Socle commun : un malentendu ou pire ?

(Bon, je sais, c’est mal de ne pas poster de billet pendant si longtemps quand on a la prétention de tenir un blog. C’est pas de ma faute, c’est de la faute de Manfred et de Jessica.)

A force de m’intéresser au sujet, j’en suis venue à la conclusion que l’on peut dire tout et n’importe quoi sur le Socle Commun des Connaissances et des Compétences », aussi appelé « S3C » pour les intimes. Ou plutôt qu’on peut en dire tout et son exact contraire. J’ai eu envie d’ajouter ma petite voix à cette polyphonie…

Le Socle Commun, c’est ça :

Pour commencer, les sources. C’est toujours la meilleure arme pour lutter contre les phantasmes et en revenir à la réalité.

Décret de juillet 2006 : L’article 9 de la loi du 23 avril 2005 d’orientation et de programme pour l’avenir de l’École en arrête le principe en précisant que « la scolarité obligatoire doit au moins garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un socle commun constitué d’un ensemble de connaissances et de compétences qu’il est indispensable de maîtriser pour accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel et réussir sa vie en société« .

Ce décret se fonde sur la liste des compétences-clé proposées par la Commission Européenne (légèrement différente de celles adoptées en France) :  la communication dans la langue maternelle ; la communication en langues étrangères ; la compétence mathématique et les compétences de base en sciences et technologies ; la compétence numérique ; apprendre à apprendre ; les compétences sociales et civiques ; l’esprit d’initiative et d’entreprise ; la sensibilité et l’expression culturelles

Le socle commun, on peut aussi en dire ça :

En regard de ces deux extraits, voici ce qu’on peut lire ici ou là :
– une affirmation de Jean-Michel Léost, président de la Société des agrégés cité par le Figaro du 5 novembre 2010 :
C’est la conception humaniste de l’enseignement qui est en train de disparaître. L’enseignement n’a plus pour but d’élever les individus. Et nous avons affaire à un processus européen, mis en place par les textes de la Commission sur les “compétences clés”.
– sur le blog d’un collègue, en mars 2008 :
Avec la mise en place du socle commun, de nombreuses matières sont en danger : l’EPS, les sciences, les arts… Seuls les plus privilégiés bénéficieront d’une éducation complète qui leur donne la possibilité de faire de longues études.
– dans un tract syndical
Halte à la régression pédagogique ! (…) Non au socle commun dans le secondaire !

– dans un forum d’enseignants :
Sujet : « Il faut stopper les socle commun des … conneries » –  J’ai lu quelque part (dans l’Autopsie du M ? je ne sais plus !) que ce socle représente un smic culturel. J’ai bien l’intention de le présenter ainsi aux parents d’élèves qui en parleraient.

Bon, j’arrête là, ça me déprime…

Le socle commun tel que je le vis

Il y a tout d’abord une raison qui fait que je dois intégrer l’évaluation du S3C, c’est que je suis fonctionnaire, au service de l’État, du Parlement, et que je me dois de faire ce que l’État me demande (sauf à me demander de faire des choses contraires à la constitution ou au droit, ou qui mettent ma vie en danger. Ça fait un peu « Oui-Oui au pays des Bisounours comme justification, mais c’est l’exacte vérité. ).

Mais la VRAIE raison, c’est que je suis intimement persuadée que cette façon d’enseigner est la meilleure qui soit. Pour moi, l’arrivée officielle du Socle Commun a été comme une bouffée d’oxygène. Enfin, j’allais pouvoir enseigner en MONTRANT aux élèves et à leurs parents non pas seulement le résultat du travail fait en classe, mais la mécanique, le cambouis pédagogique. Détricoter les choses, pour mieux les comprendre moi-même et permettre aux élèves de comprendre aux-même ce qu’ils faisaient.
Et parce qu’enfin, je la tenais ma justification pour supprimer la notation (chiffrée ou pas), voire même (soyons extrémiste !) les évaluations sommatives (pour les Keskelledit, j’ai expliqué ça dans un billet précédent).

Ce qu’est VRAIMENT le Socle Commun

Je pense sincèrement que la véritable définition du socle commun est contenu tout entier dans ces deux mots : « Révolution pédagogique« . Rien de moins.
Et que c’est pour ça que ça coince si fort parfois.
C’est l’ouverture officielle vers une pédagogie de la confiance et de l’attention à l’enfant (et pas seulement de son statut d’élève). Celle de Maria Montessori, de Célestin Freinet.
Une pédagogie de la remise en cause permanente. La mienne et celle de mes élèves.
Une pédagogie tournée vers les autres : les collègues, les parents, les partenaires, le monde qui vit autour de l’École.

Des fois, je suis pessimiste et je me dis que les forces qui s’opposent à ces changements sont nombreux, protéiformes, puissantes, anciennes…

Et puis, je regarde Kévin qui rentre dans ma classe avec le sourire, et je me dis que c’est grâce à lui que cette révolution tranquille se fera.

—————————————–
PS : Pour ceux que ça intéresse, j’ai ouvert un groupe Diigo (groupe public – sur inscription) pour mettre en commun les ressources disponibles en ligne sur le « Socle Commun » et l’enseignement par compétences.
Si vous voulez participer c’est ici.

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6 Commentaires

Classé dans compétences, pédagogie

6 réponses à “Socle commun : un malentendu ou pire ?

  1. illapa

    Eh bien j’en ai les larmes aux yeux! car je partage ces réflexions (moi aussi, prof d’histoire) A bientôt sur FB
    Hélène

  2. Emilie B.

    Bonjour,

    Pensez-vous que ce socle commun (ou plutôt les compétences qui s’y trouvent) ait été défini avec l’aide d’enseignants?

    Je ne suis pas enseignante et je connais de cette orientation seulement ce qu’on en dit dans les médias.

    Bonne journée et merci pour retour d’expérience.

    • Mila Saint Anne

      Bonjour Émilie.
      Les compétences clés ont été rédigées au niveau européen. Leur transcription dans le code de l’Éducation en France est le résultat de nombreux compromis, justement parce qu’il a été établi avec des enseignants ou leurs représentants (les associations disciplinaires par exemple), des membres des corps d’inspection et des fonctionnaires du ministère de l’Éducation Nationale qui sont pour la plupart d’anciens enseignants et sans doute aussi d’autre représentants d’autres institutions (par exemple, l’enseignement agricole est géré par le ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche, ils ont sans doute eu leur mot à dire).
      Du coup, les sept compétences françaises ne sont pas exactement les sept compétences européennes.
      « Valider des compétences » ne signifie pas « enseigner par compétences ».
      La validation est le but. Elle est faite par le chef établissement, sur les recommandations des enseignants (c’est la même procédure pour une décision d’orientation par exemple : les professeurs donnent leur avis lors du conseil de classe, mais c’est le chef d’établissement qui prend la décision finale, en accord avec les familles).
      L’enseignement est le moyen d’arriver à ce que les élèves soient capables d’acquérir les 7 compétences ET les notions des programmes. Il relève de la liberté pédagogique de chaque enseignant. Et cette liberté n’a jamais été remise en cause.

  3. julien

    Franchement, ça fait du bien de lire des trucs comme ça….
    On se sent moins seuls ! A bientôt sur notre blog
    ? http://avenirducollege.wordpress.com/

    Bien cordialement, Julien Maraval

  4. Hakim M.

    Ca, c’est de l’argumentation ! « Je suis intimement persuadé… »
    C’est dommage, ça marche dans l’autre sens aussi. Je vous montre.
    « Je suis intimement persuadé que le socle commun, c’est tout pourri et que c’est la manière la plus nulle d’enseigner.
    Quand je vois le petit Alou entrer dans ma classe en faisant la tronche, je me dit que le socle commun, c’est vraiment très méchant ! »

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