63 136 180

Ou comment se faire des amis en 5 minutes…. en évoquant ce « on » dont parlait Michel Colucci quand il disait : « On s’autorise à penser dans les milieux autorisés »… (merci Michel) et qui m’énerve tellement.

63 136 180 c’était le nombre de Français au début de l’année 2011.
Et c’est, à peu de choses près, le nombre de pédagogues en France.

Bon, d’accord, je veux bien exclure de ce chiffre mon petit neveu* qui est né la semaine dernière et qui n’a pas encore vraiment réussi à exprimer clairement son opinion sur le sujet.
Et ses camarades de moins de 3 ans.
Mais à part eux….

Je ne sais pas comment c’est dans les autres pays mais ici, en France, on a vraiment de la chance. Plus de 60 millions de pédagogues. Ça donne l’image d’un beau pays qui a les moyens d’offrir à sa jeunesse un bel avenir.

En fait pas du tout.

En plus d’être mal classée dans les test internationaux, la France, chevalier blanc de l’égalité (des droits), est le pays qui reproduit le plus fidèlement les inégalités (sociales) à travers son Éducation Nationale.
En prime, les gens dont c’est le métier d’être pédagogues doivent subir les conseils avisés et souverains de la totalité de leurs concitoyens (de plus de 3 ans).

L’école, je connais j’y suis allé.

En France, l’instruction est obligatoire (et laïque et gratuite) depuis 1882 pour les filles et pour les garçons. Il y a donc une très forte probabilité pour que, chère/cher lectrice/eur, tu sois allé à l’école. (Sinon, dis le moi tout de suite, je pars chercher mon shotgun à zombie…)  Tu y a vécu de bons et de mauvais moments, tu peux parler de ta scolarité, à travers le filtre des années qui va s’épaissir, brouiller ou enjoliver l’image au fil des années.

Avoir fréquenté un endroit ne donne pas d’habitude le sentiment de pouvoir en parler en spécialiste.  J’ai déjà pris l’avion, mais je me vois mal vous parler de la façon dont on peut faire atterrir un Airbus (pour un Boeing, cherchez pas, ce sera la même chose). Quiconque a déjà fréquenté l’étude d’un notaire (même pour résoudre une succession un peu problématique) ne se lance pas dans un plaidoyer pour les baux emphytéotiques entre la poire et le fromage ni ne se met à vous réciter les articles L 451-1 à L 451-12 du Code rural et de la pêche maritime. Personne n’ayant fréquenté les salles d’opération de chirurgie digestive en position horizontale ne songe à s’emparer d’un scalpel pour soulager un parent d’un calcul biliaire douloureux pendant un week-end de Toussaint.

Pourtant, il y a en France plusieurs dizaines de millions de personnes qui pensent avoir les compétences nécessaires pour juger du travail d’un enseignant, pour estimer digne d’éloge ou d’opprobre telle ou telle méthode pédagogique dont « on » leur a dit ceci ou cela, voire pour donner des cours à tel ou tel enfant, par ce que « les profs, vraiment, dans cette école, ils font n’importe quoi ».

Spécialiste des questions d’éducation

Je ne vais pas vous faire ici la liste des spécialistes des questions d’éducation qui s’expriment dans les médias : émissions de radio, de télévision, tribunes dans la presse nationale…..vous saurez bien trouver des noms tous seuls.
Je constate que la plupart d’entre eux, après de brillantes études disciplinaires, ont eu une expérience plus que réduite de l’enseignement (deux ans dans un lycée technique il y a quarante cinq ans ici, un an de stage là … pour ne prendre que deux exemples) et qu’ils ont très vite quitté les salles de classe, une fois terminé le cursus honorum qui les avait mené au pinacle.
Pour des horizons plus flatteurs qu’un parterre de Kévin boutonneux.

Je constate que les véritables spécialistes des question d’éducation, ceux dont c’est le métier d’étudier et de pratiquer l’École sous toutes ses coutures (je veux parler des chercheurs en sciences de l’éducation et des enseignants) sont bien rarement conviés (à part une ou deux stars du genre qui se voient devenir du coup des « spécialistes de tout »). Voire même on leur dénie le droit de s’exprimer, leur parole étant supposée discréditée de fait, les uns parce qu’ils ne sont pas « sur le terrain« , les autres parce qu’ils en sont trop près…

Enseigner c’est quand même pas compliqué.

À en croire l’air du temps, c’est tellement facile d’ailleurs que c’est à peine s’il est besoin de se former pour le faire. N’importe quel étudiant de deuxième année peut faire des cours de soutien (et faire en sorte que Jessica comprenne enfin les maths alors que son prof est incapable de les lui faire rentrer dans le crâne), n’importe quelle officine de soutien scolaire peut utiliser comme professeur des élèves en Licence (quand même plus fun que le prof de Manfred)… Il suffit de connaitre ce dont on parle pour enseigner. Ou de parler ce qu’on enseigne, comme pour le Français ou les langues étrangères.

Sauf que ça n’est pas vrai. Tous les métiers s’apprennent. Celui là comme les autres. Ni plus, ni moins. Ceux qui vous disent le contraire ne sont pas sincères ou cherchent à vous extorquer de l’argent.

L’École c’est un lieu où l’on fait de la pédagogie.

Enfin, c’est ce que ça devrait être.
La pédagogie, c’est une science. Mais un science un peu particulière parce qu’elle travaille sur du vivant. Sur cette catégorie de vivant qui nous est si chère : nos enfants. De l’Humain, dans toute sa misère et sa splendeur physique, psychique, métaphysique. Oui, je sais, quand on regarde Kévin, on a parfois du mal à concevoir sa profondeur métaphysique. Mais il y en a dedans : c’est un petit d’homme. Et si il ne contenait pas un peu de métaphysique, il serait le premier dans ce cas depuis la nuit des temps (et finirait dans un bocal).

Une science se construit avec des théories, elle s’applique, elle évolue. Elle fait travailler en partenariat des chercheurs, des expérimentateurs, des techniciens…

Vous connaissez sans doute la phrase de Georges Clémenceau : « La guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires ».
Je ne crois pas qu’elle se soit appliquée à la guerre.
Par contre, elle s’est bien appliquée à l’École.
Tout le monde en parle, sauf ceux qui la font.

—-

* Un gros bisou à Lukas et à ses parents 🙂

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14 Commentaires

Classé dans Bavardage, pédagogie

14 réponses à “63 136 180

  1. un billet à dédicacer à tous les profs qui ont des repas de famille…

  2. Tout à fait d’accord, c’est pourquoi on ne compte plus les « consultations nationales » de ces dernières années et qui se résument toutes à un pachyderme accouchant d’une souris…
    A se demander pourquoi il existe des départements « sciences de l’éducation » dans les universités et pourquoi on n’applique pas simplement ce qui est déjà écrit dans les ouvrages spécialisés.

  3. C’est tellement comme chez nous…

    PAt 🙂

  4. C’est ben vrai ça, comme disait la mère Denis. Mais le problème c’est aussi chez nombres de collègues qui pensent que enseigner revient à une simple transmission de connaissances (stt en HG) ma matière… et chez certains syndicats.
    Dans quelques média pedago est devenu une insulte. Mais n’hésitons pas à le revendiquer. Pédago de tous les pays unissez vous

  5. Je savais qu’il existait des sciences de l’éducation, mais que la pédagogie soit une science, là, j’avoue, je suis épaté !
    Je n’aurais jamais dit que, par exemple, la médecine, la stratégie militaire, le jardinage ou autres sont des sciences. Je ne vois pas en quoi la pédagogie serait différente de ces pratiques.

    • Finrod

      @dr who : Il y a science lorsqu’il y a recherche. La recherche médicale existe bel et bien, c’est une science (d’ailleurs ce n’est que de la biologie appliquée, enfin pas seulement).

      La recherche en pédagogie a quant à elle échoué sur le plan de la crédibilité. C’est le constat que l’on fait tous.
      Mais c’est surtout l’école constructiviste qui fait polémique et a construit l’image que l’on se fait du « pédago »… la pédagogie ne se résume (heureusement) pas à cela.

      La principale rupture advient lorsque l’on se demande si c’est à l’enfant de faire (ou d’apprendre) l’effort ou si c’est à l’adulte d’inventer une méthode contournant l’effort par le plaisir. Il y a ceux pour qui l’effort est une fin en soi et qui réfutent la supposition d’un travail systématiquement lié au plaisir en soulignant au contraire le plaisir de l’effort, puis il y a les « pédagos » dont mila décrit la vision bien mieux que je ne saurais le faire.

      Il y a rupture parce qu’il est question de choix et non de recherche empirique. Il y conflit car ce choix est réfuté par les « pédagos » qui proclame que leur point de vue est une vérité scientifique et que ceux qui n’y croient pas sont rétrogrades…

      Et, au final, les gens qui ont les cartes en mains sont des gestionnaires et des politiques qu ne voient dans ce conflit que le moyen de faire des économies.
      On veut allonger la formation à BAC+5, supprimons l’année de stage et les IUFM, sans contreparties.
      On veut des pédagogies plus humaine et personnalisées, instaurons des heures d’AP, en classe entière, prévues en HSA et en supprimant des heures postes en maths, français ou autre.
      On veut un lycée avec des passerelles, plus homogène, alors supprimons 3h30 de sciences par semaine au élèves de S ! (ils l’ont fait, à l’UMP ! et encore s’il fallait compter toutes les heures de français supprimées)

      Tout le monde a de grandes idées mais l’avenir s’annonce plus médiocre et ennuyeux que trépidant dans l’EN. Sauf au quotidien, quand il faut enseigner presque « contre le système », quel que soit la méthode…

    • My 2 cents en ce qui a trait à la pédagogie (science ou non?)

      J’annonce d’entrée de jeu que je suis professeur d’université dans un département des sciences de l’éducation.

      Les sciences de l’éducation étudient et tentent de comprendre l’ensemble du processus d’apprentissage et les stratégies que l’on peut mettre en place (en fonction du contexte, des apprentissages à effectuer, etc.) pour effectivement favoriser l’apprentissage. Ces stratégies que l’on peut mettre en place sont la pédagogie. Le rôle de l’enseignant est de mettre en place et de gérer des conditions propres à favoriser l’apprentissage en prenant en compte une quantité importante de facteurs. Il fait donc de la pédagogie. Est-ce que la pédagogie est une science, probablement par extension parce qu’elle ne se distingue pas vraiment de ce que l’on cherche à comprendre par nos recherches en « sciences de l’éducation ». En général, on parle généralement des sciences de l’éducation. Dans un monde idéal, la recherche devrait un jour permettre de tellement bien comprendre ces processus (enseignement et apprentissage) que nous pourrons enseigner aux enseignants exactement quoi et quand le faire pour aider chaque jeune à apprendre le plus possible et le plus rapidement possible au moindre coût. Ce n’est malheureusement pas encore le cas. Il y a encore des débats à régler, des recherches à conduire… Malgré tout, si les politiques nous écoutaient un peu plus… (C’est un autre débat!)

      Les américains parlent rarement de pédagogie. Ils utilisent plutôt l’expression « instructional design ». Ici le mot design exprime le fait qu’il y a des règles à respecter (des lois ou des principes que l’on a réussi à définir par la recherche), mais que l’on a encore besoin du talent plus ou moins « artistique » d’un enseignant pour interpréter et mettre en forme les conditions qui respectent ces lois et, donc, favorisent des apprentissages. À ce titre, le « intructional design » ou « design pédagogique » serait un peu comme l’architecture ou le design d’intérieur. Il y a de grandes lois qui expliquent comment faire une structure solide et sécuritaire ou comment mieux utiliser l’espace et agencer les couleurs, mais il y a encore de la place pour l’interprétation et l’expression d’un sens « artistique » parce que les connaissances ne couvrent pas encore toutes les situations.

      C’est aussi le cas en physique et en chimie, on en parle comme des sciences. Alors pourquoi pas l’éducation et la pédagogie? Deux poids, deux mesures?

  6. coret

    Bof, je ne suis vraiment pas convaincue même si je conçois que ça vous agace que le public regarde un peu étonné l’hétérogénéité du corps enseignant. C’est aussi à cause du corporatisme qui couvre les enseignants à bout de course, ou n’ayant plus que l’insulte comme autorité sur les élèves, les enseignants qui rêvent d’enfants moutons, prêts à marcher dans toutes les belles situations pédagogiques où on les met sans leur demander si ça les intéresse un tant soit peu.
    La compétition entre élèves va bien, les profs l’entretiennent à coups d’évaluations ou de contrôles perpétuels, quand on leur dit ils répondent qu’ils n’y peuvent rien c’est à cause des directives, en réalité ils n’ont pas encore abandonné leurs velléité de classement des élèves, tellement plus simple de trier que d’enseigner vraiment.
    Non, pas d’accord avec vous si les gens sont rendus si méfiants et critiquent souvent à tort et à travers c’est qu’ils sentent bien les incohérences du monde enseignant et qu’ils n’acceptent plus aussi bien qu’avant la violence que l’école fait subir aux enfants, par des programmes lourds et des enseignants qui les appliquent, par l’abandon progressif du droit à l’éducation au profit au « devoir de réussir ».. Par la conscience que vous partagez avec eux que l’école entérine l’injustice sociale, puisque tout le travail se fait à la maison, entre les devoirs dès la primaire et surtout au collège, puis au lycée, on sait que seuls les enfants aidés à la maison réussissent l’école, alors à quoi sert-elle?

  7. Finrod, je ne pense pas qu’on puisse dire que dès qu’il y a recherche, il y a science, à moins d’avoir une vision très pratique de la chose. Qu’il y ait des sciences appliquées à la pédagogie, c’est concevable (la psychologie, les sciences cognitives, la sociologie, même si je répugne à l’accepter).

    La philosophie n’est pas une science.
    La cuisine moléculaire non plus.

    Et pourtant, des universitaires font des « recherche » dans ces domaines.

    A part ça, la distinction plaisir / efforts est une fausse opposition. Pas sûr que Mila et ses collègues pédagogues s’y retrouvent.

  8. Hervé Le Roux

    « la France, chevalier blanc de l’égalité (des droits), est le pays qui reproduit le plus fidèlement les inégalités (sociales) à travers son Éducation Nationale. »
    Deux remarques sur cette phrase :
    1. est-ce bien vrai ? Je suis même allé jusqu’à lire que la reproduction des inégalités sociales était plus importante en France qu’aux USA, ce qui m’avait fortement surpris (c’était Pécresse qui l’affirmait). Depuis, j’ai lu des études très contradictoires. Mon sentiment personnel, non étayé, est que la France reproduit bien des inégalités, mais de là à dire que c’est le pire pays, il y a un gouffre. De plus, reporter l’intégralité de cette faute sur l’EN me paraît excessif.
    2. Les inégalités sociales étaient bien moins fortement reproduites dans les années 50-60-70 et jusqu’au tout début des années 80 (sources : Baudelot & Establet, peu soupçonnables de mauvaises intentions vis-à-vis des pédagos justement). Question : doit-on faire incomber cette dégradation de la reproduction des inégalités aux réformes pédagogistes qui accompagnent cette dégradation, ou à la crise économique ?
    Les points 1. et 2. sont à mettre en perspective.

    @ Patrick Giroux : « C’est aussi le cas en physique et en chimie, on en parle comme des sciences. Alors pourquoi pas l’éducation et la pédagogie? Deux poids, deux mesures? »
    Cela n’a rien à voir, et c’est bien tout l’abus de langage des sciences dites « molles », humaines en général.
    LA physique et la chimie sont des sciences dites exactes car, lorsqu’elles élaborent des théories, elles les confrontent immédiatement à l’expérience et au réel : ainsi, toutes les théories de physique « fonctionnent » de manière exacte et s’appliquent parfaitement aux objets qu’elles étudient. La recherche consiste à affiner et unifier ces théories.
    Il existe cependant des bouleversements historiques à intervalles réguliers dans ces sciences.
    Les sciences de l’éducation n’ont absolument pas prouvé leur exactitude et, par définition, elles ne le pourront jamais. Il en est d’ailleurs de même de l’économie ou de la sociologie, mais à des degrés bien moindres.
    Les sciences de l’éducation sont au mieux des expérimentations, mais qui ne seront jamais entièrement généralisables, et dont les théories sont susceptibles d’être, en permanence, profondément contredites : les pédagogues de demain prendront peut-être le contrepied total de ceux d’aujourd’hui.
    Cette recherche expérimentale est honorable, mais je reste évidemment très opposé à ce qu’elle dicte l’attitude des enseignants.

    • Les sciences de l’éducation ne sont effectivement pas au même stades de développement que la physique ou la chimie… C’est vrai! Par contre, il faut faire attention de ne pas se méprendre par rapport à la physique. La physique semble exacte à Monsieur et Madame tout le monde parce qu’ils ne sont pas au courant des révolutions régulières qui viennent ébranler les fondations de ces théories au fur et à mesure que notre perception gagne en étendue et en précision, tant dans les domaine de l’infiniment petit que de l’infiniment grand et éloigné. La physique est confronté à un champs qui s’étend lentement au fur et à mesure que la perception que nous avons du monde et des phénomène se précise. La compréhension du monde que les physiciens n’a pas moins changé depuis 10, 20 ou 30 ans. Et ces changements sont très importants même si vous et moi ne le savons pas.

      Les sciences de l’éducation ne sont pas, non plus, exactes. Il y a tellement de choses que l’on ne comprend pas encore du cerveau humain. Pourtant, elles ont déjà prouvé à maintes reprises leurs efficacité et leur utilité. Voici un exemple historique susceptible de toucher plusieurs européens:

      Avant et pendant la seconde guerre mondiale, les psychologues américains avaient pratiquement carte blanche pour étudier les pilotes et les soldats. À ce moment, les pilotes étaient très importants et toutes les armées du monde avaient un problème similaire, les pilotes mourraient souvent plus vite qu’on pouvait les former. C’était surtout problématique après le début de la guerre, lorsqu’il fallait remplacer les pilotes morts au combat. Durant cette période de guerre et d’avant-guerre, l’un des principaux mandats des psychologues américains était de rapidement améliorer la compréhension que nous avions alors du cerveau et de l’apprentissage pour arriver à former plus rapidement et efficacement des pilotes… Ils ont complètement transformer la formation et permis des gains d’efficacité très important. C’est sur ces base, au tournant des années 50, que l’on a commencer à parler du « instructional design » et des sciences de l’éducation. Sans les recherches en « instructional design » (donc relatives à la pédagogie!) l’effort de guerre américain se serait essoufflé beaucoup plus vite avec des conséquences que je n’ose envisagé!

      Une des choses qui limite les efforts des chercheurs en éducation et mine notre efficacité (en comparaison avec d’autres sciences) est l’évolution très rapide de la société (l’environnement immédiat de notre objet d’étude). Cette dernière change beaucoup plus rapidement que notre environnement (comprendre ici environnement au sens très large; la Terre, le Soleil, la gravité…). Un de mes collègues se plaignaient récemment de ne pas avoir terminé ses recherches sur le Knowledge Forum (recherche en lien avec le développement des compétences en écriture), qu’on lui demandait d’en commencer sur les wikis, puis les blogues et maintenant les réseaux sociaux. Ainsi, nous sommes souvent un peu à la traîne. Ceux qui ne sont pas à la traîne, prennent le risque de construire sur des connaissances partielles parce que nous n’avons pas encore complètement compris comment l’outil précédant peut soutenir le développement de la compétence particulière X chez des apprenants aux caractéristiques Y et Z évoluant dans un contexte… Malheureusement, les gouvernements ne comprennent pas cela et citent des besoins urgents lorsqu’ils définissent les axes majeurs de développement (ceux qu’ils faut étudier si on veut des $$$). Cette réalité nous amène aussi à disperser nos forces (qui, en passant, sont peu nombreuses). Certains spécialistes des compétences en écritures cherchent encore à comprendre comment mieux utiliser les forums, alors que d’autres étudient les wikis et les blogues et ainsi de suite. Au final, nos efforts sont peut-être mal coordonnés.

      De plus, je crois qu’il est très important de souligner que la recherche en éducation ne se fait pas dans des laboratoires et dans des conditions contrôlées. L’éthique nous en empêche souvent, et lorsqu’elle ne l’empêche pas, c’est la valeur potentielle de nos résultats qui le fait. Non, le plus souvent, nos recherches ont lieu sur le terrain, mains dans la mains avec des praticiens. Cela fait souvent que la portée de nos recherches est limitée à une région ou à un contexte particulier. Par contre, notre recherche aide alors réellement ces enseignants s’ils en prennent connaissance.

      • Hervé Le Roux

        Hum… Je lis des choses qui me chiffonnent.
        Vous défendez votre travail et je le comprends mais il ne faut vraiment pas comparer ce travail à la physique, la chimie, ou même la biologie.
        Tout d’abord, le terme « exact » pour qualifier ces sciences n’est pas un choix personnel, c’est un terme qui revêt une signification précise en sciences, comme je l’ai expliqué dans mon premier post.
        Vous évoquez les bouleversements dans l’histoire de la physique par exemple : ils ne remettent pas tout à plat. La révolution d’Einstein, par exemple, n’a pas remis en cause la mécanique traditionnelle de Newton : elle l’a affinée. Et cette mécanique-là avait déjà été éprouvée depuis des siècles par les hommes : la théorie « marche ».
        De plus, les théories physiques ne sont pas soumises à des idéologies des hommes : en cela, elles diffèrent largement des sciences humaines, comme l’économie (il n’existe pas de « vérité » économique : c’est tjrs un choix idéologique et politique, même si l’on s’appuie sur des modèles mathématisés, qui ne servent que de caution) ou les sciences de l’éducation, à mon sens.

        Il est évident que nous avons des choses à apprendre de ces dernières, mais je réfute l’idée d’une vérité révélée : la pédagogie est affaire de mécanismes quotidiens et microscopiques, pas de théories générales et vaguement étayées. Or, les travaux des chercheurs en sciences de l’éducation servent aujourd’hui, dans tout le monde occidental, à justifier des politiques d’éducation : ce ne sont pas la qualité des travaux (que je ne remets pas tous en cause a priori) qui autorisent les injonctions de modifications des pratiques pédagogiques, mais la finalité politique. Il ne faut donc pas se leurrer quant à la crédibilité donnée à ces sciences.
        Après tout, le monde prend actuellement conscience que, malgré des gens très sérieux qui l’étudient depuis longtemps, récompensés par des Nobel, l’économie semble complètement indomptable : il ne faudrait pas en attendre plus des sciences de l’éducation.
        Elles doivent jouer à la marge, et non pas devenir les donneurs d’ordre des pratiques des enseignants.
        A la prochaine révolution pédagogique, on risque de jeter celle en cours : ce n’est pas ce que l’on fait en sciences « dures ».

        Enfin, votre exemple des pilotes pdt la Seconde guerre mondiale, très intéressant historiquement, ne me semble pas du tout adapté ni révélateur : piloter un avion sans virtuosité (i.e. décoller, larguer les bombes, atterrir) est le type même de la tâche mécanique et répétée. Son enseignement peut donc être très facilement « robotisé », et il ne m’étonne pas que l’on ait réussi à former efficacement et rapidement de tels pilotes.
        Aujourd’hui, les sciences de l’éducation prétendent à toute autre chose : elles souhaitent « modeler » l’esprit des élèves afin de les rendre ouverts à leur environnement. On ne cherche plus à acquérir des connaissances, mais des moyens d’aller chercher ces connaissances. Outre le fait que je trouve ces pratiques inutiles et contre-productives pour l’enfant au final, je ne crois pas que l’état actuel des connaissances en sciences de l’éducation soit suffisant pour prétendre à une telle prouesse : c’est pourtant ce que l’on nous vend, contre notre volonté.
        Et je pense qu’elles ne seront jamais au niveau car je vois dans cet objectif l’idée d’une uniformité des esprits auxquels on s’adresse, et je refuse cette idée avec force.

      • Mila Saint Anne

        Sans vouloir m’immiscer dans le débat….
        J’ai laissé la possibilité de s’exprimer à des gens qui m’ont, ailleurs, sur d’autres supports, traitée avec bien moins de respect que je n’en ai pour eux ici, voire qui m’ont insultée.
        Au vu de ce dernier message, je pense qu’il est temps de siffler la fin de la récréation. Hervé pourra hurler à la « censure » (comme il l’a déjà fait), Finrod se décrédibiliser tout seul avec des phrases du genre de celle là « La recherche en pédagogie a quant à elle échoué sur le plan de la crédibilité. C’est le constat que l’on fait tous.« *. Ils pourront aller retrouver leurs camarades sur un certain forum dont ils sont familiers, dans les pages duquel il est de bon ton de vouer aux gémonies tout ce qui n’est pas de l’ordre du disciplinaire et de couvrir de louanges ceux-là même à qui, dans ce billet, je dénie le droit de me parler de pédagogie .
        Oui, les sciences de l’éducation ont vocation à guider le travail des enseignant (et non pas être des « donneurs d’ordre » comme notre collègue (?) le phantasme dans son commentaire). Oui il s’agit d’une science.
        J’en ai également plus qu’assez de lire ici et là ces dénigrements systématiques, surtout venant de la part de gens qui n’y connaissent rien.
        Si l’on suivait quelques fois l’avis des théoriciens et des chercheurs en sciences de l’éducation pour faire tourner l’École plutôt que l’avis des financiers ou des défenseurs de soit-disant sacro-saintes disciplines, sans doute l’École irait elle mieux.

        *On dirait un de ces articles de blog du Figaro….et c’est tout aussi…. comment dire ? En fait, je crois qu’il vaut mieux que je ne dise rien.

  9. Il paraît qu’être champion de judo donne les compétences nécessaires pour être ministre des sports… A partir de là, ce n’est pas surprenant qu’être allé à l’école paraisse un crédit suffisant pour pouvoir pontifier sur la pédagogie…

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