Rentrer… ? je suis pas un escargot !

Aujourd’hui, c’était la rentrée des enseignants.
Bon, oui, c’est vrai, on peut être enseignant et ne pas avoir fait de rentrée.
Je sais, ça m’est déjà arrivé.
C’était bien mais pas top. Curieusement, dans l’administration de l’Éducation Nationale, on croise fort peu d’élèves. De toute façon pas assez à mon goût.

Si vous me lisez il y a de grandes chances que vous soyez enseignant aussi, mais c’est pas obligé.
Alors, pour les Keskelledit (vous savez que je vous aime, vous ?), je vais vous expliquer tout… et puis après je vous raconte ma journée.

On ne dit pas « la rentrée des enseignants », on dit « la pré-rentrée »

Ça m’énerve ! Tous les médias ces jours-ci parlent de la « rentrée des enseignants ». Ça n’a l’air de rien, mais c’est très significatif.

Dire que le 2 septembre c’est la rentrée des enseignants, c’est une manière de dire que c’est seulement la rentrée des enseignants qui est intéressante.
Celle des administratifs, des personnels de service, des personnels de santé (les rescapés !) , ceux de la vie scolaire, l’équipe de direction… on s’en tape joyeusement le coquillard. Eux ils ont repris le boulot il y a déjà 15 jours. Mais, à une période où les français étaient en train de jouer au « cochon-qui-rit » avec Tata Simone et le petit Kévin (il a quatre ans, elle en a 93  mais il trichent tous les deux) pour cause d’intempéries, on n’allait quand même pas leur parler de tous ces fonctionnaires qui bossent… merdalor !

Ils ont pourtant passé 15 jours à faire en sorte que tout soit prêt pour le jour J.

Donc, aujourd’hui c’était la prérentrée.

Comme je ne peux parler que de ce que je connais, je vous parlerai des la pré-rentrée dans le secondaire. Pour le primaire, je suis pas compétente !

L’organisation de cette journée est complètement sous la responsabilité du chef d’établissement, qui en fait ce qu’il en veut, dans la limite du raisonnable. En gros, on y trouve d’abord une réunion plénière. Avec tout le monde. En vrai elle n’est quand même que presque plénière parce que le prof qui vient faire 3h dans le bahut en complément de service il est dans un de ses deux autres établissements, que le prof d’allemand n’est pas encore nommé et que le stagiaire de mathématiques qui arrive en catastrophe de son académie de l’autre bout de la France s’est perdu/a raté son car/cherche une place pour se garer/a confondu le collège Jules Verne de Boissy-le-Sec et celui de Torcy-le-Noble…

Pour les moins chanceux, ceux dont les chefs d’établissement ont gardé de leurs années d’enseignement le bonheur sadique de la remise de copie dans l’ordre, c’est à la fin de cette réunion (et seulement à la fin !) que chaque enseignant se verra remettre son emploi du temps pour l’année scolaire. Certains collègues, les petits veinards, on reçu par mail le leur depuis une semaine et viennent du coup beaucoup plus détendus. Certains autres sont sous antidépresseurs depuis 3 jours, « au cas où ».

Vous allez me faire habilement remarquer (je m’adresse aux Keskelledit) que les gens normaux, qui travaillent 35h, ils font leurs 7 heures par jour alors l’emploi du temps, hein…. « MDR » !

Bein oui. Je sais. Mais l’emploi du temps c’est LE privilège des enseignants (oui, y’a les vacances aussi… on en reparlera si vous voulez, parce que là j’ai pas le temps….). C’est ce qui compense que pendant des années on bosse à 250 km de sa petite famille (madame a été nommée dans une académie, monsieur dans l’autre) et qui permet de travailler pour une partie de son temps QUAND ON VEUT ! C’est un énorme privilège. Mais du coup, sur la moitié de leur temps de travail qui leur est imposé (celui de leur présence devant les élèves), les enseignants sont très sourcilleux. On leur demande de faire des vœux en fin d’année. Alors forcément, quand ces vœux ne sont pas respectés… ils ont l’impression que le ciel leur est tombé sur la tête.
Bon, faut être lucide, la quasi-totalité des enseignants ont une très très bonne raison de demander de ne pas commencer avant 9h (pour avoir le temps de déposer Jessica à la crèche) ou de ne pas faire cours le mardi (journée des cours de préparation à l’agrégation dispensés à l’IUFM/université). Oui, je sais, vous connaissez tous le cas de Josiane qui ne veut pas travailler le vendredi après midi parce qu’elle va chez le coiffeur. Mais la Josiane est une espèce en cours d’extinction….. (1)

Donc, pour en revenir à ma réunion plénière, une fois qu’on est au jus sur les emplois du temps (soit on les a déjà, soit on ne les aura qu’en fin de réunion, mais les anti-dépresseurs font leur effet), on a le discours de politique générale du chef d’établissement. Quoi de neuf du côté de la rue de Grenelle (2), les trucs importants à savoir, les derniers textes parus au BOEN (3) et puis les bilans de l’année précédente : résultats aux examens, orientation des élèves et le projets pour l’année en cours. Mais là, sincèrement, j’aimerais savoir si aujourd’hui  il y a eu parmi mes collègues, des gens qui ont entendu autre chose qu’un discours digne de Bonaparte en mars 1796 (4) : «Soldats, vous êtes nus, mal nourris; le Gouvernement vous doit beaucoup, il ne peut rien vous donner. Votre patience, le courage que vous montrez au milieu de ces roches sont admirables; mais il ne vous procure aucune gloire, aucun éclat ne rejaillit sur vous.» Bref, c’est la loose. Mais ça vous le savez déjà.

Vivement qu’on envahisse le Piémont !

Le pot de rentrée.

Ensuite il y a le pot de rentrée. Jus d’orange, cidre, blanquette, clairette, rosé, saucissons, petits fours, repas… les académies et les établissements ont chacune leurs traditions et leurs spécialités…. et les profs continuent (5) à faire ce qui constitue quand même l’essentiel de leur activité de la journée : se raconter leurs vacances. Tout le monde est hyper sympa, consensuel et content.
La phrase de la journée « J’ai pas envie de reprendre le boulot ».(6)

Les réunions.

Vous n’avez pas idées du nombre de raisons de se réunir qu’on peut trouver un jour de prérentrée.

Vous ne me croyez pas ? (pour les Keskelledit, toutes les abréviations ont déjà été explicitées précédemment, alors ça vous fera une révision)

– réunion de profs principaux (PP ou « pépé », moi je suis « mémé de 3e« ) de /6e / 5e / 4e / 3e /secondes…)
– réunion de profs de français (ou de n’importe quelle autre matière, au choix)
– réunion de projets (échanges, voyages, jumelages, sortie vélo, solidarité Soudan, cross du collège…)
– réunion TICE
– réunion PPRE, IDD, S3C, HdA, DNB, AP, SEGPA, ULIS, ….. (à compléter)

J’arrête là….

Ma prérentrée

Ma prérentrée ? Ça vous intéresse ? Je vous jure… rien d’exceptionnel.
Bon, mon emploi du temps (reçu en fin de plénière mais sans antidépresseurs) est conforme à mes vœux, je ne connais personne ou presque dans le bahut, le saucisson était bon et j’ai pas eu de réunions. Il parait qu’on en aura plus tard.
Mon année commencera réellement et officiellement mardi à 15h.

Mais je crois que je vais aller au bahut avant… je suis en manque !

Et vous ?

PS : En complément, je vous conseille la lecture de « Bienvenue à Profland« . C’est caricatural.. mais finalement pas tant que ça. D’ailleurs, je vais me laisser pousser la barbe ! (merci Anthony !)

————————————–

1 –  Oups ! Je veux dire « les cas comme cette Josiane là »… je connais des tas d’autres Josiane, elles sont super sympa, elles vont hyper-bien et je leur souhaite une belle et heureuse année scolaire !
2 – L’adresse du Ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative (appellation officielle complète)
3 –  Bulletin officiel de l’Education Nationale… notre bible à nous quoi 🙂
4 – Source : http://napoleon.benoa.net/discours.html
5 –  Ils avaient commencé avant la réunion plénière, continué pendant (quoi que plus discrètement)….
6 – Bon, je suis un cas exceptionnel… moi ça fait hyper longtemps que j’ai pas travaillé alors je retrouve mon âme d’enfant, heu, pardon, de bleubite, et j’ai carrément hâte de faire cours. Mais je suis pas complètement normale…..

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5 Commentaires

Classé dans établissement, récit

5 réponses à “Rentrer… ? je suis pas un escargot !

  1. Bonne reprise pas complètement normale avec tes élèves mystère mardi 15h !!! Et je crois qu’on peut dédicacer le PS à un certain Anthony de Rouen 😉

  2. Dans l’établissement de mon fils il y a eu en plus de tout ça réunion de TOUS les profs de la classe (1) + la chèfe et le sous-chef + les 2 CPE + l’infirmière pour entendre les deux parents parler de leur petit qui a un handicap sans étiquette pendant plus d’une heure. Y’a même la prof de musique qui l’a emmené après la réunion pour tester les instruments de sa classe au cazou il n’en supporterait pas le son. Auquel cas, dit-elle, je changerais mon projet du trimestre.
    (1) sauf le prof d’EPS. Je vous vois sourire d’un air ironique que j’aurais pu avoir (ah le prof de vacances). Ben non : il s’est fait remplacer par une collègue d’EPS qui n’aura pas mon fiston mais a écouté quand même, posé des question et proposé des solutions pour résoudre les problèmes. Ben ouais.
    Alors moi je dis : Y’a des collègues, y’a des établissements ou les mots « fonctionnaire » et « service public » prennent tout leur sens, où le mot « pré-rentrée » vaut pour tout le monde et tous les aspects de la rentrée et moi je dis : chapeau bas les collègues !

  3. Florence Lyons

    salut. c’est très rigolo de lire la pré-rentrée d’un prof en France. ça me rappelle de bons souvenirs (les souvenirs sont toujours très doux!!!). En lisant je me disais que ta pré rentrée était très différente de la mienne qui a lieu en février (en Nouvelle Zélande) mais tout compte fait elles sont plutôt identiques. Même si nous n’avons pas de saucissons – quel dommage par ailleurs !!!

  4. Finrod

    Indispensable l’emploi du temps…

    Grâce à mon vendredi de libre, je peux réflechir à un truc pour le pauvre gamin d’ITEP (qui a un niveau niveau CE1 faible) qu’on a foutu en 6ème dans ma classe, parceque onsavaispasquoienfaire.

    Je vais aussi pouvoir téléphoner à la maman d’un petit de 6ème dont le père est mort. Petit qui n’est autre que le troisième élève en 5 cours de 6ème à avoir m’avoir provoqué directement pendant le cours et a être passé prés d’une insulte directe…

    Sans autre forme de provocation de ma part que celle de lui avoir demandé de rester assis, de ne pas bavarder, de travailler.

    (Inutile de préciser que je ne suis pas en ZEP mais dans un petit collège tranquille et qu’il s’agit d’une bonne classe)

    Ya un sacré boulot… Bordel, je vais bosser 10 fois plus cette année que quand j’ai enseigné à l’université. Et ce n’est pas une formule rhétorique… vraiment dix fois plus.

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