Archives mensuelles : septembre 2010

Essayer de nouveaux chemins ? Première partie.

Je l’avais dit que j’aurais du mal à tenir le rythme… Plus d’une semaine sans billet.
C’est pourtant pas faute d’avoir des choses à dire, je crois que je pourrai tenir ce blog jusque’à mes 65 ans 67 ans et avoir encore des trucs à dire.

Aujourd’hui, j’ai envie de commencer à vous présenter quelques unes des lanternes qui ouvrent ma route pédagogique, des pistes que j’aime suivre par moment, au cas par cas. Je ne défend pas une chapelle ou une autre, je ne dis pas que l’une est meilleure que l’autre, je ne dis pas qu’il faut en choisir une de préférence aux autres, mais qu’il faut les porter ensemble et laisser notre créativité de formateur s’en inspirer.
Vous allez le voir, rien de bien nouveau, mais ça m’a paru important de vous donner envie d’aller un peu plus loin.

La pédagogie des gestes mentaux

Cette pédagogie a été élaborée par Antoine de la Garanderie. (Je vous mets des liens et une bibliographie à la fin du billet).

Toutes vos activités mentales se déroulent selon certains processus dont vous avez l’habitude. Et vous n’imaginez même pas qu’on puisse faire autrement, parce que vous n’avez jamais fait autrement et que vous ne savez pas ce qui se passe dans la tête des autres.
Je prends un exemple. Si je vous disais oralement le mot « chocolat » (bon, là c’est pas pareil parce que vous le lisez…. ) et que vous me racontiez ensuite ce qui s’était passé dans votre tête au moment où vous avez entendu ce mot, certains d’entre vous me diraient qu’il ont vu écrit le mot chocolat (avec leur écriture ou comme sur leur plaquette de chocolat préféré), d’autres en auraient senti le goût, ou l’odeur. Il se peut aussi que vous visualisiez une scène dans laquelle vous voyez du chocolat, ou dans laquelle on prononce le mot. Peut être même certains entendront le craquement du carré de chocolat entre leurs dents (non, s’il vous plait, pas de polémique entre les contempteurs du chocolat blanc « tout mou » et les fustigateurs du super amer « dégueu » !)  Lors d’un stage que j’ai fait avec Yves Lecocq, formateur à l’IUFM de Rouen (si vous avez la chance de pouvoir suivre ce stage, faites le ! C’est un formateur passionnant et un pédagogue de haute volée), la variété de réponse entre la douzaine de stagiaires présent était à proprement parler extraordinaire.

Vous allez me dire quel rapport entre le chocolat et Kévin ?
C’est simple.
Kévin vous lui dites : « Il faut que tu travailles ! » Et bien, figurez vous que « travailler » pour Kévin, ça ne veut pas du tout dire la même chose que pour vous parce qu’il y a de grandes chances qu’il n’utilise pas du tout les mêmes techniques mentales que vous.

En fait, pour « travailler » dans le sens scolaire du terme, mais aussi dans d’autres domaines, il faut un projet, la capacité d’évoquer mentalement ce que vous aller vouloir restituer, et cinq gestes mentaux distincts :

  • le projet d’apprendre

Il n’est pas du tout le même si vous avez le projet d’apprendre la liste des courses pour ne rien oublier d’acheter au supermarché (parce que c’est vraiment pénible de devoir y retourner le lendemain) ou les dates de règnes des différents empeureurs romains pour passer le concours du CAPES. définir son projet va permettre de définir sa stratégie d’apprentissage. Pas sûr que Kévin n’apprenne pas les dates-repères du brevet comme il « apprend » la liste des courses, ou comme il « apprend » les combo sur sa PS3. Du coup, il apprend ses leçons, mais il ne les sait pas.
Pour « savoir », il faut au préalable prendre conscience des enjeux et savoir dans quel but vous aller « apprendre ». Pour quelle restitution ? Dans quel contexte ? A quelle échéance ?
C’est ce qui va vous permettre de définir votre stratégie d’apprentissage.

  • L’évocation

Je reviens à mon histoire de chocolat. On peut évoquer de façon visuelle, de façon auditive, de façon kinesthésique (comme cette athlète dont je ne sais plus le nom et qui mime le saut qu’elle va faire avant de s’élancer. On la voit très clairement le faire… elle évoque son saut…). on peut s’impliquer dans cette évocation (se voir en train d’écrire un mot) ou rester à l’extérieur… Chacun a sa méthode d’évocation. C’est ce qui va vous permettre de restituer ce que vous avez appris, qu’il s’agisse de la recette des macarons, d’un saut en hauteur ou des dates de règne de Septime Sévère.

  • Les cinq gestes mentaux

– le geste d’attention : c’est celui qui va vous mettre dans le projet d’évoquer (revoir ou réentendre dans votre tête) en choisissant la stratégie appropriée. Ce que vous devez apprendre est là, sous vos yeux (ou dans votre oreille). Vous allez devoir transformer votre perception de cet objet d’apprentissage en évocation et vous allez appliquer votre propre stratégie.
– le geste de mémorisation : c’est celui par lequel vous allez vous imaginer en train de restituer ce que vous avez appris. Ce que vous devez apprendre n’est plus là, mais vous allez le recréer.
– le geste de compréhension : c’est celui qui va vous permettre d’appliquer ce que vous avez appris, dans un autre contexte, d’une autre façon.
le geste de réflexion : c’est ce geste qui va vous permettre de confronter, de mettre en relation des connaissances. Vous devrez réutiliser vos précédentes évocations.
– le geste d’imagination : c’est le geste qui va vous permettre de transformer ce que vous avez appris pour créer autre chose.

Kévin, Jennifer et la gestion mentale

Bon, c’est bien joli tout ça, mais qu’est ce que j’en fais en classe ?
Imaginons une situation. Vous montrez la carte de l’Europe en 1914 à vos élèves (tiens, ça me rappelle quelque chose…) et vous leur dites de l’apprendre. Et bizarrement, le lendemain, ils ne la savent pas, à quelques exceptions près. Il y a tellement de bonnes raisons pour qu’ils ne la sachent pas que je ne sais pas par laquelle commencer…..

Percevoir ne suffit pas pour apprendre. Ils auront beau la regarder pendant des heures, si on la leur retire de sous les yeux, ils ne la sauront toujours pas.
Et puis d’abord il faut savoir comment ils l’ont perçu. Un élève qui a tendance à privilégier ses perceptions auditives, si vous ne lisez pas (vous ou quelqu’un d’autre) les pays en le montrant sur la carte…
Ensuite, il faut leur préciser de quelle manière ils vont devoir la restituer : sur un fond de carte ? à l’oral ? retrouver le nom de ces pays dans un texte ? Parce que forcément la stratégie d’apprentissage sera différente.
Il faut qu’il apprennent à se donner la bonne stratégie d’attention devant leur carte. Et à se construire la bonne évocation en fonction du projet d’apprendre que vous leur aurez donné.

Si Kévin ne retient pas ce que vous lui demandez d’apprendre, c’est peut être tout simplement parce qu’il n’arrive pas à avoir une bonne stratégie d’évocation.

De la lecture

Bon, bein voila, j’ai encore fait un billet de 10 km de long… Désolée.
Du coup, je vous parlerai du reste une autre fois….

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La plaie du conformisme scolaire

Ça y est, la première journée de cours de cette nouvelle année scolaire est passée. Forcément j’ai trouvé le moyen d’avoir 39° de fièvre, le nez et les oreilles bouchés, mais si je suis sûre de n’avoir pas fait les meilleurs cours du monde, j’espère ne pas avoir fait les pires.

Aujourd’hui, j’ai donc passé un peu de temps avec des élèves de 6e et des élèves de 3e. Et j’ai du mal à comprendre ce qui peut faire changer les gamins à ce point en 3 ans.
Oui, je sais, vous allez me dire, les hormones, l’adolescence, l’angoisse du passage du monde des enfants à celui des adultes….
Bien sûr tout cela est vrai. Mais on ne m’enlèvera pas de l’idée qu’il y a autre chose.
Un quelque chose qui se passe entre les murs du collège et qui transforme un gamin de 11 ans prêt à se lancer dans n’importe quoi avec vous, en un ado de 14 ans qui ne comprend pas pourquoi vous ne lui faites pas copier le cours pour lui demander de l’apprendre par cœur.
Ce qu’attendaient mes élèves de 3e c’est un prof qui les mate, qui leur baratine un truc, qui leur fasse noter des choses dans leur cahier et qui les quitte en leur donnant des exercices à faire à la maison et un résumé à apprendre par cœur.
Ils ont été déçus.
Mais pourquoi attendaient-ils ça de moi ?
Ne serait-ce pas parce que l’enseignement dans lequel ils ont grandi est un enseignement qui les formate ?

Les sixièmes, ils ont trouvé tout normal

Normal que je les lance dans une activité juste après avoir fait l’appel, normal qu’on change les tables de place (et qu’on les remette après, sans que ce soit le souk), normal que je dise à Jennifer que c’était bien qu’elle se soit trompée parce que du coup, elle ne se tromperait pas la prochaine fois…
Bon j’avoue, mon Kévin de 6e, il a quand même ouvert de grands yeux incrédules quand j’ai annoncé qu’ils pouvait dessiner la définition d’un mot… (J’ai triché, je n’ai pas encore dit qu’il faudrait AUSSI rédiger une définition APRÈS.)

Et le pire c’est que je sais par expérience que si on habitue des élèves de  sixième à être actifs, à essayer de faire les choses autrement, à utiliser leur créativité, ils sont encore partants en 5e et même en quatrième….. donc ils devraient l’être au moins au début de la troisième….
Mais là, rien.

Mes troisièmes… j’ai bien senti que je les perturbais

Du coup, je vais y aller mollo.
Je ne leur ai pas encore dit que je n’allais pas leur mettre de notes (au moins pour ce trimestre, on verra après…).
Je ne leur ai pas fait remplir de fiche alors que certains avaient déjà sorti une feuille pour le faire (arghhh!). Ils n’ont pas ouvert leur cahier pendant le cours. Ils ont cherché tout seuls des documents dans le bouquin (entre la page 16 et la page 27). Ils ont pris une feuille en écrivant d’abord en plein milieu (Madame, on mesure pour savoir si on est bien au milieu ? – Mais non, tu fais au pif, c’est pas important, c’est un brouillon…). Ils ont discuté ensemble de leurs choix. Je leur ai donné l’adresse du blog de la classe, mon adresse mail…. Et j’ai demandé à celui qui habite près de la mairie de photographier le monument aux morts avec son téléphone pour demain.
Mais je sais que ce n’est pas cela qu’ils attendaient.
Et je sais qu’il va falloir que je leur prouve qu’ils sont capable de faire aussi bien voire mieux, mais autrement.

Je suis pas rendue…..

Ah oui, les troisièmes, ils ont fait aussi quelques essais de provoc….
Ils ont été déçus aussi.
J’ai discuté très sérieusement avec eux des choses sur lesquelles ils pensaient que j’allais réagir.

Consigne : Sur une feuille de brouillon (« hein ? du brouillon ? pour quoi faire ? »), noter les mots qui vous viennent à l’esprit sur le thème de la Première Guerre Mondiale. Qu’est ce qu’il faut pour faire une guerre ?
-« Madame, Kévin il a écrit « sex » sur ma feuille !
– Montre ? Ah oui. Mais dis donc, Kévin, tu sais que sexe, ça prend un -e à la fin ?
– (ricanement) Et puis en plus, madame, ça n’a rien à voir…. En plus il voulait marquer « viol »…
– Tu sais Manfred, il a pas complètement tort Kévin. Dans un conflit, le viol est souvent utilisé comme une arme de guerre pour empêcher l’ennemi d’avoir des enfants…
Clôture de l’incident, Kévin et Manfred replongent le nez sur leur feuille…. et bossent 😀

Formatage ?

C’est un texte qui a déjà fait trois fois le tour du web depuis le printemps, mais je ne résiste pas au plaisir de vous le signaler à nouveau.  Désolée pour les non-anglophones, c’est de l’américain (il y a une traduction approximative ici, si vraiment vous voulez… mais la VO y’a que ça de vrai).
C’est le discours de fin d’année d’une élève major de promo, Erica Goldson. Et ça décoiffe.


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