Jessica et Jennifer

Je suis très heureuse d’accueillir ici une de mes collègues et amie pour ce très joli texte, que je regrette de ne pas avoir écrit moi même.
Merci donc à Émilie Kochert pour me permettre de publier ce billet sensible, d’humeur et de regrets.

Les filles en classe sont souvent compliquées, qu’elles s’opposent, qu’elles s’affirment ou qu’elles s’affrontent, elles ne font jamais que réagir.

J’ai rencontré Jessica quand elle avait 13 ans. Jolie brune, pas bête, excellente en classe même. Un jean tout délavé, des baskets naïke et des yeux maquillés comme une voiture volée, mais surtout une mèche qui lui tombe toujours sur les yeux. Jennifer cherchait mon regard, cherchait tous les regards d’adultes, parfois elle cherchait l’adulte même. Elle voulait une réaction, SA réaction, à lui, son papa. Avec ses 13 ans, elle disait « mon père » comme on crache et ses yeux hurlait « dis-moi que tu m’aimes papa » comme un regard d’oiseau écorché. Un oisillon tombé du nid. Une enfant de 13 ans qui joue les blasées.

Jessica vivait dans un HLM, au milieu d’autres cités, et au milieu, îlot central totalement hors du temps et de l’espace était le collège. L’endroit où parfois Jessica existait pour elle-même. Un jour, son prof de maths lui a demandé d’aller aider Kévin car elle avait terminé ses exercices et là Jessica a décalé sa mèche qui lui mangeait d’habitude tout le visage, redressé la tête et aimé pour toujours son prof de maths. En réunion parents-profs on voyait parfois son père, jamais sa mère, qui avait « les enfants à garder », quand nous avons évoqué les projets de Jessica de devenir médecin son père eut cette phrase si terrible et si parlante « mais on n’a jamais été médecin nous, et pi ça coûte trop cher, et pi v’savez moi, j’y connais rien à tout ça, si vous l’dites p’t’être è peut, mais ça coûte cher ? » Et Jessica a remballé ses rêves de médecine et travaille comme sa mère avant elle à la supérette locale depuis ses 18 ans.

Jennifer a 16 ans, de longs cheveux blonds teints comme ceux de son enfance, un trench (« c’est un trench madame, pas un imper, mfff ! ») et une queue de cheval basse tombant sur son cartable-sac à main Vuitton. Jennifer a 15 ans, des idées pleins la tête et des rêves pleins le cœur. Jennifer est excellente en classe, mais Jennifer veut changer de voie.

Jennifer a 15 ans et une maman « jamais là » et un papa « super important, trop occupé ». Un papa que je ne vois qu’aux réunions parents-profs, les yeux rivés sur sa montre, Monsieur est pressé, il veut aller droit au but, il veut savoir combien vaut sa fille, pardon, combien valent ses notes. Je le rassure en serrant les dents et lui annonce que Jennifer veut passer en terminale L et non poursuivre en S. Quand nous avons évoqué les projets de Jennifer de devenir permanente dans l’humanitaire son père eut cette phrase si terrible et si parlante : « Mais on ne fait pas de l’humanitaire, elle deviendra avocate si elle y tient. Elle restera en S, je sais ce qui est bon pour elle, je suis son père. » Et Jennifer a remballé ses rêves d’humanitaire et étudie comme sa mère avant elle le droit commercial depuis ses 18 ans.

Jessica et Jennifer sont de pures inventions, mais elles existent à travers d’innombrables autres exemples qui d’ailleurs auraient pu s’appeler Kévin et Jean-Antoine. Et les pères de ces jeunes filles auraient aussi bien pu être leur mère.

Émilie Kochert – octobre 2014

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Ose devenir ce que tu es.

J’ai commencé à écrire avec une idée en tête. Je l’ai perdue en cours de route et finalement je vous parle de tout autre chose. Tant pis pour vous, ça vous fera un autre billet à lire bientôt. Na !

Quand j’étais petite (enfin, je veux dire, quand à tout juste 20 ans), on m’a confié des classes (l’administration a de ces inconsciences parfois !) et on m’a dit « fait cours ! ». Enfin, on ne me l’a pas dit comme ça. On m’a donné un emploi du temps, une clé, et j’ai compris qu’il allait falloir que je ressemble à un prof devant un groupe d’adolescents. Pour tout vous dire, si on me l’avait prédit deux jours avant, non seulement je ne l’aurais pas cru, mais ça m’aurait bien fait rigoler.

Bébé-prof

À l’époque, les maîtres-auxiliaires (ainsi dénommait-on le statut qui venait de me sauter à la figure), ne bénéficiaient d’aucune formations, inspections, ni conseils d’aucune sorte. Et en prime, suivre les cours à la fac devenait beaucoup plus compliqué, mais ça c’est une autre histoire…
Bref, la première question que je me suis posée c’est de savoir ce que c’était qu’être un prof (UNE prof en l’occurrence). J’en avais une vision très… (comment dire ça sans me mettre une fourchette dans le pied ?)…., nuancée (?). Quelques exemples de profs formidables rencontrés pendant une scolarité qui avait ressemblé à un spectacle de haute voltige sans filet. Quelques phrases qui tuent (entendues et toujours pas oubliées 40 ans plus tard) que je me jurais de ne jamais prononcer. Un assez solide (quoi que limité) bagage académique. Quand j’y repense, finalement pas grand chose. Mais je n’avais plus le choix, j’avais dit oui. Un grand défaut récurrent chez moi.

Apprentie-prof

Au début, forcément, j’ai fait les cours que j’avais reçus. Cours dialogués, cours, exercices, devoirs à la maison. J’ai essayé de séparer le bon grain de l’ivraie. J’ai fait de mon mieux quoi.
Sauf que…
Sauf que je voyais des gamins échouer là ou j’avais réussi (et inversement d’ailleurs !) et que je n’avais pas la plus foutue idée de la manière dont je pourrais les aider. Voire je ne comprenais même pas comment on ne pouvait échouer.
Mais, moi qui m’était si souvent retrouvé dans des situation d’échecs irréductibles, je me suis dit que je ne pouvais pas ne rien faire.

Je crois que le pire c’était de faire des évaluations, de voir des mômes progresser mais conserver toujours de notes catastrophiques. Quand je posais la question à mes collègues (enfin, ceux qui voulaient bien m’adresser la parole, j’étais que MA, faut pas déconner quand même !) la réponse était invariablement : « Oh tu sais Kévin, il a toujours ces notes là. C’est normal, il est comme ça (fainéant, nul, débile, chiant, agité, incapable, limité : rayez la mention inutile), laisse tomber. De toute façon, il s’en fout, il est habitué. »
Ce genre de réponses me révulsaient. Je sentais bien que ce n’était pas normal. Que certains de mes professeurs avaient du tenir le même discours sur mon compte. Je ne pouvais pas me forcer à penser comme ça.

Prof débutante

Quand j’ai réalisé qu’il existait à l’université une faculté de Sciences de l’Éducation, je me suis dit que je pouvais peut être y trouver des réponses. On m’a expliqué que si je voulais devenir prof, je pouvais suivre n’importe quel cursus, SAUF celui des Sciences de l’Éducation. Ça m’a laissé sur le cul et m’a coûté un bras en bouquins de pédagogie.
J’ai alors compris que mes interrogations étaient normales, mes doutes légitimes et mes rêves d’une école bienveillante partagés.
Alors j’ai commencé à changer. Pas seulement à changer ma façon de faire. À changer, moi.
À chercher. À trouver parfois. À échouer en tentant des trucs. À faire d’autres trucs.

Prof ?

Trois choses m’ont aidées, il faut le dire.

D’abord, j’ai eu le CAPES.
Du coup, j’ai enfin reçu une formation pédagogique à l’IUFM.
Merci à Françoise d’avoir organisé de formidables cours sur la psychologie de l’adolescent (que trop de mes condisciples tenaient pour négligeable).
Merci à ce collègue chevronné qui m’a donné son classeur de cours de 5e.
Merci à mon jury de mémoire qui m’a tellement critiqué sur ma vision du rôle fondamental de l’action culturelle que j’en ai fait une priorité.

Ensuite, il y a eu l’arrivée du numérique.
Mutualisation, échange avec des collègues qui avaient les mêmes doutes que moi. Une autre pédagogie était possible. Le monde pouvait entrer dans la classe. Une façon inédite de faire tomber les murs.

Enfin la loi de 2005.
L’inclusion de tous les élèves, l’évaluation des savoirs ET des compétences, le droit à l’expérimentation….
Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je me suis sentie soulagée. Libérée. Confortée dans mes choix, mes rêves.

Peut mieux faire

Alors, c’est peut-être pour ça que j’ai du mal à être diplomate avec les tenants du « c’était mieux avant », les pourfendeurs du collège unique, les contempteurs de l’enseignement par compétence, les Zoïles du numérique, les détracteurs de l’innovation.

L’École irait bien mieux si on écoutait moins ceux qui voient toujours le verre à moitié vide (et sale) et davantage ceux qui le voient à moitié plein… et qui cherchent toujours à le remplir un peu plus.
Merci à ceux-là. Ils sont les lumières de mon chemin.
C’est grâce à eux que peut-être, un jour, je serai prof.

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Comment l’Ecole a raté ma fille (Épilogue)

Merci d’être arrivé au bout de ce long et banal récit. Je vous reconnais bien là.

J’aime l’École

Eh oui, malgré tout ce que vous veniez de lire, j’aime l’École.
Parce qu’elle est est portée par un idéal de Liberté, de Fraternité et d’Égalité qui fait sa grandeur.
Parce qu’elle est gratuite, laïque et obligatoire.
Parce qu’il a fallu extirper des gamins de 8 ans des colonies pénitentiaires où l’abandon sociétal les avait jeté, pour les amener à l’école.
Parce qu’il a fallu aller chercher les gosses tuberculeux dans les caves des manufactures du XIXe siècle qui les traitaient comme des esclaves.
Parce qu’il faut toujours le faire dans  tous les bidonvilles du monde.
Parce que la moitié au bas mot de la planète aimerait y avoir accès.
Parce que nous avons la chance de vivre dans un pays qui consacre son premier budget à l’éducation.

Humains

Les idéaux ne sont vivants que s’ils s’incarnent. Ils s’incarnent dans des hommes et des femmes qui ne sont « que » des hommes et des femmes.
Je connais les humains, j’en suis un depuis un certain temps.
Moi aussi j’ai des idéaux.
Mais des fois aussi, je les oublie. Parce que la fatigue, parce que les soucis, la vie. Les idéaux c’est un luxe d’humain heureux et bien nourri. Des fois je ne suis pas heureuse. Comme tout le monde.

À lire vos réactions, je sais que l’histoire banale que je vous ai racontée a réveillé des échos, des colères, des peurs à venir.
J’ai été moi aussi en colère, découragée… Effrayée aussi par ce que cela me renvoyait de ma propre humanité. Triste aussi.

Enseigner

Si je vous ai raconté tout ça c’est pour vous dire qu’au final, même si je sais que je suis à ma place dans ma classe, je suis comme tous ceux que ma fille a croisé. Ni meilleure, ni pire. Pas toujours exemplaire. Moi aussi je n’ai pas su répondre aux interrogations de certains parents, moi aussi j’ai sûrement « raté » des mômes par manque d’attention. J’en même eu honte des fois.

Si j’avais une seule moralité à retenir de ces 16 années d’École de ma fille, c’est qu’il faut avant tout rester humble*.

Non nous ne sommes pas, nous autres enseignants, des êtres supérieurs. Non, nous n’avons pas « la connaissance ». Non, nous ne sommes pas des êtres exceptionnels par vocation.
Nous sommes comme ceux que nous croisons tous les jours : élèves, parents, collègues, supérieurs hiérarchiques. Des humains faillibles.
Et quand parfois nous arrivons à faire correctement notre travail, nous n’avons pas à nous en glorifier. Le plus souvent, c’est parce que nous avons la chance de pouvoir le faire.

Pour eux

Je pense à Jessica, en colère contre le monde des adultes qui l’a placée dans une famille d’accueil. Je pense à Kévin dont le frère s’est suicidé juste avant Noël. Je pense à Manfred, qu’on appelle « le boche » (si, si ça existe encore). À Jennifer qui se croit nulle à force qu’on le lui dise.
Qu’est ce que je peux faire pour eux, du haut de mon mètre soixante d’humanité ?
Leur donner le meilleur. En espérant que cela suffira. Mais c’est vraiment pas gagné.

Heureusement, je ne suis pas la seule à essayer. Merci à mes collègues aussi.

 

—–

* Je sais c’est complètement antinomique avec le fait d’écrire ce blog.

 

 

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Comment l’École a raté ma fille. (Épisode 6)

Dernier épisode avant l’épilogue. Courage à mes lecteurs chéris.

La section européenne, à minima.

Les années lycées sont passées comme une lettre à la poste.

À la première réunion parent-prof, j’ai eu devant moi une collègue qui m’a parlé de compétences. J’ai failli lui sauter au cou.
Une autre qui m’a parlé des qualités humaines de ma fille. Pareil.
C’était la première année du lycée réformé et ça s’est plutôt bien déroulé.

À quelques détails près.

En fait de classe européenne, à part des cours d’histoire en anglais, il ne s’est pas passé grand chose. Ni échange, ni voyage, ni correspondance. Rien. Nada. Que dalle.
Nouvelle déception de ma linguiste en herbe, qui rêvait de voyages et de rencontres avec d’autres jeunes d’ailleurs.
J’ai passé trois ans à lui dire qu’elle pourrait faire un Erasmus plus tard. Elle s’est consolée en regardant en boucle l’Auberge Espagnole.

Merci quand même à son professeur de LV3 Italien qui lui a offert l’ouverture européenne dont elle rêvait.

Et le sport dans tout ça ?

Quel sport ? Aucun des collègues d’EPS n’a su adapter ses enseignement à une gamine à qui certains gestes (mais pas tous) étaient interdits. Interdite de sport scolaire par un généraliste intelligent, elle a galopé, nagé, couru toute l’année en toute liberté. Heureusement sinon, je crois qu’il aurait fallu que je l’attache !

La dernière ligne droite

L’année de Terminale. Forcément fatidique. Tous ceux qui l’ont vécue (en tant que parent) le savent.

Je vous avoue que c’était pas gagné d’avance.
Déçue par la philo, dégoûtée de la lecture depuis longtemps, déprimée par les langues et pas sauvée par les maths….

Dans ce lycée, les parents sont conviés au conseil de classe. Le constat a été relativement unanime : manque de travail, manque de régularité… En résumé manque de tout ce qu’il faut pour avoir le bac.

Ce jour là, je ne sais pas pourquoi, j’ai osé parler.
« J’entends votre constat. Maintenant, qu’est ce qu’on fait ? »

Et vous savez ce que m’a répondu l’équipe enseignante ?
Rien. Absolument rien. Un long silence. Très long. Trop long. Que le proviseur a brisé en répétant ma question et en regardant les collègues.
Qui se sont précipitamment répandus en évidence sur le mode : « il faut qu’elle se mette au travail ». Le seul qui a trouvé un truc intelligent à dire c’est le collègue de maths qui a proposé qu’elle lui apporte ses devoirs pour lui expliquer ses erreurs.

Malheureusement, je crois que c’était trop tard pour envisager une réconciliation avec le travail scolaire.

Le bout du tunnel.

Il y a un an, elle a eu son bac. Merci à son 20/20 en natation :)
Comme tous les parents, j’étais contente.
Ça voulait dire que plus jamais je n’irai m’asseoir devant quelqu’un qui me parlerait de ma fille comme d’une élève.

C’est ce jour là que j’ai eu l’idée de ces billets. Parce que j’ai été soulagée et que je me suis sentie enfin libre d’écrire tout ça.

Je ne sais pas ce qu’elle fera de sa vie, mais je pense que ce sera loin de l’école.
C’est dommage d’ailleurs parce que ses talents seraient précieuses à notre institution.

(Épilogue à suivre)

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Comment l’École a raté ma fille. (Épisode 5)

Je voudrais remercier tous ceux qui suivent ce feuilleton au fur et à mesure qu’il s’écrit. Si je vous raconte tout ça c’est parce que j’ai une idée de conclusion derrière la tête. Mais il va encore falloir vous fader un ou deux épisodes avant. J’espère que vous ne m’en voudrez pas.

 

Un petit coup de pouce de la vie

On a failli pas trouver de maison. L’emménagement a eu lieu le 1er septembre (oui, je sais…).

On a failli déprimer quand tous les médecins de tous les hôpitaux de la région ont refusé de se lancer dans une opération qu’ils trouvaient risquée. Merci à Paul qui a trouvé LA perle rare, Éric, ce chirurgien talentueux et honnête qui a osé se lancer dans une auto-greffe qu’il n’avait jamais pratiquée. Et merci à la vie qui a permis que tout rentre finalement dans l’ordre.

 

L’adolescence n’est pas un long fleuve tranquille.

 

Les deux dernières années collège, finalement, ça s’est plutôt bien passé.
La première année, j’ai adoré croiser dans les couloirs cette gamine qui ne portant pas mon nom avait décidé de ne pas dire qu’elle était ma fille. Mais bon, comme la moitié de ses profs avaient changé ses couches, ça permettait de vivre une scolarité détendue.

La deuxième année, pour sa 3e, je n’étais plus là parce que ma vie professionnelle m’avait attirée vers d’autres horizons.
La deuxième année, elle a eu 15 ans. Et je préfère masquer d’un voile pudique cette année somme toute classique pour toute adolescente qui se respecte. Elle a été chiante. Voila. Avec moi et avec tout le monde.

La deuxième année, l’équipe de direction avait changé. Et pas en bien. C’est vrai qu’il est difficile de remplacer l’irremplaçable, mais là….

 

Le poisson pourrit par la tête (proverbe japonais)

 

Juste une anecdote qui me revient. Parce qu’elle m’a concernée. Il y en a eu tant d’autres, et des pires.

Un matin de la dernière semaine de juin (comme je vous l’ai dit plus haut…), mademoiselle m’appelle à 8h05. Arrivée en retard (et même de ça on n’est pas très sûrs mais passons), le principal lui avait fermé la porte au nez (et presque sur le doigt d’après elle) et lui avait interdit de rentrer dans l’établissement. Elle se trouvait en compagnie de quelques gamins plus jeunes et me demandait ce qu’elle devait faire.

Moi j’étais trop loin pour faire quoi que ce soit, alors j’ai envoyé ma troupe d’élite spécialiste de la récupération de jeune fille en détresse.

 

Ce qui s’est passé ?

Je vous résume ce qui s’est passé sur place d’après des témoignages concordants.

 

- « Bonjour, monsieur le principal. J’aimerais savoir pourquoi ma fille ne se trouve pas à l’intérieur de l’établissement.

- Elle est en retard comme d’habitude.

- Si elle est en retard, envoyez la en étude, punissez-la, collez-la mais ne la laissez pas dehors.

- Qui êtes vous pour venir me dire ce que j’ai à faire ? Si vous n’êtes pas content allez vous plaindre au président de la République !

- ….. ?

- Si vous ne sortez pas immédiatement de mon établissement, j’appelle la police.

 

Vous comprendrez que le dialogue s’est arrêté là.

J’avoue. Le lendemain, j’ai envoyé une lettre à l’inspection académique.
Le principal en question est toujours en poste dans l’établissement.
Heureusement, je n’ai plus à y aller. Je ne sais pas s’il a toujours la photo du pape dans son bureau.

On était quand même bien contents qu’elle quitte le collège et qu’elle entre au lycée, à deux rues de la maison.
Merci à Catherine qui avait su passer outre l’adolescente agressive pour voir la gamine gentille et curieuse et l’aider à faire son dossier pour intégrer une classe Européenne.

(à suivre)

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Comment l’École a raté ma fille. (épisode 4)

Finalement, c’était une bonne idée cette option athlétisme. Ma gazelle sautait tellement bien qu’elle a été sélectionnée aux championnats académique. Elle était toujours nulle en maths mais bon, on en connaît d’autres qui s’en sont pas si mal sorties.

Le genou de Claire

 Elle ne s’appelle pas Claire, mais utiliser le titre d’un film de Rohmer*, ça fait intello et ce blog en a bien besoin.

 

L’après midi de la compétition, on m’a appelé pour me dire qu’elle s’était fait mal au genou. Mais que ce n’était sans doute pas grave, qu’elle attendait le retour du groupe et la fin de la compétition dans les gradins.
Je n’en veux pas à la collègue de ne pas avoir réalisé la gravité de cet accident. Juste un peu de ne pas m’avoir demandé de venir la chercher.
Mais je peux comprendre : ma fille c’est l’antithèse de la caricature du joueur de foot italien. Du genre à ne pas vouloir rater une séance de ciné pour une clavicule cassée. Elle a du être tellement déçue d’avoir raté sa compétition qu’elle a du faire la maline et ne pas montrer qu’elle avait terriblement mal.
Le verdict a été sévère : rupture totale du ligament croisé antérieur, traumatisme rarissime chez les jeunes. Et qu’on opère pas avant que la croissance ne soit terminée. Rien à voir avec l’école me direz vous. Sauf que quand on a 12 ans et que tous les médecins vous disent que vous ne pourrez plus faire de sport avant d’être adulte, que vous voyez s’envoler la piscine, l’équitation et le saut de haie en une seconde, ça vous change la vie. Radicalement.
Et accessoirement, ça vous met quelque temps entre les béquilles et le fauteuil roulant.

 

Intégration ?

 

Dans mon collège construit dans les années 50 et donc pas super adapté pour l’accessibilité, on avait l’habitude d’utiliser une salle du rez de chaussée pour déplacer une classe dont un élève avait des soucis de santé.
Dans le collège de ma fille, récemment restructuré, il n’y avait pas de soucis. Outre qu’elle avait le privilège d’aller au collège en taxi, ça lui a valu un troisième trimestre de rêve à passer de longs moment d’attente devant l’ascenseur, avec une pléthore de retards dus au fait qu’on « oubliait » de l’accompagner et qu’elle devait attendre que quelqu’un ayant les clefs de l’ascenseur s’aperçoive de sa présence.

Mais je me disais qu’on allait trouver la maison de nos rêves, qu’elle allait aller dans un bahut de rêve et qu’il fallait juste qu’on soit patientes.
Ah oui, bien sur, toujours pas de soutien en maths ni d’aide au devoir.

Et comme elle était un peu handicapée, elle a été invitée à s’asseoir au fond de la classe pendant les cours de techno et à attendre que les cours se passent. C’est bien connu, le cerveau c’est dans le genou. Elle s’ennuyait ferme mais avait interdiction de toucher au matériel (y compris aux ordinateurs) et donc de travailler puisque les fiches servaient de bilan aux manipulations.

 

Le meilleur pour la fin ?

 

La seule fois ou on a vraiment rigolé c’est le dernier jour. Parce que je suis du genre à envoyer ma gosse à l’école jusqu’au bout, pas respect des collègues. Je sais….
J’attendais au soleil devant le collège et pour une fois j’étais en avance.
J’ai vu sortir mademoiselle, sur ses béquilles, accompagnée par le principal adjoint (un ancien adjoint de mon bahut, un copain quoi) hilare. « Décidément, c’est bien que vous partiez…. Tu n’imagineras jamais ce qui vient de se passer. Elle a été virée du dernier cours de techno. Parce qu’elle a demandé à avoir du travail. »

On est parties en rigolant, parce qu’il n’y avait finalement plus que cela à faire.

 

(à suivre)

* Et pas de Rivette, bande d’incultes !
Comment ça je m’avais gourée ? Merci au lecteur attentif et bienveillant qui a corrigé ma boulette.

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Comment l’École a raté ma fille. (épisode 3)

Bref on est arrivé comme on a pu en cinquième.

C’est reparti mon kiki

La cinquième commençait plutôt bien. En plus d’aimer les animaux, ma progéniture a depuis sa tendre enfance montré des prédispositions à essayer de se faire pousser des branchies dans toutes les piscines de France et de Navarre. Alors, l’UNSS natation c’était le bonheur. En plus on en profitait pour manger ensemble au bar de la piscine, en copines. C’était super cool.
Pour faire bonne mesure, comme elle a aussi des jambes de gazelle, elles avait choisi l’« option athlétisme ». Pas une foudre en lancer de poids, ni en course de fond, mais une sauteuse de haies prometteuse ! L’énergie retrouvée et l’envie d’école qui revenait.

Bon, mais comme il n’y a pas que le physique dans la vie, je commençais quand même à m’inquiéter de ses résultats en maths. Et comme j’étais incapable de suivre ses devoirs à la maison, je demandais au collège de l’inscrire à « l’aide aux devoirs » et au soutien en maths. Rien ne se passait. Alors quand le bulletin du deuxième trimestre est arrivé, je me suis dit qu’il fallait agir. Et vite.

Demande de rendez vous avec le prof principal. Entre son emploi du temps et le mien, le rendez vous demandé début mars s’est concrétisé … à la mi-avril. Bon. Je ne lui jetais pas la pierre, j’avais cette année là un boulot de taré.

 

Professeur principal.

Encore aujourd’hui, je mesure mal le côté surréaliste de l’entretien que j’ai eu avec ce collègue.
Pour commencer il ne comprenait pas pourquoi je venais le voir, il n’y avait pas de problème.
Je vais essayer de vous la faire courte, genre question-réponse. Je vous laisse commenter par vous même (si je le fais, je vais finir par dire des gros mots et j’ai promis…)

Q : J’ai l’impression que ses résultats ne sont pas très bons.
R : Je peux vous parler de ma matière, mais pour les autres, je n’en sais rien.

Q : J’aimerais qu’elle bénéficie de soutien en maths, de l’aide aux devoirs…
R : Oh ! elle n’en a pas besoin. C’est réservé aux élèves vraiment en difficulté.
Q : Et une moyenne de (censuré), c’est pas parce quelle est en difficulté ?
R : Ah oui. Effectivement. Mais vous savez, la collègue de mathématiques est très « vieille école », elle note sec, on ne peut rien faire !

Q : Pourquoi ils n’y a pas de casier dans l’établissement ? Les cartables sont lourds pour les demi-pensionnaires.
R : On en a eu mais ils ont été abîmés alors on les a retiré. De toute façon, quand il y en a ils ne savent pas s’en servir. Franchement, ça sert à rien.

Q : Comment ça se fait que je n’entends pas parler du B2i, même pour sa copine en 4e ?
R : Le quoi ? Ah oui, ce truc qu’ils passent en 3e ? Franchement, entre nous ça ne sert à rien, on le leur donne de toute façon. Sérieusement, l’informatique à part pour faire des jeux, je ne vois vraiment pas en quoi ça peut servir dans l’enseignement ! Vous qui êtes enseignante aussi, vous le savez bien !

Q : Elle me dit qu’elle ne comprends pas le prof de techno. J’avoue que moi aussi, lors de la réunion parents/profs, j’avais du mal à le comprendre, il a un accent très prononcé….
R : Ah oui, d’ailleurs moi non plus, je ne comprends pas toujours ce qu’il dit. C’est pas grave. Elle n’a qu’à travailler sur les fiches, je crois qu’il leur donne des fiches.

Je suis sortie sur le trottoir. Et là, sous les arbres vert tendre du début du printemps, je me suis dit que ce n’était pas possible. Que je ne pouvais pas laisser ma gamine entre les pattes de ces gens là.
Et comme je ne suis pas du genre à me tourner vers le privé, je me suis dit que j’allais, pour la première fois de ma vie et avec la honte au ventre, profiter du fait que j’étais moi même enseignante pour lui permettre de venir finir ses années collège dans le mien.

La sortie c’est par là.

On a donc décidé de déménager.
La fin de l’année s’annonçait bien, la demoiselle était ravie à l’idée de retrouver les copains/collègues et d’être enfin leur élève.

On ne savait pas que, comme toujours, le meilleur est pour la fin (ou « in cauda venenum » comme on disait dans la Rome dont elle n’avait jamais entendu parler).

À suivre.

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