Ceux qui sèment…

Je voudrais dédicacer ce billet à deux collègues. L’un est Laurent Fillion, parce qu’un de ses messages sur un réseau social bien connu m’a donné l’idée de cet article. L’autre (dont je donnerai des initiales fictives parce qu’il ne me lira sans doute pas et que je ne voudrais pas qu’il prenne mal ce qui va suivre… même si il n’y a vraiment pas de quoi) est un collègue qui…. Je vous laisse lire la suite pour vous faire une idée.
Je suis désolée, ce n’est pas un billet fun, même si Kévin et Jessica sont invités. Promis, je ferai un effort la prochaine fois.


Vous savez ce que j’ai fait en rentrant à midi ? J’ai ouvert ma page d’accueil sur un site mondialement connu de réseautage social et et au milieu de tout un tas de choses passionnantes (je suis entourée de gens passionnants sur Facebook), j’ai lu cette phrase de Laurent : "Chercher les capacités montrées plutôt que d’enlever des points : une autre façon d’évaluer."

C’est dans l’air

C’est marrant, il doit y avoir un truc dans l’air en ce moment. Tout le monde parle d’évaluation, de notations….
Non, en fait, je sais ce qui se passe… Les Cahiers pédagogues ont intitulé leur n°491 "Évaluer à l’heure des compétences". [ Je ne l'ai pas encore lu, mais je sens que ça va m'intéresser et que ça va intéresser beaucoup de gens] et du coup c’est devenu un sujet dont il est de bon ton de parler.


Cahiers Pédagogiques n°491,
coordonné par Françoise Colsaët et Yannick Mével

Je sais, ce n’est pas la seule et unique raison. Ça bouge* un peu en ce moment du côté de l’évaluation dans la maison Éduc’ Nat’ [Je dis ça surtout pour mes Keskelledit préférés, les autres s'en sont aperçus normalement]. Ça bouge davantage dans la presse, les établissements et la tête de certains collègues (voir ce qu’en disait LF sur Facebook ce matin) que dans les hautes sphères… Notre actuel ministre est contre la suppression des notes, mais c’est une mesure qu’on retrouve pourtant dans le rapport du député Grosperrin et dans les projets du parti de la majorité pour la prochaine législature. On a même pu croiser André Antibi rue de Grenelle, c’est vous dire si ça avance ! Pendant ce temps, les blogueurs anti-pédagogo se déchaînent, les lobbies s’escriment, pour défendre bec et ongles la notation. À quelques mois de ce que vous savez, c’est de bonne guerre.

 C’est pas gentil de se moquer !

Je ne suis pas venue pour vous répéter tout ce que je pense de l’évaluation chiffrée (ou lettrée quand on est un ancien hippie), je l’ai déjà dit dans un billet précédent. Je n’ai pas mis une seule note depuis septembre 2008 et je crois que même sous la torture**, je ne pourrais pas revenir en arrière.

Non, je voulais vous raconter un moment de ma matinée avec lequel le message de LF a fait immédiatement écho. [Oui, je sais, c'est nul les gens qui racontent leur vie sur leurs blogs. Tant pis z'avez qu'à pas lire la suite... na !] En italique vous pourrez même entendre la voix off, et vous rendre compte à quel point je peux avoir mauvais esprit. La méchanceté, c’est quand même plus rigolo, non ?

(Salle des profs – récréation du mercredi matin – distributeur de café en bruit de fond – canapés bleus – ciel laiteux visible par les fenêtres).

- Mila :  Bonjour. Je t’ai mis un papier dans ton casier pour que tu me donnes ton avis sur Kévin et  Jessica (et j’ai pas envie que mon papier finisse sédimenté sous le produit de 25 ha de déforestation).
- Monsieur G. : Ah, c’est toi la pépé des 3e 2 ? (Non, c’est juste parce que j’aime bien écrire des billets doux à des profs de maths… chacun ses petits vices)
Oui. [Silence d'au moins 4 mesures.]
Kévin. [Regard de séminariste devant Marie Madeleine]
C’est la catastrophe. Il redouble et il a des résultats épouvantables dès le début de l’année. (Bein évidement, banane, si il savait faire les trucs que tu veux lui faire faire, il serait plus en 3e… ) Il a complètement raté le dernier contrôle (et il est pas le seul vu la moyenne de la classe à ce devoir).
- Mila : À ce point ? Mais en fait… Qu’est ce qu’il ne sait pas faire ? (Je sais déjà que je vais l’emmerder avec ma question)
- Monsieur G. : Comment ça ? (gniark, gniark ! je le savais…)
- Mila : Bein, quand tu dis "il a raté" … qu’est ce qu’il n’a pas su faire ? (Et là tu me réponds quoi ? parce qu’en fait tout ce dont tu te rappelles c’est qu’il a eu 4/20…)
- Monsieur G. : Bein…… tout.
- Mila : (Allez, je suis sympa, je vais t’aider) Oui, mais, par exemple, là,  tu leur fais faire de l’algèbre ou de la géométrie ?
- Monsieur G. : De l’algèbre.
- Mila : Et c’est quoi qui lui a posé problème ? La lecture de l’énoncé ? Le vocabulaire de la leçon ? C’est un problème de compétence opératoire ? (hé, j’y connais rien moi en didactique des maths, de quoi je parle moi ???)
- Monsieur G. : Je ….
- Mila : Peut être que si tu lui reformulais, éventuellement à l’oral… peut être que ça lui permettrait de répondre, de ne pas subir de "double peine" maths+français. Et toi tu pourrais voir mieux d’où vient le problème. (Yesss !!!  j’ai réussi à ne pas mettre une seule fois dans ma phrase le mot "compétences". Je suis trop forte !)
- Monsieur G. : Ah oui, tiens t’as raison, je pourrais peut être faire ça…. [Silence d'au moins 8 mesures] Oui…. je vais voir…..

Et alors, dans le brouhaha de cette salle des profs, j’ai senti comme un petit frémissement, comme si un petit caillou était venu s’immiscer dans la chaussure pédagogique de ce collègue. Et que ça lui faisait plaisir en plus.

La patience du jardinier

Je ne crois pas aux grands soirs pédagogiques. Ni que légiférer puisse suffire à faire changer d’avis ceux qui ont décidé de faire à leur façon à eux, celle qui est censée avoir toujours fait ses preuves.  Les guerres sont trop anciennes, trop ancrées dans les idéologies et les malentendus qui font partie de l’histoire de la pédagogie. Et je ne pense pas que la formation à outrance soit LA bonne solution (même s’il m’est déjà arrivé de le croire***).

Par contre je crois à l’action des semeurs. À cette espèce de capillarité qui agit quand on met sous les yeux d’un collègue quelque chose qui lui permet de faire mieux son travail.
Ce matin, j’ai eu l’impression d’avoir semé une toute petite graine. J’espère. Peut être qu’elle prendra racine. Peut être que non. C’est pas grave. Je continuerai à semer.

Heureusement, je suis très très loin d’être seule à le faire. (D’ailleurs, j’ai des noms…… Un de ces quatre je vais tout balancer !).
Je rêve du jour jour où, grâce à l’action conjointe de tous ces semeurs, il sera normal de ne plus mettre de notes, de ne plus classer les élèves, de ne plus les forcer à la compétition au sein des classes….
Oui. Je suis une prof laxiste**** ET démagogue.

En fait, j’aurais dû dédicacer ce billet à tous ceux qui sèment…. et à tous ceux qui auront la chance de les croiser.

Merci à eux.

———-

* "bouger" en langage "Éduc’ Nat’ officiel", ça veut dire proposer la mise en place d’un groupe de travail qui va peut-être se réunir pour en parler et éventuellement rédiger ensuite une circulaire que le ministre signera sans doute un jour…

** Heu, bien sûr, c’est du flan, une expression. Pour me faire pardonner, je vous mets un lien vers le site du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

*** Je retiens depuis longtemps déjà un petit texte sur la formation continue des enseignants… qui risque de ne pas m’attirer que des sympathie.

*** Voir mon précédent billet….

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19 Commentaires

Classé dans évaluation

19 réponses à “Ceux qui sèment…

  1. Merci Semeuse! Au moins, toi, tu obtiens des frémissements….

    @ bientôt,

  2. C’est vrai, on obtient des frémissements, parfois un peu plus (j’ai la chance d’avoir une majorité de collègues qui "frémissent") mais on peut aussi parfois se fracasser dans un mur fait d’incompréhension et d’intolérance vis à vis de ce qu’on propose (je connais ça aussi de la part de la minorité qui reste). C’est la mauvaise herbes des jardiniers…
    merci pour la dédicace LF (démasqué)

  3. Hervé Le Roux

    Pfff… Quelle certitude d’avoir raison, quelle prétention…
    Pourquoi séparer maths et français ? La compréhension des premières résulte aussi de la maîtrise du second.
    Ensuite, je ne vois pas bien en quoi cette "graine" entraînera ce collègue à supprimer la notation : à la rigueur, cela lui permettra peut-être de particulariser du soutien pour cet élève, s’il a des heures avec lui, et pas à 30 élèves.
    Au bout du compte, ne pas noter, évaluer sans mesurer, c’est aussi le meilleur moyen de ne plus exiger grand-chose des enfants.
    Le résultat est patent au lycée : l’absence de contenus et de contraintes de résultats au collège conduit de plus en plus de secondes à ne rien savoir. Ils n’ont de compétences pour rien, et il faut tout reconstruire, grâce aux bonnes âmes compréhensives qui ont enfermé l’élève dans son échec, mais sans lui montrer.
    Dire à quelqu’un qu’il n’est pas au niveau, lui donner les pistes pour s’améliorer, et l’évaluer pour lui montrer sa progression, ce n’est pas traumatiser l’élève, c’est l’élever plus haut que lui-même.
    Il est dommage que cette ambition se perde aujourd’hui.

    Combien d’élèves me disent aujourd’hui qu’ils comprennent enfin en quelques semaines ce qui leur a seulement été "évoqué" au collège, jamais approfondi : ils aiment comprendre, ils aiment réussir, et reconnaissent au bout du compte ceux qui leur apprennent des choses, quitte à les bousculer.
    Car ça aussi on peut le faire avec bienveillance.

    Ce qui m’effare à chaque fois que je tombe sur un blog comme le vôtre, c’est cette foi aveugle en votre vérité : j’y vois le contraire du doute.

    • Mila Saint Anne

      Cher monsieur.
      Je crois que nous nous somme mal compris et je vais vous répondre mot mot :
      - Je n’ai pas de certitudes, juste quelques des convictions et des doutes. Vous pouvez lire le reste de ce que j’ai écris sur ce blog, Je n’en retire pas un mot..
      - Je ne sépare pas les maths et le français, justement, l’un ne peut aller sans l’autre.
      - Je n’ai pas l’intention de dire à ce collègue qu’il doit individualiser son enseignement, je suis certains qu’il le fait, comme la très grande majorité d’entre nous. J’espère juste pouvoir l’aider à le faire plus efficacement.
      - Je constate que pour vous la seule façon d’évaluer, c’est de noter ? Et que sans note, il n’est pas permis d’être exigeant ? Je pense que vous vous trompez.
      - Il me semble à vous lire que vous enseignez au lycée. Je préfère me dire que vous connaissez mal le travail fait par vos collègues de collège, (ce qui serait tout à fait compréhensible) plutôt de ne lire dans vos propos que mépris, quand vous dites que les élèves n’y ont rien appris.
      - Dire d’un élève qu’il n’a aucune compétence, c’est comparer un gamin de 15 ans à une laitue. Une laitue n’a aucune compétence. Un être humain en a déjà dans le ventre de sa mère. Je préfère voir dans vos propos une erreur sémantique qu’une noire misanthropie.
      - Je fais donc partie des bonnes âmes qui enferment les élèves dans leur échec ? Au vu des résultats des élèves que j’ai croisé lors de ma longue carrière, ils ne s’en sortent pas si mal. Mais c’est sans doute parce que je n’ai finalement eu aucune influence sur eux, les chanceux.
      - "Dire à quelqu’un qu’il n’est pas au niveau, lui donner les pistes pour s’améliorer, et l’évaluer pour lui montrer sa progression, ce n’est pas traumatiser l’élève, c’est l’élever plus haut que lui-même." Nous sommes tout à fait d’accord, cela correspond tout à fait à ma pratique quotidienne. Simplement, je n’ai pas besoin de notes pour cela.

      Je suis sincèrement désolée que mon blog vous ai déplu, mais je vous sais gré de votre commentaire constructif, qui m’offre ne nombreuses pistes de réflexions et sans doute me montrera la voie vers une pédagogie plus efficace.
      Soyez en remercié.

      Mila.

  4. @ Hervé Le Roux
    Quand on se remet en cause (en abandonnant un système d’évaluation qui ne nous semble pas propice justement à faire progresser nos élèves par exemple) c’est tout sauf une foi aveugle en notre vérité. Ne pas vouloir changer tout en se plaignant que cela ne fonctionne pas me semble correspondre davantage à ce que vous écrivez…
    Quant à vouloir systématiquement accuser ceux qui ne travaillent pas comme vous de brader les savoirs, la méthode est maintenant trop bien connue pour qu’on y porte encore attention. Je préfère le retour de mes anciens élèves aujourd’hui lycéens pour vérifier par moi-même qu’ils sont bien loin de ne "rien savoir".

  5. Hervé Le Roux

    A Laurent Fillon d’abord :
    ce n’est pas moi qui porte un regard condescendant sur ceux qui ne travaillent pas comme moi: c’est d’abord ce que je lis de manière transparente dans ce billet. Son auteur ne semble pas douter qu’il lui faille semer des graines auprès de ceux qui ne pratiquent pas comme elle, sous-entendant qu’ils se trompent. On pourra prétendre que ce n’est pas la volonté de Mila Saint Anne ici, mais chacun interprètera ce type de propos à l’aune de son expérience personnelle et de sa maîtrise du langage écrit. L’ironie est un style détectable, pas seulement par des spécialistes.
    Ensuite, ce qui ne fonctionne pas dans notre système, c’est la possibilité d’enseigner de nouveaux savoirs à des secondes (ou des premières d’ailleurs) qui ne maîtrisent absolument pas les connaissances de l’année précédente. Ce n’est pas ce mode d’évaluation (voyez la notation comme réactionnaire si vous voulez, c’est une méthode trop bien connue pour qu’on y porte encore attention) qui pose problème : il révèle au contraire les lacunes des élèves. Vous ne pouvez bâtir sur du vide.
    Je ne vous connais pas, je ne jugerai donc évidemment pas du résultat de votre enseignement sur vos élèves. Mais je connais quelques (rares heureusement) collègues qui tiennent globalement le même type de discours que celui que je lis ici, jurant encourager la créativité et les compétences des élèves, fascinés par les TICE et passant bcp de temps devant les écrans merveilleux. Et tout le monde se plaint de récupérer leurs élèves l’année suivante, tellement ceux-là sont décalés par rapport au programme à étudier.
    Alors j’observe et je ne suis pas convaincu.

    A Mila Saint Anne ensuite :
    Il est possible que vous ne soyez pas celle que vos écrits laissent deviner mais je suis navré, votre façon d’écrire laisse peu de place à l’humilité et au doute (j’ai lu l’essentiel de ce blog) : à aucun moment, vous n’envisagez que vos collègues qui font le choix de noter (car ce n’est pas obligatoirement une sorte d’atavisme irréfléchi : y avez-vous pensé ? ) ont des arguments valables. C’est ennuyeux.
    Concernant mes collègues de collège, il est bien clair que je n’ai pour eux aucun mépris, je le réserve aux décideurs : c’est toute la force des réformes insufflées par vos compagnons militants (je ne sais si vous avez une place prépondérante parmi les réformateurs de l’école) que d’avoir profondément modifié les programmes et, mieux, les façons d’enseigner, afin d’obliger les récalcitrants à suivre la bonne parole. Par suite, les collègues de collège ont de moins en moins le choix de maintenir un enseignement de qualité.
    Ce qui est amusant, c’est que mes propres amis qui enseignent au collège tiennent le même discours que moi. Et, encore plus amusant, depuis deux ans, grâce à la fabuleuse réforme du lycée et la refonte drastique des programmes, je me mets moi aussi à ne plus pouvoir lutter contre cet appauvrissement, sauf à vouloir détruire les gamins, uniques objets de mon intérêt.
    Sur le chapitre des compétences d’un élève de 15 ans : vous mélangez malhonnêtement "capacité à faire quelque chose" et "connaissance scolaire et intellectuelle" grâce à ce mot fourre-tout et indéfini qu’est "compétences". Votre phrase sur les compétences d’un bébé dans le ventre de sa mère témoigne d’une vision très rousseauiste mal digérée de l’humanité : non, je ne crois pas à l’égalité intellectuelle des Hommes, ni à l’égalité de leur capacité à développer une autonomie pour progresser. Je crois en l’existence de grands esprits, extrêmement rares, qui font progresser l’humanité : notre rôle consiste pour moi à amener chaque enfant au maximum de sa capacité à comprendre les connaissances déjà établies, afin de l’aider, peut-être, à développer sa créativité, au bénéfice de la société.
    Je persiste à penser qu’en vous basant sur les compétences établies d’un enfant de 15 ans, vous limitez nécessairement les plus en retard, parfois perdus par 10 années d’incertitudes scolaires et de flou intellectuel.
    J’ai pour ma part des ambitions bien plus grandes pour nos enfants, et, sans surprise, j’y vois le contraire de la misanthropie. Mais c’est sans doute votre ironie involontaire qui vous amène à ce petit mépris.

    Enfin, si vous estimez ne pas avoir besoin de notes pour faire du bon travail, grand bien vous en fasse, mais pourquoi militer pour empêcher les autres de travailler comme ils l’entendent ?
    Êtes-vous certaine de douter encore ?

    PS : je sais que vous trouverez cela mesquin et non constructif, mais je ne peux partir sans vous signaler que je trouve extraordinaire qu’une professeur d’histoire puisse écrire un texte comprenant deux énormes fautes de conjugaison, comme celles que j’ai pu lire.

    • Mila Saint Anne

      Des lunettes à prêter au monsieur ?

      • Hervé Le Roux

        "ce que j’ai écris"
        "que mon blog vous ai déplu"

        On vient de me confirmer que je n’avais pas besoin de lunettes, mais je pensais qu’un mal-voyant aurait pu repérer celles-là.

        Un Bescherelle à prêter à la dame ?

      • Mila Saint Anne

        Il y a effectivement deux fautes de frappe dans un de mes commentaires. Et même une troisième qui vous a échappée et que je laisse, volontairement.
        Concernant vos autres commentaires*, vous comprendrez que je n’aimerais pas que leur nombre et leur contenus hautement édifiant laissent à peser à mes autres lecteurs que vous avez des comportements de troll.
        Si vous pensez que ce blog est à ce point mauvais, je vous prie de bien vouloir rejoindre d’autres lieux qui vous conviendront mieux, comme le blog de Natacha Polony ou le groupe de SOS éducation.

        *Je peux éventuellement les adresser par mail à qui souhaitera lire votre prose.

  6. Mathilde

    Bonjour,
    Je ne suis pas enseignante. Juste mère de deux filles, dont l’une est aujourd’hui à l’université et la seconde… en seconde.
    Personnellement j’ai appris à ne pas vraiment prêter attention aux notes.
    Pour ma fille aînée, parce qu’elles étaient toujours bonnes, et ne faisaient que confirmer ce que je voyais tous les jours : elle aime apprendre, elle sait s’adapter à ce que le système scolaire attend d’elle.
    Pour la plus jeune, parce que les notes n’ont jamais suffi à m’expliquer quelles étaient les difficultés qu’elle rencontrait. J’ai entendu , en vrac : «  Elle a eu 8, mais c’est bien » (?), « elle a 14, mais c’est très moyen, c’est parce qu’elle est dans une bonne classe » (??). J’ai vu régulièrement à des réunions parents-profs des enseignants qui ne pouvaient pas me parler de ma fille , mais simplement commenter les notes qu’elle avait reçues (« Là , elle a eu 14, parce que c’était facile, et là 8 parce que c’était difficile… en fait votre fille réussit mieux quand c’est facile »… Euh, c’est sensé m’aider à l’aider???)
    En bref, je suis souvent perplexe. Ce ne serait pas très grave si ça ne concernait que moi. Mais ma fille aussi est perplexe. Elle est souvent incapable de savoir pourquoi elle a eu 12 et pas 8, ou le contraire.
    A force de ne pas comprendre, on arrive parfois à des aberrations : tout à l’heure, elle est rentrée furieuse parce que l’enseignante d’espagnol a décidé de noter un exercice fait à la maison, sans l’annoncer au préalable. Et ma fille de râler : « Moi j’ai fait l’exercice honnêtement, il y avait des choses que je ne savais pas faire, et l’exercice reflétait mon niveau. Si j’avais su que c’était noté, j’aurais cherché sur un site de traduction j’aurais demandé aux copains, etc »…

    J’imagine bien que j’enfonce des portes ouvertes pour tous les enseignants expérimentés que vous êtes. Mais le ton de vos commentaires me laisse coite : je me fiche de savoir si Mila Sainte-Anne a bien digéré Rousseau, et qui méprise qui. En revanche, avec ou sans notes, cela m’importe qu’on arrive à expliquer clairement à ma fille ce que l’on attend d’elle, ce qui lui a manqué pour réussir un contrôle, et comment elle peut faire pour acquérir les compétences qui lui manquent.

    Quant à l’orthographe…je ne trouve pas qu’il soit extraordinaire d’en faire de temps en temps… même pour un enseignant! Disons que c’est comme les notes : on s’en fiche un peu :)

  7. doctor who

    Bonjour Mila,

    "Je rêve du jour jour où, grâce à l’action conjointe de tous ces semeurs, il sera normal de ne plus mettre de notes, de ne plus classer les élèves, de ne plus les forcer à la compétition au sein des classes….", conclus-tu dans ton billet.

    Sur les notes, je crois qu’il y a un front commun possible entre le camp des anti-notes et une part des "traditionalistes" (ce mot n’a aucun sens, mais on se comprend). Je ne suis pas personnellement pour un excès de notation, qui sert de dernier recours à des professeurs désemparés face à la difficulté de mettre au travail des élèves souvent bourrés de lacunes et qui appartiennent à une société matérialiste et utilitariste.

    Ensuite, pour le classement, désolé, Mila, mais ça n’existe plus, sauf à la marge. Je n’ai jamais rencontré de collègue qui classe les élèves, dans le secondaire en tout cas.

    Pour ce qui est de la compétition, c’est encore un stéréotype bien pratique pour liquider d’un mot une école fantasmée qui n’a jamais existé sous cette forme (à part chez les Jésuites au XVIIème siècle, avec leur système de cohortes).

    Dommage qu’un débat sain sur la place des notes (malheureusement vicié par des abolitionnistes extrêmistes et des conservateurs perchés sur leur estrade) ne puisse pas s’affranchir de banalités si inefficientes dans la description de la réalité scolaire.

    • Mila Saint Anne

      On ne classe pas les élèves. J’ai du mal lire : http://www.letudiant.fr/etudes/cap-bep-bac-pro/sinscrire-en-lycee-professionnel-18491/le-classement-des-eleves-11459.html
      Cela concerne quand même un jeune sur 4….. je ne suis pas certaine qu’on puisse parler de "marge".
      On en reparle ?

      • Ah mais, je suis bien d’accord que le système est tellement mal fait (manque de place dans les voies techniques et fréquentation insuffisante, donc par défaut, de ces filières) qu’il vit d’expédient.

        Mais la critique de la compétition, des notes, des classements, vise généralement les vestiges du lycée napoléonien, et non le sections techniques, tu le sais bien.

        On parle de classement dans les classes. Et ça n’existe plus.

      • Mila Saint Anne

        Le système n’est pas mal fait concernant la sélection en LP, contrairement à ce que tu peux penser. Quel serait l’intérêt de former des jeunes dans une filière à faible recrutement ? Par contre je continue à penser que l’utilisation de la notation n’est pas le meilleur critère de sélection dans ce cas.
        "Mais la critique de la compétition, des notes, des classements, vise généralement les vestiges du lycée napoléonien" .
        Non, elle concerne tous les niveaux. Du primaire au supérieur. Elle n’est pas écrite, mais elle existe. Il faudrait être naïf pour ne pas s’en apercevoir après avoir passé quelques temps dans une salle des profs.
        Des tas de gens ont écrit sur ce sujet avec beaucoup plus de talent que moi. Je ne cherche à convaincre personne. Juste à exprimer mes opinions.

  8. Keil Guillaume

    Je suis actuellement étudiant à l’université, et cette année, la moitié des mes professeurs ne notent pas les élèves. J’ai remarqué que ceux qui ont commencé avec des lacunes, ont déjà rattrapé leur retard. J’ai discuté avec 2 de ces élèves, et ils se sentent moins mal d’avoir des problèmes de compréhension, moins oppressés par la note qui sépare psychologiquement les élèves qui ont des facilités de ceux qui ont des difficultés.

    @ Hervé Le Roux
    "On vient de me confirmer que je n’avais pas besoin de lunettes"

    Le fait que vous n’ayiez pas besoin de lunettes n’exclue pas le fait que vous pourriez en avoir besoin maintenant. Jusqu’à preuve du contraire "avais" fait partit du passé. De plus je ne savais que certaines personnes dites "mature" étaient capable d’un manque de courtoisie, et de se comporter comme un enfant. Sous prétexte d’avoir été la cible d’une moquerie banale vous cherchiez quelque chose à lui reprocher aussi.

    Bonne continuation Mila :)

    Le visiteur ;)

  9. Finrod

    Bonjour,

    J’ai du mal à saisir ce que la graine envoyée à ce professeur de maths a d’exceptionnel.
    J’ai compris, alors que mes premiers collégiens commençaient leur toute première évaluation qu’il fallait séparer les exercices de maths avec une instruction simple et les exercices impliquant d’abord d’extraire une information d’un énoncé.
    Et même les profs qui notent le font. Simplement relever exactement ce que chaque élève a raté sur des feuilles à part, ça prend du temps, vachement de temps et je parle uniquement de savoir-faire, avec des compétences "transversales" ça devient du chinois pour mon modeste niveau bac+10.

    Je l’ai pourtant vaguement fait depuis le début de l’année, je dis vaguement car je n’ai aucune aide et que tout est improvisé, je m’arrange juste pour que les contrôles puissent être subdivisés en sous contrôles (ciblant un ou deux savoir-faire) et pour que les compétences complexes aient aussi leur place (celles qui mélangent plusieurs capacités/connaissance et sont parfois oubliées des techniciens).

    Je sais que je vais pouvoir mettre en évidence une certaine hypocrisie du système (les quotas de redoublements), car j’ai des élèves qui ne savent rien ou ne fond rien… alors autant pointer le problème de manière convaincante et … constater notre impuissance (j’ai quand même essayé de le régler, je continuerai d’ailleurs, mais je n’y arrive pas avec les décrocheurs, ceux qui n’essaient pas).

    Mais le problème, c’est qu’un élève qui rate une chose, avec des parents derrière, la chose en question est reprise et l’élève n’a pas de lacunes.

    Ceux qui ratent tout, ou sont faibles dans chaque type d’exercice, c’est plus embêtant et … parmi les élèves en difficulté, il y en a beaucoup.

    Je rejoins Hervé sur les constatation en 2nd, j’en ai eu aussi, et j’ai toujours essayé de savoir là où ça coincé. La réponse que j’ai finalement trouvé n’est pas qu’ils n’ont rien appris à cause des professeurs de collège, mais qu’ils n’ont rien appris à cause du collège.

    Ils avaient tous, déjà en 3ème, 4ème des moyennes catastrophiques en maths.
    Les exercices de base de la seconde, les savoir faire les plus simples, c’était déjà un Everest pour eux. Et il ne s’agissait que d’appliquer une recette de cuisine (trouver un angle entre 0 et 2pi en trigonométrie par exemple).
    Autrement dit, la raison de leur échec en seconde fut qu’ils n’avaient pas la capacité d’abstraction nécessaire à l’assimilation des notions du programme. Autrement dit, ils n’étaient pas dans une classe qui leur correspondaient et c’est là la plus grande violence du système éducatif et de l’hypocrite remplacement du redoublement par l’accompagnement, aucun des deux ne résolvant ce problème particulier, car seule l’orientation et la diversification des choix, selon les gouts et les possibilités et non selon le classement, peut le faire.

    Et les autres ? Hé bien, j’ai constaté comme Hervé. Ils ont travaillé dans des classes où, souvent, ils étaient les quelques bon et gentils, laissés de côté parce qu’il savent déjà. Alors il y a plein de choses qu’ils auraient voulu apprendre et qu’ils ne découvrent qu’en seconde, avec plaisir pour beaucoup.
    Et, même e seconde, j’ai eu un élèves qui était si rapide, qu’il n’a pas eu besoin de prendre de notes pour toujours tout savoir faire.

    A l’arrivée, j’y vois là une conséquence néfaste de cette idée d’individualiser l’enseignement. On fonctionne toujours en groupe. Si la prise en compte des besoins individuels est un ingrédient de la réussite, elle reste limitée par des facteurs physiques incompressible tel que l’absence du don d’ubiquité chez les enseignants, et la tendance à parler chiffon plutôt qu’équation chez les ados de 13 à 17 ans.

    Voilà… Autant de questions, qui dans un système cohérent, équilibré et bien pensé ne se poseraient pas. C’est la déroute du système qui nous pose autant de difficultés et nous oblige à répondre à tant de questions.
    Après, concernant l’exemple donné dans l’article, personnellement, je préfère travaille le plus près possible du silence, car cela ralentit les élèves sinon, dans leur travail, leur compréhension et leur bonne volonté (mais c’est surement moi qui ne sait pas les motiver héhé).

  10. Presse-purée

    Chère collègue,

    j’ai connu votre blog par vos interventions sur deux medias assez différents quant à leur contenu et les présupposés pédagogiques sur lesquels ils se fondent (à savoir Neoprofs et le site des Cahiers Pédagogiques). Sur l’un deux j’ai laissé un post à la suite d’une de vos interventions pour vous faire part de mes doutes quant au travail par compétences qu’on nous demande de faire. En tant qu’enseignant de lettres classiques, langues anciennes et maintenant langues et cultures de l’Antiquité, mon impression profonde est que le travail par compétences convient à l’apprentissage de procédures ("rechercher dans un dictionnaire", "rédiger une réponse avec une phrase complète" par exemple) et moins à ce que l’on pourrait appeler des connaissances. Connaître les dates de naissance et de mort de Molière me semble être une compétence (si on doit nommer cela ainsi) absconse, car ce qui est intéressant pour l’élève, c’est d’avoir une idée claire du contexte qui accompagne ces dates (la société de cour etc etc). Cette dimension contextuelle de l’enseignement des lettres a disparu de l’enseignement en collège depuis la mise en place des programmes d’enseignement de 1996, ce que déplore quelqu’un comme Tzvetan Todorov dans son ouvrage La Littérature en péril.
    Vous me rétorquerez que la compétence 5 peut tout à fait prendre en compte ce type de connaissances, or, j’ai bien peur qu’on finisse par me rétorquer que passer tant de temps à travailler avec les élèves sur cette seule compétence (puisqu’il faut l’appeler ainsi), est une perte de temps. Question d’efficacité…
    Je précise par ailleurs que je m’intéresse au socle commun et à son application depuis maintenant cinq ans, que j’ai été un des premiers à le mettre en place dans mes matières, que j’ai lu bon nombre d’ouvrages sur le sujet, tant des pro que des anti.
    Aujourd’hui, les matières scientifiques sont plus en avance que moi sur leur mise en place de cette réforme. Moi, j’en suis revenu. Je mets des appréciations, sous forme de tableaux dans lesquels je détaille ce qui a été réussi et ce qu’il faut reprendre pour progresser, je mets des notes faute de mieux, et je n’utilise que mes appréciations lors des réunions pour discuter des élèves lors des réunions parents-profs ou lors des (nombreux) rendez-vous que je prends avec les parents pour le suivi de leur progéniture. Mais je n’utiliserai pas les grilles proposées par l’administration ou les inspecteurs. Et, au grand jamais, je ne remplirai un fichier informatique dont je ne connais ni le possesseur réel ni les utilisateurs potentiels.
    En fait, la lecture d’un certain nombre de textes, non sur le contenu pédagogique de cette réforme, mais sur l’esprit qui a guidé leur mise en place m’a définitivement dégoûté (je pense notamment aux travaux de Nico Hirtt et au livre La nouvelle école capitaliste de Christian Laval et alii).
    Si on comprend par compétence la mise en avant des qualités des élèves, l’explicitation des attentes de l’enseignant et l’explicitation des conseils pour réussir, le tout d’une manière bienveillante, je souscris totalement à cela.
    Si on entend par compétence la mise au service de l’enseignement à la rentabilité, l’employabilité (quel affreux néologisme) et à la flexibilité… je ne me reconnais pas de ce métier.
    Je ne m’étendrai pas sur le sort réservé à l’enseignement des langues anciennes dans le socle, au risque de me faire traiter (ce qui arrive plus souvent que l’on croit) de vieille chose archaïque… Lorsqu’on voit les efforts développés par les enseignants de langues anciennes dans l’utilisation des TICE et dans la modernisation de leurs pratiques, c’est à vous dégoûter d’avoir passé tout ce temps à cela. Le choix de laisser les langues latines et grecques à quelques dizaines de spécialistes, et ce dans l’indifférence générale, voire pire, me laisse pantois.

    Bref, tout cela pour dire qu’on peut trouver de nombreux défauts aux compétences, qu’il faut garder en tête les directives européennes et mondiales qui ont régi leur mise en place, et qu’on peut être bienveillant et soucieux du progrès des élèves sans pour autant ficher informatiquement les enfants.

    Je m’excuse pour ce long message, mais je pense que votre blog pourrait nous permettre d’échanger plus sereinement sur les (nombreux) sujets que je viens d’évoquer, que j’ai développé de manière un peu différente que précédemment et auxquels vous n’avez pas eu, pour l’instant, le loisir de répondre.

    Cordialement,

    Un collègue

    • Mila Saint Anne

      Je vais faire simple…. en particulier parce que le changement de média ne me donne pas plus de temps disponible, mais aussi parce que je n’ai pas besoin de répéter ce que vous avez très bien dit.
      Je suis d’accord avec vous à 95% (je me garde 5% de marge en raison de l’état de fatigue dans lequel je vous répond et à toute marge d’erreur inhérente à une lecture rapide de votre commentaire).
      J’aurais sans doute un léger bémol à apporter concernant l’aspect numérique orwellien, même si je suis aussi convaincue qu’il faut rester vigilant face à tous les pouvoirs, qu’ils soient ou non numériques (qui facilite le fichage* mais ne l’a pas inventé !)

      Ce qui m’intéresse dans les compétences ce sont les possibilités pédagogiques qu’elles apportent et je ne les utilise que pour cette raison.

      Quand au sort de l’enseignement des lettres classiques, les ayant moi même étudiées pendant de très longues années après le lycée et les avoir également enseignées… Que dire ? Que dans l’établissement ou j’enseignais jusqu’en 2008, plus de 60% des élèves étaient latinistes en 5e/4e en partie parce qu’on faisait une sacré pub auprès des élèves de 6e ! (et que je connais certains collègues de lettres classiques qui sont des pédagogues achevés, auxquels je préférerais ne pas avoir à être comparée ; je suis sûre de perdre !)

      *encore faut il que les bases de données soient compatibles… ce qui est très loin d’être le cas

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