Archives mensuelles : août 2010

Anti-vademecum de la première heure de cours

C’est un joli marronnier et comme tous les ans, on voit fleurir un peu partout des articles de recettes pour ne pas rater sa grande première.
C’est particulièrement vrai cette année où la presse relaie les angoisses des néo-titulaires* qui vont se retrouver au charbon avec 18 heures de cours à assurer, en raison de la mise en place de la fameuse réforme de la formation des enseignants (aussi appelée avec un sens de l’art linguistique qui me laisse pantoise « masterisation »).
Je ne vais pas polémiquer, y’a des tas d’autres endroits pour le faire. Et puis si vous êtes un peu malins, vous savez ce que j’en pense.

Que doit donc faire un (bon) prof le jour de la rentrée des élèves ?

Puisque tout le monde dit que cette première heure est importante, c’est que ça doit être vrai. Oui, bon, c’est pas faux, mais c’est pas complètement vrai non plus.
Certains ont des recettes infaillibles apparemment, comme le collègue qui a raconté ce matin sur une radio périphérique qu’il commençait par dire à ses élèves qu’il était sixième kyu d’Aïkido, histoire d’avoir la paix.
La salle de classe vue comme un ring, oui, c’est une possibilité. Je ne suis pas sûre que ce soit la meilleure, parce que c’est un coup à ce que Kévin et Manfred se prennent tout à coup d’un amour immodéré pour les arts martiaux… et que ça se finisse mal avant la fin de l’année quand ils viendront en cours en hakama avec un bokken.

En préparant ce billet, je suis également tombée sur de bien étranges choses (enfin quand je dis « étrange », c’est pour pas utiliser un gros mot), du style :

« Mon conseil pour qu’ils prennent de bonnes habitudes : j’attends le silence (complet) avant de prononcer le moindre mot… ils se rendent vite compte qu’il faut se taire… mais tant que tout le monde n’est pas debout, je ne parle pas ! Je regarde avec insistance celui ou celle qui s’est assis sans attendre l’autorisation… en général, ils finissent par se rendre compte que qqch ne va pas… Enfin, je balaie du regard un peu tout le monde, droit dans les yeux… et c’est parti : « bonjour à tous, asseyez-vous ». Si ils s’agitent, je me tais…. Ensuite j’explique : j’attends de pouvoir travailler avec eux dans de bonnes conditions, ce qui implique : être à l’heure, entrer dans le calme, attendre avant de s’asseoir, une prise de parole contrôlée, etc. »
« Pour la discipline, j’attends qu’un marlou se permette de bavarder ou de ricaner et je le descends immédiatement. En général, j’ai la paix grâce à ça. Je leur laisse croire que je n’ai peur de rien, en espérant qu’ils n’entendent pas mes dents claquer… »
– « Présente-toi en 3 minutes, demande s’il y a des redoublants et avec qui ils étaient l’an passé, demande qui préfère l’EPS à ta matiere, ça permet de repérer ceux qui sont en difficulté et de les faire assoir devant l’un les uns des autres pour pas bavarder. Demande si certains ont des problèmes de vue ou d’ouïe pour les placer aussi. »

Exceptionnellement vous comprendrez que je ne divulgue pas ma source….. tellement je trouve que certains forums sont mal fréquentés.

J’arrête là, je me fais du mal.

Et puis surtout, je crois qu’il n’y a pas de réponse à cette question. Pas de « recette » imparable. D’ingrédient miracle.
Sinon, ça se saurait, et tous les mômes de France, de Navarre et d’outre-mer auraient le même premier cours depuis un siècle.

En revanche, je suis quasi certaine qu’il y a des choses à ne pas faire….

Ce qu’il vaut mieux Ne PAS faire le jour de la rentrée

– Ne pas être soi-même.
Parce que même si le rôle d’enseignant est un rôle de composition, plus vous vous éloignerez de la réalité, plus ce sera difficile à tenir.

Croire que la meilleure des défenses c’est l’attaque
Ils sont 25 (plus ou moins, je sais) et vous êtes tout seul. À moins d’en venir à l’instauration d’une dictature, ce n’est pas vous qui allez gagner.
Et même les dictateurs….

Faire remplir des fiches d’identité
Vous savez, celle avec la profession des parents et le nom de leur poisson rouge. Les infos importantes, vous les trouverez au secrétariat, les autres ne vous serviront à rien. Sauf à rigoler quand un élève vous écrira que son père est « moteur » chez Renault (certifié authentique)

Avoir peur
Je sais, c’est un peu pontifical comme conseil. Mais bon, c’est jamais que des gosses.

Faire la liste des manquements et des sanctions possibles
Les élèves aussi sont présumés innocents….

Leur faire une visite détaillée du programme de l’année
Les plus jeunes ne comprendront pas grand chose et les plus grands ne se souviendront de rien. Gardez ça pour la réunion avec les parents s’il y en a une, et encore, restez dans les grandes lignes.

Mettre le doigt ou ça fait mal
Demander qui est redoublant, qui aurait besoin d’un chien d’aveugle, où ils ont passé leurs vacances… (C’est particulièrement cool pour le redoublant à double foyer dont les deux parents sont au chômage).

– Leur dire que vous attendez d’eux qu’ils travaillent
Ils ont quand même compris qu’ils étaient pas venus là pour faire une bataille de crème chantilly….

Leur dire que vous allez les respecter
Parce que c’est normal de respecter les autres, même si ce sont des élèves. Faites-le, ils s’en rendront compte.

Vous dire que vous devez absolument connaitre leurs noms dès le premier jour
Si vous saviez à quel point je suis une handicapée des noms de mes élèves. En plus, Jennifer, ca la fait bien marrer quand je l’appelle « Choupette » parce qu’elle et moi savons très bien que je vais me gourer si j’essaie de l’appeler par son prénom. (Bon évitez quand même d’appeler Kévin « Choupette » parce que ça pourrait le vexer).

Oui mais bon alors ? Qu’est ce que je fais ?

Dites leur bonjour. Donnez leur votre nom.
Observez-les. Regardez les interagir, s’installer, poser leurs affaires sur le bureau. Repérez les introvertis, les expansifs, les leaders… Profitez du moment.
C’est la scène d’introduction du film de l’année scolaire.
Comme dans la scène d’ouverture du film de Lawrence Kasdan « Les copains d’abord » (Introduction sous-titrée en brésilien, mais cela ne gêne pas la compréhension). On y voit les différents protagonistes apprendre la mort d’un ami, leur réaction et leur trajet jusqu’au lieu de l’enterrement. Aucun mot n’est dit, mais tout est dit et on sait tout d’eux en quelques instants (et même les causes du décès**).

Et puis, très rapidement, surprenez les. Soyez inventif. Faites les travailler sans qu’ils s’en rendent compte. Trouvez quelque chose à leur faire faire qui vous donnera des indices sur leurs compétences. Donnez-leur le choix de la façon dont ils vont faire les choses.

Si vous la jouez bien, cette scène d’introduction, vous leur donnerez envie de participer à l’épisode suivant.
Et vous aurez augmenté vos chance de faire de cette année scolaire une « sequel » réussie.

Allez, 133 heures chrono avant le début du premier épisode !

PS 1 : Si vous avez des idées géniales de truc génial à faire en première heure, ce serait dommage de ne pas en faire profiter tout le monde : les commentaires sont aussi là pour ça.
PS2 : Philippe Watrelot a répondu aux questions du magazine l’Etudiant et donne ses conseils aux jeunes profs. A lire !

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* à l’attention des Keskelledit, un(e) néo-titulaire est un enseignant qui n’a pas encore vu sécher l’encre de son attestation d’admission au concours d’entrée dans la noble profession des enseignants. On les appelle aussi les TO (T « zéro »), mais bon, là c’est vraiment quand on est intime avec eux….
** Pour l’anecdote, et complètement hors sujet (mais c’est un film que j’aime bien), le rôle du mort est joué par Kevin Costner. La brièveté de son rôle après le montage (vous aurez tout vu de lui après ces 5 mn) lui a valu en échange le premier dans Silverado, qui lança sa carrière.

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L’autonomie des élèves

Je change un peu de sujet ce matin (mais je reviendrai sur le thème de l’évaluation), parce que ce que je vois en ligne parfois m’énerve vraiment.
Par exemple, les sites qui proposent des recettes magiques du style  « Les 10 choses à faire pour rendre vos élèves autonomes ».
Ce genre de chose est parfait pour à la fois rassurer faussement certains enseignants qui pensent en les lisant qu’ils rendent leurs élèves autonomes alors qu’ils ne le font pas, et culpabiliser les autres qui se disent qu’ils ne font pas comme ça alors qu’ils pensent rendre leurs élèves autonomes. Par exemple, on peut lire ici où la (je préfère ne citer personne, parce que là, je vais vraiment me fâcher avec des gens) : « pour rendre les élèves les élèves autonomes, il faut développer la pratique de l’oral », « il faut favoriser le travail de groupe ».

Bein voyons. C’est vrai quoi, c’est facile. Un élève qui parle, il est autonome. Un élève dans un groupe il est autonome.
Oui, il a l’autonomie de dire ce que le prof lui a demandé de dire et de faire ce que le prof lui a demandé de faire.
Mais comme ce n’est pas ça l’autonomie, Kévin (qui a besoin d’expérimenter son autonomie, c’est ça grandir !) va aller la chercher ailleurs et passer son temps à papoter avec Manfred pendant qu’on lui aura demandé de préparer avec Jennifer, « en toute autonomie », trois phrases pour décrire la vie dans les tranchées.

Je prends un autre exemple. Un enseignant souhaite faire mémoriser à ses élèves  la localisation des dix plus grandes agglomérations mondiales. Alors, il va les laisser travailler « en autonomie » et leur dire : « Prenez votre livre page 152 et complétez le planisphère que je vous ai donné. Je relève les feuilles dans 20 mn. »

Je maintiens que l’autonomie, ce n’est pas ça.

Dans mon dernier exemple, le prof a fait 75% du travail (le plus intéressant) et laissé à ses élèves les 25% restants, en leur donnant une (et une seule) procédure à suivre, dans un temps limite fixé. (En plus le résultat est pas forcément juste parce que le bouquin de géo propose parfois une carte réalisée avec des données de 1999… mais c’est un autre sujet…)
Celui qui fait cela confond autonomie et dressage.

Quand vous avez appris à marcher… on vous a d’abord tenu la main. Mais on vous a progressivement lâché la main, et vous êtes tombé plusieurs fois, sans gravité (les couches ça sert aussi à ça !) et vous étiez entourés de gens qui vous encourageaient à vous relever en vous disant, « C’est pas grave, tu vas y arriver ».
Aujourd’hui, vous marchez sans qu’on vous tienne la main.

Avec Jennifer, il faut faire la même chose.
Lui donner l’envie d’essayer d’avancer en lui disant que si elle se trompe, ce n’est pas grave et qu’elle réussira sûrement mieux la prochaine fois. Et lui lâcher la main, dès qu’on le peut.
Avoir cette attitude de bienveillance que décrit très bien Philippe Watrelot dans l’excellent billet « Qu’est ce qu’un bon prof ? » dont je vous recommande chaudement la lecture (et l’affichage en salle des profs dès le matin de la pré-rentrée !).

Comment faire alors ?

Je vais garder mon exemple sur les agglomérations et parler un peu des compétences mises en jeu.
Dans l’exemple ci-dessus, les compétences demandées aux élèves sont les suivantes :
– trouver la bonne carte p.152
– lire la légende
– placer sur une carte vierge ce qu’on voit sur une autre
– faire un travail qui a l’air simple (mais pour certains dyslexiques, ça peut être extrêmement difficile) en un temps limité.

Imaginons qu’à la place de cela le prof ait dit : « Imaginez que vous travaillez pour un fabriquant de matériel urbain (au choix : extincteurs, feux rouges, panneaux publicitaires, vélos en libre-service….) qui souhaite vendre ses produits dans les  dix plus grande villes du monde. Comment faites vous pour  en avoir la liste ? Et comment présentez vous le résultat de vos recherche au fabriquant ? » (Si on voulez corser l’histoire, on peut leur demander de choisir dans quelle ville il serait le plus malin de s’installer.)

Ensuite on peut faire travailler les élèves par groupe (libres ou prédéterminés) pour leur demander de prévoir leurs tâches et d’en établir la liste (trouver la liste des plus grandes villes, le support de présentations…). Ensuite on valide les démarches de chacun des groupes, sans hésiter à laisser des élèves partir dans une direction un peu fausse en canalisant éventuellement les projets qui n’ont aucune chance d’aboutir. Ensuite, il n’y a plus qu’à regarder les élèves travailler en autonomie. Répondre à leurs questions, leur donner le matériel dont ils ont besoin (cartes, brouillon, crayons de couleur…) , les encourager, valider en passant au dessus d’une épaule l’avancée du travail… Et regarder le résultat.
Bonheur pédagogique garanti.

Quelle compétences auront été mises en œuvre par les élèves ?
– rédiger un plan de travail négocié au sein d’un groupe
– trouver une source et la valider (et se donner des critères de validation !)
– trouver les informations dont ils ont besoin
– choisir une forme de communication pertinente et la réaliser
– faire une carte thématique à partir d’un support vierge
– connaitre et localiser les dix plus grandes villes du monde (ce qui était quand même le but en terme de connaissances)
On peut même imaginer jouer le jeu jusqu’au bout et demander à ce que certains élèves viennent présenter le résultat de son travail au fabricant (le prof) à l’oral.

D’accord, ça mettra peut être (sûrement) plus de temps que les 20 mn de l’exemple précédent, mais le résultat aura quand même plus de tenue en terme d’efficacité pédagogique.
Et en plus, pendant la séance, Kévin et Manfred parleront de critères de sélections de leurs villes plutôt que du dernier match du Barça.

Je n’invente rien, ça s’appelle la pédagogie de projet.
Et ça marche.


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Si cela vous tente, vous pouvez allez lire également

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Et si je ne mets plus de notes ?

A la suite de mon précédent billet, vous avez voulu creuser un peu les choses et vous êtes tombé(e), je l’espère, sur l’excellent site Pédagopsy et en particulier sur cette excellente page consacrée à la docimologie.
Ca y est, à peine commencé, voila déjà les gros mots.

La docimologie, c’est la science de la notation aux examens (ou à n’importe quoi qui ressemble à une évaluation sommative*). Je ne vais pas répéter (en moins clair) ce qui est dit dans cet article, juste reprendre les conclusions à propos des différentes sources d’erreurs de notation  :
La première source d’erreur est le correcteur. Et pas seulement parce qu’il y a des divergences entre différents correcteurs, puisqu’un évaluateur peut n’être pas d’accord avec lui-même et qu’il est influencé par des facteurs qu’il ne soupçonne même pas…
La deuxième source d’erreur est le sujet : le choix du sujet bien sûr mais également la présence ou pas d’un barème… qui ne simplifie pas forcément les choses.
Enfin, la troisième source d’erreur est l’évalué, et les conditions dans lesquelles il se trouve, physiquement et psychologiquement au moment T de l’évaluation.

(Arrivé à ce moment de mon billet, je sens que je perds mes lecteurs/lectrices qui sont tous/toutes allé(e)s lire en détail tout ça. Bon, ok… On se retrouve après ?)

Je ne sais pas si j’ai commencé à vous convaincre, mais je vais partir du postulat que j’ai pu créer un certain doute dans votre esprit : la note, c’est zéro.

Maintenant qu’on a dit ça, c’est ce qu’on fait ?

Et si on arrêtait de mettre des notes ?

Dans mon petit sondage (pour l’instant…), la raison qui arrive en tête pour justifier que l’on note les élèves est administrative.

Noter les élèves, est une obligation ?
Non. Je tiens à vous rappeler que les enseignants ont le devoir d’ÉVALUER leurs élèves. Il n’est écrit nulle part qu’ils doivent NOTER leurs élèves. Je vous jure, cherchez bien.

Noter les élèves est nécessaire pour remplir les bulletins électroniques ?
Non plus. Les différents logiciels de notation acceptent très bien l’absence de note, je l’ai fait. Vous pouvez ne mettre qu’une appréciation.

La deuxième raison est d’ordre contextuelle.

Noter pour faire comme les collègues ?
Vous ne faites pas les mêmes cours que vos collègues ? (Surtout pas comme ceux de la vieille pie de la salle 212, qui fait les même cours depuis 25 ans…) Pourquoi évalueriez vous de la même façon ? Pour que vos élèves puissent se comparer à ceux des autres classes ? Pour quoi faire ? Et au pire, vous pouvez organiser un épreuve commune et vérifier en douce que vous auriez obtenu le même genre de résultats, si vous voulez vous rassurer…
Usez et abusez de votre liberté pédagogique !
Oui, vous allez avoir l’air d’un(e) extraterrestre. Et alors ?

Noter pour faire plaisir à votre chef d’établissement ?
Je vous rappelle qu’il n’a aucun droit de regard sur votre pédagogie. Au pire, vous risquez une inspection…. pendant laquelle vous pourrez vous appuyer sur le rapport des l’IG précédemment cité si besoin est (mais ça m’étonnerait) pour justifier de votre choix.
Si vous voulez avoir la paix, aller chercher votre miel dans le projet d’établissement et les documents de contractualisation. Vous y trouverez forcément un paragraphe qui parlera de l’épanouissement des élèves et/ou de la volonté de conduire tous les élèves à l’excellence et à une orientation choisie. Connaître les compétences exactes d’un élève offre sans nul doute un outil d’orientation beaucoup plus efficace qu’un simple note.

Pour ne pas avoir à vous battre avec les parents ?

Je vous jure que si vous vous y prenez bien, ils seront votre meilleur soutien.
L’évaluation sans note, ils connaissent puisque c’est comme cela qu’on a évalué leurs enfants à l’école élémentaire.
Et si en plus vous leur dites que c’est pour individualiser votre enseignement, remédier précisément aux difficultés de leur enfant, ils vont adorer.
Informez les régulièrement, faites-en des partenaires.

Mettez vous à leur place.
Jennifer rentre du collège avec un 7/20 en maths. Ils regardent le contrôle, voient où sont les erreurs… et disent à leur fille : « Va ré-apprendre ta leçon ! » (Je sais, ça c’est dans le meilleur des cas. Il peut arriver aussi qu’après avoir pris une mandale, la pauvre Jennifer doive aller faire les courses du mois à Carrouf’, parce que la vraie vie elle ne se résume pas au théorème de Pythagore…)
Alors que si Jennifer, elle rentre de cours avec une feuille sur laquelle il est expliqué qu’elle n’a pas réussi à faire un exercice parce qu’elle n’a pas compris ce que c’était un angle droit (et que la prochaine fois elle sera interrogée là dessus… ), ses parents (ou qui que ce soit qui lui apporte de l’aide dans son travail scolaire) vont pouvoir lui dire : « Tiens regarde, le coin du terrain de foot c’est un angle droit », ou bien « Il est comment l’angle de la boite de poissons panés ? ».
Et il y a de grandes chances pour que lors du prochain cours de maths, elle se rappelle de France-Norvège et de l’angle droit du corner. (J’ai pris l’exemple du foot, mais ça marche aussi avec un bassin de natation, le coin d’une feuille à dessin ou un emballage de pizza….)

À suivre….

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*Pour les Keskelledit qui ne seraient pas familiers avec le vocabulaire pédagogique, une évaluation sommative est une évaluation qui arrive en fin d’apprentissage et qui est sensée faire le bilan des acquis. Il existe également des évaluations diagnostiques, faites avant l’apprentissage pour savoir où en est l’élève de ses acquis, et l’évaluation formative qui est en elle-même une forme d’apprentissage.

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To note or not to note ?

Oui, je suis d’accord, c’est pas terrible comme titre… Mais bon, je suis encore en vacances et tous mes neurones sont pas encore rentrés…

Aujourd’hui, je vais m’attaquer à un sujet sensible, je le sais. Et je sais aussi que ce n’est pas en quelques lignes que je ferai bouger les choses. Ce que vous allez lire, de nombreux pédagogues et éducateurs l’ont dit avant moi (Célestin Freinet par exemple), bien plus fort et bien mieux. Et je sais d’avance que tout ce que j’ai à dire sur ce sujet ne tiendra pas dans un seul billet…. alors, un peu de patience, la suite viendra.

Si vous ne l’avez pas encore fait, vous pouvez répondre aux deux petits sondages du billet précédent….

Sans vouloir préjuger de ce que vous allez répondre (et tout en sachant que les personnes qui vont répondre à ce sondage ne sont pas forcément représentatives de la majorité des enseignants, et que ce sont plutôt des gens qui réfléchissent à leur travail…), voici une sélection de réponses déjà entendues quand j’abordais le sujet avec des collègues et que je leur demandais pourquoi ils mettaient une note à leurs élèves :
– parce que tout le monde le fait ;
– parce que les élèves réclament une notation ;
– parce que j’ai l’obligation de le faire ;
– parce que je l’ai toujours fait ;
– parce que je ne pourrais pas compléter les bulletins électroniques si je n’en mettais pas ;
– parce que les parents veulent que leurs enfants soient notés ;
– parce que mon administration n’accepterait pas que je n’en mette pas ;
– parce que je dois préparer mes élèves aux examens ;
– bein, je sais pas…. je n’y ai jamais réfléchi….

Encore une fois, cherchez l’erreur, l’argument pédagogique reste minoritaire…
Jamais personne ne m’a dit, « Parce que cela permet à mes élèves de progresser ».
Et pour cause.

Noter un élève n’a jamais eu pour but de l’aider à progresser

Ce n’est pas moi qui le dit (enfin, si, je le dis et j’en suis même profondément convaincue, mais je ne suis absolument pas la première à le dire) et d’éminents pédagogues, s’appuyant sur des recherches sérieuses l’ont démontré.

Je vais juste m’appuyer sur un très intéressant document publié par L’Inspection Générale en 2005 : Les acquis des élèves, pierre de touche de la valeur de l’école ? et en tirer deux extrait. (Cependant, je vous en conseille la lecture intégrale… il a été écrit au moment de la création du fameux « Socle Commun »)

Page 9 du .pdf

« En somme, ce système de notation* a une triple fonction :
Il vise à récompenser ou à punir les élèves pour le travail fourni et pour leur comportement scolaire (il est d’usage d’attribuer une note « de conduite » ou « de morale »).
Il classe et compare les élèves entre eux, afin de susciter l’émulation.
Il renseigne les autorités scolaires et les parents sur les mérites ou démérites de chaque élève et permet ainsi des sanctions publiques comme les prix, les tableaux d’honneur, les félicitations ou les blâmes, comme aussi le passage en classe supérieure (récompense) ou le redoublement (punition). »

* mis en place par les instructions de 1890 (Arrêté du 15 juillet 1890, Bulletin administratif de l’instruction publique, année 1890, supplément au n° 922). Mais finalement, la philosophie de la note n’a pas vraiment changé !

Page 57 du .pdf :

« Le système de la notation, qui perdure dans le second degré et qui se réintroduit parfois en « doublure » dans le premier degré, permet de revenir à des habitudes ancrées depuis de longues années et de répondre aux exigences des familles qui veulent être renseignées sur les performances finales de leurs enfants : oui ou non, l’élève satisfait-il aux exigences scolaires attendues ? L’univocité apparente de la réponse (oui ou non) et la multiplicité des contrôles donnent à la notion de moyenne un relief considérable. À double titre : d’une part la moyenne (de 10/20) constitue le seuil qu’il faut atteindre, ou qu’il suffit d’atteindre, pour satisfaire aux exigences requises ; d’autre part, il est justifié de n’atteindre ce seuil « qu’en moyenne », c’est à dire qu’au terme du cumul de plusieurs notes obtenues à des contrôles différents et d’un calcul de la note moyenne. Il résulte de cette religion de la  moyenne nombre d’effets pervers déjà aperçus, qui jouent le plus souvent contre l’égalité et l’équité. »

Si je résume donc, une note, ça sert à classer les élèves et répondre à UNE question simpliste : l’élève a-t-il atteint le niveau de savoirs, de savoir-faire et de compétences qu’on est en droit d’exiger d’un élève de la classe de 6è (par exemple). S’il a plus de xx de moyenne (parce que ça dépend des établissements, des enseignants, du niveau général de la classe, du niveau social supposé ou réel de l’élève, et même s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille…), la réponse est oui, sinon….. c’est non. Et celui qui a la meilleure moyenne est le meilleur élève de la classe. Vous savez ce que je pense de cette idée de « bon élève »….

Une note est un outil subjectif et simpliste d’évaluation

Interrogeons Kévin :

– Qu’est ce que tu penses de Madame X, ta professeure de français ?
– Madame X, elle met toujours des notes au dessus de la moyenne ! C’est trop facile d’avoir de bonnes notes avec elle
– Et Monsieur Y ?
– Lui c’est une peau de vache, personne n’a jamais la moyenne !

(Bon, en réalité, Kévin n’a pas exactement utilisé le vocable « peau de vache », mais un autre plus… fleuri…)

C’est vrai que lors des conseils de classe, les notes de Mme X, tout le monde sait qu’elles ne sont pas représentatives, car elle est considérée comme un peu laxiste, mais qu’avoir la moyenne avec M. Y, cela veut dire que l’élève a d’excellents résultats et qu’il mérite les félicitations.
Et puis il y a tous les autres profs, ceux qui sont comme tout le monde avec des notes entre, disons 5 et 18… Pas de 20 parce que 20 c’est l’excellence….

Il est donc normal d’avoir un échelonnement de notes : 1/3 de bons, 1/3 de mauvais, 1/3 de moyens. Regardez dans vos carnets de notes de l’année dernière…. et dites moi si je me trompe… ?

Je n’ai rien inventé. Ce phénomène s’appelle la constante macabre. Et il fonctionne, quelque soit la classe, quel que soient les enseignants.
Cela veut dire que la note que vous mettez à vos élèves est complètement subjective.

D’ailleurs, le test a été fait avec des copies de bac.
Le très sérieux Institut de Recherche sur l’Éducation de Dijon (CNRS) a publié en 2008, sous la plume de M. Bruno Suchaut, un document intitulé : La loterie des notes au bac – Un réexamen de l’arbitraire de la notation des élèves.

Des copies de SES ont été soumises à 34 correcteurs différents. Les résultats (page 5 du .pdf) sont éloquents….
– pour la copie n°1  les notes attribuées vont de 5 à 15 ;
– pour la copie n°2 les notes attribuées vont de 5 à 16 ;
– pour la copie n°3 les notes attribuées vont de 8 à 18.
Et si vous regardez les trois notes mises par chacun de ces correcteurs de l’académie de Dijon, ils ont quasiment tous mis une bonne, une moyenne et une mauvais note…

Vous avez toujours envie de mettre des notes ?

Pour finir, je reviens sur mon idée de « simpliste ».
Imaginez… Vous devez faire appel à un chirurgien pour, disons une opération de la cornée. Si on vous dit que ce chirurgien vaut 12/20…. vous prenez rendez vous ?

A suivre…..


Quelques liens pour commencer ?

– Pour en savoir plus sur la constante macabre :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Constante_macabre

– un site qui milite pour l’abandon de la notation scolaire :
http://www.panote.org/

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Sondage « Évaluation »

J’avais lancé ce sondage avant de commencer ma série de billet sur la notation.
La série de billets n’est pas achevée et le sondage reste ouvert.

Vous voudriez bien m’aider en répondant à ces deux questions ?
(Cette question vous concerne aussi si vous n’êtes pas enseignants. Vous avez sûrement un avis sur ce sujet…)
Merci d’avance !

PS : Si vous le souhaitez, vous pouvez, après avoir voté, laisser un commentaire si vous avez des choses à dire…

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Heuristiquement vôtre

Je ne sais pas si vous avez ressenti la même chose que moi, mais en ce moment, je trouve que les « schémas heuristiques » sont à la mode dans les milieux pédagogiques.
(« Et puis les finlandais… », « PISA, gnagna…. »)
Enfin, un truc que des gens appellent des « schémas heuristiques ».
Je sens que je ne vais pas me faire que des amis avec ce billet, mais bon, à quoi ça sert de tenir un blog si on ne peut pas se défouler de temps en temps ?

Commençons par une définition de la chose…

L’heuristique, c’est l’art de trouver, de découvrir. C’est un mot d’origine grecque qui vient du verbe εὑρίσκω qui signifie « je trouve ».

Dans le domaine éducatif, faire de l’heuristique, c’est une méthode qui consiste à faire découvrir par l’élève ce qu’on veut lui enseigner. C’est pas moi qui le dit, c’est Piaget en 1973. « Il est indispensable (…) d’accorder la préférence à l’investigation heuristique des questions plutôt qu’à l’exposé doctrinal des théorèmes » .

Bon, pour être complètement rigoureuse, un petit rappel : un schéma c’est une représentation graphique réduite à l’essentiel et souvent symbolique, mais où toutes les informations se trouvent données de façon précise.

Les schémas heuristiques en classe

Donc, pour résumer, faire un schéma heuristique en classe c’est obtenir graphiquement, simplement mais de façon complète, le résultat de la recherche d’un élève. Et s’il y a des représentations symboliques personnelles à l’élève dans le schéma c’est encore mieux.

Et c’est tout. Tout le reste relève à mon avis de « je-ne-sais-pas-quoi-mais-autre-chose » (dans le meilleur des cas),  ou bien de la supercherie (au pire), mais le plus souvent d’une mauvaise interprétation du terme heuristique.
Par exemple, dire « J’utilise les schémas heuristiques avec mes élèves », la plupart du temps se résume au fait que vous donnez un document, fruit de vos recherches, à vos élèves. Et donc que VOUS avez fait de l’heuristique ; pas vos élèves. Ce que vous leur avez donné c’est pour eux, ni plus ni moins un schéma logique, une représentation spatiale de quelque chose que vous auriez très bien pu écrire de façon linéaire.
Autre exemple, dire, « J’ai donné un schéma heuristique à compléter à mes élèves », est un non-sens. Vous auriez très bien pu leur donner un « texte à trous ». Vous avez fait simplement un « texte à trou » graphique.
Je ne dis pas que ces deux démarches sont à proscrire, je dis simplement que cela n’a rien à voir avec l’heuristique.

Et que l’heuristique ne passe pas obligatoirement pas un schéma. Heureusement !

Pourquoi utiliser les schémas heuristiques en classe ?
En réalité, la vraie question est : P
ourquoi utiliser des schémas en classe ?

Vous allez trouver que je suis une obsédée du cerveau, mais c’est à cause du fonctionnement de celui de l’Homo Sapiens qu’ont peut trouver un intérêt pédagogique (mais pas seulement) à utiliser des représentations visuelles.

Il existe une théorie qui voudrait que l’hémisphère gauche de notre cerveau soit le siège de la communication verbale, de la logique et de l’analyse séquentielle, et notre hémisphère droit celui de nos facultés de traitement de l’image et de la communication non verbale, de l’intuition, de l’empirisme, de l’analogie. Bon évidement, c’est une théorie basique et simpliste et le cerveau est quand même plus complexe que ça. Il est doté d’une plasticité remarquable et sait même s’adapter quand certaines zones tombent en panne.

Par contre, il est très clair que nous avons tous, personnellement, développé des compétences qui font que notre intelligence est plus sensible à certaines choses et moins à d’autre. Ce qui ne veut pas dire que nous ne pouvons pas faire ces autres choses, mais que nous choisissons inconsciemment de développer celles pour lesquelles nous avons le plus de facilités. (Là il faudrait que je vous parle un peu de la théorie des intelligences multiples, mais comme c’est quelque chose qui me tient à coeur, je le développerai dans un autre billet.)

L’École, depuis qu’elle existe (et ça fait un paquet de lurettes…), favorise pour la transmission des savoirs les compétences verbales, l’apprentissage logique, le savoir linéaire. Et cela convient à la plupart des gens. Les autres ? Pour une grande majorité, ils s’adaptent comme ils peuvent et développent leur cerveau et leur intelligence en conséquence. Une minorité ne parvient pas à s’adapter et reste devant tous ces savoirs comme une poule devant un couteau. Par contre, si on leur présente la même chose d’une façon qui leur convienne d’avantage (non linéaire, non verbale….) tout d’un coup, ils sentent comme un grand bol d’air et ce qui leur paraissait abscons devient compréhensible. Les élèves soufrant de certaines formes de dyslexie par exemple, vont tout à coup se sentir bien mieux.

Il est donc du devoir du pédagogue de présenter et de permettre à ses élèves de présenter les choses à la fois de façon verbale ET non verbale, de façon linéaire ET non linéaire, en utilisant les compétences logiques ET le raisonnement empirique. Pour que certains élèves utilisent ce qui leur convient le mieux. Les laisser faire leur choix. Librement.

Oui, mais le pédagogue, il a aussi ses préférences. Et c’est là que ça coince. Un schéma comme trace écrite d’un cours ? Avec des petits dessins ? Allons ! Voyons ! ce n’est pas sérieux ! Un cours c’est en trois parties, avec trois sous parties et des belles phrases bien tournées. Pas avec des petits mickeys !
Et bien non, un cours, ça peut être aussi noté comme ça :

Cahier d’histoire d’un élève de 6e.
La question centrale était :
« Qu’est ce que les hébreux nous ont laissé ? »
Le travail a été individuel, puis collectif.
Par contre les icônes illustrant les mots sont personnelles à chaque élève.

Mais le pédagogue, il faut qu’il se force un peu. Ou alors qu’il accepte l’idée qu’il va de façon délibérée, refuser d’aider certains de ses élèves. Rien que l’idée devrait normalement empêcher le pédagogue de dormir. Alors, soucieux de s’assurer le sommeil du juste, il pourra judicieusement se tourner vers un collègue pour qui c’est plus facile (sinon naturel) et travailler à deux. (Et commander à son service de gestion des feuilles A3 et des crayons de couleur…)

Oui, mais que vont dire les parents ?
Les parents, si vous leur expliquez, ils ne sont pas idiots, ils comprendront votre démarche. Voire même pour certains, ils comprendront vos cours un peu plus facilement.

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Si vous cherchez « heuristique » + « classe » dans votre moteur de recherche préféré, vous trouverez tout un tas de belles et bonnes choses, que je vous laisse découvrir.
J’ai toutefois une certaine réticence face à un usage quasi systématique de l’informatique pour faire ce type de schémas, qui ne se justifie pas à mon avis.

Juste deux liens et un livre :

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PS : Les définitions viennent de l’excellent portail Lexilogos.

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Je suis ce que je suis

Il y a les bons et les mauvais élèves. D’ailleurs, quand on leur demande leur avis, aux élèves, ils le disent eux même. « Je suis un bon/mauvais élève ». Qu’un enfant fasse une faute de sémantique, il n’y a pas de quoi peler un chat, mais ce qui est plus inquiétant, c’est quand des adultes font la même, en toute bonne fois qui plus est.

Dans le pays ou je vis, et depuis plus de deux siècles, le droit, la loi, la Constitution et le bon sens proclament que l’on ne peut pas être jugé sur ce que l’on est mais sur ce que l’on fait. (Je me dépêche d’écrire ce billet au risque que cela ne change dans un futur proche). Et pourtant, il est d’usage de s’exclamer, du fond des canapés de la salle des profs (ou des chaises, des tabourets voire devant la machine à café, c’est selon) :  « Ah, ce Kévin ! Lui, c’est vraiment un bon élève. »

Nous avons donc ce brave Kévin, enfant devenu élève (grâce à la magie contenue dans la porte d’entrée de son école, je vous le rappelle) soudain tout auréolé d’une grâce intrinsèque : il EST bon. Point. Les choses sont ou ne sont pas. Lui il est. Un sacré veinard ce Kévin.
Enfin, pas si veinard que ça quand on y pense bien. Parce que si cette « bonitude » est intrinsèque, il n’y est pour rien et ne peut rien faire ni pour la conserver, ni pour la perdre. (Tenez par exemple, moi qui suis intrinsèquement pas très grande, j’ai beau faire, je ne peut pas avoir les jambes d’Adriana Karembeu et les 1.85 m qui vont avec et je conserve mon 1.65  m sans aucun effort.) Et voila que notre bon Kévin, qui n’en peut mais, risque d’un jour de devenir un cancre achevé à force de ne rien changer à ce qu’il est. Rappelez vous de Jennifer, une si bonne élève en 6e qui a fini par redoubler sa troisième. Personne n’a compris pourquoi.

Inversement, Manfred, tout le monde s’accorde pour dire qu’il est mauvais élève. Donc, il l’est. De toute façon, même s’il n’en était pas convaincu au départ, à force de se l’entendre dire (ou d’en recevoir plusieurs fois par jour les preuves), il l’est. Si les adultes qui l’entourent, ses professeurs par exemple, le disent à ses parents qui en acceptent le constat, ce n’est pas Manfred qui va les contredire du haut de ses onze ans. Quelque chose lui dit que les adultes en savent un peu plus long que lui sur deux deux ou trois trucs. S’ils disent qu’il est nul, il l’est. Point. Et il le restera quoi qu’il fasse de toute façon puisque c’est une de ses qualités intrinsèques et reconnues par tous. Un part de son identité. Alors, il ne va pas se fatiguer à faire des efforts. Par contre, il pourrait peut être essayer de se distinguer en étant le plus mauvais. Ce serait déjà ça, non ?

Donc, en guise de première conclusion, je pense que dire d’un élève (et à plus forte raison dire À un élève) qu’il est bon ou qu’il est mauvais, c’est lui accrocher un sacré boulet au pied !

Bon, imaginons que je vous aie convaincu(e), vous avez décidé de ne plus jamais juger un élève sur ce qu’il est. Dorénavant, vous ne les jugerez que sur leurs actes. Enfin, vous allez essayer. C’est un bon début.
Seulement voila, le jour de la rentrée, quand vous rencontrez vos élèves pour la première fois, ils ne sortent pas de l’usine à enfants, tout neufs dans leur cellophane. Ils ont un passé. Un passif. Leurs enseignants, leurs parents, leurs grands parents, leurs condisciples, etc… les ont déjà associé à une catégorie : les bons élèves, les élèves moyens, les mauvais élèves. Catégories qu’ils ont intégré comme étant une part de leur identité.
Et quelle que soit votre bonne volonté de ne pas adhérer à cette taxonomie destructrice, votre principal ennemi dans cette démarche, c’est Kévin, c’est Jennifer et c’est Manfred. Ce sont eux qu’il va falloir extirper des cases dans lesquels ils sont confortablement installés. Vous allez les déranger dans l’image d’eux même qu’ils se sont construite cahin-caha. Vous allez  devoir remettre en cause ce qu’ils croient être, et les convaincre que la vérité est ailleurs.

C’est une démarche extrêmement violente que vous allez entreprendre. C’est pour cela qu’il va falloir agir avec toute la douceur et la bienveillance dont vous disposez. (Cherchez bien, il en reste toujours un peu quelque part, même après huit heures de cours,  à 17h20  juste avant la sonnerie…)

Et malgré tous vos efforts, on ne peut même pas être sûr que vous gagnerez.

Mais ça vaut sacrément la peine d’essayer.

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