Je connais des filles formidables… Je n’arrive pas à trouver un moment pour rédiger enfin quelques uns des brouillons de billets en attente et celle là (de fille formidable) en 10 mn chrono elle est capable d’écrire ce qui suit et de me faire l’honneur de bien vouloir le publier sur mon mur. C’est donc avec le plus grand plaisir que je vous laisse avec Géraldine Duboz. Régalez vous !
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J’ai des copines tricoteuses sur twitter qui parlent des modèles qu’elle font pour elles, pour leur familles. Elle partagent les sites de modèles, de fils. Mais elles parlent aussi pédagogie. Notamment de comment un prof d’histoire fait ses cours. Parce qu’elles ont des enfants au collège et donc, on discute des pratiques de certains collègues, pratiques bien éloignées des nôtres.
C’est alors que ça m’est venu : nous, on tricote nos cours (sauf Mila qui les fait au crochet, un coup du capitaine). On prend plein de pelotes différentes et, avec des aiguilles pédagogiques, on essaie de faire tenir ça tout ensemble.
Le modèle est fourni par le ministère : c’est le programme. C’est un modèle parfois pas très sexy, il faut donc lui donner de jolies couleurs, des pompons (comme dans les chaussons de Pocahontas)… Pour cela, on cherche des pelotes sympas. On les trouve un peu dans les manuels : des documents intéressants, une étude de cas qui nous plaît. Une pelote que j’utilise énormément : mes réseaux internet. Les échanges avec les collègues sur twitter, facebook, les propositions de collègues sur les blogs, sites académiques… Il y a aussi la pelote des ressources découvertes au hasard des surfs, des séances de cinéma, du visionnage d’une émission de télé : « Mais pourquoi ne pas utiliser cet extrait de film ? ». Et ne pas oublier la pelote des activités diverses : ça donne une sorte de motif jaquard, ou torsades, au choix.
Avec toutes ces pelotes, les aiguilles s’activent beaucoup pour tricoter quelque chose dont la taille puisse s’adapter à tous les élèves de la classe : du XS au XXL. Parfois le pull est réussi, il va bien aux élèves : ils ont bien compris le concept et tricotent le leur lors de l’évaluation. D’autre fois, c’est plutôt raté. Pour certains élèves, les manches sont trop courtes, ou il y a un trou. Alors on essaie d’arranger le pull pour qu’il aille un peu mieux, mais l’année d’après on détricote et on recommence.
Le plus dur, mais aussi le plus enthousiasmant, ce sont les changements de programmes : tous ces nouveaux modèles à découvrir puis à réaliser !!! Mais c’est ce qui est passionnant dans ce métier. Alors je trouve ça triste les cours où l’on n’a utilisé qu’une ou deux pelotes : le modèle est sérieux, mais souvent ennuyeux et ne va pas toujours à tous les élèves. Le bleu ne va pas à certains, on cherche alors une autre couleur, parfois c’est un patchwork…
Bon, avec tout ça va falloir que je me remette au vrai tricot. Pas facile. Ce qui me fait penser que les nouveaux collègues, s’ils n’apprennent pas à tricoter leurs cours, ça va être dur pour eux, comme pour leurs élèves. Mais apparemment, au ministère, ils estiment qu’il n’est pas nécessaire d’apprendre à tricoter pour savoir faire un pull.
Si ma grand-mère entendait ça….
Géraldine Duboz
