m’explique.

Je peux me f**** comme d’une guigne de la façon dont fonctionne ma voiture et son électronique embarquée. Ce que je veux c’est qu’elle soit confortable, maniable et qu’elle m’emmène là ou je veux aller, avec les passagers que j’ai choisis. Et quand je rentre d’une balade à la mer, la seule chose que je veux avoir à faire c’est de discuter avec les copains et les copines dans la bagnole.

Les constructeurs (qui ne sont pas dingues) se sont avant tout préoccupés des besoins de leurs clients. Vos rapports avec l’automobile sont donc construits en fonction de vos moyens et de vos besoins. Et quoi qu’il en soit, personne ne vient vous obliger à l’utiliser, ni vous forcer à vous rendre ici ou là.
Et si je peux j’y vais en vélo.

Ou en train.

Ou pas.

Entendons nous bien, je ne suis pas venue vous faire la promotion de l’automobile, mais au contraire vous rappeler que c’est un non-sujet. Et que c’est la même chose avec les TICE, qui devraient n’être qu’un non-sujet.

Les humains ne rêvent pas de moutons électriques*****

Vous êtes en train de me lire. Que ce soit sur un smartphone en 2,4 pouces ou sur un écran HDTV en 32, ce qui est important c’est que vous soyez là. Ceux qui me connaissent entendent peut être ma voix en même temps qu’ils me lisent. Moi en tous les cas ça me le fait tout le temps quand je lis quelqu’un que je connais. J’entends sa voix, je vois son sourire…

Ce qu’il est important d’apprendre à nos élèves (et à nos collègues !) ce n’est pas à utiliser des machines, des logiciels, des outils. De toute façon, 90% d’entre eux (au moins) seront complètement obsolètes quand ils seront adultes.

Ce qu’il est important d’apprendre à nos élèves, c’est que ce qu’on lit a été écrit par quelqu’un, que ce qu’on écrit sera lu, que les ressources sont pertinentes quand on sait qui les a créées, que c’est mieux quand c’est beau parce que les humains sont ainsi faits et que quand quelque chose dont on a besoin n’existe pas, on peut le créer…

Ce qui est important ce n’est pas seulement de parler des contenus.

C’est de comprendre que les contenus ont besoin de contenants. De comprendre que ces contenants sont fabriqué par des gens dont c’est le métier. Qu’il est possible de travailler avec ces gens et que leurs compétences vont vous permettre de réaliser ce que vous voulez, à votre manière. Et que vous devez donc bien choisir vos partenaires.

C’est de comprendre que les outils qu’ils utilisent doivent être à leur service. Et non pas l’inverse.

C’est de comprendre que les fils numériques qui se tissent et relient les gens sont fabriqués et maintenus par des êtres humains ou des entreprises qui prennent sur nous un pouvoir à la mesure des liens qui nous unissent aux autres.

Il faut leur apprendre à vivre au milieu des humains qui peuplent les machines. Et non pas à faire l’inverse comme on le fait trop souvent.

Vous saurez que vous aurez réussi le jour où Kévin n’osera plus vous dire « C’est pas moi, c’est la faute de l’ordinateur »******.

Soyez humains and the rest will follow.

——–

*Pour l’américain Rogers il y a cinq catégories d’enseignants face aux nouvelles technologies : les innovateurs, les utilisateurs précoces, la majorité avancée, la majorité tardive et les retardataires. Il écrivait ça en 1995 et selon toute logique ça devrait rester vrai pendant un bon paquet de temps… Sauf fin du monde précoce.
** Phrase culte d’un western-spaghetti que vous aurez sans doute reconnu.
*** Oups ! Pardon Maman !
**** Mais tu vois Maman, je fais des progrès
*****Oui, cela fait bien référence à ce film magnifique
****** Je ne sais pas pourquoi, mais cette phrase déclenche chez moi une réponse automatisée (« Et mon vélo, le dimanche matin, il va tout seul à la boulangerie et il me rapporte des croissants. ») et une prise de conscience rapide dudit Kévin de l’énormité de ses propos.

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5 Commentaires

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5 réponses à “Blade teacher

  1. Bonjour Mila,
    Certes, certes, je cite la nuance, importante je crois, que tu apportes : » De comprendre que ces contenants sont fabriqué par des gens dont c’est le métier. Qu’il est possible de travailler avec ces gens et que leurs compétences vont vous permettre de réaliser ce que vous voulez, à votre manière. » Je suis d’avis que tes remarques qui portent sur le centrement gênant, inquiétant, contre pédagogique, sur l’outil plutôt que l’humain et les contenus qu’il fabrique sont valables pour les outils privés et payants à leur façon. Cependant, il me semble qu’avec l’OpenSOurce, on peut rêver du jour où on dira à nos élèves : voilà tel logiciel libre, qu’on va adapter, fabriquer, donc coder, selon nos besoins éditoriaux. Vrai, je rêve de ce jour-là où je saurais faire faire un livre numérique par exemple conçu selon mes projets pédagogiques. Pour l’instant, j’adapte encore mes projets aux outils que je suis capable seulement de faire fonctionner.
    drmlj

  2. C’est pas tout ça, Mila, mais si tu nous donnais l’adresse du vendeur de vélos magiques qui vont le dimanche matin tout seuls à la boulangerie ! #Je prends tout au premier degré.

  3. Cyril

    Bonjour Mila, je rejoins Delphine sur un point pour nuancer un aspect de ton article, sur lequel globalement on ne peut qu’être d’accord. Bien sûr l’humain doit au centre de la réflexion sur l’usage des nouvelles technologies dans l’enseignement. Toutefois et pour rejoindre ta métaphore sur l’automobile on ne peut pleinement être maître de se véhicule sans s’y connaître un minimum en mécanique. Il ne s’agit pas de devenir mécanicien mais d’avoir les connaissances de base qui permettent de maîtriser l’engin et d’en faire ce que l’on veut. Si tu crèves en route, tu changes la roue ; tu n’appelles pas le mécano. Et d’ailleurs tu le dis toi-même : comment les élèves pourraient-ils sinon construire ce dont ils ont besoin et qu’ils n’ont pas.
    D’autant qu’il y a derrière la formation des enjeux citoyens, que tu rappelles et qui ne sont pas atteignables sans un minimum de savoir technique. Dans le cadre d’un cours sur le piratage par exemple, il me semble important que les élèves comprennent comment fonctionne le P2P. Le contenant est ici inséparable du contenu.
    En fait je pense que plus largement ton article interroge sur les fonctions de l’enseignant aujourd’hui : l’enseignant est-il un ingénieur qui conçoit son projet éducatif et les supports pédagogiques adéquat ; ou est-il un exécutant qui suit un projet pédagogique balisé (avec une certaine marge de manoeuvre) en utilisant des supports validés à cet effet ? S’il n’est qu’un exécutant, pas besoin de savoir comment fonctionne la machine. S’il est un ingénieur, la question est toute autre. Merci encore ;°)

  4. David

    Bonjour Mila,

    Je partage également les nuances apportées par Cyril et Delphine.
    Oui, un outil n’est qu’un outil. C’est un moyen, non une fin (un peu comme le socle commun mais je m’éloigne 😉
    Néanmoins un outil est d’autant plus efficace que l’on sait comment il fonctionne, ses potentialités et ses limites.
    Et du coup, on peut même envisager d’améliorer l’outil, de façon collaborative par exemple, comme le font les groupes qui travaillent sur les projets libres comme Libre Office.

    La phrase du Kevin est emblématique d’un groupe croissant qui se sert aujourd’hui de l’informatique sans en connaitre la logique de fonctionnement sous-jacente, au moins la base.
    Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien… Mais au 1er incident, il faut utiliser le joker « je téléphone à un ami » ou se faire racketter par des « professionnels »…

    Alors c’est vrai que pour ces personnes, l’arrivée des tablettes et de leur OS transparent, bientôt imité par Windows 8, pallie à ce « handicap ».
    Tu veux lancer le navigateur, tu appuies dessus avec ton doigt…

    Néanmoins, c’est aussi un des aspects qui me dérange avec ces nouveaux outils. Où se trouvent concrètement les fichiers stockés dans ma tablette ?
    Au bout des doigts, oui, pourvu que l’on est la bonne application avec lesquels les associer. Et je ne parlerais pas de l’import/export de documents.

    Si la transparence de l’OS fait disparaitre un obstacle et démultiplie les possibilités de création, phénomène amplifié par l’aspect couteau suisse de la tablette, on se sent quand même un peu à la merci des constructeurs qui, on le sait, poursuivent des objectifs propres…

    Par exemple, si la tablette refuse de démarrer, je fais quoi ?
    Avec mon PC, j’ai quelques pistes mais là ??
    Et quand la batterie sera vide ? (oui, on pourra me dire que l’outil sera obsolète, auquel cas j’espère que le recyclage est organisé #OnPeutToujoursRéver)

    Mais peut-être pourra-t-on à terme se construire sa propre tablette en piochant dans des accessoires comme on peut le faire avec des portables ?

  5. Moi, je pense que les machines et les gadgets peuvent représenter des ressources pédagogiques importantes. Surtout si on garde toujours à l’esprit la fin de ces machines : mieux apprendre, avoir des accès immédiat à des infos…

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