Archives quotidiennes : 16 août 2010

To note or not to note ?

Oui, je suis d’accord, c’est pas terrible comme titre… Mais bon, je suis encore en vacances et tous mes neurones sont pas encore rentrés…

Aujourd’hui, je vais m’attaquer à un sujet sensible, je le sais. Et je sais aussi que ce n’est pas en quelques lignes que je ferai bouger les choses. Ce que vous allez lire, de nombreux pédagogues et éducateurs l’ont dit avant moi (Célestin Freinet par exemple), bien plus fort et bien mieux. Et je sais d’avance que tout ce que j’ai à dire sur ce sujet ne tiendra pas dans un seul billet…. alors, un peu de patience, la suite viendra.

Si vous ne l’avez pas encore fait, vous pouvez répondre aux deux petits sondages du billet précédent….

Sans vouloir préjuger de ce que vous allez répondre (et tout en sachant que les personnes qui vont répondre à ce sondage ne sont pas forcément représentatives de la majorité des enseignants, et que ce sont plutôt des gens qui réfléchissent à leur travail…), voici une sélection de réponses déjà entendues quand j’abordais le sujet avec des collègues et que je leur demandais pourquoi ils mettaient une note à leurs élèves :
– parce que tout le monde le fait ;
– parce que les élèves réclament une notation ;
– parce que j’ai l’obligation de le faire ;
– parce que je l’ai toujours fait ;
– parce que je ne pourrais pas compléter les bulletins électroniques si je n’en mettais pas ;
– parce que les parents veulent que leurs enfants soient notés ;
– parce que mon administration n’accepterait pas que je n’en mette pas ;
– parce que je dois préparer mes élèves aux examens ;
– bein, je sais pas…. je n’y ai jamais réfléchi….

Encore une fois, cherchez l’erreur, l’argument pédagogique reste minoritaire…
Jamais personne ne m’a dit, « Parce que cela permet à mes élèves de progresser ».
Et pour cause.

Noter un élève n’a jamais eu pour but de l’aider à progresser

Ce n’est pas moi qui le dit (enfin, si, je le dis et j’en suis même profondément convaincue, mais je ne suis absolument pas la première à le dire) et d’éminents pédagogues, s’appuyant sur des recherches sérieuses l’ont démontré.

Je vais juste m’appuyer sur un très intéressant document publié par L’Inspection Générale en 2005 : Les acquis des élèves, pierre de touche de la valeur de l’école ? et en tirer deux extrait. (Cependant, je vous en conseille la lecture intégrale… il a été écrit au moment de la création du fameux « Socle Commun »)

Page 9 du .pdf

« En somme, ce système de notation* a une triple fonction :
Il vise à récompenser ou à punir les élèves pour le travail fourni et pour leur comportement scolaire (il est d’usage d’attribuer une note « de conduite » ou « de morale »).
Il classe et compare les élèves entre eux, afin de susciter l’émulation.
Il renseigne les autorités scolaires et les parents sur les mérites ou démérites de chaque élève et permet ainsi des sanctions publiques comme les prix, les tableaux d’honneur, les félicitations ou les blâmes, comme aussi le passage en classe supérieure (récompense) ou le redoublement (punition). »

* mis en place par les instructions de 1890 (Arrêté du 15 juillet 1890, Bulletin administratif de l’instruction publique, année 1890, supplément au n° 922). Mais finalement, la philosophie de la note n’a pas vraiment changé !

Page 57 du .pdf :

« Le système de la notation, qui perdure dans le second degré et qui se réintroduit parfois en « doublure » dans le premier degré, permet de revenir à des habitudes ancrées depuis de longues années et de répondre aux exigences des familles qui veulent être renseignées sur les performances finales de leurs enfants : oui ou non, l’élève satisfait-il aux exigences scolaires attendues ? L’univocité apparente de la réponse (oui ou non) et la multiplicité des contrôles donnent à la notion de moyenne un relief considérable. À double titre : d’une part la moyenne (de 10/20) constitue le seuil qu’il faut atteindre, ou qu’il suffit d’atteindre, pour satisfaire aux exigences requises ; d’autre part, il est justifié de n’atteindre ce seuil « qu’en moyenne », c’est à dire qu’au terme du cumul de plusieurs notes obtenues à des contrôles différents et d’un calcul de la note moyenne. Il résulte de cette religion de la  moyenne nombre d’effets pervers déjà aperçus, qui jouent le plus souvent contre l’égalité et l’équité. »

Si je résume donc, une note, ça sert à classer les élèves et répondre à UNE question simpliste : l’élève a-t-il atteint le niveau de savoirs, de savoir-faire et de compétences qu’on est en droit d’exiger d’un élève de la classe de 6è (par exemple). S’il a plus de xx de moyenne (parce que ça dépend des établissements, des enseignants, du niveau général de la classe, du niveau social supposé ou réel de l’élève, et même s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille…), la réponse est oui, sinon….. c’est non. Et celui qui a la meilleure moyenne est le meilleur élève de la classe. Vous savez ce que je pense de cette idée de « bon élève »….

Une note est un outil subjectif et simpliste d’évaluation

Interrogeons Kévin :

– Qu’est ce que tu penses de Madame X, ta professeure de français ?
– Madame X, elle met toujours des notes au dessus de la moyenne ! C’est trop facile d’avoir de bonnes notes avec elle
– Et Monsieur Y ?
– Lui c’est une peau de vache, personne n’a jamais la moyenne !

(Bon, en réalité, Kévin n’a pas exactement utilisé le vocable « peau de vache », mais un autre plus… fleuri…)

C’est vrai que lors des conseils de classe, les notes de Mme X, tout le monde sait qu’elles ne sont pas représentatives, car elle est considérée comme un peu laxiste, mais qu’avoir la moyenne avec M. Y, cela veut dire que l’élève a d’excellents résultats et qu’il mérite les félicitations.
Et puis il y a tous les autres profs, ceux qui sont comme tout le monde avec des notes entre, disons 5 et 18… Pas de 20 parce que 20 c’est l’excellence….

Il est donc normal d’avoir un échelonnement de notes : 1/3 de bons, 1/3 de mauvais, 1/3 de moyens. Regardez dans vos carnets de notes de l’année dernière…. et dites moi si je me trompe… ?

Je n’ai rien inventé. Ce phénomène s’appelle la constante macabre. Et il fonctionne, quelque soit la classe, quel que soient les enseignants.
Cela veut dire que la note que vous mettez à vos élèves est complètement subjective.

D’ailleurs, le test a été fait avec des copies de bac.
Le très sérieux Institut de Recherche sur l’Éducation de Dijon (CNRS) a publié en 2008, sous la plume de M. Bruno Suchaut, un document intitulé : La loterie des notes au bac – Un réexamen de l’arbitraire de la notation des élèves.

Des copies de SES ont été soumises à 34 correcteurs différents. Les résultats (page 5 du .pdf) sont éloquents….
– pour la copie n°1  les notes attribuées vont de 5 à 15 ;
– pour la copie n°2 les notes attribuées vont de 5 à 16 ;
– pour la copie n°3 les notes attribuées vont de 8 à 18.
Et si vous regardez les trois notes mises par chacun de ces correcteurs de l’académie de Dijon, ils ont quasiment tous mis une bonne, une moyenne et une mauvais note…

Vous avez toujours envie de mettre des notes ?

Pour finir, je reviens sur mon idée de « simpliste ».
Imaginez… Vous devez faire appel à un chirurgien pour, disons une opération de la cornée. Si on vous dit que ce chirurgien vaut 12/20…. vous prenez rendez vous ?

A suivre…..


Quelques liens pour commencer ?

– Pour en savoir plus sur la constante macabre :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Constante_macabre

– un site qui milite pour l’abandon de la notation scolaire :
http://www.panote.org/

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6 Commentaires

Classé dans évaluation, pédagogie

Sondage « Évaluation »

J’avais lancé ce sondage avant de commencer ma série de billet sur la notation.
La série de billets n’est pas achevée et le sondage reste ouvert.

Vous voudriez bien m’aider en répondant à ces deux questions ?
(Cette question vous concerne aussi si vous n’êtes pas enseignants. Vous avez sûrement un avis sur ce sujet…)
Merci d’avance !

PS : Si vous le souhaitez, vous pouvez, après avoir voté, laisser un commentaire si vous avez des choses à dire…

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