T’es prof de quoi, toi, déjà ?

C’est la question que m’a posée le surveillant qui est entré dans ma salle ce matin. C’est vrai qu’à première vue, on pouvait légitimement me la poser.

Par exemple en regardant ces deux élèves là …
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Ou bien ceux là …

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J’avais envie de vous en parler, parce que ce matin j’ai réitéré mon coup de folie de l’année dernière. Pour faire plaisir aux "kinesthésiques" et pour aider tout le monde à comprendre comment fonctionne la cartographie. Avec des bouts de tissus. Oui, avec des bouts de tissus.
Je leur ai demandé de produire une carte de Bombay avec des bouts de tissus, en utilisant la carte de leur livre.
C’est vrai, j’aurais pu leur demander de faire un beau schéma vectoriel, ou une belle carte coloriée avec un fond de carte photocopié et des petites cases préparées pour la légende. Oui, c’est vrai, j’aurais pu. Mais je ne l’ai pas fait Et je recommencerai l’année prochaine.

Parce que des exercices qui mobilisent 99 % des élèves de trois classes de 6e (le 1% restant, je vous raconterai peut-être un de ces jours son histoire mais c’est pas le sujet aujourd’hui), qui aboutissent à 100% de production dans la bonne humeur, c’est suffisamment rare pour ne pas s’en priver !

Vous voulez voir un exemple de production (avec du Kévin dedans !) ?

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La cerise sur le gâteau, c’est d’avoir vu Jessica et Jennifer, championnes de renvoi de cours et de retenues toutes catégories, bosser chacune dans leur coin parce qu’elles avaient choisi de faire le boulot toutes seules, s’impliquer et rester concentrées pendant 55 minutes sur une seule activité, qu’elles on mené jusqu’au bout, avec beaucoup de réussite. Je me demande même si ce ne sont pas ces deux loulouttes qui ont fait le travail le plus abouti.

Moi, je suis montée sur des chaises pour photographier les productions, aujourd’hui, je les ai mises en ligne et demain, on va regarder tout ça pour construire ensemble les règles d’or de la cartographie, avec ou sans tissus.
En prime, on va peut-être pouvoir établir les règles du travail en groupe avant la "ping pong battle" de l’année !

Ah et puis, j’ai fait un truc vachement mal : je les ai autorisé à photographier leurs travaux avec leurs téléphones ! Shame On Me !

J’adore mon job* :)

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* "J’adore mon job" c’est le titre d’un excellent blog que vous connaissez sûrement**
** Sinon, je vous répudie ! :)

 

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Mon double hold-up pédagogique

… ou comment j’ai roulé mes élèves dans la farine et comment ils ont adoré ça.

Je vous préviens, je rentre de formation, je suis remontée à bloc. C’était trop bien. Je sais que vous allez avoir du mal à me croire (et peut-être même m’en vouloir un peu), mais oui, il existe des formations passionnantes dans l’Éducation Nationale. Un jour vous verrez, ça vous arrivera aussi. Mais foin de ces persiflages et venons-en aux faits.

Mon premier hold-up pédagogique

Ça ne vous étonnera pas : j’ai piqué une idée à un copain.
Bon, c’est un bon copain* et je sais qu’il est du genre à partager.

L’idée, c’est de demander aux élèves de préparer au brouillon quelques questions (3, 4… pas plus) et les réponses à ces questions sur le chapitre qu’on est en train d’étudier.
Le cours suivant la prof (j’ai toujours sur moi ce genre de matériel fort utile) sort de sa poche son dé à 30 faces (ou utilise un générateur de nombre aléatoire en ligne mais y’a moins de suspens) et choisit au hasard celui ou celle qui posera la question et à qui. Si il ou elle répond correctement, il ou elle pose ensuite sa question à un autre camarade également désigné au hasard. Et ainsi de suite, dans la limite de 5 minutes. Le jeu s’arrête quand un(e) élève est incapable de répondre à une question cohérente (des fois ils vont chercher de ces trucs !). Si le prof est de bonne humeur, il accepte de recommencer une fois de reprendre le jeu au début, mais c’est rarement nécessaire.
Parce que étonnamment, ce travail qui n’est pas évalué (noté ? Pour quoi faire ?) les passionne et les motive à apprendre leurs leçons.
Mon camarade Anthony avait appelé ça le « Ping-Pong ».
Alors moi, je me suis dit que j’allais faire mieux.

« Ping-Pong Battle » ! (Tatataaaaa!)

Ça en jette comme titre non ?

Les règles de base du jeu sont les mêmes. La classe est divisée en 3 équipes de 8 ou 9 élèves qui vont s’affronter, mais je ne le leur dit pas tout de suite.
D’ailleurs, je ne leur dis rien.
Ils préparent leur Ping Pong comme d’habitude mais avec seulement 3 questions (c’est important pour la suite). Puis ils se regroupent par 2 (si vous avez un nombre impair d’élèves, débrouillez vous !) et choisissent 3 questions parmi leur 6. Déjà là, normalement, ça coince un peu.
Puis les binômes se regroupent pour former trois groupes et ont pour mission de se débrouiller pour choisir 5 questions que leur groupe va poser.
Moralité : certains élèves auront préparé leurs questions pour rien, c’est fait exprès.

Pendant que le choix des 5 questions se fait le prof se contente d’observer les interactions la cocotte minute qui chauffe. Normalement si tout se passe comme prévu, au bout d’un moment, Manfred boude et Jennifer a envie d’emplafonner Kévin.
Surveillez quand même votre cocotte minute.
Quand c’est chaud, qu’ils ont leurs 5 questions (ou pas) on arrête tout et je leur demande ce qui a pu leur poser problème dans ce genre de travail.
- « Ils ont dit que mes questions étaient nulles » ;
- « Kévin il veut décider pour tout le monde » ;
- « tout le monde parle en même temps » ;
- …etc.
Pendant ce temps j’en profite subrepticement pour commencer au tableau un petit schéma heuristique récapitulatif de leurs récriminations.
Ensuite, je leur demande :
"Qu’est ce que vous auriez pu faire pour que les choses se passent encore plus mal ?"
 Et je remplace par leurs nouvelles réponses leurs réponses précédentes sur le schéma. (Et c’est pas piqué des hannetons !)
Je leur dis alors :
" Voila ! Super ! Maintenant vous savez comment faire pour que le travail de groupe se passe bien : il faut faire exactement l’inverse de ce qui est au tableau. "
Et encore une fois je remplace, non plus par le pire, mais par le meilleur.
Et là c’est le moment magique où vous entendez Kévin parler de respect de l’autre, Manfred de créativité (« si ma question avait été plus originale… ! »)…..

Et hop !

J’avais réussi mon second hold-up pédagogique : faire travailler les élèves sur la méthode de travail de groupe et leur faire écrire eux-même les règles qui allaient être instituées en classe (et, si Jessica est sympa, elle vous mettra tout ça sur un beau poster avec des fleurs trop choupinoutes pour les afficher**).

Ensuite j’ai lancé le Ping-Pong Battle en précisant bien que les points recueillis par chaque élève individuellement seraient gagnés par l’équipe entière. Et que même si Manfred n’a au final apporté qu’un point sur les 40 (5 questions, 8 élèves par équipe ça fait 40 points possibles à ramasser, pfft !), si c’est le point de la victoire…
Et tout à coup la cocotte minute qui était prête à exploser est devenue un vrai groupe, soudé comme un pack d’avants français devant des rugbymen néo-zélandais.
Et comme au rugby, je me tamponnais de savoir qui allait gagner mais le match était beau !

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* enfin il l’était jusqu’à ce que j’écrive cet article….
** sinon vous ressortez vos feutres et vous le faites vous-même.

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Regain

Vous savez ce qui me ferait plaisir ? Que vous écoutiez ce morceau de mon groupe préféré en lisant cet article.
Comme son nom l’indique, Girls in Hawaii est un groupe de garçons belges qui a bien souvent accompagné des moments particuliers de ma vie.
Je sais que ce billet n’aura aucun rapport avec le sujet de ce blog, mais après ce long silence, je vous dois quelques explications. (Si vous n’aviez pas remarqué que mon dernier billet datait du 3 juillet dernier, c’est pas grave non plus, hein !)

Il y a des périodes dans la vie qui vous obligent à remettre les pendules à l’heure. Et durant ces quatre derniers mois, je crois bien que j’ai du toutes les remettre à l’heure. Ça a été long, violent, parfois très douloureux, parfois très émouvant, mais comme dirait mon ami Friedrich*, "ce qui ne tue pas…"**.
Quand on perd le goût de tout, y compris des choses que l’on aime le plus, ça prend juste un peu plus de temps de retrouver son chemin. Forcément. Voire, des fois, on perd même l’idée qu’il existe un chemin.

J’ai lu quelquefois, souvent (trop souvent !) que les réseaux sociaux créaient des liens superficiels, que le mot "ami" avait été dévoyé par Facebook, que 140 caractères c’était bon pour les tweetsbourriques…
C’est pourtant aussi grâce à ces réseaux que je suis en train de vous écrire. Grâce à tous ces fils d’amitiés qui se sont tissés autour de moi pour me retenir. Le web n’a jamais aussi bien porté son nom.
Je ne citerai personne, (je connais la modestie de mes amis), mais ils se reconnaîtront : ceux qui m’ont porté à bout de bras au jour le jour, ceux qui m’ont simplement un après-midi serré un peu plus fort dans leurs bras, ceux qui m’ont écrit quelques mots, ceux qui***…
Vous avez tant fait pour moi. Je voudrais vous remercier publiquement. Je ne pourrai jamais le faire assez. Vous m’avez dit que j’avais récolté ce que j’avais semé. Ce n’est plus une récolte, c’est la corne d’abondance, le regain inespéré…

Demain, je vais faire ma rentrée des classes. La vraie.
Celle qui me rendra à mes élèves.

Kévin ! I’m not dead !

*  :  Nietzsche !**  :  …"rend plus fort. " Y’en a qui ont du retard dans les lectures obligatoires ! :)
*** : Je ne vous dis pas tout, vous ne me croiriez pas…

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Du nouveau.

Les vacances approchent et avec elles le moment où je vais pouvoir me poser et enfin mettre mes idées en place pour vous en parler. Je m’aperçois qu’il y a encore plein de sujets que je n’ai pas abordé ici, comme le numérique, le travail collaboratif et je me demande comment j’ai fait vu que ce sont des choses très importante pour moi, Kévin, Jessica et les autres.

En attendant, parce que ma vie n’est pas seulement pédagogique, je me suis créé un petit espace de défoulement pour les énervements quotidiens. Ça s’appelle "Calme-toi". On s’y retrouve quand vous voulez.

A bientôt, ici ou là-bas.

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Cadeau d’anniversaire*

[*Cet article a quelques semaines déjà. Mais ce sont les soldes, alors on sort les vieux trucs qui traînent pour faire de la place avant les vacances !]

Aujourd’hui, c’était mon anniversaire.
On s’en tamponne le coquillard, moi la première. Enfin, non, pas vraiment,  et tous les messages numériques reçus aujourd’hui m’ont fait chaud au cœur. Ma fille qui a sauté dans mon lit vers 7h aussi, mais dans un genre un peu différent. Je confirme, la vie vaut d’être vécue !
Alors aujourd’hui, je me suis fait un cadeau pédagogique.

Oui, oui, ça existe !

Un long jeudi de pédagogie

Trois heures de sixième d’affilée le jeudi matin.
Pour débuter la plus loooooongue journée de la semaine.
Pas besoin de vous dire que j’ai pas tellement le choix : soit je m’amuse la première heure et je me morfonds d’ennui les deux suivantes à refaire la même chose, soit je trouve des trucs à faire pour m’amuser un peu pendant trois heures. Je suis en général bon public de mes propres nouilleries, mais c’est pas facile d’être géniale toutes les semaines.

Aujourd’hui, j’ai joué aux situations-problèmes. C’est pas un jeu très original et il y a plein de littérature sur ce sujet dont je vous conseille la lecture. Mais bon sang, j’ai bien rigolé. Cependant, comme je n’ai pas le talent des professeurs des écoles (qui savent faire cela bien mieux que moi et depuis fort longtemps), je m’y suis reprise à trois fois pour faire un truc potable. Du coup, au final, j’ai eu droit à trois cours différents. Et je me suis retrouvée bien dans la mouise pour le cours suivant (ça m’apprendra) parce que le lendemain c’était rebelote pour trois heures avec les sixièmes l’après midi.

Alors concrètement, comment j’ai fait ? (Un jour faudra quand même que je vous montre ce que je fais avec mes élèves !) J’ai juste montré UNE photo et posé UNE question.
On n’imagine pas comment c’est difficile de poser une question pour avoir une réponse*.  Et donc là j’ai mis trois heures à poser la bonne question.
Nobody’s perfect !
Par contre les gamins ils ont pas mis trois heures à trouver plein de bonnes réponses à mes mauvaises questions, eux !

Et puis, cerise sur le gâteau, comme avec les copains on avait eu une discussion sur les devoirs à la maison (en donner ou pas ? quoi donner ?…) je me suis dit qu’on allait apprendre en classe la définition à connaître par cœur.
J’ai adoré.
On l’a répétée, répétée…
Puis au bout d’un moment, Kévin m’a demandé s’il pouvait la chanter, Jessica a tenté une version reggae (un pur échec !), Manfred une version rap et puis Jennifer, qui boudait dans son coin, n’a pas pu résister quand je me suis mise à côté d’elle pour la mimer…
Je sais, ça fait pas sérieux quand des élèves sortent d’un cours en chantant sur tous les tons : "Un littoral est un espace de contact plus ou moins grand entre la terre et la mer".

Remets en une, patron, c’est ma tournée !

Souvent le lendemain d’un anniversaire, il reste une part de gâteau ou un cadeau arrive en retard.
Bref, un anniversaire, c’est jamais complètement achevé la première journée.

Le lendemain, toute à la joie de finir la semaine avec 3h en compagnie des sixièmes, je me suis fait un deuxième cadeau d’anniversaire.
Je sais, j’abuse.

Kévin (tout sourire) : On peut rentrer en classe, Madame ?
Moi (super sérieuse) : Non.
Kévin (catastrophé) : Bein pourquoi ?
Moi (toujours aussi sérieuse) : Tu ne rentreras que si tu es capable de me réciter ta définition.
Kévin (avec un sourire jusqu’aux oreilles) : Trop fastoche ! "Un littoral…"

Jessica (plus loin dans le rang) : Qu’est ce qui se passe ? Pourquoi on ne rentre pas en classe ?
Manfred (du ton docte de celui qui est bien informé) : Faut réciter la définition avant d’entrer !
Jessica : Ah zut c’est quoi la définition déjà "Un littoral…"
(…)

J’ai eu droit à 25 versions de la définition : récitées, chantées, mimées… et j’ai fini écroulée de rire sous le regard mi-amusé mi-inquiet de mon chef d’établissement qui se demandait pourquoi les élèves étaient encore dans le couloir à cette heure indue.

C’est pourquoi je ne saurai trop vous conseiller de vous faire des cadeaux d’anniversaire pédagogiques.
Et même des cadeaux de non-anniversaire.

C’est si bon !

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* Ça me fait penser à ce super-calculateur qui avait trouvé que la réponse était 42 mais qui avait du fabriquer ensuite un super-super-calculateur pour trouver la question. Ah ! ce cher Douglas Adams !

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Fais la poule !

Faire la poule c’est mal.

C’est pas comme faire l’autruche !

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Faire l’autruche c’est normal.

Dire « Kévin est nul en maths* », « Jennifer n’aura jamais son bac » ou « Manfred n’a qu’à apprendre ses leçons », c’est faire l’autruche mais c’est normal. On a toujours fait comme ça. C’est quand même un signe..
Faire l’autruche ça n’a pas empêché des générations d’élèves de devenir enseignants.
Donc, faire l’autruche, c’est bien.
C’est pro-fes-sion-nel !
CQFD.

Faire la poule c’est mal.

poule

Faire la poule c’est mal.
Faire la poule c’est se conduire comme un dangereux terroriste, un suppôt du capitalisme débridé.
Faire la poule c’est afficher son mépris des classes laborieuses.

C’est quoi faire la poule ?

C’est un peu faire ce que j’essaie de faire…

C’est appliquer (je cite) une "pédagogie de couveuse" !
C’est ne pas oublier que les élèves sont des enfants, des jeunes, des adultes en devenir, et qu’ils sont sont ce que nous avons de plus précieux. Un trésor que la société toute entière doit protéger, entourer, guider, soutenir…
Même quand il ne correspond pas à l’image que l’on a de lui.
Surtout quand il ne rentre pas dans les cadres.
Particulièrement quand il est en échec.

poussin

Ha ! Ha!

Ce qui me fait rire c’est que les gens qui parlent de « pédagogie de couveuse » pour dénigrer les propositions pédagogiques de ceux qui aurait baissé les bras devant les exigences disciplinaires et transformé l’école en pays des bisounours** n’ont pas beaucoup de culture professionnelle… Ils ont dû oublier que cette histoire de couveuse c’est un concept créé par Jean Houssaye (l’auteur du fameux « triangle pédagogique » entre savoir, élève et enseignant) et qu’il accroche à ce mot une vision de l’École exactement inverse. C’est écrit noir sur blanc dans son ouvrage « Les valeurs à l’école » paru au PUF en 1992 qui évoque « (…) cette immense couveuse pédagogique aliénante et infantilisante qu’est l’école petite-bourgeoise formaliste et vide culturellement. ». Suivez mon regard…

C’est le même homme qui dit aux enseignants que l’autorité, c’est l’influence, pas la contrainte. Il ne peut donc pas être complètement mauvais.

Ha ! Ha! (bis)

Ce qui me fait le plus rire c’est que le monde de l’entreprise (un mot tabou de nombreuses salles de professeurs sous peine de mort) use et abuse de cette expression en développant des couveuses d’entreprises pour aider de jeunes entrepreneurs à faire leurs premiers pas.
Donc, la couveuse, c’est efficace, ça aide à réussir, à se concentrer sur l’essentiel et à surmonter les difficultés qu’on peut rencontrer au début mais il ne faut surtout pas s’en servir à l’école. Des fois que.

Fais-je la poule ?

Si vous dites : « Comment vais-je trouver le moyen de faire aimer les maths à Kévin ?», « Pourquoi Jennifer panique-t-elle autant devant sa feuille ?» ou « Quel est le profil d’apprentissage dominant de Manfred ?», vous faites la poule***.

C’est pas grave, moi aussi.
La seule chose importante c’est d’être conscient du poulailler auquel vous appartenez !

Je fais la poule ? M’enbouf ! (pour reprendre l’expression d’un estimé collègue)
Le jaune me va bien au teint.

—-

* Je tiens à préciser que Kévin n’est pas un élève de Guillaume Caron
** Pour mes lecteurs québécois, lire "Calinours"… ça m’ennuierait qu’il y eût confusion ! :D
*** Ou vous vous appelez Guillaume Caron****.
**** Non, il ne s’agit pas d’un rentre-dedans éhonté ! C’est seulement une logique reconnaissance du talent. Un acte gratuit. Côt ! Côt !

- Source des images : domaine public sauf l’autruche VintagePrintable1 on Flikr- 

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Le changement, c’est tout le temps.

J’aime bien le changement. Et j’ai la chance d’avoir un métier changeant. Il existe des permanences (je vous parlerais bien de la permanence des âneries que je lis chaque jour dans divers médias depuis des années mais je ne voudrais pas vous faire déprimer dès la rentrée !) mais ce que je trouve finalement de plus permanent c’est le changement. Changement de lieu de travail, changement de programmes, de ministre… Et puis surtout changement de public. Pas seulement parce que je vois défiler chaque semaine entre environ 120 gamins (j’ai de petits effectifs) mais parce qu’à leur âge on est changeant et imprévisible comme le vent.
J’aime le changement. J’ai dû garder quelque chose de mon adolescence….

Il ne vous aura pas échappé que nous sommes en janvier. Et que se passe-t-il en janvier ? Oui, la galette, les vœux, les bonnes résolutions et tout ça… oui. Mais je veux dire qu’est ce qui se passe dans une salle de classe ? Janvier c’est pile poil le moment où les gamin (et leur prof) commencent à se sentir à l’aise dans leurs pantoufles. On se connaît (j’arrive même, ô miracle ineffable ! à me rappeler de presque tous leurs noms) et si tout s’est bien passé, on se sent en confiance les uns vis à vis des autres.

Et paf ! C’est donc le bon moment pour changer. Pas le premier jour. Non le premier jour, comme le disait l’excellent Jack Koch, on parle un peu martien, on trouve plus ses clefs, on a oublié son code pour allumer l’ordi, on a oublié même à quel point certains collègues peuvent être …. (comment vous dire ça sans m’énerver. Ok, je ne vais rien dire plutôt)

Mais le soir du deuxième jour, l’enseignant, juste après le départ de la horde, resté seul dans sa classe, se demande comment il va bien pouvoir secouer un peu tout ça.

C’est ce que j’ai fait.

Et comme j’aime bien "essayer des trucs", j’ai essayé de changer la disposition de la salle.
Y a pas 56 000 possibilités (sauf si on a la chance de travailler dans cette école suédoise) et j’en ai déjà essayé  pas mal :
- en frontal (parce que quand j’étais jeune je savais pas qu’on pouvait faire autrement) ;
- en V (pour que les élèves se voient) ;
- en U (pour qu’ils se voient encore mieux et pour faire comme la copine prof d’anglais) :
- en îlots (pour qu’ils ne se voient pas trop),
- en carré (Pourquoi pas ? Mais j’évite. Étant donné que je commence mon apprentissage de petite vieille, la faculté m’interdit désormais d’enjamber les tables pour aller faire le guignol au milieu) ;
- le long du mur (parce que les installateurs de salle info ont l’imagination d’une huître)

Depuis la rentrée, mes élèves et moi nous avons donc vécu un temps en U, puis en îlots.
Et là, je sais pas ce qui m’a pris, mais je me suis dit que j’allais la jouer inédite, façon "banquet républicain" : deux longues tablées pour se mettre à table devant de saines nourritures intellectuelles.
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Ça tombait bien,  j’avais envie de faire travailler les 6e sur des projets mais je n’avais aucune idée de la taille des groupes les plus adéquats. Avec cette disposition, ils avaient le choix de former des groupes de 1 à …. 12 !

Il sont donc entrés en classe.
J’ai eu droit à l’habituel chapelet de questions (qui se fait de plus en plus rare au fur et à mesure que l’année avance, et quand le changement devient routinier) :
Jennifer – Pourquoi vous avez mis les tables comme ça madame ?
Moi -  Pourquoi pas ?
Kévin – Bein oui, mais elle est où ma place ?
Moi – Ah bien zutalors : on va faire comment ?
Manfred – On peut se mettre où on veut ?
Moi – Oui, oui….
Machin (un élève que je n’ai jamais eu mais qui commente en passant dans le couloir) – Whaou ! t’as vu la salle ? C’est trop dare !

Je leur ai donc proposé un projet, une mission à accomplir. Deux ou trois phrases de consignes et roule ma poule. Pendant une heure durant  je les ai regardés travailler tous seuls. Je n’ai même pas eu à aider Kévin parce que c’est Manfred qui est venu lui expliquer comment faire ; j’ai juste tendu l’oreille pour être sûre. Au bout du compte, mission accomplie : travail fait, carte réalisée.
Par tous les élèves.
Tous.
Y compris par Jessica qui a recommencé trois fois avec bonne humeur.

Un miracle ? Peut être, mais il s’est quand même reproduit trois fois de suite. Avec chacune de mes classes de 6e !

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Bref si je résume : se lancer dans le changement, oser la prise de risque, faire confiance à l’aptitude à l’autonomie des élèves … la vraie recette pour être heureux en pédagogie !

Ah oui, pour les grincheux* : je n’ai rien traité d’autre que le programme.
Et la cerise sur le gâteau : à la fin de l’heure, je n’ai  pas eu à leur donner de leçon à apprendre. Ce qu’ils avaient fait par eux-mêmes, ils le savaient déjà.

Je vous souhaite à tous une année 2013 pleine de bonheurs pédagogiques !

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* Non, je n’ai cité personne ! Comment ça vous avez entendu quelque chose ? j’ai pensé si fort que ça ????

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